Peur de la mort

« J'enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. » (Ez 36.26)
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Alfred1
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Peur de la mort

Message non lu par Alfred1 » mer. 15 juil. 2020, 18:42

Chers amis du forum, il faut que je vous confie une sorte de crainte que j'ai depuis quelques temps.

Plus le temps avance, plus je m'enracine. Je suis un amoureux de ma civilisation, de mon peuple, de ma culture, de ce que mes ancêtres ont fait. J'aime la vie et j'aime découvrir la création. De plus, je travaille chaque jour pour perpétuer mon héritage, le transmettre à mes enfants afin que dans des millénaires, ma civilisation existe toujours.

Le problème, c'est qu'avec la mort, j'ai l'impression que l'identité d'une personne disparait et qu'au ciel, il n'y a plus de place pour cette identité. Il est évident que l'enracinement et l'identité sont d'une très grande importance lorsqu'on est catholiques, cela a été avéré à travers les siècles et cela a été rappelé par certains Papes récents (Jean-Paul II et Benoît XVI me semble-t-il) ainsi que certains "héros de la foi" modernes. Mais comment réussir à articuler cela avec la vie éternelle qui (si j'ai bien compris) efface de fait toutes attaches à l'identité terrestre d'un homme ?

Les notions de vie éternelle sont très complexes et regorgent de mystères, j'essaie de comprendre des choses qui peuvent être des évidences pour certains, je vous prie d'être indulgents avec moi,

Bonne soirée, Alfred.

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Re: Peur de la mort

Message non lu par Altior » mer. 15 juil. 2020, 20:29

Bonjour, Alfred!
Alfred1 a écrit :
mer. 15 juil. 2020, 18:42
Plus le temps avance, plus je m'enracine.
C'est tout à fait normal. Cela arrive même aux...arbres!
Je suis un amoureux de ma civilisation, de mon peuple, de ma culture, de ce que mes ancêtres ont fait. J'aime la vie et j'aime découvrir la création. De plus, je travaille chaque jour pour perpétuer mon héritage, le transmettre à mes enfants afin que dans des millénaires, ma civilisation existe toujours.
Encore: c'est tout à fait normal. Je m'en souvient de ce que le rabbin de New York a répondu à un journaliste: «je suis américain depuis 70 ans. Je suis juif depuis 3000 ans».

Le problème, c'est qu'avec la mort, j'ai l'impression que l'identité d'une personne disparait et qu'au ciel, il n'y a plus de place pour cette identité.
Mais pas du tout, Alfred! Arrêtez de lire la littérature brahmanisto-bouddhiste et passez à l'Évangile. Vous verrez que Le Ressuscité garde toute son identité après la mort. Lorsqu'il apparaît à ses élèves, eux aussi doutaient sur son identité. Il leur dit «c'est bien moi!». Avec ces amis, sur le bord du lac de Thibériade, il parle et on lui parle: ils évoquent un événement d'avant. Les jeunes d'Emmaüs le reconnaissent selon les même gestes qu'il faisait d'habitude.

Vous aurez toute votre identité: mémoire, raison, voire le même tempérament. Bon, comment dire ? Disons que peut-être seul votre caractère sera un peu ciselé par le Purgatoire...D'ailleurs vous pouvez le forger un peu dès maintenant...pour raccourcir la période de stage. Finalement, après le Jour de Dieu, vous aurez le même corps, sauf que vous ne porterez plus de lunettes. Simplement parce que vous n'aurez plus besoin.

Alfred1
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Re: Peur de la mort

Message non lu par Alfred1 » mer. 15 juil. 2020, 20:36

Merci pour votre réponse, c'est assez encourageant ! Ne vous en faites pas, je ne lis pas de littérature bouddhiste ;) disons que c'est ce discours nihiliste (qu'il y a souvent chez les modernistes) consistant à dire qu'il faut absolument oublier le monde séculier pour vivre comme dans une sorte de connexion perpétuelle avec le divin, sans plus rien attendre de la terre, a eu une influence sur ma pensée et je n'ai pas eu l'occasion d'entendre un autre discours a l'église.

Quant au purgatoire, j'espère ne pas avoir à y passer hahaha

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Re: Peur de la mort

Message non lu par gerardh » mer. 15 juil. 2020, 22:23

__

Dans Philippiens 1 nous lisons : "déloger (c'est à dire mourir pour un chrétien) et être avec le Christ, cela est de beaucoup meilleur".

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Re: Peur de la mort

Message non lu par Carolus » jeu. 16 juil. 2020, 1:57

Alfred1 a écrit :
mer. 15 juil. 2020, 18:42
Alfred1 :

Les notions de vie éternelle sont très complexes et regorgent de mystères, j'essaie de comprendre des choses qui peuvent être des évidences pour certains, je vous prie d'être indulgents avec moi,
Bonsoir, cher Alfred1. :)
CEC 1027 Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Écriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis : " Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment " (1 Co 2, 9).
La vie éternelle doit être quelque chose de merveilleux.

Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ a promis quelque chose de merveilleux pour ceux qui l’aiment.

Aimons donc notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ de tout notre cœur. 🙏

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Re: Peur de la mort

Message non lu par ademimo » jeu. 16 juil. 2020, 16:26

Alfred1 a écrit :
mer. 15 juil. 2020, 18:42
Chers amis du forum, il faut que je vous confie une sorte de crainte que j'ai depuis quelques temps.

Plus le temps avance, plus je m'enracine. Je suis un amoureux de ma civilisation, de mon peuple, de ma culture, de ce que mes ancêtres ont fait. J'aime la vie et j'aime découvrir la création. De plus, je travaille chaque jour pour perpétuer mon héritage, le transmettre à mes enfants afin que dans des millénaires, ma civilisation existe toujours.

Le problème, c'est qu'avec la mort, j'ai l'impression que l'identité d'une personne disparait et qu'au ciel, il n'y a plus de place pour cette identité. Il est évident que l'enracinement et l'identité sont d'une très grande importance lorsqu'on est catholiques, cela a été avéré à travers les siècles et cela a été rappelé par certains Papes récents (Jean-Paul II et Benoît XVI me semble-t-il) ainsi que certains "héros de la foi" modernes. Mais comment réussir à articuler cela avec la vie éternelle qui (si j'ai bien compris) efface de fait toutes attaches à l'identité terrestre d'un homme ?

Les notions de vie éternelle sont très complexes et regorgent de mystères, j'essaie de comprendre des choses qui peuvent être des évidences pour certains, je vous prie d'être indulgents avec moi,

Bonne soirée, Alfred.
Bonjour Alfred,
Je me reconnais complètement dans votre questionnement. Je crois que dans le bouddhisme (et je précise que je ne suis ni bouddhiste, ni un fin connaisseur du bouddhisme), la croyance en la survie de notre individualité dans l'au-delà est considérée comme un "attachement" au bonheur terrestre, en opposition avec ce que devrait réellement être une aspiration spirituelle. C'est pour cela que, chez les bouddhistes, le Salut n'est pas mis en scène sous forme d'un maintien de l'individualité dans la vie éternelle, mais considéré plutôt comme une réunion à une sorte de grand tout céleste. Ce qui pourrait correspondre à notre idée de l'Eglise, qui est la réunion des élus - pierres vivantes du Temple - dans le Corps mystique du Christ.

Mais il est vrai aussi qu'envisager la disparition de notre individualité, avec la mort, nous pose un énorme problème psychologique et philosophique.

Pour réagir à un autre aspect que vous évoquez, vouloir assurer la survie d'une civilisation pour des millénaires me semble illusoire, car aucune civilisation n'a traversé le temps de façon permanente. Toutes les civilisations de l'antiquité ont disparu. Toutes sont appelées à muter, inévitablement.

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Re: Peur de la mort

Message non lu par Alfred1 » jeu. 16 juil. 2020, 17:58

Je trouve votre réponse intéressante. Concernant ma civilisation, je parle ici de la civilisation occidentale bien évidemment, qui existe depuis l'antiquité. Après, qu'elle puisse fusionner avec le monde russe et une partie de la civilisation orientale orthodoxe, pourquoi pas. Finalement, tant que son fondement génétique et sa culture est préservée, je considère qu'elle survit ...

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Re: Peur de la mort

Message non lu par ademimo » jeu. 16 juil. 2020, 22:35

Alfred1 a écrit :
jeu. 16 juil. 2020, 17:58
Je trouve votre réponse intéressante. Concernant ma civilisation, je parle ici de la civilisation occidentale bien évidemment, qui existe depuis l'antiquité. Après, qu'elle puisse fusionner avec le monde russe et une partie de la civilisation orientale orthodoxe, pourquoi pas. Finalement, tant que son fondement génétique et sa culture est préservée, je considère qu'elle survit ...
L'antiquité, cela nous ramène seulement 4000 ans en arrière. Il me semble, en effet, que les Indo-Européens (puisqu'on parle bien d'eux) commencent à se signaler 2000 ans avant Jésus-Christ. Ils comptent parmi leurs descendants, outre ceux que l'on nomme Occidentaux, les Russes, les Iraniens (et apparentés) et les Indiens. Signalons au passage que les Occidentaux comptent parmi eux des Finlandais et des Basques, qui ne descendent pas des Indo-Européens. Quant aux Occidentaux, outre l'Europe, on les trouve aujourd'hui répandus en Amérique du Nord et du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

En fait, je comprends bien que vous voulez parler de l'Europe issue du monde gréco-latin, et dont on pourrait faire remonter l'origine à l'établissement des premiers Grecs, vers 1500 ans av JC, je crois. Mais cet "Occident" reste compliqué à définir, car justement, le monde grec a longtemps représenté l'Orient par rapport à l'Occident latin. Si l'on parle de l'Occident latin uniquement, il faut remonter au VIIIe siècle av JC, mais faut-il y intégrer l'Europe germanique ? On peut dire que l'Europe germanique a réellement rejoint la civilisation latine à partir de Charlemagne, donc en l'an 800. Pour les Scandinaves, leur arrimage s'est produit bien plus tard.

Tout cela pour dire que la définition de la civilisation occidentale est assez mouvante. Alors, il est bien possible qu'elle soit menacée en Europe. Mais sa survie me paraît assurée au moins en Amérique (Nord et Sud) et en Australie-Nouvelle-Zélande.

Ceci étant, qu'elle survive encore 3000 ans - imaginons - quelle importance au regard de l'immortalité ? Elle disparaîtra un jour, c'est une certitude, car c'est le sort inéluctable de tout ce qui est terrestre, par nature impermanent. L'espèce humaine disparaîtra fatalement un jour aussi. Même la terre disparaîtra. On sait, par exemple, que la vie sera impossible sur terre d'ici un milliard d'années, à cause du vieillissement de notre étoile. Alors, quand nous serons dans un milliard d'années, est-ce qu'il sera important que la civilisation X ou Y ait duré 4000 ans ou 7000 ans ?

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Re: Peur de la mort

Message non lu par Carolus » ven. 17 juil. 2020, 2:30

Alfred1 a écrit :
jeu. 16 juil. 2020, 17:58
Alfred1 :

Concernant ma civilisation, je parle ici de la civilisation occidentale bien évidemment, qui existe depuis l'antiquité. Après, qu'elle puisse fusionner avec le monde russe et une partie de la civilisation orientale orthodoxe, pourquoi pas. Finalement, tant que son fondement génétique et sa culture est préservée, je considère qu'elle survit ...
Vous parlez de la civilisation occidentale, cher Alfred1. :)
CEC 791 Enfin, l’unité du Corps mystique est victorieuse de toutes les divisions humaines : " Vous tous, en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus " (Ga 3, 27-28).
Le Royaume de Dieu ne dépend pas de la survie de la civilisation occidentale.

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