Réfexions autour de l'examen de conscience

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Réfexions autour de l'examen de conscience

Message non lu par cmoi » ven. 16 août 2019, 10:00

Bien des sujets, par les discussions qu’ils entraînent, aboutissent à des échanges qui pourraient sembler hors sujet mais qui y sont rattachés. Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que je remarque qu’une réponse à un échange se trouve au même moment dans l’échange sur un autre sujet. Je me suis posé la question de savoir si c’était « volontairement inconscient » de notre part, je suppose qu’avant tout c’est dû à l’extrême congruence que la foi met dans tout.
Un échange sur l’apocalypse m’a conduit à mettre en avant la vertu d’espérance, or nous avions un autre sujet qui traitait de savoir si l’enfer était toujours d’actualité, sous-entendant dans une portée missionnaire qu’il ne l’était plus pour nos contemporains. Je me suis fait la réflexion que précisément c’était le manque d’’espérance qui était la cause de cette défection, cette vertu effaçant le côté tragique de notre condition vue sous l’angle de notre salut, réveille pourtant le sens de ce qui la nécessite en ce qu’il nous prive de sa joie inhérente.
A propos de l’enfer, j’avais épinglé la notion de récidive dans le péché et dû m’en expliquer en faisant appel aux deux contritions, Il est vrai cependant que la contrition parfaite ne nous exonère pas toujours de la récidive.
Ce qui le fait résulte à mn sens de l’examen de conscience, d’où mon titre.

J’en aborderai le sujet en biais, par cette récidive qui est à combattre puisqu’elle nous conduit ou nous enfonce dans le péché.
Pourtant, elle ne nous conduit en enfer que s’il s’agit des péchés de l’esprit, en opposition à ceux « de la chair ».

Le catéchisme disait que 7 vices, dits pour cela péchés capitaux, entrainaient tous les autres. Par conséquent sous entendait que les combattre conduisait à l’éradication du mal en nous.
Il en est 3 qui me semblent directement reliés aux péchés de la chair : la gourmandise, la paresse et la luxure. Ils ne deviennent des péchés qu’en lien avec des circonstances.
Ainsi le gourmand ne pèche que s’il en vient à voler, manquer à la charité ou à quelque autre devoir (ne serait-ce que celui d’entretenir sa santé par un sain équilibre) afin d’assouvir cette passion.
Le luxurieux peut être marié, il ne pèche que s’il en vient au viol ou à l’adultère, au plaisir solitaire, à la souffrance infligée au conjoint qui ne consent que pour lui éviter un péché, à cause de la fréquence exigée – ou parce qu’elle les prive d’exécuter momentanément quelque autre devoir nécessaire.
L’accoutumance du corps dans ces 3 vices (auxquels peut s’associer la boisson, la drogue, le tabac, etc.) s’oppose à la ferme résolution de ne pas recommencer (nécessaire au pardon).
Il ne suffit pas de volonté, il faut une méthode, des connaissances éprouvées de notre nature psychosomatique et des techniques de guérison, par conséquent, pour s’en sortir.

Dans leur cas, la récidive effectivement ne conduit pas en enfer, car il y a une force qui s’oppose à nous et peut être trop forte (quoiqu’il y ait la grâce suffisante, mais c’est un peu comme une tentation qui serait si forte qu’elle deviendrait « possession » et en cela nous exonère d’une participation : à vérifier jusqu’à quel point nous en sommes sincères ou si ce ne serait qu’un prétexte.)
Bien qu’elle (la récidive) nous ait conduit à cet état !
(Ce qui prouve que nous n’avions pas mené le bon combat, par une négligence coupable et qui, sachant la difficulté de se sortir de ces péchés parfois « petits », leur confère de ce fait une matière grave : mais bon, il y a eu depuis absolution…)

Au final, c’est notre imprévoyance qui est à accuser, donc notre esprit et non notre corps.

Pare que la concupiscence a toujours été assignée au corps, avec notamment le terme devenu traditionnel de « chair » qui la désigne et facilite cette tromperie, bien des théologiens ont fait de ce corps le siège de nos passions, notre partie pécheresse. C’est une grossière erreur dans laquelle nous sommes tous +/- tombés, qui aboutit au mépris de ce qui en nous est le plus innocent (et de son plaisir). La main d’Eve n’est pas coupable et n’a pas à être punie d’avoir cueillie la pomme, mais bien son esprit. Quand notre corps ne nous obéit plus ce n’est pas dû à sa malice, mais à la nôtre, ce qui en lui depuis nous échappe n’est pas l’expression de sa nature, mais d’une maladie qui lui vient de l’usage que nous en avons fait en ne respectant pas sa nature qui restera toujours innocente, par conséquent tournée vers son bien et le nôtre.
Ecouter notre corps, ce qu’il a à nous dire, quand il n’entre plus en résonnance (en lui la résonnance est inerte et plus longue, non négociable, elle le désaccorde aussi) avec le mal à lui fait par notre esprit, c’est partir en quête de vérité et non de péché, assumer nous la responsabilité de son état et accepter qu’il nous guide. Il en est un d’excellent.
D‘ailleurs la punition ne nous appartient pas, mais à Dieu, en usurper le rôle ne nous rachèterait pas, cette duplicité ajouterait plutôt à notre faute par un refus de justice : à chacun son rôle.
Un esprit ne se punit pas, il se redresse, et c’est là l’objet de l’examen de conscience, le point de départ d’une action de redressement.

L’examen de conscience est tissé dans la trame de nos vertus, il défaille dans le consentement à nos péchés, il constitue la qualité de nos prières, il est la première arme, peut-être bien la seule du baptisé (il remplace avantageusement nos vertus, nos prières, et détruit nos péchés qui sont un néant, bien mieux que tous nos efforts qui les font encore exister) qui, tel le tournesol, n’a sinon qu’à rester présent et docile, pour se tourner vers le soleil de Dieu quand il surgira.
L’assurance d’être la bonne terre dans laquelle la semence prendra, or c’est bien là tout ce qui nous incombe, c’est l’examen de conscience qui nous la donnera.

Son principe est d’une simplicité désarmante, qui consiste à refuser ou dénoncer tous les mensonges que nous nous faisons à nous mêmes, et qu’aggravent en général ceux que nous faisons aux autres (parce qu’il faudra en assurer l’intendance ou qu’ils nous ferons oublier ce qu’ils cachent, afin d’être efficaces).
La méditation n’a pas d’autre but que de le favoriser.

Si le diable est le prince du mensonge, ce n‘est pas pour nous avoir menti (ce n’était qu’un moyen), mais pour avoir permis que nous nous mentions à nous-mêmes (déjà sur la parole de Dieu, ou l’intérêt qui serait le sien de nous mentir), y avoir misé un enjeu et nous avoir fait croire que ce n’était pas le nôtre : orgueil de la vie.
Ce n’est pas pour rien ni pour seulement des raisons chronologiques si se disait aussi que l’orgueil était le premier de tous les défauts, la cause de tous nos péchés. (Il n’est pas non plus étonnant qu’ange ou homme, nous ayons en adoptant le mal un profil équivalent…)

Cela serait suffisant pour comprendre que c’est la récidive qui nous vaut l’enfer, bien que l’on fasse une fixation sur deux leurres :
La mort faisant suite au seul péché mortel par nous commis dans une vie par ailleurs vouée au bien et qui nous vaudra l’enfer (vérité terrible, apparemment « injuste » du catéchisme)
La sanction immédiate du péché originel et qui serait la cause principale du risque de notre perdition (alors qu’elle nous en protège), la preuve qu’une récidive n’ajoute rien à ce qui s’est joué d’avant

L’invitation à laquelle nous convie Sa parole sur ce regard qui signifie que nous « avons déjà commis l’adultère dans notre cœur », nous oblige à considérer qu’avant ce regard qui n’est que l’expression de notre coeur, il y avait en ce dernier le germe du mal, que ce germe relève bien de notre responsabilité (sinon il n’y aurait pas eu péché commis mais tentation seulement) et que par conséquent, bien avant d’être par pensée, par parole, par action ou par omission, le péché qui nous condamne à l’enfer est celui de n’avoir pas ôté en nous le motif de ce qui peut n’être qu’une récidive, ne serait-elle que celle d’une envie pour ce que nous savons ou devrions savoir être un mal, puisqu’il nous met en échec existentiel et en cela rédime un péché dit originel qui nous en donne la cause probable : une désobéissance, autant à Dieu qu’à l’ordre institué (Il était absent) et qui nous valait d’être libres.

Certes, il y a le baptême, mais aussi la grâce d’un salut offert (ne serait-elle pas suffisante pour éveiller notre « aspiration », laquelle combat le mal à proportion de cet « éveil » dont nous trouvons le signe indubitable chez des païens, et suffi à un jugement qui suppose la possibilité d’être sauvé, sinon il n’y aurait pas de jugement !?) néanmoins tout péché est une récidive, en ce qu’il manifeste d’une défaite qui lui est antérieure et dont il est le signe. Sa réitération (car on pourrait dire aussi qu’il nous aide et nous sert à identifier un mal en nous dont nous n’aurions pas eu conscience jusque-là) marque alors l’échec de notre examen de conscience : nous n’avons pas levé le mensonge qui nous accompagne et nous tient, nous sommes « prêts à chuter », autant dire à nous précipiter en enfer à la prochaine visite de Dieu et pour ne pas, le rencontrant, nous savoir nus, défectueux…(Désespoir…)

Encore une fois, il ne s’agit pourtant pas là d’un péché de la chair, souvent accompli en guise de compensation (un petit plaisir peut nous aider à supporter une situation embarrassante, or quoi de plus embarrassant que la honte du péché…)
L’examen de conscience, qui se fait « dans un corps », qui en a conscience et en cela l’y fait participer, tire de ce corps de quoi relativiser notre pouvoir, une sorte d’humilité qui nous incite à l’objectivité et qui finit par gagner, par démasquer le mal où il est, si nous voulons bien y consacrer du temps, ce temps qui reprendra la main et mettra en branle notre salut pendant que nous n’y penserons plus et accomplirons les tâches dévolues à notre « devoir d’état » : nous nous réveillerons du sommeil de la mort, dans lequel s’oubliait notre condition de pécheur, pour un moment de pure gratitude dû à notre salut : il aura suffi de reconnaître notre tort et de persévérer.

Je crois que Dieu ne nous demande pas plus, sinon alors ce qu’il nous a dit tandis que nous n’avions pas encore péché (« Croissez et… »)
Pas même de l’aimer : c’est bien sa réponse à celui qui avait enfoui son tallent parce qu’il le trouvait « dur » : il aurait alors dû se montrer prévoyant et cela aurait suffi.
Je crois que contrition parfaite et imparfaite se renvoient ici la balle sans vainqueur ni vaincu. Mais que contrairement à ce qu’un esprit chagrin (trop souvent ecclésiastique, ce qui n’est qu’un faux paradoxe : la joie ne se commande pas !) veut nous faire croire, la parfaite est la plus facile et praticable, elle est dans l’ordre de la nature, d’où la chance d’être baptisé, d’être convié à entrer dans son intimité.

Puisque le Christ a pris sur lui nos péchés, que nous sommes sauvés, il ne nous reste et c’est une chance incroyable, qu’à accomplir le commandement de la genèse, celui qui est devenu dans une version chrétienne ou simplement moderne, de développer ses talents.
Oui, le royaume de Dieu est parmi nous. Il y a une raison à son absence, et qui est que nous avons quelque chose à faire, ici et maintenant, en témoignage de cet amour partagé.
Sans quoi : à quoi bon vivre ? En cela, beaucoup d’incroyants auront des leçons à nous donner, à commencer par de ne pas juger notre prochain (pas même de son salut, ce que serait de prétendre que seuls les baptisés ou les croyants seront sauvés…)
Non, nous ne pouvons pas tout nous permettre parce que nous sommes pardonnés. Surtout pas prétendre avoir raison parce que nous avons la foi : ce serait donner au pardon une utilité, ce qui sera une condition définitive… en enfer.

Car l’homme qui aspire au bonheur peut aussi vouloir se l’approprier et s’en attribuer la cause, pour ne plus dépendre de personne : là où l’orgueil et la peur se rejoignent.
Alors il se trouve obligé de pardonner utile, et c‘est à mon sens cela qui lui sera le plus insupportable de continuer en enfer.
N’est-ce pas là un des ressorts du péché originel, et qui fit dire à Jésus qu’il était venu apporter le Glaive ?

Ceci étant, il y a toujours le risque de tomber dans l’impiété quand les aperçus s’emboîtent trop facilement et commencent à ressembler à ces charades sans queue ni tête (cheval de course/course à pied/ Pied à terre, etc.) où la convention n’est plus raisonnable, mais raisonnée…


Je ne sais pas si cette réflexion relève plus de la théologie que de la vie chrétienne, en tout cas je la place dans cette dernière rubrique car je ne saurai savoir si sa valeur est commune : je laisse à la modération le soin de corriger ce tir...

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