La prière des pères

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Trinité
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Re: La prière des pères

Message non lu par Trinité » mar. 04 août 2020, 23:54

Chère Zélie,

Je n'ai pas votre éloquence :)
Je trouve que votre démarche est louable. Vous connaissez ma position et savez que je suis assez sceptique sur toutes ces révélations privées faites à des saints ;)
Une chose me paraît évidente :
Si toutes ces révélations sont exactes (permettez moi d'avoir un doute à ce sujet) du moins un doute dans le sens ou, je pense que les saints les ont reçues dans le cadre d'une foi exacerbé, représentatif du rapport personnel qu'ils avaient avec Jésus...où Marie... Je pense que la Foi devient facile avec ces pléthores de détails fournis par Jésus ou Marie sur l'intimité de leur vie...
Ce constat vient un peu en contrario avec la vie de Jésus sur terre, qui ne s'exprimait le plus souvent qu'en paraboles, laissant en l'occurrence à chacun le soin de le trouver, par leur recherche personnelle.
Chère Zélie,
N'y prenez pas ombrage, je respecte vos convictions à cet égard. :)

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zelie
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Re: La prière des pères

Message non lu par zelie » jeu. 06 août 2020, 13:04

Cher Trinité,

Vous soulevez un problème primordial : de quoi est faite notre foi? La foi doit-elle être liée à une sorte de preuve ou à une intime conviction, un discernement? C'est une question universelle pour tout croyant. Tous un jour on a voulu ou on voudra avoir un indice sûr qui nous certifie qu'on est sur le bon chemin, qu'on ne se trompe pas, et que cet "indice décisif" nous conforte et nous porte plus facilement sur le chemin incertain de la foi... C'est humain, et nous en sommes tous là.

Je comprends aussi d'autant mieux votre réticence à croire deci-delà que je m'y reconnais dedans. J'ai été ainsi. Pour moi les choses ont évolué dans la divergence d'alors. Mais ce n'est qu'un chemin personnel.
[+] Texte masqué
Jeune, je me suis questionnée sur ma foi si peu vivante. Je sentais des fluctuations spirituelles qui auraient pu m'amener, entre confort de vie et peu de pratique religieuse, à un athéisme de fait. J'ai alterné entre une soif intense de découvrir Dieu et la sensation que Dieu n'était qu'une énergie lumineuse lointaine, hermétique à la vie de l'homme et notamment à ses malheurs, comme en témoignait la vie infernale des femmes massacrées en Inde (c'est mon coté féministe, là) qui mourraient par centaines sans que jamais un miracle n'ait eu lieu.
Autant dire que mon chemin de foi n'était pas un chemin de paix. C'est cela que m'a fait remarqué mon prêtre. Il m'a simplement dit : "pacifie tout cela, pacifie tout cela". La phrase était bien vue, car s'il m'avait dit "cherche la paix", je serais restée comme une poule devant un élastique, désemparée. En utilisant un verbe d'action, il m'a mise en action. Et c'est ce que lentement j'ai cherché à faire. A pacifier mon chemin de vie tout entier.
Rien ne s'est passé comme prévu, comme d'habitude. Tout bonheur m'a été enlevé, j'ai galéré comme une slave.
Comment pacifier quoi que ce soit, à plus forte raison sa foi? Le malheur qui vous prend à la gorge a quelque chose de merveilleux : il vous projette hors du temps et de la facilité du bonheur. C'était le moment de lutter. Je me suis donc mise à prier, pas tant par mérite, mais par peur qu'il me tombe encore une tuile ou une maladie dessus, en disant à Jésus : "je ne te connais presque pas, et si je ne te connais pas, je n'arriverai pas à t'aimer et à te rester fidèle, car je me connais bien, moi je fonctionne comme ça; je ne peux aimer quelqu'un durablement s'il se dérobe à moi; je dois le connaître à fond pour faire confiance" et du coup j'ai cherché à mieux connaître Jésus parce que la Bible me laissait dans l'incompréhension, -surtout quand on commence en l'ouvrant au hasard et qu'on tombe sur le fêlé incapable de pardonner à sa femme et qui la fait violer jusqu'à ce que mort s'ensuive puis qui la coupe en morceaux ou sur l'épisode où les femmes participent à une bagarre et se battent en pressant les héritages masculins de ces messieurs, ou encore Esther qui zigouille un roi qui ne lui voulait que du bien...- Je n'y comprenais rien!

J'ai prié cinq ans. Je priais sans m'inquiéter de la suite, juste prier, parce que je me rendais compte que prier était devenu un havre de paix au milieu de tant de tempêtes, et aussi parce que j'étais sûre que je serais entendue dans ma demande.
Factuellement, je ne pouvais me tourner vers un prêtre débordé et inaccessible pour apprendre ma religion. Mes années de catéchisme s'étaient réduites à des conflits d'adultes qui avaient brouillé mes pistes de compréhension. Où me tourner pour découvrir la figure du Christ? Je ne comprenais rien au discours du Pape, qui me gonflait, je ne savais pas que d'éminents saints avaient écrits des bouquins, d'ailleurs je ne connaissais aucun saint, -même pas mon cher Padre Pio, qui est pour moi une figure de Jésus-. La seule personne dont j'avais entendu parler était Marthe Robin. Qui n'avait laissé aucun traité à ma connaissance.
Le seul lien tangible que j'avais avec la religion était ma grand-mère, qui m'avait appris à prier le chapelet. C'était tout. Ma pauvre mémé était centenaire, comment pouvait-elle encore me parler de sa foi depuis son lit de douleurs et de pertes de mémoire?
Il n'y avait aucun groupe de prière dans ma ville (pourtant un chef lieu de département) et aucun accompagnement pour adulte.
Du coup, je me suis tournée vers le monde que je connaissais, celui des livres, et je suis allée dans la plus grande librairie de la région demander un livre qui parle de Jésus. On m'a filé Renan. J'ai jeté le livre.
J'ai entendu parler de Marie d'Agréda, et j'ai entrepris de chercher sa Cité Mystique de Dieu. J'ai cherché cinq ans, et je ne l'ai jamais trouvé (c'était avant internet).
Et puis un jour, un peu par hasard, je suis tombée sur un catalogue religieux (étranger!) de VPC, dans ma boite aux lettres, surement suite au fait que j'avais dû laisser mon adresse à un énième libraire. Et j'ai découvert un monde. Ce que j'avais toujours cherché, des témoignages de personnes qui avaient mis Dieu au centre de leur vie, comme Mère Térésa, Soeur Emmanuelle, l'Abbé Pierre, et tant d'autres (Padre Pio!) étaient listés dans ce catalogue. Et j'ai commencé un voyage littéraire qui ne s'est jamais arrêté, et qui avec internet, a pris une ampleur nouvelle. J'ai découvert des journaux qui parlaient de l'évangile de façon très pédagogique aussi.
Voilà, c'est somme toute un chemin assez ordinaire, mais qui souligne comment mon peu de foi n'a pu tenir que parce que Jésus s'est rendu accessible à quelqu'un qui ne pouvait continuer à croire que si Jésus (sa pensée) lui devenait un peu plus familier.

Je comprends bien la critique que l'on pourrait me faire: si je n'avais pas autant lu, aujourd'hui je ne serais plus croyante. C'est vrai, et cela enlève à ma foi un grand mérite, celui de croire aveuglément et par principe, même en l'absence de nourriture spirituelle tangible autre que la Sainte Messe. Je crois parce que j'ai appris, compris, pénétré une pensée divine. Et aussi parce que j'ai trouvé dans mes lectures une sagesse telle, d'un goût totalement nouveau et inimitable, que je n'ai plus pu douter de la véracité de mes lectures; j'en voulais encore, toujours. La soif était toujours renouvelée, et même je sentais la construction de ma personne changer sous la motion des vagues d'amour pour l'humanité qui coulait entre les lignes; je changeais presque malgré moi, comme si ma conscience s'était réveillée et me guidait hors de mes habitudes, comme si enfin, pour la première fois de ma vie, j'entendais la voix de mon âme prendre la parole et se manifester dans chaque acte de ma vie. J'étais entrée dans un chantier qui ne connaîtrait pas de fin, et ce chantier était la partie la plus intime de mon être. Ce pouvait être bouleversant parfois, et ce fut aussi d'une dureté sans nom. A combien de résistances et de négociations mon esprit s'est livré pour ne pas avancer, parce que c'était trop coûteux en réputation, en prestige, en estime de soi, en courage, en volonté. A combien de stress s'expose-t-on quand on sait une parole vraie mais que notre égoïsme la combat! Je n'ai cessé de renier dehors ce dont je m'abreuvais au dedans de moi. Rien ne m'a été plus difficile que de déposer les armes et d'accepter que même si je ne comprends pas tout, Jésus reste au centre et le reste vient après. C'est un combat qui dure encore.

J'ai appris aussi à me placer sous la protection de l'Eglise parce que ce je lisais le recommandait : même cela, me guider dans mes lectures, aucun prêtre ne m'en avait avertie! Pas une référence, pas un conseil qui me soit venu de l'Eglise! Même revenir de façon régulière à la messe, on ne m'a pas dit que c'était le premier pas à faire (je l'ai découvert dans mes lectures) ! Aussi, je fais attention à ce je lis, dans l'obéissance à l'Eglise et à l'Evêque du lieu. Et ce sont mes lectures aussi qui m'ont ramené à la Sainte Bible, et à comprendre et apprécier des passages.
Mais j'ai conscience aussi que si mes premières lectures avaient été hérétiques, je serais peut être partie vers un ailleurs religieux à grand pas, croyant bien faire! (1)
La seule entorse que j'ai faite à mes principes, c'est que je crois aux phénomènes de Medjugorje. Je ne peux pas m'empêcher d'y croire.

Mon indice décisif à moi a donc été cette vision du monde si particulière, retrouvée nulle part ailleurs, que je retrouve dans chaque saint lu. Une vision du monde tellement vraie, virile et suave à la fois, sévère comme un scalpel et miséricordieuse à la fois. A tel point que si maintenant on me donnait un livre où je ne retrouve pas cette extrême exigence pour l'Homme couplée à cet amour infini incroyable à voir se révéler sous tant de nuances, je rejetterais ce livre. Cette vision du monde si singulière, c'est ce que je partage dans mes fils en espérant que cela soit aussi source de réflexion pour tous.

(1) Quoi que j'ai lu le Coran, la Bhagavad-Gita et les Tantras bouddhistes, et même le Kama Sutra, (parce qu'il y avait "sutra" dans le titre :zut: , et que j'ai cru que c'était donc un texte bouddhiste, vu que les livres cités étaient du même éditeur et placés à coté dans la librairie visitée). Je me suis débarrassée rapidement de tous ces livres. Pour vous donner une idée de mon niveau au départ!
L’intégrisme est un refuge pour la misère parce qu’il offre un sursaut d’espérance à ceux qui n’ont rien.
Que leur mal disparaisse, et l’intégrisme perdra ses troupes. L'Abbé Pierre
Vis vraiment chaque instant. Fais-le meilleur. Aime-le. Chéris-le. Fais-le beau, bon pour toi-même et pour Ton DIEU. Ne néglige pas les petites choses. Fais-les avec Moi, doucement. Fais de ta maison un Carmel où Je puisse Me reposer. Jésus, Premier Cahier d'Amour

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Re: La prière des pères

Message non lu par zelie » jeu. 06 août 2020, 14:07

Pathos a écrit :
mar. 04 août 2020, 22:29
Un commentaire de l'Evangile par Jésus lui-même ..quoi de mieux ?

https://www.youtube.com/watch?v=idSRTPYc5CY&t=1s
Oui, très beau passage, sublime même, et qui illustre bien ce que je décris juste ci-dessus : "que ce soit la parole des saints, de Marie, de Jésus, qui soit diffusée le plus largement possible et qui touche les âmes. Qui leur apporte cette paix particulière, cette douceur, cette suavité que n'ont que leurs mots à eux, et qui réparent tellement nos âmes".
Maria Valtorta fait partie de mon voyage spirituel justement. Elle en est même le commencement, et une grande source de progression spirituelle, comme je l'explique quelque part dans le forum (je ne sais plus où!)
Merci Pathos! :fleur:
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