Le texte d'Arthur Machen et la nature du mal

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Cinci
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Le texte d'Arthur Machen et la nature du mal

Message non lupar Cinci » ven. 05 janv. 2018, 18:49

Bonjour,

Le texte date de 1904 et c'est l'écrivain britannique Arthur Machen qui l'avait écrit. Il fut ensuite tiré de l'oubli et popularisé par Pauwels et Bergier dans leur fameux ouvrage Le matin des magiciens qui est devenu lui-même, depuis, un classique de la littérature populaire et du fantastique.

Le Père Molinié ("Le combat de Jacob"; "Le courage d'avoir peur", etc.) avait déjà commenté ce texte d'Arthur Machen, faisant remarqué naguère comment, - mise à part le fait qu'il nécessiterait bien quelques petits correctifs ça et là afin de pouvoir être lu et reçu d'une manière qui soit théologiquement correcte -, celui-ci restait porteur d'une certaine intuition pénétrante quant à son objet : la véritable profondeur du mal.


- La sorcellerie et la sainteté, dit Ambrose, voilà les deux seules réalités. Chacune est un transport des sens, un exutoire à la vie quotidienne. »

[...]

- Savez-vous, dit-il, que vous m’intéressez immensément ? Vous pensez donc que nous n’appréhendons pas clairement la véritable nature du mal ?

- Non, je ne pense pas. Nous le surestimons et le sous-estimons à la fois. Nous examinons les nombreuses infractions aux lois – les réglementations bonnes et nécessaires qui maintiennent une certaine cohésion dans l’humanité – commises par nos « repris de justice » et nous nous effrayons de l’étendue du « péché » et du « mal ». Mais c’est totalement absurde. Prenez le vol, par exemple. Ressentez-vous quelque horreur à la pensée de Robin des Bois, des malandrins écossais du XVIIe siècle, des moss-troopers, de nos actuels promoteurs immobiliers ?

Et, d’un autre côté, nous sous-estimons le mal. Nous attachons une si énorme importance au « péché » que commet un homme quand il nous fait les poches – ou notre femme – que nous en avons presque oublié l’obscénité du véritable péché.

- Et qu’est-ce que le… péché, dit Cotgrave ?

Je vais répondre à votre question par une autre. Qu’éprouveriez-vous sérieusement, si votre chat ou votre chien se mettait à vous parler, et à discuter gravement avec des accents humains ? Vous seriez submergé par l’horreur, c’est sûr ! Et si les roses de votre jardin se mettaient à siffler sur un air bizarre ? Vous deviendriez fou ! Et supposez que les pavés sur l’allée commencent à grossir et se boursoufler sous vos yeux, et que des bourgeons de pierre aient poussé au caillou que vous avez remarqué la veille ?
Eh bien, ces exemples vous donnent une idée correcte de ce qu’est réellement le péché.



http://www.frenchtouchseduction.com/boa ... 22501.html

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Re: Le texte d'Arthur Machen et la nature du mal

Message non lupar Cinci » dim. 07 janv. 2018, 4:49

Le texte de Machen aurait au moins le mérite d'attirer l'attention sur le fait que la réalité du mal, dans sa véritable expression la plus profonde, se situe bien sûr dans le domaine spirituel et - faisant valoir que le mal véritable dépasse la mauvaise action, alors que les méfaits les plus communs resteraient une sorte de prose face au mal qui en serait la poésie - peut s'y présenter comme un phénomène gravissime et dramatique; contre-nature en même temps (une monstruosité, une horreur), commis de façon délibérée afin d'atteindre un autre plan inconnu de l'existence. Il s'agit d'un véritable refus de la lumière provenant de Dieu. Cette manière de concevoir et de comprendre le phénomène du mal (révolte contre Dieu) est indissociable de la foi chrétienne.


Il y a là une différence singulière avec d'autres religions ou spiritualités, ces métaphysiques qui pensent le mal comme une simple ignorance, un manque de lumière, une erreur, une bourde, une nécessité due à nos conditionnements inconscients, les limites de notre incarnation (le mal qui tiendrait à l'opacité de la matière, etc,). D'autres se contenteraient de parler d'éducation déficiente, de faute tenant juste au fait d'avoir violé une règle plus ou moins aléatoire.

En dehors du christianisme, jamais ne verra-t-on le mal pouvoir y revêtir un tel aspect d'acte réalisé spécifiquement contre l'amour de Dieu.

On ne trouvera pas dans le bouddhisme, par exemple, que le mal posséderait cette profondeur personnelle; l'enfer ne sera pas une perspective envisageable dans le New Age, les individus ne seront jamais aussi coupables que certains pourraient l'être selon la théologie chrétienne. Dans la Grèce antique, les fautes étaient vues surtout comme procédant d'un aveuglement involontaire.


Les hommes n'y sont pas perçus comme devant être les jouets d'un destin qui leur échappe. Pas dans le christianisme, dis-je. Le mal n'est pas juste une absence de bien. Le mal correspond plutôt à une tentative pour s'auto-déterminer en fonction de la recherche d'un bien qui serait autre que celui voulu de Dieu. "C'est moi (nous, le Parti) qui détermine ce qui est bien, ce qui est mal." Le mal s'exprime comme dans une tentative pour édifier un système rival ou une tour qui pourrait s'élever à toucher le ciel, pourrait-on dire.

http://pere-molinie.com/index_fr.php?nid=37

Voir le 7e téléchargement ... écouter à partir de la 5e minute. Le père Molinié faisait la lecture du texte en 1965 et commentait. La qualité audio est exceptionnelle. Passionnant !


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