La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

« J'enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. » (Ez 36.26)
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La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par Cinci » mar. 12 nov. 2019, 17:44

Tout ce que l'école laïque et la "dame de la catéchèse" ne vous ont pas dit. ;)



L'âme en état de péché mortel

"Le Seigneur me montra, en outre, l'état d'une âme en péché mortel; elle est privée de tout pouvoir, semblable à une personne qui est complètement liée et attachée, qui a les yeux bandés, qui, malgré ses efforts, ne peut ni voir, ni marcher, ni entendre, et qui enfin se trouve dans d'épaisses ténèbres".


Mort spirituelle

Considérez bien ceci. Quand une source est très limpide, tous les ruisseaux qui en découlent le sont également; de même, c'est parce qu'une âme est en état de grâce que toutes les peuvres qu'elle accomplit alors sont agréables aux yeux de Dieu et des hommes. De telles oeuvres procèdent de la source de vie, .... c'est grâce à elle qu'elle est sustentée, qu'elle ne se déssèche pas et qu'elle porte de beaux fruits.

Au contraire l'âme,. qui, par sa faute s'éloigne de cette source et se place dans une autre, dont les eaux sont affreusement noires et infectes, ne peut produire qu'infortune et souillure. En effet, conclut-elle, dès lors que l'arbre est planté sur un sol qui n'est autre que le démon, quels fruits peut-il donner ?

Ou bien l'arbre est planté dans les eaux pures de la grâce sanctifiante, ou bien l'âme est plantée dans des eaux marécageuses, des eaux dégoûtantes, qui sont les eaux du péché et du Démon.

Effets sur les sens et les facultés

Le péché trouble tous les sens : la vision, le goût, le toucher, etc. C'est pourquoi quelqu'un qui vit dans le péché mortel voit les choses d'une tout autre façon. C'est évident que quelqu'un qui vit dans le désordre voit toujours de travers, goûte de travers, touche de travers, comprend de travers, tout est de travers ! C'est comme dans le cas d'un conducteur d'automobile qui a une forte dose d'alcool dans le sang. Même s'il est très intelligent et se pense excellent conducteur, il peut fort bien finir sur un poteau ou dans un ravin, parce que tous réflexes sont dérangés par l'alcool. C'est exactement la même chose pour toutes formes de péchés mortels. C'est pourquoi ces personnes ont des réflexes qui sont souvent contraires au bon sens, et c'est justement là un des effets du péché. Le péché trouble les facultés intellectuelles qui deviennent aveuglées. D'ou faux raisonnements, faux jugements. J'en ai vu aller chercher des commandements de Dieu ou des paroles d'Évangile pour expliquer leur affaire ! Le cerveau est détraqué ! Voyez-vous, c'est l'effet du péché de briser complètement l'ordre parfait que Dieu établit dans une personne humaine.

Malheur éternel

Sainte Thérèse dira à ce sujet : "Il n'y a rien ici-bas qui mérite le nom de mal, si ce n'est le péché, puisqu'il engendre des maux dont la durée n'aura pas de fin. Sachez donc que si vous mourez en cet état, vous ne pourrez jamais jouir de la lumière de ce Soleil divin", qui est Dieu. L'âme est fixée dans son malheureux choix, dans son éloignement de Dieu. Expliquons un peu cet aspect de l'éternité.

Dans l'éternité Dieu seul peut combler l'âme; notre âme a été crée par Dieu, pour Dieu. Sur la terre, Dieu nous donne tellement de bienfaits qu'on peut l'oublier, Lui, pour s'accrocher à ces bienfaits. Mais dans l'éternité, les bienfaits et les joies de la terre n'existent plus. Alors l'âme, de toute sa puissance, se précipite vers Dieu qui est sa "fin". Le pécheur reste donc dans le vide entre Dieu, qu'il n'a pas choisi et ne peut plus avoir, et la terre qu'il a préférée et dont la mort maintenant le sépare ... Il n'y a plus une petite goutte d'eau, selon la parabole du mauvais riche; pas une goutte de boisson, c'est dur pour ceux qui aiment trop la boisson; pas une once de drogue, c'est un supplice pour ceux qui ont pris l'habitude d'en avoir; rien à manger, c'est terrible pour les gourmands; aucun ami ...

Dans l'éternité, quand on est pas avec le Grand Bien qui est Dieu, il n'y a plus de bien pour personne; aucun plaisir sensible, sexuel ou autre. S'il y en a qui ont fixé leur vie de ce côté-là. pour eux ça va être un martyr affreux de ne plus en avoir; ils n'auront pas Dieu et n'auront pas les plaisirs de la terre. Pas d'armes non plus ... pour ceux qui ont le goût de tuer, comme on en connaît dans la pègre. Ils ne pourront plus se débarrasser de leurs ennemis.

Les puissances faites pour trouver leur repos et leur nourriture en Dieu, qui est leur fin, souffrent de ne plus pouvoir l'atteindre. Elles souffrent dans ce vide d'une faim incroyable qui ne peut être assouvie : c'est la privation de Dieu, c'est "la peine du dam". C'est déjà effrayant. Elles souffrent aussi, ces âmes perdues, de la peine du feu, dont on ne veut plus parler de nos jours, un feu qui fait souffrir sans consumer; un feu intelligent qui mesure ses ardeurs à la gravité des péchés.

Pour ceux qui doutent du feu, lisez l'Évangile. Comptez le nombre de fois ou Jésus parle explicitement de l'enfer et du feu de l'enfer; vous allez en trouver une douzaine dans chaque évangile.

On essaie de trouver toutes sortes de prétextes pour dire que ça ne se peut pas, que le Bon Dieu est trop bon pour ça ! Oui, le Bon Dieu est bon. Il t'offre le salut, mais si tu ne veux pas le prendre quand c'est le temps, alors c'est toi qui te retires, comme Lucifer. Il s'est retiré ! C'est lui qui a fait son choix. On ne peut pas s'imaginer autre chose. C'est l'astuce du Diable de faire croire qu'il pourrait y avoir autre chose.

On ne peut pas dire que le péché n'existe pas, car alors Jésus serait venu pour rien. Le péché existe, le péché grave existe, et l'enfer existe, et malheureusement les âmes y tombent, on ne sait pas combien, mais certainement beaucoup, parce qu'il y en a trop qui vivent totalement dans l'absence de Dieu en leur vie, et meurent dans cet état-là. Ils n'ont jamais eu de réflexes vers Dieu, ils ne peuvent pas en avoir un à ce moment-là.

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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par Cinci » mar. 12 nov. 2019, 18:01

(suite)

Avec l'appel de Dieu, il y a toujours l'appel du diable, l'appel du monde, et le Seigneur voudrait vous libérer de ces appels et de ces chaînes.

Soyez vous-même. Soyez donc vous-mêmes, c'est à vous de vous sauver ! Personne d'autre ne peut le faire à votre place. C'est à vous de marcher vers le Seigneur, personne ne peut marcher pour vous. Et Thérèse poursuit sa description : les démons lui parlent de sa santé qu'elle va compromettre ... enfin ils lui suscitent toutes sortes d'obstacles. Pas surprenant qu'elle conclut en disant : "ces âmes [les débutants dans la vie spirituelle] s'occupent encore de leur passe-temps, de leurs affaires, de leurs plaisirs et des bruits du monde."

On peut avoir des sécheresses ... passer des moments plus difficiles ... ce sont des obstacles qu'il faut franchir. Il y a aussi des envies de toutes sortes. Remarquez bien le mot "J'ai envie de" ... "Je n'ai pas envie de" On cultive ce vice chez les jeunes aujourd'hui, au lieu de l'esprit de devoir, de sacrifices, du don de soi dans la charité ... Et parce qu'on cède à ces envies. on cultive des enfants gâtés qui n'ont aucun sens spirituel, qui ne seront jamais capables de faire suffisamment d'efforts pour marcher vers le Seigneur lorsque la tentation surviendra.

Je souligne parce que c'est très important, car même comme adulte on agit souvent comme cela. Je me rappelle qu'une personne m'avait dit un jour, alors que je la rencontrais en ville : "Je ne suis pas allé à votre cours, je n'en avais pas envie ce soir-là" ... ce n'est pas une grosse raison, mais c'est perdre une grande grâce, c'est répondre non à l'appel du Seigneur. Si c'avait été pour l'accomplissement d'un devoir, ou parce qu'elle était trop malade, c'eut été correct; le Seigneur compense alors.

Pas surprenant que ces âmes constatent piteusement qu'elles sont retournées à certaines fautes. Sainte Thérèse dira : "Elles font des chutes, puis elles se relèvent de leurs fautes." Elle ajoute : "Le Seigneur permet parfois que nous soyons mordus par les reptiles afin de nous apprendre à mieux nous en prévenir ensuite, il veut voir également si notre douleur de l'avoir offensé est profonde.'; "Ne vous découragez pas, dit-elle, quand il vous arrive de faire des chutes, reprenez aussitôt votre marche en avant." Et c'est ça qu'il faut faire dans la vie ! Reprendre la marche si on a manqué d'avancer pendant quelques moments.

Une lumière d'en haut

D'un autre côté : une lumière surnaturelle luit au-dessus de l'âme, tout comme l'étoile qui a guidé les Mages vers Jésus naissant. Sainte Thérèse décrit cette présence de Dieu qui utilise nos diverses facultés.

"La raison, dit-elle, lui montre quelle folie ce serait de penser que les avantages du monde puissent être comparés aux biens après lesquels elle aspire ..." C'est une grâce que Dieu dépose dans l'intelligence, dans la raison, de comprendre la futilité des biens du monde. Ils donnent peu et durent peu, et ordinairement ils ne valent rien pour l'éternité. Le Seigneur nous fait comprendre que toutes les joies du monde, tous les avantages du monde, ne peuvent pas durer et seront terminés un jour qui n'est peut-être pas loin. C'est en ce sens que le sage disait : "Vanités des vanités ... tout est vanité" (Qo 1,2)

Alors ça nous aide à nous dire : je m'engagerai pour des valeurs éternelles, comme le dit Thérèse. Dieu seul, évidemment, peut combler nos voeux. Pensons à la réponse de Jésus à Pierre qui lui disait : "Voici que nous, nous avons tout laissé et nous t'avons suivi". Et Jésus de répondre sur le même ton, en parlant de "centuple dès maintenant, au temps présent" et "dans le monde à venir, la vie éternelle" (Mc 10, 28,30) Voyez-vous ? C'est comme si Jésus disait à Pierre : tu veux barguiner avec moi , bien voici mon offre ! Tu as tout laissé, il te reste juste ta chemise ... mais moi je te promet le centuple en ce monde et la vie éternelle dans l'autre !

Qui dit mieux ? Quand on scrute les paroles de Jésus, c'est très éclairant.

La mémoire [autre faculté], continue Thérèse, lui rappelle le terme ou vont aboutir tous les biens d'ici-bas ... elle lui remet sous les yeux la mort des personnes qu'elle a connues et qui en ont joui à loisir".

Un exemple frappant illustre bien cette affirmation chez Thérèse. François de Borgia, vivant à la cour de l'empereur Charles Quint d'Espagne, fut chargé de conduire le corps de l'impératrice Isabelle au lieu des sépultures royales. C'est alors qu'il constata l'épouvantable changement des traits de la défunte qui avait été une beauté remarquable. Il en fut tellement impressionné qu'il s'engagea par voeu à quitter le monde dès qu'il le pourrait, pour se consacrer uniquement au service de Dieu. Plus tard, il entrera chez les Jésuites dont il devint le troisième supérieur général. Il fut canonisé en 1671.

Et Thérèse continue : "La mémoire lui représente comment quelques uns ont disparu subitement et avec quelle rapidité ils sont tombés dans l'oubli complet." C'est tellement vrai ! On oubli si vite les défunts, même ceux qui étaient de grands jouisseurs de ce monde.

Je pense au cas de Grace Kelley de Monaco que tout le monde a connue; elle qui était une grande actrice, une beauté humaine. Elle est morte d'un malheureux accident grave ... Elle est tombée maintenant dans l'oubli. On en parle à peu près pas, sauf comme monument du passé.

Sainte Thérèse ajoute encore : "La mémoire lui montre que quelques uns de ceux qu'elle a vus au sein de la prospérité gisent aujourd'hui sous terre, foulés aux pieds des passants". ; "L'entendement accourt aussitôt pour lui faire comprendre qu'elle ne saurait trouver un meilleur ami, alors qu'elle vivrait de longues années encore; que le monde entier est rempli de mensonges, et qu'au milieu de tant de plaisirs proposés par le Démon, il n'y a que chagrins, soucis et contradictions". Donc, l'entendement fait saisir le contraste qu'il y a entre les biens de la vie et les biens que Dieu offre.

Thérèse d'Avila ajoute que "l'entendement lui dit qu'elle doit être certaine qu'en dehors de ce Château elle ne trouvera ni sécurité ni paix; qu'elle se garde d'aller dans le maisons étrangères; que la sienne, si elle veut en jouir, est enrichie d'une foule de biens ..." On ne peut être plus clair ! Le vrai bonheur est au-dedans de soi, puisque Dieu y réside, et non pas au-dehors, là ou il n'est pas.

Thérèse de conclure : "Prenez garde de mépriser cette première grâce, et ne vous découragez pas si vous ne répondez pas à la voix du Seigneur."

Sans doute, "... l'âme endure vraiment ici des souffrances très vives, surtout quand le Démon comprend que, par ses qualités et par ses pratiques de vertu, elle est apte à monter très haut. Tout l'enfer est alors conjuré pour l'obliger à sortir du Château."; "Ô mon Dieu, comme elle a besoin de votre secours ! Sans vous, elle ne peut rien ! Je vous en supplie par votre miséricorde, ne permettez pas qu'elle soit victime de l'illusion et abandonne l'oeuvre qu'elle a entreprise. Éclairez-là; qu'elle comprenne que tout son bonheur dépend de sa persévérance et qu'elle se tienne éloignée des mauvaises compagnies." Comme le déclarait Jésus : "C'est par votre persévérance que vous gagnerez la vie" (Luc 21,19)

Aussi qu'elle persévère ...

Dieu ne se refuse à personne. Il donnera peu à peu plus de vigueur à son courage et lui fera enfin remporter la victoire. Croyez bien que le Seigneur ne retirera pas sa main si vous lui tendez la vôtre. "Je parle de courage, dit-elle, car, dès le début, le Démon lui suscitera une foule d'entraves pour lui barrer entièrement l'entrée de ce chemin. Il sait bien quelles pertes il y subit, et que ce n'est pas seulement une âme, mais un grand nombre d'âme qui lui échappent". Rappelez-vous une parole que vous avez peut-être déjà entendue : "On ne se sauve jamais seul et on ne se perd jamais seul". On en entraîne avec soi. On ne peut pas arracher une cellule du corps sans en arracher d'autres tout autour, ni en nourrir une sans en vivifier d'autres. Aussi, à mesure que vous avancez dans ce chemin de la perfection, soyez absolument convaincus que vous en aidez d'autres à progresser également pour la joie de Dieu. "Je dis donc, termine Thérèse, que c'est dans les débuts que l'on rencontre le plus de difficultés. Car si Dieu donne son secours, c'est nous qui faisons le travail."

Il faudra toujours vous rappeler que dans toute la première démarche de la vie spirituelle, c'est l'âme elle-même qui fait tous les efforts nécessaires, avec la grâce de Dieu; c'est l'âme qui est agissante. A partir des 4e demeures, c'est l'Esprit Saint qui conduit l'âme, et donc l'âme n'a qu'à se laisser conduire, se laisser diriger. Elle a toujours quelque chose à faire pour progresser, mais je dirais que le plus dur pour elle, c'est dans la première partie, parce qu'elle est "aidée" seulement.

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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par Cinci » mar. 12 nov. 2019, 18:09

Une grande soif de Dieu

Le connaître ...

Il faut chercher à connaître le Seigneur, car le proverbe latin le dit : "Ignoti nulla cupido" (On ne désir pas ce qu'on ne connaît pas). Quand on ne connaît pas du tout une chose, on ne peut pas la désirer.

"Je ne connais pas Dieu", avouait Pharaon à Moïse; aussi, non seulement il ne l'a pas cherché, mais il l'a combattu ... pour son propre malheur (Ex 5,2) Saul, renversé de son cheval, s'écrie : "Qui es-tu, Seigneur ?" Et la réponse ne se fit pas attendre : "Je suis Jésus que tu persécutes. Mais relève-toi, entre dans la ville et l'on te dira ce que tu dois faire" (Ac 9.5)

Le plus grand malheur des gens, c,est de ne pas connaître Dieu vraiment. C'est bien Jésus qui déclarait : "La vie éternelle c'est qu'il te connaissent, toi, le seul véritable Dieu" (Jn 17,3) Or cette vie éternelle peut commencer dès cette terre en apprenant à connaître Dieu de mieux en mieux. Il faut donc chercher à le connaître. A ce sujet, il ne suffit pas d'admirer Sa Création et ce qu'elle nous révèle du génie de Dieu; c'est déjà beaucoup mais ce n'est pas assez. Beaucoup de personnes bloquent sur la création et ne dépassent pas l'Auteur de la création.

Il fat surtout le découvrir dans ce qu'il accomplit dans les âmes, suite à la Rédemption accomplir par Jésus-Christ.

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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par Cinci » mar. 12 nov. 2019, 18:42

Dieu se révèle aussi à l'âme directement

Alors plus une âme vient communier à Dieu, plus elle saisit Dieu. Et plus on saisit cette perfection de Dieu, plus on goûte Dieu, plus on goûte la saveur divine; "Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon, dit le psaume, heureux qui s'abrite en Lui !"(Ps 34,9)

C'est bien ça ! Ça été écrit des centaines d'années avant que Jésus soit là ! Sainte Thérèse a raison d'écrire : "Sa voix est tellement suave que la pauvre âme est toute désolée de ne pas accomplir immédiatement ce qu'il lui commande".

C'est ainsi que Dieu attire l'âme vers Lui, le Souverain Bien, par la suavité de Celui qui a dit : "Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes"(Mt 20, 28) Comme il avait raison de dire aussi : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !" (Luc 10,23) Ah Jésus ! comme nous aurions voulu te voir nous aussi ! Avec sainte Thérèse nous te crions : "Je veux voir Dieu !: ... "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !" Demandons à Jésus de le voir maintenant dans nos coeurs et chaque jour de notre vie ... et nous le verrons encore bien mieux dans le ciel.

Mais ...

Il faut chercher Dieu, non ses joies

C'est sainte Thérèse qui nous guide encore ici, ne pas rechercher ces joie. Les accepter quand Dieu nous les donne, mais ne pas courir après. La sainte nous prévient de ne pas rechercher ces gâteries que le Seigneur accorde parfois, au début, comme pour captiver l'âme et la décider à marcher vers Lui. On a plus facilement des consolations spirituelles dans les débuts qu'on en a après; consolations, je dirais, qui frise la sensibilité.

L'âme ne doit pas chercher des joies dans ces débuts; ce serait une manière très vile d'entreprendre un édifice si splendide et si majestueux qui, s'il était bâti sur le sable, (le sable des sentiments), ne tarderait pas à s'écrouler ... Donc ne construisez pas votre spiritualité sur des émotions, des sentiments, ça va crouler. Et c'est le malheur de certaines âmes, c'est pourquoi elles ne vont pas loin et s'écroulent vite. Que d'âmes, par ailleurs sincères et généreuses, végètent indéfiniment sur les galeries du Château, sans jamais y entrer, parce qu'elles recherchent les consolations et les joies sensibles au lieu de rechercher le Seigneur lui-même.

Sainte Thérèse explique fort bien que : "ce n'est pas dans ces demeures que tombe la manne; c'est plus à l'intérieur du Château, là ou tout est suave pour l'âme, parce qu'elle ne veut que ce que Dieu veut."

Et elle précise : "Nous nous trompons dès le début, si nous voulons immédiatement que Dieu fasse notre volonté et nous dirige à notre guise."; "Quelle solidité peut avoir cet édifice spirituel ?" C'est là un piège, remarquez-le bien. On a cette tendance à vouloir que Dieu prenne nos méthodes, qu'il fasse à notre manière, et c'est justement ce qu'il n'aime pas. Il veut nous diriger avec la sienne. "Que Sa Majesté, dit-elle, nous conduise par ou il lui plaira. Nous ne sommes plus à nous mais à Dieu."

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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par zelie » mar. 12 nov. 2019, 19:28

Un grand, très grand merci Cinci, et surtout, ne vous arrêtez pas ! Comme j'aimerais que le forum abonde de ce genre de partages!
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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par Cinci » mer. 13 nov. 2019, 1:08

Merci, Zélie. Oui, je vais continuer avec l'enseignement de Thérèse, son enseignement à la vie spirituelle. Elle disait des choses nécessaires à entendre.

:)

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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par apatride » mer. 13 nov. 2019, 1:39

Je me joins à zelie, voici le genre de partage qui me ravit aussi !

Dans un proche registre je suis en train de lire "Je veux voir Dieu" du père Marie-Eugène de l'Enfant Jésus, si j'en ai le courage je partagerai peut-être quelques citations en seconde lecture.

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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par Cinci » mer. 13 nov. 2019, 2:29

De la mesure en tout

Il faut éviter de brûler les étapes, c'est une tentation au début. On veut aller trop vite, on voudrait se sanctifier d'un coup sec, on voudrait avoir le Seigneur trop vite. Ne brûlons pas les étapes.

Ne courez jamais en avant du Saint Esprit ! Suivez-le ! Vous aurez la paix et la joie ... et ça va aller assez vite comme ça. C'est dangereux de vouloir prendre le gouvernail à la place du Saint Esprit ! Se croire meilleur qu'un autre, se comparer aux autres ... C'est très dangereux. C'est aussi une tentation. C'est très dangereux de s'estimer plus haut qu'une autre personne. Ça, c'est le secret de Dieu. Et même si on était rendu au haut de l'échelle des vertus, on peut toujours culbuter assez vite. Seul Dieu est notre succès, celui-ci ne vient pas de nous. Nous avons des efforts à faire. Mais c'est avec Dieu et par Dieu qu'on atteint le haut de l'échelle.

D'autres personnes sont grugées par la crainte d'être incapables, d'être trop faibles. "Je ne suis pas capable"; "Une vie spirituelle comme ça n'est pas pour moi, je ne suis pas un saint François, pas une sainte Catherine de Sienne"; "Je vais rester comme je suis, je suis bien comme ça'. C'est là une faiblesse qui frise l'orgueil. C'est parce qu'on se fie uniquement à nos propres forces. Dans la vie spirituelle on peut aller jusqu'au bout si on est avec Dieu. C'est sa grâce qui nous fait progresser jusqu'à ce moment donné ou c'est le Saint Esprit qui fera 90% du travail. Donc. confiance en Dieu et n'ayons pas crainte d'avancer.

La voie sûre : l'oraison

C'est justement le contact intime, personnel avec le Seigneur qui nous aime tant. Coeur à coeur avec Dieu parce qu'on sait qu'Il nous aime, et alors on le recherche.

Vous vous rappelez, l'extérieur, c'est le règne du Diable, du monde, du péché, de tout ce qui est loin de Dieu. A l'intérieur du Château, ce sont les premières demeures. Ces premier pas nous ont fait nous éloigner du bord extérieur du mur d'enceinte et nous ont permis de monter. je dirais, sur une large galerie entourant le Château, c'est à dire ça nous permet de passer aux 2e demeures. Ce qui entoure le Château, à l'intérieur des murs, c'est comme une grande cour, appelons les 1ères demeures. Un peu plus à l'intérieur, ce sont les 2ièmes demeures. C'est là que se trouvent la plupart des bons chrétiens. Là on sent déjà l'attirance de Dieu qui nous invitent à entrer et à marcher vers Lui. Là ou la grâce de Dieu nous aide à nous libérer de tout ce qui empêche d'avancer. Là ou, enfin, on éprouve peu à peu la première vraie grande soif de Dieu, celle de la connaître, de l'aimer vraiment, de le servir généreusement.

La porte du Château

Sainte Thérèse parle d'une porte, cela signifie que c'est une condition essentielle, c'est le moyen absolument nécessaire pour entrer dans notre intérieur et parvenir à l'intimité avec le Seigneur. Cependant, il ne s'agit pas du tout d'une simple porte comme dans nos maisons. Bien au contraire, c'est une porte de sûreté difficile à débarrer, difficile à ouvrir. Je donne cette précision pour que vous saisissiez que si on parle d'une porte d'entrée, ça ne se fait pas en un temps et deux mesures. Ainsi on parle d'oraison comme étant la porte d'entrée de la vie spirituelle, une forme de prière, mais aussi un art de la parole utilisant toutes nos facultés naturelles et nos puissances surnaturelles. Il est nécessaire de nous préparer à cet art de l'oraison.

L'oraison est en même temps le thermomètre indiquant notre degré d'intimité avec Dieu ... plus ton oraison est belle et profonde, plus ton thermomètre indique que ton intimité avec Dieu est grande. Plus ton oraison est réduite en valeur, en qualité et en temps, moins est élevé ton degré d'intimité avec Dieu. En pratique, ajoutons que la prière extérieure nous prépare à l'oraison, elle est le chemin qui conduit à l'oraison, et à son tour l'oraison vient perfectionner notre prière extérieure et la rend plus vraie plus efficace. Donc les deux se perfectionnent mutuellement (les prières apprises, les formules comme dans les psaumes récités à l'église, etc; la prière intime et personnelle).

On ne peut se décider à chercher Dieu sans prière. Donc, de la prière il y en a déjà quand on est rendu à l'intérieur des murs du Château (les murs de l'enceinte extérieure).

Les prières du début des 2e demeures

Ce sont surtout des prières qui ressemblent à celle de l'aveugle que Jésus guéri : "Seigneur ... que je recouvre la vue !" (Luc 16,41) Ça ressemble à la prière du lépreux : "Seigneur, si tu le veux tu peux me purifier" (Luc 4,12) Ça ressemble à la prière de David : "Pitié pour moi, Dieu, en ta bonté'" (Ps 51,3)

Imaginez-vous l'aveugle et le lépreux. ils étaient face à face avec Jésus, ils le regardaient et là ils ont certainement mis une intensité de communication intérieure révélée par les paroles extérieures. Ça veut dire que dans leur prière il y avait de l'oraison. Vous voyez le progrès de l'âme que je décris ici. L'âme devient un peu comme l'oisillon qui crie pour recevoir sa nourriture. A mesure qu'on commence à prier, qu'on développe la prière, on devient comme affamé de Dieu, affamé de ses grâces, alors on est comme de petits oiseaux dans le nid qui ont toujours le bec ouvert, qui crient, qui piaillent pour recevoir la nourriture de leur maman. Et l'âme est comme ça face à Dieu quand elle prend des habitudes de prière.

Saint Alphonse de Liguori, dans son petit livre intitulé "Du grand moyen de la prière", nous expose des vérités fort importantes concernant la prière. Résumons-les.

1. "Avec l'assistance divine, nous pouvons tout et elle n'est jamais refusée à qui la demande humblement"

Voici les textes sur lesquels il s'appuie :

Demandez et l'on vous donnera
Cherchez et vous trouverez
Frappez et on vous ouvrira
Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai (Jn 14,14)

"Il convient donc, conclut saint Alphonse, d'apporter toute notre attention à prier avec confiance, assurés que notre prière nous ouvre les trésors du Ciel".


2. "Aurez-vous la grâce de prier ?"

Donc, du côté de Dieu il n'y a pas de doute, Il est prêt, il est généreux, il est miséricordieux, il exauce.

Mais est-ce que je vais prier, moi ? Est-ce que j'aurai la force de prier ? Les uns ont cette grâce et se sauvent. Et les autres ne l'ont pas et se damnent ... Pourquoi ?

Notre grâce sanctifiante est toujours menacée. Souvenez-vous des paroles de l'Apôtre Pierre dans sa première lettre : "Le diable rôde comme un lion rugissant et cherchant qui dévorer". (1 P 5,8) Ça veut dire que notre grâce sanctifiante est menacée, et seul on est pas capable de la défendre. Elle exige d'être développée et protégée.

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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par Cinci » mer. 13 nov. 2019, 3:07

(suite)

3. " Demandez à Dieu les grâces nécessaires à notre persévérance et à notre salut éternel"

C'est à dire demandez maintenant, souvent, toujours, la grâce de prier spécialement dans les tentations graves, dans les moments les plus difficiles.

Donc :

1ère règle : pas de doute du côté de Dieu, il exauce.
2eme règle : est-ce que vous aurez la grâce de prier ? L'aurez-vous plus tard dans les moments difficiles ?

3ème règle : demandez-la maintenant pour plus tard, et demandez-le fréquemment afin de l'avoir dans ces moments-là.

"Dieu, dit Alphonse citant saint Augustin, ne demande pas des choses impossibles, mais il désir que tu fasses ce que tu peux et que tu demandes ce que tu ne peux pas, ainsi que l'aide suffisante pour te rendre capable de le faire.'"

Les Pères de l'Église

Les Pères de l'Église, qui furent nos premiers maîtres de spiritualité, tinrent conseil entre eux pour trouver quel était l'exercice le plus nécessaire pour gagner le salut éternel. Ils conclurent que c'était la répétition fréquente de la brève invocation de David : "Seigneur, viens vite à mon aide !" C'est là un cri vers le Seigneur ! Et les Pères disent : c'est le moyen d'assurer le salut de son âme que de réciter cette prière fréquemment. Remarquez aussi que c'est l'invocation qui introduit souvent les heures du bréviaire.

Saint Jean Chrysostome, un Père de l'Église, avait donc bien raison de dire : "Rien n'est si puissant qu'un homme qui prie, car il devient participant de la puissance même de Dieu." Voyez comme saint Jean Chrysostome nous donne une pensée forte, puissante et consolante ; quand vous priez vous avez la puissance de Dieu ! Si on y pensait vraiment, voyez-vous comment on deviendrait fort ! Saint Paul l'avait bien compris; c'est pourquoi il disait : "Je puis tout en Celui qui me rend fort" (Ph 4,13)

En résumé gravons profondément dans nos coeurs le mot par lequel saint Alphonse conclut son exposé : "Pour celui qui prie, le salut est chose facile et assuré" Ses fils spirituels l'ont traduit en un slogan puissant :

"Celui qui prie se sauve certainement;
celui qui ne prie pas se damne certainement !"

C'est facile à retenir. mais je vous assure que c'est un coup en plein front. Et n'ayez pas peur de le dire devant ceux qui ne prient pas. C'est clair ! Pas de prière, pas de salut ! Prière = salut éternel !

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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par Cinci » mer. 13 nov. 2019, 6:12

Espérance et prière

Le Royaume de Dieu se construit non pas au-dehors, au-dessus de notre vie, mais chaque jour, à l'aide des plus modestes de nos actes. Nous entrons en collaboration avec Dieu dans la recherche du bonheur.

Mais nous avons besoin constamment d'être réapprivoisés par Dieu. Et Dieu le sait. Il mène en nos vies un long et patient labeur pour nous apprendre chaque jour un peu mieux qui Il est et qui nous sommes. Et ce labeur a un nom : ce sont les vertus théologales, c'est à dire cette prise en charge par Dieu de notre vie : avec l'espérance, notre activité et notre désir de bonheur; avec la charité, notre amour et nos rapports avec nos frères.

C'est un des domaines les plus mystérieux de notre vie que l'espérance prend en charge, domaine que nous pressentons être à la fois des plus précieux et aussi des plus fragiles, et qui est le centre et la source de toute impulsion et de toute action. Ce domaine, c'est notre désir, cette image de nous-même que nous ne sommes pas encore et que cependant nous façonnons et possédons déjà en nous, en y revenant constamment par nos projets, nos rêves, nos regrets ou nos craintes. Or si nous abandonnons peu à peu, à l'égard de cette image de nous -même, de ce désir, une attitude d'adolescent, acceptant de quitter nos illusions, ce désir reste quand même menacé pendant toute notre vie par un double péril : l'impatience et la démission.

Un double danger

L'impatience

D'abord, l'impatience. Soit par tempérament, soit par souci d'honnêteté, nous ne croyons être dans le vrai en face de Dieu que si d'abord nous avons l'impression de "faire quelque chose". Dieu se fait attendre. Et nous nous n'avons pas le temps. Notre vie est brève. En face de notre activité de chaque jour, de notre activité professionnelle, de nos charges familiales, nous voudrions bien "enjamber sur la Providence". On nous a souvent répété qu'il ne fallait pas se contenter de belles pensées, et au nom de cette conviction, nous croyons que le surnaturel, comme le reste, peut se fabriquer. Pourquoi attendre ?

Et nous prenons l'habitude de ne plus guère agir qu'en fonction de nos projets, de nos choix, de nos aspirations; nous sommes amenés alors à nous rechercher et à nous retrouver, et à dominer, subterfuge d'une adolescence trop évidente, malgré et contre les événements, l'entourage ... et la Providence.

Tout étonnés et désorientés, le jour ou les chemins de Dieu ne semblent plus coïncider avec les nôtres.

La démission

A l'opposé, la démission. Au nom du "spirituel", on renonce plus ou moins à l'honnête examen de conscience des plus quotidiennes de nos tâches; au nom du théologal, on néglige l'effort moral. Au nom d'un prétendu "abandon" à la Providence, d'un soi-disant "sens du surnaturel" ou des principes que l'on baptise tels, la vie spirituelle nous sert d'excuse pour nous éloigner des combats nécessaires. Et l'on refusera action et lucidité vraies, croyant acquérir cette vie spirituelle par simple abdication des responsabilités d'hommes.

Deux exemples ("impatience, démission") parmi les plus grands et les plus respectables :

1) Quand Malraux précise l'originalité de l'effort créateur des Grecs : "Ce qui paraît alors pour la première fois - et non pour la dernière - c'est le monde ou l'homme ose tirer ses valeurs suprêmes de ce que ses rêves appellent, et exige de lui-même ce qu'il peut faire pour s'accorder à eux, non ce qu'il doit être pour s'accorder à l'éternel. "Les siècles futurs, proclame Périclès [l'impatient], diront de nous : ils ont construit la cité la plus illustre et la plus heureuse !" A travers la plus saisissante des volte-face de l'histoire, l'homme cherche désormais dans la hiérarchie de ses admirations, dans l'ordre secret de ce qu'il conçoit comme la part divine du monde, le pouvoir d'effacer le sacré.

2) Quand Camus [le démissionaire] est interrogé : "En débarquant du train, un journaliste m'a demandé si j'allais me convertir. J'ai répondu : non. Rien que ce mot: non. Mais je comprends très bien qu'un journaliste, devant une telle réponse, éprouve la nécessité de "remplir" ... J'ai conscience du sacré, du mystère qu'il y a en l'homme, et je ne vois pas pourquoi je n'avouerais pas l'émotion que je ressens devant le Christ et son enseignement. Je crains malheureusement que, dans certains milieux, en Europe particulièrement, l'aveu d'une ignorance ou l'aveu d'une limite à la connaissance de l'homme , le respect du sacré, n'apparaissent comme des faiblesses. Si ce sont des faiblesses, je les assume avec force."

Le problème n'est pas d'utiliser ou non les nourritures terrestres - qui que nous soyons, nous y sommes contraints - mais de croire que nous pouvons assurer par nos propres forces le bonheur qu'elles nous promettent.

Ne croyons pas que cette tentation ne se présente qu'à des moments privilégiés et rares en notre vie, à ces moments de décisions importantes, quand il s'agit de fiançailles ou d'entrée au noviciat ... Non, le moindre acte de choix nous met à la question : va-t-on se décider en fonction d'un bien qui nous dépasse, en tenant compte d'un appel extérieur, en se référant à une lumière qui nous domine et que l'on reçoit, ou va-t-on s'établir soi-même règle et unique règle du bonheur , et se faire dieu, son propre dieu ?

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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par Pathos » mer. 13 nov. 2019, 22:26

Merci Cinci !

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zelie
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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par zelie » mer. 13 nov. 2019, 22:45

apatride a écrit :
mer. 13 nov. 2019, 1:39
Je me joins à zelie, voici le genre de partage qui me ravit aussi !

Dans un proche registre je suis en train de lire "Je veux voir Dieu" du père Marie-Eugène de l'Enfant Jésus, si j'en ai le courage je partagerai peut-être quelques citations en seconde lecture.
Encore merci beaucoup Cinci!
Apatride, partagez, partagez!
Au moment de partagez, on a toujours l'impression que l'on ne va dire que des platitudes et que tout le monde a déjà lu une version proche de ce que l'on va copier, mais en fait non, toutes les voies spirituelles intéressent bien plus de personnes qu'on ne pourrait le croire au départ! Aussi, sous l'aile de Saint Maximilien Kolbe, partageons les chemins de spiritualité qui nous permettent de courir vers notre Bon Père des Cieux!
L’intégrisme est un refuge pour la misère parce qu’il offre un sursaut d’espérance à ceux qui n’ont rien.
Que leur mal disparaisse, et l’intégrisme perdra ses troupes. L'Abbé Pierre
Vis vraiment chaque instant. Fais-le meilleur. Aime-le. Chéris-le. Fais-le beau, bon pour toi-même et pour Ton DIEU. Ne néglige pas les petites choses. Fais-les avec Moi, doucement. Fais de ta maison un Carmel où Je puisse Me reposer. Jésus, Premier Cahier d'Amour

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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par Cinci » jeu. 14 nov. 2019, 2:56

Prier avec attention

Sainte Thérèse insiste beaucoup sur l'attention qu'on doit avoir durant nos prières. Elle qui est vraiment un guide dans la vie spirituelle, elle ne veut pas entendre parler de "marmottage", elle ne veut pas entendre parler de "placotage avec le Bon Dieu". La prière, il faut que ça dépasse et de beaucoup cette façon d'agir.

Pour cela, sainte Thérèse dit qu'il faut être attentif à trois choses : à ce qu'on dit; à ce qu'on demande; à Dieu ... Il faut bien penser que le Bon Dieu, c'est le Bon Dieu ! On ne peut pas le traiter comme n'importe qui ! Et même si on s'adresse à un saint du paradis , il faut toujours le traiter avec respect.

Il faut être respectueux envers celui à qui on demande quelque chose, à plus forte raison s'il s'agit de Dieu, de la Vierge, de saint Joseph, ou de n'importe quel bienheureux du paradis. Si on demande au Bon Dieu des choses qui ne peuvent pas lui plaire, on a de grosse chance de l'offenser plutôt que d'obtenir une réponse. Si vous lui demander une meilleure santé pour aller mener une vie mondaine, c'est bien évident que ce que vous demandez n'est pas approprié. Il faut faire attention à ce que vous demandez ,que ce soient des choses bonnes, des choses agréables à Dieu, des choses qui vous conduisent à Dieu.

Vous vous adressez à notre Maître à tous, à notre Créateur, à Celui qui nous aime plus que n'importe qui, plus que tous.

Il faut "bien commencez" vos prières, soigner le début. Si après vous avez une distraction quelconque, alors ramenez l'imagination ou l'esprit dans la bonne direction. Ça ne déplaira pas à Dieu de constater que vous avez une faiblesse humaine, car vous avez bien commencé. Quand vous voyez que votre prière n'a pas la qualité qu'elle avait au départ, à ce moment-là il ne faut pas vous décourager mais dire : "Seigneur, tu vois, je ne suis même pas capable de te parler convenablement, aide-moi !" Et là vous répétez la parole des Apôtres : "Seigneur, apprends nous à prier" (Luc 11,1) Là, vous êtes bien disposé, vous dites bien ce que vous dites, vous faites une bonne demande, et vous vous adressez bien à Dieu. Vous avez toutes les chances de recevoir beaucoup. Dieu regarde alors l'intention que vous avez dans le coeur plus que l'extérieur de votre prière.

Vous le comprenez, il ne faut pas prier avec orgueil , il ne faut pas non plus prier avec vanité. On exige de Dieu, comme s'il était obligé de nous exaucer tout de suite, tel qu'on le veut ! C'est de l'orgueil !

On peut avoir toutes sortes de petites vanités intérieures. Par exemple si on chante et qu'on pense : "Ma voix est bien meilleure que celle de l'autre ... Seigneur, j'espère que tu le sais !" Ça sent pas mal la vanité ! Ce serait mieux de dire : "Seigneur, je te chante avec la voix que tu m'as donné, je t'en remercie, et je veux l'employer pour ta gloire'. C'est la même chose si on a un rôle à jouer à l'église : faire une lecture, accomplir un travail liturgique quelconque, distribuer l'eucharistie, etc. Il faut le faire avec l'humilité de l'enfant de Dieu. Si on y met de la vanité, tout de suite on perd son mérite, on déplaît à Dieu.

Donc, la prière doit être humble. Au sujet de l'humilité, Saint Alphonse nous dit que "nous sommes tous placés sur la cime d'une montagne surplombant l'abîme de tous nos péchés et soutenus par le fil de la grâce; si le fil se brise nous tomberons certainement dans l'abîme et commettrons les plus basses scélératesses'. Les saints nous ont des expressions vigoureuses comme ça. Mais ça veut dire que si on prie avec orgueil et que, comme réponse, le Bon Dieu lâche le fil, vous voyez ce qui va arriver ? On va retomber dans tous nos désordres et dans toutes nos misères. C'est pour cela qu'il faut sentir qu'on est fragile, faible, et même si on développe la confiance en Dieu. Il faut le traiter avec humilité, parce que Dieu n'aurait qu'à nous laisser tomber dans notre néant ou, à tout le moins, dans toutes nos misères humaines.

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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par Cinci » jeu. 14 nov. 2019, 3:39

Prier avec persévérance

Parlant de persévérance dans la prière, on est porté à penser qu'il s'agit seulement d'insister jusqu'à ce qu'on obtienne la grâce qu'on demande ... Mais c'est bien plus que cela !

Saint Alphonse l'explique merveilleusement lorsqu'il écrit : "La grâce du salut n'est pas une grâce unique, mais une chaîne de grâces, lesquelles se réunissent en faisceau dans la persévérance finale."En d'autres mots, on ne demande pas une fois pour toute la grâce de la persévérance, non ! La persévérance, c'est une grâce qui se donne tous les jours et qui forme comme une chaîne. Il faut donc la demander tous les jours pour l'obtenir; si vous cesser de la demander, il manque un anneau à votre chaîne. Je vais vous donner un autre exemple.

Il y en a qui vont dire :"Moi je suis sûr d'être sauvé ! Mathématiquement sûr. j'ai dit mes trois Ave Maria tous les soirs, ça fait dix ans que je dis ça ... maintenant je ne les dis plus, je suis fatigué, je les ai dit assez ... Vous avez coupé la chaîne.

La Sainte Vierge n'a jamais signé un contrat ! "Dites-moi trois Ave tous les soirs pendant dix ans et moi je vous assure le salut de votre âme." Je n'ai jamais vu de contrat comme ça signé par la Sainte Vierge. Des fois on attache la grâce à des choses comme ça qui sentent le marchandage, comme si la Sainte Vierge était obligée à nous parce qu'on lui a versé deux ou trois petites prières.

C'est pas mal de dire trois Ave tous les jours, c'est même excellent; c'est un très bon moyen d'obtenir la persévérance ... à condition de persévérer à les dire. C'est ce que saint Alphonse explique. On est pas sauvé à bon marché parce qu'on a fait un bon coup une fois pour toutes ! N'est-ce pas le sens profonde de cette parole de Jésus disant : "... qu'il fallait prier sans cesse et ne pas se décourager" ? (Luc 18,1)

Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire : si vous voulez avoir le salut de votre âme, si vous voulez avoir le Royaume éternel, demandez-le sans cesse. c'est à dire tous les jours.

Évidemment, ça ne veut pas dire qu'on va être à genoux, les yeux en l'air, les mains jointes à dire notre prière, non ce n'est pas ça ! Mais c'est une habitude de prière qui se fait un peu régulièrement, un peu tous les jours, qui se fait en travaillant, qui se fait en marchant, entre deux sommeils, qui se fait de toutes les façons. Donc, une pensée, un regard, un soupir vers le Seigneur, c,est une prière et c'est très facile de le faire souvent dans le jour.

Thérèse disait : "Pour moi, la prière, c'est un élan du coeur, c'est un simple regard jeté vers le Ciel , c'est un cri de reconnaissance et d'amour au sein de l'épreuve comme au sein de la joie".

Avec ça vous n'avez pas besoin de compliquer vos prières; vous avez une douleur, mal à tête, mal au coeur, mal aux pieds ... Vous pensez à Jésus qui a eu mal lui aussi : Jésus, je souffre avec toi. Vous travaillez ? Jésus, je travaille comme toi et avec toi. Vous priez ? Jésus, c'est avec toi que je pries. Avec la Vierge Marie ce serait le même langage. Vous le voyez : après tout, la vie spirituelle est d'une simplicité incroyable ... On s'imagine que c'est quelque chose difficile, compliquée.

Et comme saint Alphonse le dit dans le même ouvrage, ce n'est pas nécessaire de faire des coups d'éclat, de faire des miracles, d'avoir des visions ou de faire des choses extraordinaires comme certains saints, ce n'est pas nécessaire du tout ! Ce sont des cas particuliers que le Seigneur a voulus pour stimuler les autres et aider son Église à mieux fonctionner, si l'on peut dire. La majorité des gens ne sont pas appelés à des choses extraordinaires. La masse des gens peut produire de grands saints tout simplement par le quotidien de l'amour, de la prière persévérante, humble et confiante.

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Re: La vie spirituelle selon Thérèse d'Avila

Message non lu par Cinci » ven. 15 nov. 2019, 9:02

Et, au sujet de la prière, j'aimerais vous partager ici un texte de Bernard Bro que j'ai trouvé, - oui, vraiment génial et particulièrement aidant, son petit exposé -, pour nous montrer dans quel esprit il nous faudra chrétiennement concevoir la prière. Comment voir la prière en général, Comment prier. C'est une réflexion qui viendra se marier parfaitement avec ce que Thérèse d'Avila et d'autres pourront dire. C'est de l'or, de l'or en barre ...

Ici :
Dieu ne change pas

La Bible nous a conservé le récit de l'extraordinaire rencontre de Dieu et d'Abraham à la veille de la disparition de Sodome et Gomorrhe. Dieu avait décidé d'anéantir Sodome, et Sodome sera effectivement détruite malgré la longue supplique d'Abraham. Dans un anthropomorphisme magnifique, la Genèse rapporte le dialogue :"Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville ? ... Peut-être des cinquante justes en manquera-t-il cinq, pour cinq hommes détruiras-tu toute la vile ? Peut-être s'en trouvera-t-il trente ? ... (Gen, 18, 28) Mais Dieu ne change pas, et Sodome disparaît dans le soufre et le feu.

Dieu ne change pas. Et nous aussi nous nous heurtons à la même immutabilité, nous aussi découvrons un jour ce qu'Abraham expérimenta : que Dieu ne serait plus Lui-même s'il changeait d'avis, et qu'un Dieu soumis aux humaines hésitations ne serait pas Celui que nous attendons. "Tout don excellent de grâce parfaite descend d'en-haut, du Père des Lumières, de ce Père en qui n'existe aucune vicissitude ni ombre de changement." (Jac 1,17) Mais alors, pourquoi le supplier d'intervenir ? A quoi bon lui redire notre misère ? Si Celui vers qui nous crions ne saurait modifier son vouloir ?

Dieu ne change pas. Et cependant "lorsqu'il détruisit les villes de la plaine, il se souvint d'Abraham et fit échapper Lot au désastre" (Gen 19, 29) Dieu sauve Lot et ses filles, mais s'Il le fait c'est à cause d'Abraham, c'est en réponse à sa prière. Dieu est immuable en ses desseins, mais ce serait mutiler sa providence que d'en limiter la portée aux seuls résultats visibles, aux réalités apparentes. Comme du maître d'oeuvre : ce n'est pas seulement l'aménagement particulier de chaque détail qui lui revient, mais aussi l'ordre et la convergence de l'ensemble. Aussi la Toute-Puissance de Dieu ne se borne-t-elle pas à décider de l'existence des choses; elle a le souci dans le même acte par lequel elle les fait être, d'établir la raison et l'ordre selon lesquels les choses surviennent. Dieu est immuable dans ses desseins, mais dans ses desseins intervient la prière de ses enfants.

Le but de la prière n'est pas de changer l'ordre établi par Dieu, mais bien d'obtenir ce que Dieu a décidé d'accomplir par le moyen de notre prière. Dieu a voulu faire dépendre certaines choses, de notre désir, de notre intervention. Il lui a plu qu'en ses desseins, intervienne la prière de ceux qu'il aime.

Il faut être ici très rigoureux et ne pas nous imaginer l'efficacité de notre prière sous la forme d'on ne sait quel miracle. Non, l'ordre voulu par Dieu comporte notre intervention. Si nous jetons une allumette dans une forêt, nous risquons de déclencher un incendie, même si nous ne le savons pas ou l'apprenons seulement plus tard. Il en est de même de notre prière. Tenir compte de nous, de notre initiative, de notre liberté, ce n'est pas de l'ordre du miracle, mais bien d'un ordre présidé par l'amour. Nous sommes faits pour coopérer à notre propre destinée et au déroulement de l'histoire.

Au fond, nous pourrions ramener tout ce qui nous arrive dans notre vie à deux catégories d'événements :

1) Ce qui nous arrive mais qui ne dépend pas de nous
2) Ce que nous obtenons et réalisons par notre effort et notre industrie.

Or, si nous ne prions pas, nous restons purement passifs en face des événements de la première catégorie, et nous attribuons à nos efforts ceux de la seconde (avec, forcément, une assez grande marge d'illusion). Au contraire, en priant, nous substituons la volonté de Dieu à la nôtre. Nous entrons dans un plan qui est celui de Dieu. Notre âme peut alors de mettre à la longueur d'onde de ce projet, et nous découvrons que Dieu nous est contemporain, et qu'il invente notre vie avec nous. Dieu veut que nous prenions part à son oeuvre : une part si réelle qu'il se présente à nous comme s'il voulait être vaincu par notre prière, et ce n'est pas pour faire semblant, c'est vraiment nous qui, d'une certaine façon, exauçons Dieu. Il ne veut pas faire sans nous ce qu'il a décidé de faire avec nous, A cause de la prière d'Abraham, Lot sera sauvé, et Ninive sera épargnée par la pénitence de ses fils.

Ainsi Dieu ne change pas, mais la prière est le moyen par lequel il nous fait entrer dans son plan. Ceci est manifeste dans l'exemple d'Abraham : au moment de punir, Dieu s'interroge comme s'il redoutait de se livrer : "Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?" (Gen, 18,17). Dieu hésite à communiquer ses secrets, car en les révélant, il ferait d'Abraham son ami; il le ferait entrer dans son plan par amour, et donc comme se soumettre, se lier à son désir. Et Catherine de Sienne lui fait dire : "Je suis enchaîné par les liens de vos désirs; mais ces chaînes, je les ai moi-même forgées." C'est comme si Dieu suscitait les désirs d'Abraham, de ses amis, pour les revêtir de sa Toute-Puissance. En son dessein éternel, Dieu a fait place à notre prière et Dieu ne change pas. Telle est d'ailleurs la seule source de l'efficacité de cette prière, et donc de notre espérance. C'est Dieu qui a pris l'Initiative d'introduire Abraham en ses conseils, de lui révéler ses secrets : "Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?" et Dieu ne résiste pas, parce qu'il aime Abraham.

Nous touchons ici à l'une des originalités les plus profondes de la prière et du mystère chrétien, que nous pouvons avec saint Thomas traduire ainsi : "L'amour n'a pas permis à Dieu de demeurer seul." Dieu est Amour et l'Amour tend au partage de tout ce qu'il a. Dieu n'a pas voulu être seul en face de son bonheur à partager et du monde à sauver. Il a voulu pouvoir nous dire au dernier jour : "Tu as été pour telle part dans le résultat."

Le recours à cette perception n'élargirait-il pas bien des demandes et des prières particulières que nous sommes tentés de restreindre à nos préoccupations immédiates et parfois mesquines ? Il faut réfléchir aux dimensions et au réalisme que pourrait prendre notre prière et à l'audace, à l'abandon confiant qui seraient siens si elle était bien vue comme cette part prise à la réalisation du plan de Dieu.

Dieu ne change pas, c'est vrai; mais, conformément à son plan, il veut nous donner occasion dans notre prière de remplir les places qu'il a prévues. Et nous franchissons le seuil du Nouveau Testament, le jour ou nous comprenons que le Christ veut être aimé comme quelqu'un qui attend de nous le désir de coopérer à son plan, et à la joie que nous avons de le prier. (B. Bro, Apprendre à prier, p. 18)

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