Les fols en Christ

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giraud81
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Les fols en Christ

Message non lu par giraud81 » sam. 07 juil. 2007, 13:19

Les fols en Christ
Et le pèlerin russe
Des saints pour aujourd’hui.

Dis-moi ton rapport à l’autre, et je dirai ta folie.

. C’est dans cet exposé à l’autre que l’on peut appréhender la folie des fols en Christ et la
différencier de la folie – pathogène dans la mesure où toujours ,cette dernière-née
n’est que dislocation avec soi et par voie de conséquence avec l’autre. Artaud dans son
hôpital psychiatrique de Rodez dans sa quête de l’unité(être deux en un) est l’ étalon de cette
course sans fin du tout vertical. Il ne croit pas en l’homme, parce qu’il est coupable, il n’est que
coupable et non pécheur.

- La folie en christ n’a rien à voir avec le syndrome de Jérusalem qui relève
d’une structure psychotique.

A l’opposé le fol en Christ pose un acte de foi en l’homme par son parti pris de se
reconnaître pécheur - en rupture et non en culpabilité. La confession n’est pas
une psychothérapie.
La démarche du fol en Christ est toute centrée dans la béance originelle de l’amour.
Dans l’amour fou de Dieu pour nous.
Parler de Dieu sait parler de l’homme :

-Exilés de la pensée du monde.
- Battus,
- Méprisés,
- Mis à mort
au nom de la raison.
Le fol en Christ prend source dans la folie du Christ pour son Père et la folie
du Père pour l’homme .C’est au Nom du Père que l’incarnation a eu lieu. »Le Verbe
s’est fait chair et la chair , a travers ceux qui deviennent enfants de Dieu, peut se faire Verbe,
se Verbivier dira saint Irénée.( olivier Clément »présentation de l’église orthodoxe)

Lui, de forme divine,
Ne retint pas jalousement
Le rang qui l’égalait à Dieu
Mais il s’anéantit lui-même
Prenant la forme de l’esclave
Et devenant semblable aux hommes
S’étant comporté comme un homme
Il s’humilia plus encore,
Obéissant jusqu’à la mort
Et jusqu’à la mort de la croix
(Phil.2,6-8)

Dis-moi ton rapport à l’autre :
Je te dis ton espérance ou ta désespérance.
L’exode nous fait abandonner l’espace du même pour courir l’aventure du côté de l’autre.
Non pas l’autre comme simple ‘catégorie’ abstraite inoffensive encore prisonnière de la
sphère du même. Toute construction sociale de l’autre traduit la tentation de l’enfermer dans un
stéréotype incapitant qui le dévalorise et le disqualifie. La construction sociale de l'autre traduit la tentation de l'enfermer dans un stéréotype incapacitant qui le dévalorise et la construction sociale de l’autre Mais l’autre comme autre avec tout ce que cela a d'inassimilable, d’indigeste.

L’autre qui fait bande à part et refuse de se laisser acclimater. L’autre qui refuse d’entrer dans le
cercle de l’ entendement. L’autre qui déplace, qui dérange. Il lui arrive de se révéler tantôt dans
le registre euphorique :
- tantôt dans celui de la catastrophe : De trop et du Déconcertant. L’autre qui comble ou l’autre
qui crucifie.
-Naissance ou mort. Echec ou réussite. Joie ou peine. Péché ou grâce... Au beau milieu
de nos résidences.
- l’autre ne cesse de faire irruption sous les espèces de l’inédit, de l’imprévu, de la surprise,
de la rencontre, de l’accident, de la ‘chance’ ou de l’ infortune’.
L’expérience d’une rencontre ne se transmet pas.
C’est là, la difficulté de la théologie qui se veut explication, voir compréhension de l’indicible.
Elle est compréhension de l’incompréhensible. Mon âne de Jérusalem « Nicolaky » qui a vécu
longtemps avec le fol en Christ m’est plus utile que bien des théologiens verbeux dont on ne sait jamais si.
La seule visée ne se résume pas en parlant sur Dieu a ne discourir que d’eux-mêmes..
L’altérité comme possible projet à vivre, pour répondre à Céline.
Il est envisageable d’en concevoir le concept. Sa réalité cependant se récuse.
Elle ex-pose.
Cela persiste à se tenir en face. Cela résiste à l’intégration. Cela refuse de se laisser englober
ou fusionner.
Je ne peux seulement qu’entrer en relation avec.
L’aliénation de la clôture est si peu lucide sur elle-même ! Tel ce fou qui scie furieusement
la branche sur laquelle il est assis.
-C’est par" Un cri sauvage, le cri d’un animal pris au piège "que Céline hurle
« C'est des hommes et d'eux seulement qu'il faut avoir peur, toujours. Ce monde n'est qu'une
immense entreprise à se foutre du monde. Dans l'Histoire des temps la vie n'est qu'une ivresse,
la Vérité c'est la Mort .Faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu.
Je ne veux pas que la mort me vienne des hommes, ils mentent trop!
Ils ne me donneraient pas l’infini.

la seule question qui justifie toute une vie : celle que le grand inquisiteur
pose au Christ« pourquoi es tu venu nous déranger ?
C’est la seule question qui me concerne, qui m’interpelle, la seule qui
légitime une vie à chercher, qui fait de moi un chercheur de traces.

-Etonnant échange entre Ivan et Aliocha, les Frères Karamazov.

Sais-tu, mais ne ris pas, que j’ai composé un poème, l’année dernière ? Si tu peux m’accorder
encore dix minutes, je te le raconterai. Ce poème s’intitule ‘Le Grand Inquisiteur’.
Cela se passe au XVIe siècle, en Espagne, à Séville, à l’époque la plus terrible de
l’Inquisition.
Dieu apparaît. Il ne dit rien et ne fait que passer. Quinze siècles se sont écoulés depuis
qu’Il a promis de revenir dans son royaume. L’humanité l’attend avec la même foi que jadis.
Il est apparu doucement, sans se faire remarquer, et – chose étrange – tous le reconnaissent.
Passe sur la place le cardinal grand inquisiteur. Il le désigne du doigt et le fait arrêter.
-C’est Toi,
- Toi ? Mais il ne reçoit pas de réponse.
Ne dis rien, tais-toi. D’ailleurs, que pourrais-tu dire ? Je ne le sais que trop. Tu n’as pas
le droit d’ajouter un mot à ce que tu as dit jadis.
Pourquoi es-tu venu nous déranger ? (...)

N’as-tu pas dit bien souvent: ‘Je veux vous rendre libres’. Eh bien, tu les as vus, les hommes
‘libres’, ajoute le vieillard d’un air sarcastique. Oui, cela nous a coûté cher, poursuit-il en le
regardant avec sévérité, mais nous avons enfin achevé cette œuvre en ton nom. Il nous a fallu
quinze siècles de rude labeur pour instaurer la liberté; mais c’est fait, et bien fait. Tu ne le
crois pas ?
Tu me regardes avec douceur, sans même me faire l’honneur de t’indigner ? Mais sache que
jamais les hommes ne se sont crus aussi libres qu’à présent, et pourtant, leur liberté, ils l’ont
humblement déposée à nos pieds. Cela est notre œuvre, à vrai dire; est-ce la liberté que tu rêvais ? (...)
Si jamais il y eut sur terre un miracle authentique et retentissant, ce fut le jour de ces trois
tentations.
Le seul fait d’avoir formulé ces trois questions constitue un miracle. Supposons qu’elles
aient disparu des Ecritures, qu’il faille les reconstituer, les imaginer à nouveau pour les y replacer,
et qu’on réunisse à cet effet tous les sages de la terre, hommes d’Etat, prélats, savants, philosophes, poètes, en leur disant: imaginez, rédigez trois questions qui non seulement correspondent à l’importance de l’événement, mais encore expriment en trois phrases toute l’histoire de l’humanité future, crois-tu que cet aréopage de la sagesse humaine pourrait imaginer rien d’aussi fort et d’aussi profond que les trois questions que te proposa alors le puissant Esprit ? Ces trois questions prouvent à elles seules que l’on a affaire à l’Esprit éternel et absolu et non à un esprit humain transitoire.
Car, elles résument et prédisent en même temps toute l’histoire ultérieure de l’humanité;
ce sont les trois formes où se cristallisent toutes les contradictions insolubles de la nature
humaine. On ne pouvait pas s’en rendre compte alors, car l’avenir était voilé, mais maintenant,
après quinze siècles écoulés,nous voyons que tout avait été prévu dans ces trois questions
et s’est réalisé au point qu’il est impossible d’y ajouter ou d’en retrancher un seul mot. (...)

Le pain...

Mais tu n’as pas voulu priver l’homme de la liberté et tu as refusé, estimant qu’elle était
incompatible avec l’obéissance achetée par des pains.
Aucune science ne leur donnera du pain, tant qu’ils demeureront libres, mais ils finiront
par la déposer à nos pieds, cette liberté, en disant: ‘Réduisez-nous plutôt en servitude, mais
nourrissez- nous’. Ils comprendront enfin que la liberté est inconciliable avec le pain de la
terre à discrétion, parce que jamais ils ne sauront le repartir entre eux ! Ils se convaincront
aussi de leur impuissance à se faire libres, étant faibles, dépravés, nuls et révoltés.
Tu leur promettais le pain du ciel; encore un coup, est-il comparable à celui de la
terre aux yeux de la faible race humaine, éternellement ingrate et dépravée ?
Des milliers et des dizaines de milliers d’âmes te suivront à cause de ce pain, mais que
deviendront les millions et les milliards qui n’auront pas le courage de préférer le pain
du ciel à celui de la terre ? (...)
Voilà ce que tu as repoussé au nom de la liberté, que tu mettais au-dessus de tout. Pourtant
elle recelait le secret du monde. En consentant au miracle des pains, tu aurais calmé
l’éternelle inquiétude de l’humanité – individus et collectivité – savoir ‘devant qui s’incliner’ ?
Car il n’y a pas pour l’homme, demeuré libre, de souci plus constant, plus cuisant, que de chercher un être devant qui s’incliner. Mais il ne veut s’incliner que devant une force incontestée, que tous les humains respectent par un consentement universel. Ces pauvres créatures se tourmentent à chercher un culte qui réunisse non seulement quelques fidèles, mais dans lequel tous ensemble communient, unis par la même foi.
Ce besoin de la communauté dans l’adoration est le principal tourment de chaque individu et
de l’humanité tout entière, depuis le commencement des siècles. C’est pour réaliser ce rêve
qu’on s’est exterminé par le glaive. Les peuples ont forgé des dieux et se sont défiés les uns des autres: ‘
quittez vos dieux, adorez les nôtres; sinon malheur à vous et à vos dieux !'
Et il en sera ainsi jusqu’à la fin du monde, même lorsque les dieux auront disparu;
on se prosternera devant les idoles. Tu n’ignorais pas, tu ne pouvais pas ignorer ce
secret fondamental de la nature humaine, et pourtant tu as repoussé l’unique
drapeau infaillible qu’on t’offrait et qui aurait courbé sans conteste tous les hommes
devant toi, le drapeau du pain terrestre;

Tu l’as repoussé au nom du pain céleste et de la liberté. (...)

Le miracle...

Vois ce que tu fis ensuite toujours au nom de la liberté...
Au lieu de t’emparer de la liberté humaine, tu l’as encore étendue. As-tu donc oublié que l’homme préfère la paix et même la mort à la liberté de discerner le bien et le mal ?
Il n’y a rien de plus séduisant pour l’homme que le libre arbitre mais aussi rien de plus douloureux. (...)
-Tu as accru la liberté humaine au lieu de la confisquer et tu as ainsi imposé pour toujours à l’être moral les affres de cette liberté. (...)
-Il y a trois forces, les seules qui puissent subjuguer à jamais la conscience de ces faibles révoltés, ce sont:
le miracle, le mystère, l’autorité ! Tu les as repoussées toutes trois... (...)
-Tu espérais que, suivant ton exemple, l’homme se contenterait de Dieu,
sans recourir au miracle.
Mais tu ignorais que l’homme repousse Dieu en même temps que le miracle, car c’est surtout le miracle qu’il cherche. Et comme il ne saurait s’en passer, il s’en forge de nouveaux, les siens propres, il s’inclinera devant les prodiges d’un magicien. (...)
C’est ce que nous avons fait. Nous avons corrigé ton œuvre en la fondant sur le miracle, le mystère, l’autorité.
Et les hommes se sont réjouis d’être de nouveau menés comme un troupeau et délivrés de ce don funeste qui leur causait de tels tourments. Avions-nous raison d’agir ainsi, dis-moi ?
N’était-ce pas aimer l’humanité que de comprendre sa faiblesse ?


-Le pouvoir... :

Cependant, tu aurais pu alors prendre le glaive de César. Pourquoi as-tu repoussé ce dernier don ?
En suivant ce troisième conseil du puissant esprit, tu réalisais tout ce que les hommes cherchent sur terre:
un maître devant qui s’incliner, un gardien de leur conscience et le moyen de s’unir finalement dans la concorde en une commune fourmilière. Tu es fier de tes élus, mais ce n’est qu’une élite, tandis que nous donnerons le repos à tous.
D’ailleurs, parmi ces forts destinés à devenir des élus, combien se sont lassés enfin de t’attendre, combien ont porté et porteront encore autre part les forces de leur esprit et l’ardeur de leur cœur, combien finiront par s’insurger contre toi au nom de la liberté !
L’indépendance, la libre pensée, la science les auront égarés dans un tel labyrinthe, mis en présence de tels prodiges, de telles énigmes, que les uns, rebelles furieux, se détruiront eux-mêmes, les autres, rebelles, mais faibles, foule lâche et misérable, se traîneront à nos pieds en criant:
‘Oui, vous aviez raison, vous seuls possédiez son secret et nous revenons à vous:
sauvez- nous de nous-mêmes !’
Sans doute, en recevant de nous les pains, ils verront bien que nous prenons les leurs, gagnés par leur propre travail, pour les distribuer, sans aucun miracle;
ils verront que nous n’avons pas changé les pierres en pain, mais ce qui leur fera plus de plaisir que le pain lui-même, ce sera de le recevoir de nos mains !
Car ils se souviendront que jadis le pain même, fruit de leur travail, se changeait en pierre dans leurs mains, tandis que, lorsqu’ils revinrent à nous, les pierres se muèrent en pain. Ils comprendront la valeur de la soumission définitive. (...)
-Mais je me suis ressaisi et n’ai pas voulu servir une cause insensée. Je suis revenu me joindre à ceux qui ont corrigé ton œuvre. J’ai quitté les fiers, je suis revenu aux humbles, pour faire leur bonheur.
Ce que je te dis s’accomplira et notre empire s’édifiera. Je te le répète, demain, sur un signe de moi, tu verras ce troupeau docile apporter des charbons ardents au bûcher.
Car si quelqu’un a mérité plus que tout le bûcher, c’est toi.

Demain, je te brûlerai.

Ivan poursuit... Suppose que parmi ces êtres assoiffés uniquement de biens matériels, il s’en trouve un seul comme mon vieil inquisiteur, qui a vécu de racines dans le désert et s’est acharné à vaincre ses sens pour se rendre libre, pour atteindre la perfection;
pourtant il a toujours aimé l’humanité.
Tout à coup il voit clair, il se rend compte que c’est un bonheur médiocre de parvenir à la liberté parfaite, quand des millions de créatures demeurent toujours disgraciées, trop faibles pour user de leur liberté, que ces révoltés débiles ne pourront jamais achever leur tour, et que ce n’est pas pour de telles oies que le grand idéaliste a rêvé son harmonie. Après avoir compris tout cela, mon inquisiteur retourne en arrière et se rallie aux gens d’esprit. Est-ce donc impossible ? (...)Qui sait ?
Peut-être que ce maudit vieillard, qui aime si obstinément l’humanité, à sa façon, existe encore maintenant en plusieurs exemplaires, et cela non par l’effet du hasard, mais sous la forme d’une entente, d’une ligue secrète, organisée depuis longtemps pour garder le mystère, le dérober aux malheureux et aux faibles, pour les rendre heureux. Il doit sûrement en être ainsi, c’est fatal. (...)
Comment finit ton poème, demande Aliocha ?

Tout à coup, le Prisonnier s’approche en silence du nonagénaire et baise ses lèvres exsangues.
C’est toute la réponse. Le vieillard tressaille, ses lèvres remuent; il va à la porte, l’ouvre et dit: ‘Va-t’en et ne reviens plus... Plus jamais !’
Et il le laisse aller dans les ténèbres de la ville. Le prisonnier s’en va.

(Le Christ, semble-t-il, se retire parfois dans l'ombre de l'histoire, se laisse chasser, se laisse bafouer, pour se manifester de nouveau d'une manière inattendue.
Le suc de ses paroles est plus fort que la "sagesse de ce siècle" ;
ses pousses percent tous les systèmes de pensée, même ceux qui s'appellent chrétiens.
Je me souviens des écrits de Teilhard de Chardin. Quand, il écrivait qu'après chaque
crise de l'histoire, le Christ apparaît de nouveau dans une profondeur inattendue,
dans la lumière nouvelle. Cela sera dans l'avenir jusqu'au moment où il viendra,
parce que ce ne sont pas les hommes qui ont créé le Christ mais le Père les a créés dans
Son Fils et leur a donné une étincelle de Son Esprit. Et l'Esprit restera la mère qui
fait renaître dans nos âmes –dans la sainteté inattendue, dans la découverte nouvelle –
Le Christ qui aujourd'hui est dans les siècles est le même, celui qui sauve,
celui qui unit).
En opposition à la folie actuelle qui « disperse », l’homme en décombres.
Et le vieillard ? Le baiser lui brûle le coeur, mais il persiste dans son idée. -
Pour autant, j’ai la certitude existentielle que la réponse ne peut se découvrir dans sa plénitude, que dans le Christ.
Parce que Le Christ n’est à la mesure de rien..
Il est la démesure de toutes choses.
Son agapè n’est pas à la mesure d’éros. La miséricorde et le pardon ne sont mesurés par rien d’autre que par eux-mêmes, c’est-à-dire par leur démesure.
Le Christ meurt librement.
. La croix du Christ est la ‘croix’ de toute de-mesure.
Péché et grâce sont à la démesure d’Agapè. La démesure d’Agapè est infinie.
Il n’y a pas de limites aux extrêmes. Ni au péché. Ni à la grâce.

-Le malin dans le désert est dérouté par cette folie dans il n’a pas la mesure parce qu’elle est démesure .Le malin n’est déraisonnable que dans le raisonnable de l’enclos.
On peut concevoir le refus du miracle et du pouvoir…mais le pain !
Quel est donc ce Dieu qui offre la liberté au détriment de la faim ?
Ce piège est des trois le plus pervers.
La réponse est déroutante. A la limite impensable, pour la sensiblerie de l’homme moderne.

- Le fol en Christ déroute :
-Par son comportement inadapté, il oblige à un ailleurs.
-Alors que le mal est toujours raisonnable du point de vue d’une transcendance à l’horizontale.

-J’ai besoin de cette démesure, j’étouffe dans les tiédeurs du tout horizontal.
Je ne supporte plus que ce devoir de parler de l’Amant avec un vocabulaire politiquement, liturgiquement « correct »dans « la mesure » a voix basse, en demi- teinte « surtout pas de vague ».
Les mêmes qui refusent la psychanalyste sont prêt à psychiatriser le fol en Christ.
Idéal petit bourgeois qui mesure tout, dont la seule peur est de vivre dans la démesure de l’Agapè.
Il faut être poli avec le bon Dieu, ne pas mettre ses mains sur la table de l’Agapè.
On se tient bien à table n’est-ce pas ? Ne mets pas les coudes sur la Table !
Tiens toi- bien ! On ne parle pas a table !
Toute une éducation chrétienne pour crever dans la mesure. Alors que l’Autre qui m’interpelle est démesure…jusqu’ à mourir pour moi.
Ras le bol des ces chrétiens endimanchés, bien propre…qui sont choqués, voir scandalisés qu’un clochard participe à l’Agapè (il n’est pas propre, il sent le vin, il empeste l’amour de Dieu pour lui.) Il reste à la porte tendant la main.
J’ai peur de mourir étouffé par ces hommes qui viennent avec leur cœur mondain et leur fond tout occupé prier et demander. Mais le pain ne leur est pas donné.
Ce n’est pas la faute de Dieu.
- C’est leur propre faute.
- Ce sont ceux-là qui reçoivent une pierre au lieu de pain. C’est-à-dire un cœur dur comme la pierre.
Dur, sec, froid, éteint, sans dévotion et sans grâce. Ils lisent rapidement les livres, les uns après les autres, mais n’en éprouvent aucun goût, n’y réfléchissent pas, ne ressentent pour les lire aucun désir ni aucune soif.
Quand ils ont ainsi fait leurs exercices d’une manière grossière et aveugle, ils vont se coucher et s’endorment.
Au matin ils recommencent de la même manière. De faire ainsi leur pauvre petite prière, cela leur semble suffisant. A ce régime, leur fond devient aussi dur qu’une meule de moulin... j’ai peur de leurs ressembler.
En fait, ils ne me renvoient à ma propre image.
Je ne suis pas mieux qu’eux, je suis pire qu’eux. Si quelqu’un ne te plaît pas, pense qu’en son visage tu vois le Christ. A ce moment tu n’oseras plus exprimer, ou même penser, la moindre critique.
Un visage humain n'est pas réductible à la nature et à la société.
"Il apparaît furtivement comme unique, déchirure dans la prison indéfinie du monde ", écrit Olivier Clément. Et c'est à partir de ce visage qu'il faut façonner le disciple du Seigneur. Souvenons-nous des Pères de l'Eglise qui aimaient dire que l'homme est potentiellement christique parce qu'il unit le visible et l'invisible, la terre et le ciel !

-Mais, j’ai la nostalgie de la beauté du Regard, quand il est témoignage de la souffrance du Christ.
Ce n’est pas la souffrance qui est belle, mais la résurrection qu’elle déclare et l’amour fou de Dieu pour nous qu’elle révèle. "Qu’est-ce que la beauté?
« Regardez le charbon et le cristal. Le charbon et le cristal, du point de vue chimique, sont la même chose;
alors pourquoi le charbon est-il laid et le cristal est-il beau? Parce que le charbon attire toute notre attention sur lui-même, alors que dans le cristal on voit le soleil et toute la lumière:
à travers lui, on voit quelque chose d’autre, qui est supérieur à lui et qui le rend beau"
Soloviev

Je n’y peux rien .Peut- être même que cette exigence de servir prend sa source :
dans cette terre de soleil, de mer et de ciel bleu. Il y a une part de destin
qui nous échappe ! Elle s’offre dés la naissance, elle se propose comme
la sensualité. Il y a des générosités et des corps qui ne naissent que dans la
démesure de la nature : d’un corps offert au soleil et a la mer .

Dès la naissance nous sommes des nantis de l’essentiel par la nature.
De fait, sans aucun mérite Nous posons un autre regard sur l’autre,
comme obligé par le trop plein de lumière et la couleur de la mer :

-Lesquelles sculptent une " philosophie des visages ". Car, la seule langue natale des
hommes, selon Christian BOBIN, " c'est celle des visages ". Le mot " personne "
s'y réfère pleinement.
En latin, " persona " est un mot d'origine étrusque qui désigne le masque que
portaient les acteurs du théâtre.
On y verra une métaphore du visage humain dans la mesure où le visage parle
en échappant à la capture des descriptions qui le figent
(celles qui " dé-visagent " littéralement).
En grec, le mot " prosôpon " désigne un autre aspect de la personne,
lui aussi encore lié au visage :
" Être face aux yeux d'autrui, face tournée vers l'Autre, en relation,
en rapport avec autrui, être- en- communion " André BORRELY ».
La parole qui "était au commencement avec Dieu" fait le sacrement de
la personne humaine. "La lumière qui est en toi" (Luc 11.35), l'image de Dieu, le
visage du Christ au fond de notre être, "constitue" ce commencement du
divin en l'homme.
La Parole s'illumine de l'intérieur du silence. Il est le sceau de l’exil.
Le visage se dessine au fond du mystère.
Ce visage intérieur est gravé sur chaque être humain. Il est comme un message
personnel à chacun de nous.
Il reste souvent anonyme, quand nous ne voulons pas le voir,
mais de son anonymat, il nous appelle au dialogue,
à la reconnaissance. Il nous regarde, nous scrute, nous écoute.
Il se révèle sans cesse, mais pour la rencontre
véritable, il faut le choisir, faire un pas vers lui, il faut lui dire : Toi.
Le Mystère, la Joie de la Vérité, (La Joie du Christ réside seulement dans le Présent. Dans le
Présent Eternel de Dieu), le Visage – ces trois paroles naissent les premières.

Le sacrement du Frère est tout autre que l’accomplissement
des bonnes œuvres.
Il est ailleurs : du regard à regard, dans le silence, dans le dire
merci, dans le dire pardon, dans l’humilité de
celui qui sert. Dans le Notre Père :
Quelles que soient nos divergences, si nous pouvions, du fond du coeur,
sans mensonge ni hypocrisie d'aucune sorte, nous adresser à Dieu
et L'appeler : notre Père , toutes nos querelles et nos rancunes s'apaiseraient,
nos inquiétudes maladives s'évanouiraient, nos scepticismes et nos
angoisses se changeraient en certitudes et notre impuissance en une foi
qui soulève les montagnes ; nous aurions la joie indicible,
prélude d'un bonheur éternel.
Quand on a vécu toute une enfance dans ce jardin, où la beauté des
parfums chaque soir n’articule que l’harmonie. La question du partage ne se
pose pas, elle s’impose, comme allant de soi à celui qui en est
nanti par le destin. On sent bien que ce parfum n’est pas de
l’avoir mais de l’offrande, du partage. La question ne se pose même pas.
Elle s'ordonne. Elle va de soi.
.
Al ‘umm (la mère)
extrait de Requiem en terre d’exil pour ne pas désespérer après quarante ans de camarde .R .Giraud
. Quelle est cette mer
Dont la parole est un rivage
Mes maux à cette rive
Retrouve la parole
Quand ces mots sont entendus
Par l’oreille
Ils sont reflets du soleil
Reflet des brumes du soir
Je viens te rejoindre
Fidèlement visiter ton jardin
Avant de me piquer
A la rose noir !
Et danse sur la mer
Où les fleurs de ton oranger
Sont parfumées par le rose – mauve
Des lianes Floride
Où les massifs des corbeilles
D’argent endorment mes peurs
D’enfant faites des danses
Couleurs rubis
Des bougainvilliers qui s’entrelacent
Comme des amoureux
Sous les lauriers de rose – rouge
A la lumière douce
Et jaune du mimosa
Mes yeux gardent l’odeur parfumée
Du chèvrefeuille,
Mes oreilles les fleurs monstrueuses du zinnia
Qui me disent la danse noire
Qui hantera ma mémoire du temps d’exil
Mais
Me disent aussi la danse
Aux odeurs fortes des hommes
Sur le vin de vie des raisins
De la colère les soirs d’été
Très vite dans cette mer d’huile
Mon regard aperçoit l’odeur
Couleur jaune des citronniers
L’orange des orangeais aux fleurs
Blondes d’une enfance « Bari »
Le citronnier des quatre saisons
Et puis
Debout bravant le ciel les
Cyprès qui ne songent qu’a hier
Et non plus a demain
Ecoutant
Le rire triste, ce rire qui
Palpite qui t’appelle !
Son rire tendre est doux chante encore
En moi ce soir.
Ainsi va la vie
Pendant longtemps, où le temps
Court
Des maux aux mots.
Puis sans le vouloir je suis passé
Prés de tes roses et déroba leurs
Parfums qui me révèleront le secret
De ma nuit et du jour
J’ai quitté ce jardin maternel
Planté
De soleil :
Pour un territoire froid et glacé
Au goût d’orange amère.
Quand un petit âne
Qui tire son bat
Dont je ne connais pas le nom
Mais n’entend que le son
De ses sabots
Me redonnait mon nom
Il était temps.

-Dans la caverne, le virtuel :
La folie de plus en plus accapare la place au détriment du réel.
Conséquence de la grande dérive idéaliste de notre modernité, lorsque le ‘réel’
n’est plus que le ‘réel- pour- moi’.
Dans les limites de mon approche, de ma sensibilité ou de ma compréhension.
Alors devient grand le risque de désespérer d’un réel- réel en même temps
que d’une possible vérité en soi.

Mais si l’homme n’est finalement plus que le reflet de lui-même, que devient
le questionnement sur un tel être fantomatique?
-Contre l’âme ‘bourgeoise’, c’est-à-dire une âme qui se retrouve et se
complait dans le :
‘Discours du bien- portant - bien- pensant, tout en souffrant de
certaines inadéquations. Vous la persuaderez sans peine que ses négativités
sont de conjoncture et non pas d’état ni de décision.
La voilà déculpabilisée en profondeur. Promettez lui de
l’accorder à la consonance.
-Alors qu’il faut tirer au clair les monstres qui sont en nous, ne pas avoir
peur de les regarder en face.
Là aussi Evagre le Pontique dans un vocabulaire autre, aborde le
refoulement- il y a chez lui une description fine et moderne de
la psychopathologie de la dépression .Aujourd’hui, on pense avoir inventer le psycho – somatique.
Evagre le Pontique en fait toute une description, bien plus fine,
que nos contemporains, dans la mesure où il la place, la fait circuler aussi en sa verticale.
Le grand enfermement :
Spécificité de notre modernité ! Un Michel Foucault en a marqué les contours :
- Du côté des prisons.
- Du côté des hôpitaux psychiatriques.
-De tant et de tant de côtés !
Ce besoin perfectionniste de classer et de mettre en cage. Aux beaux
jours du Moyen Age le fou avait droit de cité parmi les hommes à
part entière. Le débile cohabitait avec les autres enfants de la maison.
Le malade, même à l’hôpital, restait entouré des siens. On logeait les
morts au cœur du village.( en Afrique les choses se vivent encore comme
cela, mais hélas, nous pouvons en
percevoir la fin). Mais le grand enfermement n’est pas seulement de nature
sociologique. Ce sont les âmes qu’il fallait parquer. Ce sont les esprits,
toujours rebelles, qui devaient
se façonner aux limites étroites de l’enclos. .

-Les fols en Christ des- stabilisent la folie nihiliste de la caverne.


- La parole se désintègre. La parole humaine n’est plus
à partir du sens mais se veut créatrice du sens.

-Contre les bigoteries de gauche ou de droite. Contre le ‘correct’ sous toutes
ses formes...
L’homme moderne a beau protesté. Il ne pourra jamais faire comme s’il
était seulement sorti de la cuisse de Jupiter. On ne lutte pas toute
une nuit – comme Jacob – avec l’Autre sans se retrouver déhanché le matin.
C’est dire que mon approche se veut être en même temps provocatrice, et
révolte par le souffle pro-vocateur de l’Esprit. Parce que en
tout un premier lieu, elle se laisse émerveiller.
Sa source n’est pas le manque, mais l’émerveillement qui
caractérise « le pèlerin russe ».
La prière du cœur est ce référentiel. Ma provocation, ma révolte
ne peuvent se justifier que par ce référant Et, dans ce référant..

Le Logos – en grec: tout ensemble parole, calcul, science, raison,
intelligibilité – non pas seulement ‘au commencement’ spatio-temporel
mais ‘au principe’.
‘En archè’. C’est-à-dire à la racine absolue de toute chose et
de toute raison.
Avec Dieu. Dieu lui-même. Le Souffle de Dieu. Verbe fait chair qui habite
parmi nous.
-Ce Logos n’est pas de l’ordre de la nécessité, mais de l’ordre de la personne.
Il n’est pas un neutre ‘il y a’.
Il est un ‘je suis’’. L’absolu ‘Je Suis’. Toutes les mystiques du monde
convergent vers Lui. Une seule le désigne, le reconnaît, le nomme, le rencontre
en personne. Logos fait chair.
Jésus Christ. Fils de Dieu. Fils de l’Homme.
Toute autre référant au seul horizontal débouche sur le suicide, dans le
Meilleurs des cas, dans le pires des cas sur les totalitarismes de couleur
rouge ou brune, des sans barbe et avec barbe.
L’anthropologie négative dit ‘oui’ à travers un ‘non’. Sa vérité passe entre
les mots et dans l’éclatement de la nominaliste et défensive clôture
des étiquettes. Par-delà la masse accumulative des articulations , elle pointe vers..
. Encore ne faut-il pas suivre l’imbécile qui, selon le proverbe
chinois, ne regarde que le doigt lorsque le sage pointe l’index vers le ciel !
Tout discours en clôture se révèle béant d’altérité, s’ouvre à l’au-delà de sa
propre positivité et dit dans l’ouvert. Pas seulement, scientifiquement,
la larve. Mais aussi, poétiquement, le papillon.
Malgré les apparences qui donnent d’abord raison à la larve.
Comme l’humour (caractéristique du fol en Christ, toujours en
dérision de lui- même) pour laisser place au Tout autre.
L’anthropologie négative commence par lire entre les lignes du phénomène humain.
Là où c’est blanc entre les signes. Là où l’homme ‘passe’ l’homme.
Une telle approche ne peut que fuir le flot de paroles si incroyablement sûres
d’elles-mêmes telles que proférées par les ‘pseudo- sciences du bla-bla-bla’
en quoi se résume hélas trop souvent ce que devraient être d’authentiques
‘sciences humaines’. Une anthropologie ‘de la béance’ ne peut que
situer dans l’humour radical les positivistes consistances.
C’est en leur cœur qu’elle surgit. Et c’est dans leur négation
qu’elle procède. Dialectiquement,
L’anthropologie négative a plus volontiers partie liée avec le silence.
Et pourtant elle doit se dire aussi.
Tout en sachant qu’elle ne peut jamais arriver à s’articuler dans la clôture
d’un discours ligoté sur lui-même. Il lui reste à parler autour,
là est la fonction de la folie du fol en Christ.
Elle parle dans les béances du plein. En ne cessant d’entretenir
cette étonnante pensée de derrière.
Elle cultive le non- sérieux. Elle se prend elle-même avec un sourire.
L’anthropologie de la béance ne peut donc pas ne pas être contestatrice
des clôtures de l’humain sur lui-même telles que célébrées par les ‘sciences’ dites ‘humaines’.
Et en premier lieu de ce qu’elles refoulent avec une si constante insistance, à savoir
le judéo-chrétien ‘autre’, le grand ‘non’ qui fait irruption dans l’histoire par la
révolution judéo-chrétienne.

Les facéties des fols en Christ cultivent ce « non sérieux «.

L’anthropologie négative n’a pas peur de dévoiler le mécanisme du
refoulant refoulé. Dut- elle pour cela opérer une psychanalyse de la
psychanalyse elle-même. Les mécanismes de la psychanalyse, leur
fonctionnement et leur impact dans la modernité sont parfaitement
significatifs de ces enfermements.

-L’acte fondateur par l’église : de la folie en Christ,
et, des pèlerins russes :

A cause du Christ (1.co.10).
«M ais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages :
Dieu a choisi les choses faibles
du monde pour confondre les fortes »(1.co.1.27).
« Dieu n’a t- il pas convaincu la sagesse du monde ? Car, puisque le
monde avec sa sagesse, n’a point connu Dieu dans la Sagesse de Dieu
il a plu a Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication.
Les juifs demandent des miracles et les grecs cherchent la sagesse : nous nous
prêchons Christ crucifié :
scandale pour les juifs, et folie pour les païens, mais puissance de Dieu
et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant juifs que grecs.
Car la folie de Dieu est plus sage pour les hommes, et la faiblesse
de Dieu est plus forte pour les hommes. » (2.2025). Et une nouvelle fois,
il nous faut nous référer
au « grand inquisiteur »pour comprendre le rôle des fols en Christ.
. La tentative des fols en Christ n’est pas contre l’ordre social,
révolution dans l’église.
Mais, un rappel des béatitudes contre les « bien- priants »
(Séraphin de Sarov) et les » théologies verbeuses »


.-La folie du Christ :

Prends le temps d’écouter cette histoire que l’on raconte dans les
écuries me dit Nicolaky :
« Il y avait dans une ville un homme nommé Tirga. Il habitait dans une maisonnette
avec son petit frère Patwoin. Patwoin était un garçon impossible, voleur,
bagarreur, ivrogne... Tirga le savait. Lui, jeune homme paisible et doux,
estimé de tous, il aimait la paix. Il a tout fait pour amener son frère sur la
bonne voie mais en vain, jusqu'au jour où, étendu sur son lit en train de lire,
il vit Patwoin arrivé à grande vitesse, respirant de toutes ses forces,
mouillé des cheveux aux pieds de sueur et de sang.
Il venait de tuer un homme. Au même moment, il entend devant sa porte le bruit
d'une grande foule et quand il jeta un coup d'oeil à la fenêtre, il vit qu'elle
était armée de pierres, de bâtons et de couteaux
criant: "tuez-le !
Tuez-le!..." Tirga, sans chercher à comprendre, demanda à son frère de lui donner
son habit ensanglanté.
Quand il l'eu prit, il se le vêtit rapidement et, sans hésiter, il fonça dehors mais,
il n'eu pas le temps de franchir le seuil de la porte que, la foule en colère,
à la vue de l'habit, se jeta sur lui. N'eut été
l'intervention d'un policier qui se trouvait à coté, il aurait succombé sur place. Le policier le
conduisit directement aux arrêts et engagea la procédure judiciaire.
Le jour du jugement, La salle était pleine, il n'y avait pas de place
d'autres sont donc restés dehors.
Patwoin aussi était là. Lui qui n'arrivait plus à dormir. La foule, sans se lasser,
avant l’entrée des juges,
criait toujours: à mort, à mort...Ce fut un jugement particulier.
Il n'y avait pas d'avocat. Le coupable ne disait rien.
Il ne pouvait rien dire. Il n'avait rien à dire d'ailleurs.
Le jugement n'a donc pas prit du temps.
Le verdict est prononcé. Le coupable est condamné à mort.
Exécution immédiate, mais avant de passer sur la
potence, le condamné, comme il avait droit, demanda à voir son frère.
Il n'avait qu'un seul mot à lui dire.
Patwoin, les larmes aux yeux, se dirigea vers son frère enchaîné.

Ils s'embrassèrent très fortement et,
Tirga, avec un regard doux et plein d'amour, les lèvre grelottant dit:
"je l'ai fais pour toi, va et ne fait plus".

-"Je l'ai fais pour toi, va et ne fait plus" est aussi la parole d'un homme qui, voyant le
châtiment dirigé contre nous à cause de nos fautes s'est porté volontaire pour s'en
charger à notre place. ».
-Ainsi parlent, le soleil couché, les ânes dans les écuries aux portes des monastères.
L’homme n’est pas seulement fils de l’actualité. Il est aussi enfant de l’éternité.



L’essentiel de l’humain se décide entre le clos et l’ouvert.
Oser sortir de la caverne.


L'irruption de Dieu dans une existence humaine participe de la violence. L'homme
ne s'en remet que fort secoué.
Aux antipodes de la sécurité bourgeoise, l'aventure spirituelle ne se
capitalisme pas. Elle expose à une déconcertante Rencontre qui, seule,
ultimement, consomme la pacifiante Présence.
Ce Dieu qui dérange.
Ce n'est pas une expérience allant jusqu'à l'extrême de la logique profonde de mon esprit lui-même.
C'est le surgissement inattendu de l'imprévu. C'est l'Autre qui fait irruption. Gratuitement dans ma vie.

Il se procure d’aimer, il se donne à aimer, il se fournit comme l’Amant, il ne s’impose pas.

-L’autre comme rencontre
-l’autre comme sourire
-l’autre comme rendez- vous
-
Emmaüs
Lc 24,13-
Deux hommes sur une route de banlieue.
Deux hommes qui nous ressemblent comme des frères.
Deux croyants, qui ont vécu avant nous l'aventure de la foi.
- Tout commence pour eux par une initiative du Christ.
Ils ont espéré, et maintenant ils n'espèrent plus. La libération politique d'Israël n'a pas
eu lieu; le prophète Jésus est mort sans résistance, du supplice réservé aux criminels,
en quelques heures, aux portes de la ville:
c'est l'échec sur toute la ligne: la mort a vaincu une fois de plus.
Il y aurait bien une lueur d'espoir: des femmes du groupe prétendent que Jésus
est vivant. Tout ce qu'on sait, c'est que le tombeau est vide:
quelques-uns y sont allés voir; mais lui, Jésus, ils ne l'ont pas vu.
Ainsi en va-t-il de nous, chaque jour. Nous avons entendu parler du Ressuscité,
nous accueillons le témoignage de la communauté de Jésus, mais lui, nous ne le
voyons pas. Nous le croyons lointain, et pour- tant, invisiblement, il chemine avec
nous; jour après jour il reprend avec nous l'initiative du dialogue.
- Et cette initiative d'amour prise par Jésus rend possibles la rencontre et la
reconnaissance progressive.
L'inconnu qui a rejoint les deux disciples ne les aveugle pas de sa gloire,
comme saint Paul fut aveuglé sur la route de Damas, il ne leur montre pas
ses mains et ses pieds, il ne leur donne pas d'évidence facile:
Il les invite à écouter une parole déjà dite par Dieu, une parole qui commente
divinement l'histoire de Jésus le Nazaréen et qui révèle le sens de ce qui s'est passé.
Il a plu à Dieu de sauver le monde par la folie de la Croix, en réservant à Jésus
le destin mystérieux du Serviteur souffrant; mais la folie de Dieu est suprême sagesse
pour le salut des hommes.
Tout au long de la route, cette catéchèse de Jésus transforme le regard des disciples;
mais ils ne se rendent pas compte tout de suite de la "brûlure de leur cœur",
ni de la clarté qui est entrée en eux.
Ils comprennent peu à peu. Ils ont suffisamment soif de la lumière pour retenir
Celui qui l'apporte, mais ils ne le reconnaîtront, lui, qu'au moment où la liturgie de la parole
débouchera sur la fraction du pain, au moment où la parole les introduira dans le sacrement
de l’eucharistie.
Mystère de l'amitié: l'invité devient l'invitant; l'invité donne en partage sa propre chair.
Mais ce moment suprême où éclôt la présence est également celui de la séparation :
Comme Marie de Magdala,
Les deux hommes doivent saisir la présence dans l'absence, en faisant
fond sur la parole de l'ami.

Il n'est pas question de voir, de toucher, de sentir la proximité; il s'agit, par la parole
et le sacrement,
de communier à la vie du ressuscité. La rencontre ne peut se vivre que dans la Liturgie
….elle est :
chemin d’Emmaüs.



- Ainsi, l'initiative du Christ aboutit une fois de plus à une rencontre personnelle mais
en Eglise et par l’Eglise.
Mais aussitôt ce dialogue avec le ressuscité s'épanouit en mission et en témoignage.
Les fols en Christ et le pèlerins russes sont un des formes en mission parmi bien d’autres.
Ils étaient partis, tournant le dos à la ville de l'échec, abandonnant les frères à leur solitude.
Mais, ayant rencontré Jésus, ils reviennent d'instinct à la communauté. Ils avaient fui
la fraternité désemparée, fixée sur le souvenir d'un mort; mais maintenant qu'ils ont rencontré
le Vivant, ils se veulent à jamais solidaires de ceux qui croient en lui.
"Se levant, à cette heure même ils revinrent à Jérusalem,
et ils trouvèrent réunis les Onze et ceux qui étaient avec eux". Habités par :
Un feu dévorant au plus profond d’eux- même.
Et ils se dirent l’un à l’autre: “notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de
nous, quand il nous parlait en chemin ? (Luc 24,32).
L’Autre, Non plus objet mais sujet. L’AUTRE qui se rencontre. L’AUTRE
qui fait être l’Autre dans la réciprocité de l’harmonie.
Mais, l’Agapè (qui dépasse le face à face) presse a vivre ce face a face avec l’autre
en la présence du Christ.


C’est Lui qui sur le chemin d’Emmaüs ouvre la rencontre, lui donne sa signification
communautaire, Eucharistique. Là, où éros n’a pas de place.
L’irruption chrétienne d’Agapè retourne la fondamentale violence théurgique.
Ce n’est jamais qu’un homme déjà divin qui décide de sa divinité. Et partant de son humanité.
Un homme qui ne peut chercher que vainement son identité dans la clôture du même.
Puisque déjà, à la racine même de sa décision, se tient l’Autre. A partir de qui est la
radicale possibilité de décider autrement. Parce que déjà Dieu s’est fait homme, toute la violence
Théurgique du monde ne peut plus fonctionner que négativement.
N’est-ce pas cela qui sous-tend essentiellement la dramatique profonde de notre modernité ?
Quand je parle de la violence théurgique, j’entends par là, l’un des ces aspects :
La tentation ne vise-t-elle pas profondément l’indifférence ?
- La non- différence.
-La non- altérité.
-Le même absolu.
- Pourquoi, par exemple, le désir d’avoir et d’avoir toujours plus ? Pour combler
quelle béance ?
Mais pourquoi la béance se creuse-t-elle toujours plus à mesure qu’elle se comble ?
N’est-ce pas qu’elle mesure une différence qui, loin de se réduire, augmente ?
Plus j’ai, plus je veux avoir, et moins j’ai réellement.
Parce que plus se manifeste la différence qui me sépare de l’infini du tout.
L’avoir humain existe sur fond de ‘tout- avoir’.
Mais l’avoir n’est encore que pour le pouvoir.
Le pouvoir est pour la gloire. Oui ce monde est fou de pouvoir, d’avoir.
Il nous fait croire, un peu trop naïvement sans doute, que tout, l'être
comme l'avoir, la valeur comme le bien-être, le sens comme la connaissance,
n'est qu'en croissance, par accumulation, le long de la
ligne du temps. Plus et mieux aujourd'hui qu'hier. Plus et mieux demain-
Qu’aujourd’hui.
Le tout -avoir est pour le tout- pouvoir. Le tout -pouvoir est pour la
toute- gloire. La toute –gloire est profondément pour être –dieu :
Là, où L'acte de foi fondateur de la modernité va au ‘progrès’.



(Jean Daniel dans l’éditorial de nouvel observateur (mai 2003) :
-« Parmi les manifestants, dimanche dernier, on interroge un adolescent
sur les raisons de sa présence.
Il répond : « Pour les retraites d’abord » Pas contre Luc ferry ?
Pas pour les profs ? Pas contre le gouvernement ?
Non. Pour les retraites. Formulée avec une voix au timbre juvénile,
gouailleur, innocent, cette réplique m’a laissé rêveur. Depuis quand pense-
t- on à la retraite quand on a quinze ans ?
- Il n’y a pas si longtemps la retraite était comme la mort, c’était pour les autres.
Avant d’y arriver, on avait la perspective d’une prodigieuse chevauchée d’aventures,
d’une escalade de projets cajolés) ».
-Des jeunes vieillis, du déjà vieux (usés, sans- souffle) dés la naissance,
qui passeront leurs vies à vouloir rester jeune. Des corps a débiter pour leurs trop plein
de graisses ! Un homme qui court derrière son ombre,tous les dimanches pour garder
en forme, son uniforme de jeune. La femme forte de ne pouvoir se faire remonter les
bretelles, se fait remonter les seins. Un homme qui veut donner l’illusion à soixante ans,
de bander dur, grâce au viagra. Hélas pour lui, l’effet du médicament n’est jamais à
l’heure, où trop- tôt ou trop- tard, jamais… à la bonne heure ! Cet homme dont le seul idéal
est de ne pas paraître avoir son âge.
La vitrine n’arrive même plus à servir de cache misère.
Hélas l'évasion est illusoire et, plus on veut partir, plus les murs font sentir leur
étroitesse.
"Allons-nous en loin d'ici ", suggère Estragon, mais Vladimir, plus lucide,
moins spontané, répond:
" On ne peut pas... il faut revenir demain … attendre Godot" (GO, p. 160).
"J'essaie de m'en aller, murmure.
Clov... depuis ma naissance" (FP p. 28).
Mais où aller s'il n'y a nulle transcendance, ni ailleurs?
Prendre le large est impossible à moins que l'on ne consente au naufrage, à moins que
- tel Maunu – on ne se livre à la mer dans une barque sans voile ni rame (CO, p. 58) –
ou encore dans une barque trouée d'avance comme le personnage qui parle dans la Fin
(NT, p. 122): alors en effet on entre dans le définitif et dans le silence.
La vie n'est jamais qu'un long naufrage et non un fleuve tranquille;

la question est de savoir si l'on tient à le prolonger où s'il vaut mieux en précipiter la fin.
" Seul dans la boue oui le noir oui sûr oui haletant oui quelqu'un m'entend non personne ne
m'entend non murmurant quelquefois oui que ça cesse de haleter [.. .] Oui à la boue,
oui moi, oui ma voix, à moi oui pas à un autre non [...] personne n'entend oui...
" (CC, p 176), Alternance de halètements et de murmures, seule réalité indubitable,
et tout autour cette boue noire et puante, chaos indistinct, " marais " où fermente la contingence.
Mais qu'est-ce donc que ce Moi, qui ne fonctionne que sur l’oubli ? Un " penser pur ",
sans histoire, sans caractère, sans personnalité, sans projet, une existence lovée sur
soi comme un serpent prêt à broyer, à aspirer, à assimiler tout ce qui passe
à sa portée, un engin destructeur dont la fonction est de " décréer "du réel et de sécréter
du " mental ", c'est-à-dire du désespoir.

L'image que Beckett nous propose de nous-mêmes ne permet aucune
complaisance. C'est une image horrible. Si l'on en reconnaît la justesse profonde on
est aussitôt requis de la dépasser; l'homme est cela et en même temps il n'est pas cela.
Il est ailleurs, il y a autre chose, il faut qu'il y ait autre chose... Cet autre chose, à la fois
indispensable et illusoire, écrase de son absence tout le paysage humain:
les êtres, les décors de la vie, tout porte chez Beckett - et jusqu'au style même –
le deuil de l'Essentiel: c'est le monde après la mort de Dieu.
Dans Fin de Partie on n'attend plus rien et c'est pourquoi Hamm achève de mourir.
On y étouffe parce qu'il n'y a rien à attendre, rien à espérer:
HAMM - Toute la maison pue le cadavre.
CLOV: - Tout l'univers (FP, p. 65).

C'est l'odeur de la vie après la mort de Dieu. Le fol en Christ par ces pitreries
ouvre au même constat.
- Sauf , que sa dérision de tout ne débouche pas sur le nihilisme mais sur la
rencontre dans son absolu nudité, sans artifice, mais en artifice de la folie pour Dieu.

« Expression désespérée d’une ultime prise de conscience : la vanité de toutes les
tentatives de fuite. »
Abyssus abyssum invocat » l’abîme, son propre néant, appelle le néant,
le cri du vide dans le vide…
.puis Gabriel Bunge dans Akédia P, 91), écrit : « ce processus graduel de
dépersonnalisation révèle un fait métaphysique plus profond. Le christianisme est la
révélation suprême de la personne : la manifestation
la personne de Dieu dans la personne de l’homme, qui s’aperçoit, dans cette révélation
de soi de Dieu, dont il est l’image, de son propre être personnel. Si « l’image » se détache
du« prototype »auquel elle doit son être, alors la conscience de l’être divin et humain
s’évanouit aussi.
. Ce que je nomme « trace de Dieu »… c’est cette réflexion, ce souffle, qui a traversée le temps,
d’une l’histoire mouvementée de l’Eglise. Fraîcheur de cette eau qui a traversée les déserts
des cœurs arides de l’homme pour nous abreuver, aujourd’hui.
L’humain n’a pas fini de sortir de la caverne. L’humain n’a pas fini de faire son
exode. Aujourd’hui encore.
Aujourd’hui plus que jamais.
Il est vrai que nous l’avons aménagée, la caverne de notre modernité.
Elle a été immensément élargie. Eclairée désormais à l’électricité, sonorisée avec
puissance et haute Allégeance et dotée de mille platitudes, elle est devenue encore plus
confortable. Le jeu des ombres s’est Perfectionné :
au bonheur- d’un- jour !
On n’en perd pas le moindre détail sur les petits écrans. Les media se plaisent à
Accorder et à forcir les polémiques des cavernicoles...
Les urgences aujourd’hui. Négativement: prendre la mesure de la caverne.
Dénoncer les clôtures.
Contester les enfermements. Positivement: crier la différence. Témoigner de l’Autre.
Vivre en folie du Christ.
Seule cette folie décapsule de l’enclos.

Ouvrir un espace à l’Esprit des premiers chrétiens, C’est là,
la vocation des fols en Christ par l'outrée de la dérision
d’eux- mêmes et du monde.

On pourrait dire aussi que :
« Le monde contemporain nous a déjà retiré le dialogue, la liberté et l'espérance,
les jeux et le Bonheur.

Il s'apprête à descendre au centre de notre vie pour éteindre le dernier foyer,
celui de la Rencontre.
Là ou nos atouts sont perpétuels, comme l'orage et comme le baiser, comme les
fontaines et les blessures qu'on y lave »" René Char
Poésies des profondeurs, telle est la parabole d’une pensée en folie de Christ.
Poésies des profondeurs, de l’abîme de l’inconscient les paraboles parlent de l’être
humain. Elle y est présentée par un terrain, en elle une graine d’éternité a été plantée.
Mais, un semeur lunatique a ensemencé la graine au hasard.
Refoulées au fond de l’âme nos passions risquent de dévorer la semence……
Pour différentes raisons pas moyens pour la plante de se développer.
La parabole du semeur nous donne à reconnaître que ce qui est enfoui au
fond de nous, le refoulé, peut nuire à notre croissance et à notre développement.
Se confronter au refoulé, c’est s’engager dans une démarche thérapeutique.
Toute thérapie passe par une prise de parole, puis d’une écoute.
« Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »(‘,9.23).
Entendre en vue de comprendre, se comprendre.
Il en est du Royaume de Dieu comme d’une semence .La semence engendre des enfants.
Ils grandissent et deviennent poètes.
- on peut aussi traverser la mort de Jean- Baptiste (Mc 6,17-29 avec
la même grille Le règne d’ Hérode contraste avec le Règne de Dieu dont parlent les

paraboles. L’image du mauvais roi dominé par les passions, qui met a mort l’un
des prophètes du Royaume nouveau. Le bon et le mauvais cohabitent ici bas, et en
chacun de nous.
La danse de la jeune fille inspire des désirs coupables .Et, les désirs sont pris pour de l’amour.
Dans le temple de la culpabilité,
on ne cesse de rendre des commandements de plus en plus rigoureux, plus
vétilleux et mesquins pour masquer des angoisses plus profondes. Il est urgent de
purifier nos angoisses, dénouer nos chaînes, de mettre à plat nos désirs de mort pour
que triomphe La Vie.
- « Une civilisation qui refuse la vieillesse, ou la maladie, ces moments privilégiés,
où on le temps de la Rencontre, est une civilisation où l’on ne prie plus, où la vieillesse
et la maladie n’ont plus de sens. ».
C’est une civilisation de jeunes vieillards qui des la naissance flairent le cadavre.
La sainteté des fols en Christ et des pèlerins russes sont hors frontière des églises
locales ou des monastère.
Sainteté Christologique dont la source est le Christ, au-delà du synactaire.

Cette forme de spiritualité prend sa source dans ce
« fol au Père »

La folie du Christ :
Il est des récits qui nous laissent littéralement ‘sans parole’, telle la Parole
de la Bonne Nouvelle. »


Nous vivons avec des idées qui, si nous les éprouvions vraiment,
devraient bouleverser toute Notre vie
tel est le message des fols en Christ :

« .Tout ce qu’on pourrait y ajouter ne ferait que les banaliser. Et, pourtant nous
devenons incapable de nous émerveiller chaque Dimanche à la Liturgie,
chaque Parole de l’Evangile de la Bonne Nouvelle est
comme du « déjà entendu ». (Nous avons même perdu la beauté de l’émerveillement).
« Merci Seigneur de m’aimer murmure le corps, qui prend toute sa place à ce
moment précis. »
Il ACCOMPLIT SA LECTURE EN SILENCE, LE SILENCE REGNE SUR LUI,
DANS TOUTE SA VIE COMME À L’’Extérieur.
Écrit jean bar kaldou disciple de Raabban Youssef Bbousnaya qui parle de la splendeur du corps.
(Monachisme syrien).-Mon cœur se brise
en moi, je tremble de tous mes membres. Je suis comme un homme ivre, comme quelqu’un
grisé par le vin.
Tout cela à cause du Seigneur et de ses paroles saintes. (Jérémie 23:9).
Ces récits, cette Parole touchent au ‘sublime’ :
C’est-à-dire à ce qui est au-delà de toute limite. Ce ‘sublime’ provoque en nous un
retentissement profond.
Et, c’est dans ce retentissement que nous touchons expérimentalement
le fin fond du ‘cœur’.
On pourrait citer ici beaucoup de ces récits. Souvent, cependant, une trop grande
familiarité avec le texte ou le contexte risque de court-circuiter le choc
(là, où l’on s’enferme dans le rituel par peur de l’Amour- provo- cateur de Dieu).

« Qui que tu sois, quel que tu sois, dit le Seigneur Amour, sur toi en ce moment ma
main se pose » et plus loin :
« Moi, ton Dieu, ton Seigneur, je suis penché sur toi. L’être divin est
en quelque sorte concentrée sur toi, comme il l’est sur chaque autre existence,
comme si tu étais cependant seul à ses yeux.
Tu es aimé. Reçois ma déclaration d’amour avec une humilité et une confiance joyeuse,
et alors ton âme ira chantant. »
(Amour sans limites, un moine de l’église d’orient. Edition Chevetogne).
Inondé par l’Esprit, corps transfiguré, disloqué mais unifié parce que corps
en prière par cette discrétion, qu’oblige la situation. Il n’y a plus rien à offrir que l’abandon.
Le corps n’est pas séparé de l’esprit, tout au contraire. Il ne peut qu’être dans cette disposition
de mutilation qu’au service de l’Esprit. Ce moment où la parole ne peut ne dire ni oui
ni non, le corps exprime par sa respiration aux souffrances du Christ,
sa participation au Divin. La souffrance s’ouvre vers le sens, c'est-à-dire
qu’elle n’a aucun sens que dans le vide de l’abandon.
Que les plus beaux poèmes abandonnés de la terre Claise pour
devenir chant du monde ne sont pas nécessaire devant ce visage du Christ souffrant.
Seul un face à face de silence, pour ne rien dire d’autre qu’être là pleinement.
Plus rien là n’est indispensable devant la divinité –souffrante.
Derviche tourne en rond dans cet univers clos.

-Ce Messie crucifié qui, depuis les origines, est folie pour les païens
reste aujourd’hui, plus folie que jamais.
- Qu’est le Christ à son époque : du simple non – vu pour par- venu, de l’apparence certes :

- un provocateur,
-un aluminé, illuminé
-un buveur
-il fréquente des filles de mauvaises vies
-il dépose l’ordre moral
Tous éléments pour que le préfet, aujourd’hui, prenne une mesure de placement
d’office à la demande d’un tiers (en l’état les églises chrétiennes).
- il déclarait le pardon des péchés, modifiait la loi, violait les règles du sabbat,
négligeait la bienséance, en mangeant avec les pécheurs, défiait le non sens
« donne l’autre joue ». Le prince des malin disaient- ils pas
en parlant de Lui. Il traînait avec des prostituées. Aujourd’hui, notre ministre
de l’ordre moral aurait et vite fait ’enfermer la prostituée et mettre Jésus en psychiatrie,
ce Fou est dangereux pour l’ordre.
Il fréquentait des filles des rues, ou comme le disent ces femmes de bonnes conduites
« des femmes de mauvaises vies » attention le dire à voix basse, laisse passer un plaisirs
inavoué, une curiosité malsaine.
Il est vrai que la bourgeoise se fait payer après, et la putain avant. La chose est plus claire.
Elle en n’est que mieux.
Au moment des tortures terribles sur la croix »Mon Père, pardonnes - leurs ;
ils ne savent pas ce qu’il font »
(Luc XXII, 34).
Les bourreaux sont absous (MM Davy : encyclopédie des mystiques/1).
Il pardonne l’impardonnable.
-Mourir innocent pour la faute du premier Adam n’est il pas preuve
d’une santé mentale perturbée ?
Nous, qui avons besoin de la pilule du bonheur qui nous donne ce rire convulsif dans
un ravissement baveux, après injection de neuroleptiques. A la moindre angoisse
au lieu de prier, nous prenons vite et en urgence un cachet contre l'inquiétude
de tout coupable.
-Oui, assurément cet homme est fou si l’on se place du seul point de vue des juifs et
des gentils de son époque, de la notre aussi.
C’est à partir du seul Evangile de Marc que nous allons aborder cette folie :
Jésus : l’impure là est la plus innombrable des folies,
D inacceptable pour les juifs.
-D’abord en contact avec les impures et/ou à rejeter .le lépreux (1,41
-Il a pris la main d’une fillette morte (5,41)
-Une femme souffrant d’hémorroïde a ne pas toucher, elle est impure
-Un publicain comme disciple (2,13-14)
-Voyagé en pays des gentils (4n35n42 ; 7,31
-Entré en contact avec une femme syro- phénicienne7, 24,30
-En contact avec des possédés.
Il ne se sous met pas aux lois alimentaire
Il ne respect pas le Sabbat
Il bouleverse le système du temple 11, 15,16
- C’est aussi la réponse de Dieu- Amour à Jacques Derrida
dans ses interrogations sur « le siècle et le pardon ».

On ne peut que pardonner l’impardonnable : ce que fait
Jésus Christ sur la croix !
-La philanthropie divine (cette folie divine) n’a pas de limite, aucun
homme n’en est exclu même le Malin. (Je dois dire qu’au stade où j’en suis,
je reste très mal à l’aise par rapport à cette notion d’enfer-je sens une réponse chez Berdiaef,
mais j’en maîtrise mal les concepts). Peut – être me faudrait- il encore plus
de temps de silence à passer devant l’Icône de la descente aux enfers
pour tenter d’en comprendre le sens?Peut- est ce là, le thé que prend Dieu,
tant qu’il aura un seul homme en enfer,je ne pourrais pas boire mon thé tranquillement »
dit- il.
.Assurément :
Folie de ce Dieu humble qui descend vers l’homme pour lui tendre la main avec
tendresse, alors qu’il sait déjà par expérience du premier Adam a dans sa
chute entraîné toute l’humanité par le péché : celui qui passe à côté de la cible.. !
Comme nous passons à côté de tout ce qui peut nous déranger.
Et, chacun d’entre nous participe à sa mise en croix.
Dans mon pays de traînes savates on dit « ma mère dit, le pauvre, il a reçu un
coup de sirocco sur la tête » (avec l’accent vous avez déjà une idée des effets du sirocco).
Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs (Mat. XI, 19).
Il rentre dans le temple pour jeter tous les marchands.
C’est donc, avec ces fols en Christ que nous allons traverser la maladie parce
que leur folie.
En Christ est la seule réponse qui justifie a un certain moment le refus de l’euthanasie
et peut transformer les humiliations de la dépendance en humilité.
C’’est la seule réponse à Camus "Mourir volontairement suppose
qu'on a reconnu, même instinctivement, le caractère insensé de cette agitation
quotidienne et l'inutilité de la souffrance".
La découverte de la maladie, permet de tout voir d'un regard neuf :
il est profondément libre à partir
du moment où il connaît lucidement sa condition.

Il y a une part de folie, de dé – raisonnable dans cette approche de la maladie.
Ces fols en Christ, sont ces fous du Royaume qui devraient habiter
chacun d’entre nous dans les moments difficiles, ils manquent souvent dans nos
églises ces fols en Christ, nous sommes trop sérieux, nous avons plus souvent l’air
constipé dans nos costumes 3 pièces cuisines et robes quimpées que des
chrétiens plein de joie. Non a ce sourire inconvenant, sourire de circonstance à la sortie de l’église.
Imagez un instant :
Un fol en Christ lors d’une cérémonie papale où dans une réception dans nos palais républicains ?
-Où a Lourde, s’amusant à effectuer des courses aux fauteuils roulants, prendre les cannes
aux boiteux et jeter les clercs dans la piscine !
Seule la folie des fols en Christ peut aborder la maladie dans ce qu’elle a de futile, d’anodin.
- tirer quelques barbes de ces moines trop sérieux le dimanche à l’émission Orthodoxe.
On peut imaginer les titres dans les journaux !
-création d’une commission de toutes les religions ! Nous pouvons être certain que
d’une seule voix à l’appris d’un seul voile cet homme serait interné.
Certes , cela va de soi que les bouffées délirantes ou les voyages exotiques en inde sont
Dé- con- seillées !

C’est la richesse de l’Orthodoxie de n’avoir pas peur de la diversité des réponses.
Laissant s’épanouir la liberté de l’agir quand la Rencontre en est la source.

(Fraternité orthodoxe saint Grégoire Palamas » la vie de Syméon le fol en Christ
et son ami Jean).
Fuis le monde et moques toi de lui et de toi :
Saints Syméon et Jean étaient originaires de Syrie et vivaient sous le règne de Justinien:
Jean, âgé de vingt-deux ans, venait juste de se marier, et Syméon, de deux ans plus âgé,
n'avait pour seule famille que sa vieille mère. S'étant liés d'amitié lors d'un pèlerinage
aux Lieux saints, entrepris à l'occasion de la fête de l'Exaltation de la Croix, ils décidèrent
de continuer ensemble leur périple. Quand ils parvinrent dans la région de Jéricho,
Jean dit à son compagnon que les hommes qui habitaient dans les monastères près du
Jourdain étaient semblables aux Anges de Dieu et, montrant du doigt la route qui
y menait, il dit:
« Voilà la route qui mène à la vie. » Désignant ensuite la grande route publique,
il ajouta:
« Et voici le chemin qui mène à la mort. »
Après avoir prié et tiré au sort le chemin qu'ils devaient prendre, ils se rendirent au monastère
de Saint Gérasime, avec grande joie et en oubliant tout attachement au monde.
L'higoumène du Monastère, le bienheureux Nicon, avait reçu une révélation concernant
l'arrivée des deux jeunes gens, et ils le trouvèrent à la porte, pour leur
souhaiter la bienvenue et les exhorter au renoncement, en prophétisant quel serait leur mode
de vie futur.
A leur demande, Nicon les tonsura immédiatement et les revêtit du Saint Habit monastique,
les introduisant à une vie nouvelle par ce second Baptême. Craignant toutefois de
perdre le zèle divin qui brûlait en leur cœur et la gloire lumineuse qu'ils avaient vue
resplendir sur l'Habit monastique, ils décidèrent, deux jours plus tard,
de quitter le Monastère et de se séparer de tout homme, pour vivre dans le désert,
abandonnés à la Providence.
Es prirent donc la route en direction de la mer Morte et s'arrêtèrent en un endroit du désert,
nommé Arnonas, où ils trouvèrent les installations et quelques provisions laissées par un ermite,
mort quelques jours auparavant.
Mais dès qu'ils commencèrent leurs combats ascétiques dans la solitude,
ils furent assaillis par le souvenir de leurs proches:
Jean à l'égard de son épouse et Syméon de sa mère. Pressés par ces pensées et
par l'épreuve de l'acédie, ils étaient près d'abandonner la lutte, mais, chaque fois, le souvenir
de la gloire qu'ils avaient vue resplendir au-dessus de l'Habit monastique et
l'apparition en songe de leur père spirituel, leur donnaient le courage de persévérer.
Ils demeuraient dans des cellules séparées d'environ un jet de pierre, et quand ils étaient
accablés par les tentations ou par l'acédie, ils se retrouvaient pour prier ensemble.
Ils se racontaient alors leurs visions, et se réjouissaient d'avoir été délivrés par Dieu de la
préoccupation de leurs parents pour persévérer, nuit et jour, dans la prière sans distraction.
Ils firent ainsi de tels progrès, qu'en peu d'années ils furent jugés dignes des visites de Dieu
et du don des miracles.
-Au bout de trente ans passés dans le désert, exposés aux rigueurs du climat et
aux innombrables machinations
du diable, Syméon, ayant atteint la bienheureuse impassibilité par la vertu du
Saint-esprit qui habitait en lui, proposa à son compagnon de quitter le désert, afin
de sauver d'autres hommes en tournant le monde en dérision par la puissance du Christ.
Jean, croyant qu'il était victime d'une illusion démoniaque,
l'admonesta et lui rappela la promesse qu'ils s'étaient faite mutuellement de ne
jamais se séparer. Mais aucun argument ne pus vaincre la résolution de Syméon et,
comprenant qu'il s'agissait d'une inspiration divine,
Jean le laissa partir, après lui avoir fait promettre qu'ils se reverraient avant de
quitter cette vie. Syméon se rendit d'abord en pèlerinage à Jérusalem d'où,
après avoir prié pendant trois jours sur les Lieux Saints, il partit pour Émèse, décidé
à feindre la folie pour accomplir son ministère de salut. Il fut ainsi le premier
à embrasser cette ascèse périlleuse de la folie pour le Christ (2).
Appliquant littéralement les paroles de l'Apôtre:
« Que celui qui veut être sage devienne fou en ce monde-ci, pour qu'il devienne sage »
(I Cor. 3:18),
tout son propos était de sauver les âmes, soit par des procédés risibles et des artifices calculés,
soit au moyen de miracles qu'il accomplissait en s'offrant à la dérision et au mépris,
soit par des instructions et des paroles prophétiques qu'il prononçait en contrefaisant la folie.
- Dans tout cela, il s'efforçait de rester caché et inconnu des hommes,
afin de fuir leur louange et leurs honneurs, de manière à vivre dans le monde
comme au désert.
Il fit son entrée dans la ville en traînant, attaché à sa ceinture, le cadavre d'un chien
qu'il avait trouvé sur un tas de fumier, et poursuivi par les enfants de l'école qui se
moquaient de lui. Le lendemain, qui était un dimanche, il entra dans l'église et se mit
à éteindre les cierges en lançant des noix sur les flammes.
Comme on voulait le chasser, il monta à l'ambon et bombarda les femmes avec ses noix.
Finalement jeté dehors, il renversa les tables des pâtissiers, qui le rouèrent de coups.
Un marchand de beignets le prit en pitié et lui proposa de tenir son échoppe, mais
Syméon se mit à distribuer gratuitement la marchandise aux passants et à manger
goulûment les beignets, car il était à jeun depuis une semaine. Averti par sa femme,
le marchand chassa le Saint en le frappant. Le soir venu, Syméon, prenant des
charbons ardents à pleine main, y fit brûler de l'encens, mais dès que la femme
du marchand s'en aperçut, feignant de s'être brûlé, le bienheureux plaça ses mains le braises
dans son manteau qui resta lui aussi in consumé. Par la suite, il provoqua la conversion
du marchand, qui était disciple de Sévère d'Antioche, en expulsant un démon.
Syméon se mit ensuite au service d'un cabaretier qui se montrait cruel et sans pitié à son
égard, bien que les facéties du Saint aient augmenté sa clientèle. Un jour,
il châtia violemment Syméon, qui venait de briser une chopine de vin. Mais quand il
vit lui-même le serpent qui avait déposé son venin dans le récipient détruit par
le Saint, il brisa tout le reste de la vaisselle, en essayant de tuer le reptile. Dès lors,
considéré comme un Saint par son patron, Syméon feignit de vouloir déshonorer la femme
du cabaretier qui, alerté par les cris de son épouse, chassa le Saint en le frappant.
L'homme de Dieu vivait en pleine ville, impassible, et comme délivré des soins du corps
et des conventions de la pudeur: faisant ses besoins en public, en étant nu, ses vêtements
enroulés sur la tête, dans le secteur du bain public réservé aux femmes, dansant avec
les actrices qu'il tenait par la main ou jouant avec les prostituées, sans ressentir le moindre
mouvement charnel et en gardant l'esprit imperturbablement occupé à l'oeuvre de Dieu.
Il utilisait ce stratagème pour se familiariser avec ces femmes de mauvaise vie, et il leur
proposait en secret une forte somme si elles gardaient la chasteté. Quand il apprenait que
l'une de ses "amies" était retombée dans la luxure, il la châtiait, soit par une maladie,
soit en permettant à un démon de la tourmenter.
Il avait aussi reçu le charisme de l'abstinence et passait tout le Grand Carême sans rien manger;
mais parvenu au Grand Jeudi, il s'asseyait à l'étal d'un pâtissier et dévorait des gâteaux au grand
scandale des bien-pensants.
D'autres fois, après avoir passé la semaine à jeûner, il mangeait de la viande en public.
Un jour, il se mit à jeter des pierres sur les passants qui voulaient s'engager dans une
rue hantée, les sauvant ainsi de la perdition. Une autre fois, il frappa de strabisme
des fillettes qui s'étaient moquées de lui, puis il en guérit certaines en leur baisant les yeux,
mais laissa les autres dans cet état, car il avait discerné qu'autrement
elles seraient tombées dans la débauche. Le dimanche, il se tenait à la sortie de l'église
en mangeant des saucisses,qu'il avait enroulées en chapelet autour de son cou,
comme une étole de Diacre, et en tenant dans la main gauche un pot de moutarde
avec laquelle il badigeonnait la bouche de quiconque se moquait de lui.
C'est aussi en enduisant de moutarde les yeux d'un paysan, qui avait été frappé de cécité
à la suite du vol des chèvres de son voisin, qu'il le guérit. Une fois, il paralysa la main d'un jongleur
en lui lançant une pierre, puis le guérit en lui apparaissant en rêve et en lui faisant promettre
d'abandonner son métier. Une autre fois, il se mit à frapper les colonnes de l'école avec un fouet,
prédisant ainsi le tremblement de terre qui allait bientôt détruire la ville
d'Antioche (588); et le séisme survenu, aucune des colonnes qu'il avait frappées ne s'écroula.
Avant une épidémie de peste, il alla embrasser les enfants qui allaient en être victimes,
en leur souhaitant bon voyage.
Il entrait souvent dans les maisons des riches, pour y faire ses bouffonneries habituelles
et feignait d'embrasser les servantes. L'une d'elles ayant accusé le Saint de l'avoir mise
enceinte, Syméon prit soin de la femme pendant sa grossesse, mais elle ne pue mettre
l'enfant au monde tant qu'elle n'eut pas révélé le nom du vrai père.
La sollicitude du Saint Fou s'étendait sur tous, et en particulier sur les possédés,
dont il guérit un grand Nombre par sa prière, après avoir feint d'être comme eux.
Un artisan juif le vit un jour entouré de deux Anges;
il voulut révéler son secret, mais Syméon lui apparut en songe et lui scella la bouche.
La même chose arriva à tous ceux qui découvrirent sa vertu: ils se trouvèrent dans
l'impossibilité de la publier.
-Par tous ces actes prophétiques et par les harangues qu'il faisait
en public en simulant la folie,
Saint Syméon — qui s'adressait toujours aux hommes en les traitant de "fous"
ou d'"insensés" — dénonçait les crimes des uns, les vols et l'impudicité des autres,
en sorte que par ce moyen il parvint à mettre fin dans presque toute la ville d'Émèse
à l'habitude du péché. Ne possédant rien en ce monde, il passait toutes ses nuits
en prière dans une cabane branlante, d'où il sortait, au matin, après avoir baigné le sol de ses
larmes pour le salut de ses frères; et il faisait alors son entrée en ville, la tête
couronnée d'une branche d'olivier et en tenant à la main un rameau, dansant et criant:
« Victoire pour l'Empereur et pour la ville! » Il signifiait par ces mots,
la victoire acquise par l'intellect et par son âme dans le combat de la prière. Il avait aussi
obtenu de Dieu que ses cheveux et sa barbe ne poussent point, tout le temps qu'il
passerait à Émèse dans son ministère, si bien qu'il était privé du respect que provoque
l'apparence des moines.
Il ne parlait de manière sensée qu'avec le Diacre Jean, dont il avait guéri
le fils et qu'il avait délivré d'une accusation calomnieuse de meurtre. Un arôme
délicieux sortait alors de sa bouche, mais il menaçait son interlocuteur de terribles
tourments dans la vie future, s'il dévoilait son secret. Lorsqu'il eut accompli sa course,
deux jours avant de quitter cette vie, Syméon raconta toute sa vie au Diacre et lui révéla que,
conformément à la promesse qu'ils s'étaient faite en se quittant, il avait vu en vision son
compagnon, Jean l'ascète, avec une couronne sur la tête portant l'inscription:
« Couronne de la patience au désert ».
Et celui-ci lui avait répondu qu'il porterait, quant à lui, les couronnes de toutes
les âmes qu'il avait sauvées par ces facéties. Après avoir exhorté le Diacre
à la miséricorde et à ne jamais approcher du Saint Autel avec dans le coeur des mauvais
sentiments contre quelqu'un, il prit congé de lui. Il se retira dans sa cabane et, ne
voulant pas même devenir objet d'admiration par sa mort, il se glissa sous un tas
de bois qui s'y trouvait habituellement, de sorte à faire croire qu'il avait péri écrasé.
Comme au bout de deux jours ses familiers ne l'avaient pas vu en ville, ils se rendirent
à la cabane et le trouvèrent mort. Croyant qu'il avait été victime d'un accident, ils
ne prirent même pas soin de lui faire la toilette funéraire et allèrent l'enterrer, sans cierges ni
psalmodie, dans le cimetière réservé aux étrangers. Quand le cortège passa devant la maison
d'un verrier juif, qui avait été converti par Syméon, celui-ci entendit une psalmodie telle
qu'on ne peut en entendre de pareille sur la terre, chantée par une foule immense
mais invisible. Frappé de stupeur, il regarda par la fenêtre et vit
seulement deux hommes qui transportaient la dépouille de l'homme de Dieu. Il s'écria alors:
« Bienheureux es-tu, Fou, car privé de l'accompagnement d'une psalmodie humaine, tu as les Puissances
célestes qui t'honorent par leurs hymnes! » Et il descendit pour aller l'enterrer de ses mains.
Quand le Diacre Jean apprit la mort du Saint, il se rendit au cimetière et ouvrit la tombe.
Mais il la trouva vide, et il en déduisit que le Seigneur avait glorifié son serviteur en le
transférant dans la gloire avec son corps, avant la Résurrection. C'est alors seulement
que les habitants d'Émèse comprirent qu'un nouvel apôtre avait vécu parmi eux, pour leur
procurer le Salut tout en restant caché.
-1). Leur admirable Vie a été composée par Léonce de Néapolis (VIIe s.), auteur de la vie de St Jean le Miséricordieux.
Notre Saint Père André
était un esclave d'origine scythe, qui vivait à Constantinople, au service d'un dignitaire de la
Garde impériale (protospathaire) (1). Il apprit rapidement les lettres sacrées et profanes,
et faisait l'admiration de son entourage pour son savoir. Une nuit, alors qu'il se tenait
en prière, il vit avec effroi une armée d'Ethiopiens prête à affronter
une troupe d'hommes blancs. Invité à engager un combat singulier contre le champion des
barbares, André l'étendit à terre et en récompense il reçut d'un Ange trois couronnes, alors
que le Christ, apparaissant sous l'aspect d'un jeune homme, lui disait : « Mène, nu, ce bon
combat, et fais-toi fou pour Moi, afin d'être digne du Royaume des cieux! » Dès le lever du
jour, obéissant à cet ordre divin, André entama sa carrière de fou pour le Christ en coupant
sa tunique avec un glaive et poussant des cris qui effrayèrent toute la maisonnée.
Son maître, le croyant possédé, le fit enchaîner et garder à l'église Sainte -Anastasie –
Pharmacolytria
(cf. 22 déc.). Il y passait ses jours à contrefaire la folie par toutes sortes d'excentricités,
et priait toute la nuit, confirmé dans cette voie par l'apparition de Sainte Anastasie.
Une nuit, il fut assailli par une troupe de démons; mais dès qu'il appela Saint
Jean le Théologien à son aide, le Saint apparut dans un coup de tonnerre, dispersa
les démons au moyen de la chaîne qui entravait André, et lui promit son assistance
dans la suite de ses combats.
Lors d'une autre vision nocturne, il fut invité à servir un roi dans son palais, et reçut de
la neige à manger, qui se transforma en un parfum céleste. Puis on lui offrit des fruits amers
- symboles de la voie étroite qu'il devrait suivre -, et après cela une nourriture exquise
lui fut donnée, qui lui procura une divine extase.
Libéré après quatre mois de détention dans l'église, André commença à se comporter
en public à l'imitation de saint Syméon le Fou (2). Mais, alors que Syméon usait de la folie,
sous forme d'ironie ou pour condamner les pécheurs et les vaines valeurs de ce monde,
Saint André, par ses facéties, s'offrait plutôt au mépris et aux
mauvais traitements, à l'imitation du Christ, pour manifester la "folie de la Croix"
(cf 1 Cor. 1:18). Appliquant à la lettre les paroles de l'Apôtre qui a dit :
« Nous sommes fous à cause du Christ » (I Cor. 4:10), il s'offrait volontairement à la
dérision et aux coups, et se faisait "la balayure du monde, l'universel rebut" (I Cor. 4:13),
pour acquérir le Royaume des cieux et y entraîner les autres.
Entrant un jour dans une maison de tolérance, protégé par la grâce, il resta impassible
face aux provocations des prostituées qui finalement le dépouillèrent de ses vêtements et
le chassèrent revêtu seulement d'un paillasson, qui devint son costume habituel. Il errait
dans les rues, sans logis, et distribuait aux pauvres les aumônes qu'il recevait.
Jamais il ne demandait de nourriture, se contentant d'un demi pain sec par jour,
et il restait même des semaines entières sans manger. Pour étancher sa soif,
il lapait les flaques d'eau boueuse, et devant ce spectacle
les passants indignés le rouaient de coups et l'injuriaient. La nuit, il allait s'étendre avec
les chiens errants.
Un soir d'hiver, comme il essayait de se blottir contre l'un d'eux pour se réchauffer,
l'animal s'éloigna avec dédain. S'offrir à la plus complète déréliction était pour le
bienheureux une source de délices; mais la prière ne quittait jamais ses lèvres, et l'on
pouvait distinguer en tout temps une sorte de bouillonnement dans sa bouche, comme
les Apôtres le jour de la Pentecôte. Lorsqu'il priait la nuit, il était souvent élevé de
terre et son esprit se trouvait ravi en d'ineffables extases. Lors de cette même nuit d'hiver,
où les chiens mêmes l'avaient rejeté, il fut transporté par Dieu en extase, délivré de la
lourdeur de la chair, revêtu d'une tunique lumineuse et couronnée comme un roi.
Il se trouva au centre d'un jardin merveilleux, rempli de plantes surnaturelles et
d'oiseaux dorés, au centre duquel s'étendait largement une grande vigne aux grappes
d'une taille extraordinaire. De là un ange le conduisit au-dessus du firmament, dans
un lieu d'une beauté indescriptible, où il vit la Croix entourée de quatre voiles.
Un autre ange le mena ensuite dans un lieu plus élevé, où il vit deux croix semblables
à la précédente; puis il fut conduit au troisième ciel - que seul Saint Paul
avait été jugé digne de voir avant lui -, et il y contempla trois Croix, éclatantes comme
l'éclair, entourées d'une armée céleste qui louait Dieu. Il passa alors au-delà d'un voile
de lin et de porphyre, et parvint à un lieu encore plus resplendissant, où se tenait une
assemblée innombrable de jeunes gens plus lumineux que le soleil.
Un Ange leva le denier voile et André but contempler le Trône de Dieu, suspendu en l'air,
sans assise, d'où sortait une flamme blanche. Le Christ s'y tenait assis, et Il restreignit
un peu Sa gloire pour laisser André jouir, pendant un instant seulement, de la splendeur
de Sa divino humanité, puis Il devint invisible. Une voix plus douce que le miel prononça
alors à trois reprises trois Noms divins mystérieux, et aussitôt le Saint fut ramené dans le jardin,
où il rencontra un homme lumineux, tenant une croix, qui le bénit en disant : « Bienheureux
êtes-vous les fous, car vous possédez une grande sagesse. Que la Crucifixion de Notre Seigneur
Jésus-Christ soit avec toi ». Puis il le renvoya, avec pour mission de renverser le Prince
de ce monde, en assumant volontairement la dérision et la persécution des hommes.
Reprenant ses facéties avec une audace redoublée, André fit la connaissance d'Epiphane,
un jeune noble de dix-huit ans, chaste et doux, qui devint son protecteur et son fils spirituel,
et auquel André prophétisa qu'il deviendrait patriarche de Constantinople (3) .
Ayant été hébergé dans la demeure d'Epiphane, le Saint y blâma, sous forme de paraboles,
les péchés des serviteurs de diverses nationalités, dans leur propre langue. Il avait refusé
le lit qu'Epiphane lui proposait et passait ses nuits dehors, sur le fumier.
Mais il ne tarda pas à reprendre sa vie errante dans les rues, en s'offrant aux jeux cruels des
garnements et aux coups des passants. Lorsqu'il s'adressait aux hommes, il les appelait
toujours : "Fous", ou "Insensés", mais il se condamnait aussi constamment lui-même
avec la plus grande humilité.
Lors d'une nouvelle vision du Malin et de ses troupes de démons, qui lui reprochait
d'amener au repentir les hommes qu'il tenait en sa possession, en leur révélant leurs
péchés par ses actes prophétiques, André entra dans une violente altercation avec
le Prince des ténèbres; mais celui-ci n'avait aucun pouvoir contre l'homme de Dieu,
car il s'était dépouillé de tout attachement terrestre. Une nuit, le démon le fit tomber
dans une fosse, mais dès que le Saint invoqua Saints Pierre et Paul, les deux Apôtres
apparurent, le tirèrent du bourbier, et une
croix lumineuse vint l'éclairer pendant le reste de son chemin. Au cours d'une grande peste,
qui s'était abattue sur la capitale, malgré les moqueries des badauds, le Saint passait
dans les rues et sur les places en pleurant et intercédant pour la ville, et demandant à Dieu
le pardon des péchés du peuple. Comme il se tenait en prière, il fut transporté à Anaplos
en Thrace, où il vit Saint Daniel le Stylite .
(cf. 11 déc.) qui l'invita à unir leurs prières pour le salut de la cité. Un feu descendit alors
du ciel et chassa le démon qui avait provoqué cette épidémie.
Saint André ne se lassait pas de reprendre les pécheurs, soit par des avertissements,
soit par des prophéties sur leur châtiment à venir, lesquelles ne manquaient jamais
de se réaliser sous peu. Passant un jour devant les marchandises de luxe étalées au marché,
il s'écria : « Paille et ordure! » Une autre fois, sur la proposition malicieuse de vagabonds
farceurs, il se mit à manger avidement les belles figues fraîches exposées dans
l'échoppe d'un maraîcher, pendant que celui-ci faisait la sieste. Lorsque le marchand se réveilla,
surprenant le Saint, il saisit un bâton et le roua de coups. André se laissa frapper sans résistance,
et révéla ensuite que s'il avait été frappé à cause de sa gourmandise, combien plus les pécheurs
qui ne se repentent pas seront-ils châtiés par Dieu éternellement. Ayant reçu le don de clairvoyance,
il dénonçait la piété hypocrite de ceux qui se tenaient à l'église en entretenant des pensées
mondaines ou chantaient par vaine gloire et ostentation;et il discernait les démons de
l'indifférence, du bâillement et de l'acédie, qui suggéraient à leurs victimes de quitter
l'église avant la fin de l'office. A l'issu du Carême, il distinguait l'état spirituel de chacun :
voyant les hommes vertueux couronnés de lin fin et les pécheurs avec des bestioles
immondes suspendues à leurs vêtements. Mais son soin allait tout particulièrement
à l'éducation spirituelle d'Epiphane, la seule personne avec laquelle il parlait de
manière sensée.
Il l'instruisait avec science dans la lutte contre les démons, et le laissait parfois être tenté
par eux, pour acquérir la patience et devenir, sous le feu des épreuves, un digne pain du
Christ. Il l'enseignait aussi sur les mystère de la création, sur le monde spirituel, et surtout,
il lui révéla, avec de nombreux détails inconnus de l'Ecriture,ce qui allait arriver à la fin
des temps, lorsqu'à l'issue de terribles épreuves, invasions et catastrophes naturelles,
l'empereur des Romains ira remettre sa couronne sur la Croix à Jérusalem, avant que
celle-ci soit emportée au ciel par un Ange. Ainsi s'achèvera le temps de l'Empire chrétien,
instauré par Saint Constantin. Peu après, Constantinople - que les Byzantins de ce temps
considéraient souvent comme devant être éternelle -, sera engloutie dans les flots, comme
Babylone (Apoc. 18, 2 1), et la royauté juive sera restaurée à Jérusalem.
Tous croiront à l'Antéchrist, qui y règnera comme seul souverain sur terre et persécutera les
Chrétiens.
Le Christ apparaîtra ensuite pour mener le grand combat contre l'Antéchrist, et lorsque
Il l'aura vaincu, Il l'amènera, lui et ses démons, devant le Tribunal de Dieu, pendant
qu'une trompette retentira, annonçant la résurrection des morts.
Après le Jugement, quatre Anges se tiendront aux quatre extrémités de la terre et ils
l'enrouleront sur l'ordre du Seigneur. L'univers entier sera alors renouvelé, des "cieux nouveaux
et une terre nouvelle" apparaîtront, pour être conformes aux corps incorruptibles des
hommes ressuscités.
Tout sera alors incorruptible et éternel, et un parfum indicible remplira
l'univers illuminé par une lumière sans soir.
-Un jour qu’André et Epiphane s'étaient rendus à l'église des Blachernes, pour
la vigile qui y avait lieu chaque semaine, ils virent la Très- Sainte Mère de Dieu
s'avancer des Portes Saintes, escortée par une grande foule de Saints, parmi lesquels
Saint Jean Baptiste et Saint Jean le Théologien, et recouvrir le peuple
de son voile (4).
Une autre fois, comme Saint André lisait à son disciple un texte de Saint Basile,
un parfum céleste se répandit autour d'eux. A la question d'Epiphane, le
Saint répondit que cette bonne odeur est prise par les Anges du Trône
de Dieu, pour qu'ils encensent et honorent les hommes à trois occasions :
quand ils prient, quand ils lisent les Livres Saints et quand ils souffrent avec patience
par amour de Dieu.
Quelque temps après ses révélations sur la fin des temps, Saint André annonça à
Epiphane sa mort Prochaine.
Mais, il lui interdit de faire honorer sa mémoire ou de garder ses Reliques, car il avait
fait serment devant Dieu de ne jamais être glorifié sur la terre. Il lui renouvela sa prédiction
quant à son élection au Patriarcat, et lui promit de toujours l'assister invisiblement,
à condition qu'il montre sa sollicitude envers les pauvres, les veuves,
les orphelins et tous ceux qui sont dans l'épreuve. Puis il se rendit à l'Hippodrome,
sous le portique où avaient coutume de se tenir les prostituées, et y pria toute la nuit
pour le monde entier. Une fois sa prière achevée, le bienheureux s'étendit à terre et,
regardant en souriant les Saints qui étaient apparus en grand nombre
pour l'assister, il remit son âme à Dieu, à l'issue de soixante-six années de combats
ascétiques cachés sous le voile de la folie. Une pauvre femme, qui habitait à proximité,
attirée par une forte odeur d'encens qui avait rempli l'atmosphère, accourut et découvrit son
corps; mais lorsque la foule, avertie par elle, se précipita vers la dépouille du Saint,
celle-ci avait disparue, emportée par Dieu dans un lieu inconnu.
Cette nuit-là, Epiphane vit l'âme de son père spirituel, sept fois plus lumineuse que le soleil,
enlevée au ciel en présence d'une myriade d'Anges.
-1). Son biographe, Nicéphore, qui rédigea sa vie entre 920 et 956, les places, de manière très
anachronique, sous le règne de Léon 1er (457-474). On pourrait plutôt le situer sous le règne de
Léon VI le sage (886-911), bien que certains historiens, se fondant sur ces contradictions
chronologiques, considèrent qu'André est un Saint fictif, inventé par son biographe à
des fins d'éducation.
-2). St. Syméon (VIe s., cf. 21 juil.) est le principal et le plus expressif représentant de ce
genre de Sainteté exceptionnel, qui est en général déconseillé par les Pères. Dans l'Eglise
grecque on vénère aussi Sts.
Isidora de Tabennêsis (ler mai), Paul de Corinthe (6 nov.), Sabas de Vatopédi (5 oct.),
Nicodème le Nouveau
(cf. 24 nov. suppl.), et d'autres Saints qui ont adopté provisoirement la folie, Comme
St. Maxime le Kavsokalyvite (cf. 13 janv.) ou Gédéon de Caracallou (cf. 30 déc.).
Mais c'est surtout en Russie que cette forme de sainteté connut une grande popularité.
L'Eglise a canonisé trente-sept "Fous" : cf. par ex. Sts. Jean le
Chevelu de Rostov (3 sept.), Maxime de Moscou (11 nov.), Cyprien de Souzdal (2 oct.),

Syméon de Yurieviets (4 nov.), Procope de Vyatsk (21 déc.), Michel de Klops (11 janv.),
Galaction (12 janv.) et Théodore de Novgorod (19 janv.), Xénie de Saint-Pétersbourg (11 sept. 24 janv.),
Nicolas (28 fév.) et Isidore de Rostov (4 mai), Jean (29 mai) et Procope d'Oustioug (8 juil.) etc.
. En Russie, avant la Révolution, il n'y avait guère de village qui n'eût son propre Yourodivy.
-3). Il pourrait donc s'agir de St. Polyeucte (956-970, cf. 5 fév.) ou de St. Antoine III (974 980,
cf. 12 fév.).
4). Distinct du miracle habituel, qui se produisait chaque vendredi dans ce sanctuaire,
et au cours duquel le voile qui recouvrait une Icône de la Vierge se soulevait de lui-même
et se maintenait en l'air, ce miracle a fourni le thème de la fête de la Protection de la
Mère de Dieu (cf. 1er oct.), laquelle fut, semble-t-il, instituée en Russie au Xlle s. et de là
se diffusa en Grèce au siècle dernier.
Une autre figure admirable de fol en Christ est sainte Xénia de Pétersbourg.
Imitant les adolescents dans la fournaise du monde, vivante dénonciation des églises
chrétiennes les fous en Christ aujourd’hui annoncent ce que seront les chrétiens
des derniers temps, qui auront à trouver refuge dans les montagnes ou dans les forets
et non dans les palais pontificaux.
Bien sur, j’entends d’ici les gens cultivés de « dirent cela est bon pour le peuple,
comme le pèlerin russe ».
Tranquillisez-vous le paradis leur est réservé. Car, ils sont fous à cause du Christ
Les mêmes qui parlant de Saint Nectaire d’Egine utilisaient le sobriquet
« ‘ D’Anathase le simplet ».
A cause de l’apparence !
Si le comportement « a voir » des fols en Christ et des pèlerins russes sont d'allures
différentes. Ils ont En commun de se situer dans la grande tradition des pères du désert.

Le 14 mai mémoire de Saint ISIDORE de ROSTOV, fol en Christ
Originaire de Prusse, Saint Isidore devint Orthodoxe dans sa jeunesse, puis, quittant la
maison familiale, le bâton de pèlerin à la main, il entreprit de simuler la folie par amour
du Christ. Parvenu à Rostov, il s'y construisit une cabane, où il ne se rendait que pour prier
la nuit. Ses journées, il les passait dans les rues, en s'exposant à toutes sortes d'humiliations.
Un jour, un navire pris dans une tempête risquait de sombrer et les passagers tirèrent au
sort pour désigner le pécheur qui avait attiré sur eux cette malédiction; un commerçant de
Rostov fut désigné. Abandonné à la mer sur une planche, il avait perdu tout espoir,
quand Saint Isidore lui apparut et le ramena à bord du navire.
Une autre fois, à l'occasion des noces du prince Sabbas Obolensky, le Saint fit soudain
irruption dans le palais et, posant sur la tête du jeune marié un bonnet fait d'herbe et de
fleurs, il lui dit : « Voici ta coiffe épiscopale ! » Quelque temps après, l'épouse
du prince décéda à la naissance de leur premier enfant, et le prince veuf devint
moine sous le nom de Joasaph, puis fut consacré Evêque de Rostov, en 1481.
Quelques jours avant son trépas (1474), Saint Isidore s"enferma dans sa cabane
et y pria avec larmes.
Lorsqu'il trépassa, un parfum céleste se répandit dans toute la ville. Il fut enterré
dans sa cabane, à l'emplacement de laquelle on construisit plus tard une chapelle
dédiée à l'Ascension, et où s'accomplirent quantité de miracles.
La provocation de la loi est au service de la loi nouvelle :
Un épisode remarquable de l'Evangile nous montre un jeune homme riche
et sage qui vient demander à Jésus le chemin de la perfection.
Tu connais les préceptes, dit le Maître, observe-les.
Je le fais depuis mon enfance, répond le jeune homme. Que faut-il de plus ?
Alors Jésus l'aima, dit l'Evangile, et lui montra cette Loi parfaite du sacrifice qu'Il a
si merveilleusement incarnée Lui-même : Vends tout ce que tu as, et donne-le
aux pauvres... puis viens, et suis-moi.
C'était là trop demander, au gré de ce jeune homme qui, quoique sage, avait
encore quelques attaches aux biens de ce monde.
Tous, nous avons aussi de grands biens, et nous ne voulons pas les donner aux pauvres !
La loi se résume dans l'amour fraternel : Portez les fardeaux les uns des autres,
et vous accomplirez la loi du Christ.
Celui qui aime les autres accomplit tous les commandements.
Voilà ce que transmet l'apôtre Paul aux Romains.
Et voilà qui est bien nouveau !
Nul être avant le Christ, nul depuis n'a dit les paroles et réalisé les actes d'amour parfait qui, il y a
deux mille ans, rayonnaient sur les campagnes galiléennes.
Si nos consciences parlent, si des lois naturelles, sociales, ou religieuses nous
obligent, elles fixent des bornes, elles nous apprennent le mal qu'il faut fuir, elles
sont restrictives, négatives, et fondées sur la crainte. Ce qu'elles ne défendent
pas est permis, est bon.
Tandis que l'enseignement nouveau sans l'aide de Dieu, dépasserait infiniment
toutes possibilités. Observer parfaitement la loi ancienne est possible à l'homme.
Réaliser parfaitement l'amour, cela nous conduit à nous identifier avec Dieu, puisque
seul peut nous conduire à la perfection l'Etre qui est Lui-même le chemin, la vie
et la vérité absolus.
Ce n'est pas tant la forme de la loi nouvelle qu'il faut voir (forme inévitablement
adaptée, limitée) que son esprit,
son énergie interne, et l'infinie valeur que lui confère son origine. Le Christ apporte
aux hommes un idéal de liberté, de fraternité.
Il est d'abord le grand Libérateur, et nous affranchit de toutes les servitudes personnelles,
sociales, humaines, religieuses. Avant Lui, c'étaient d'innombrables prescriptions,
et la crainte perpétuelle d'en avoir oublié.
Celui qui a obéi jusqu'à la mort nous libère des idoles et nous appelle Ses Amis, dès
que nous laissons leur joug pour accepter le Sien qui est doux et léger, parce que c'est
Lui-même qui nous aide à le porter.
Avant Lui, les hommes, les races, tous les êtres étaient classés en catégories fermées.
Par souci de pureté, nous étions guindés, méfiants. Celui qui a aimé le publicain
Lévi comme le riche Simon, la courtisane repentante comme la Samaritaine,
a su montrer aux hommes la vanité des classifications. Il a donné à chacun sa mission
particulière, son talent à faire valoir. Il a fait connaître l'humilité, vertu que tous
ignoraient, que tous encore nous ignorons.
L'esprit de la loi nouvelle est enfin fait de fraternité. Même (et surtout)
les plus misérables, les plus petits sont notre prochain qu'il faut aimer.
Vous êtes tous frères, dit Jésus.
Ce fut une révolution de voir les disciples s'aimer et vivre dans les admirables
communautés des premiers siècles.
Ce fut un scandale de voir les misères secourues et les fautes pardonnées.
Scandale, mais avant-goût du ciel.
Davantage encore : le Christ affirme Son identité mystérieuse avec ces petits
qui ont faim et soif, ou qui sont nus.
Voilà certes qui est nouveau, dans un monde où l'on exploite les pauvres,
où l'on approuve toujours le succès, où l'on méprise les simples et les pacifiques.
Le royaume de Jésus n'est pas de ce monde Et, pour y entrer, nous devons briser
nos liens avec Mammon, puisque nul ne peut servir deux Maîtres. Combien autrefois,
combien aujourd'hui pensent qu'il vaut mieux servir tous les maîtres afin d'avoir
meilleure pitance - ou pour être sûr de ne pas se tromper - et qu'il est plus habile de
brûler des cierges à tous les autels ! Mais l'amour parfait du Christ ne souffre pas ces
partages ingénieux, car c'est Dieu Lui-même, Père très bon, Créateur souverain, qui
vient Se révéler à nous par Son Fils unique et nous apprendre Sa présence
miraculeuse en nous.
Jamais initiateur, jamais fondateur de religion n'avait osé dire aux hommes
cette formidable vérité.
Jamais aucun ne s'était affirmé être le Maître de toutes choses, en en donnant la preuve.
Non seulement Jésus promulgue la Loi nouvelle, mais Il le fait avec autorité, parce
qu'Il en a le droit et qu'Il représente Son Père. Non seulement Il commande, mais Il juge.
Non seulement Il est l'hiérophante, le sacrificateur par excellence, mais, si nous le voulons,
Il nous met en communion directe avec Dieu.
A l'amour fraternel des hommes les uns pour les autres s'ajoute alors un amour
filial de nous au Père.
Irrévérente prétention ? Fol orgueil ? Non pas. Relisez l'Evangile de Jean :
ces deux amours vivent l'un par l'autre et se pénètrent. A nos efforts timides vers
Dieu qui nous aime répond Sa grâce, Sa toute puissance qui les multiplie infiniment.
La Loi parfaite sera pleinement vécue dans le Royaume des cieux. Mais, dès maintenant
(Et depuis qu'elle fut incarnée sur la terre) les hommes de bonne volonté qui se donnent
à Jésus entrent dans Sa joie ; ils créent peu à peu du Ciel autour d'eux ; une vie nouvelle
circule en eux, comme dans le sarment passent la sève et l'énergie du cep. A l'esclavage amer
succède un libre abandon à la Volonté de Père, et le disciple trouve en chaque circonstance,
un réconfort, une lumière, une occasion d'aimer.
Si quelqu'un m'aime, a dit Jésus, il gardera ma parole et mon Père l'aimera, et nous
viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui.

La folie pour le Christ dans son outrance est la seule réponse à la folie de
Dieu pour l’homme en miette, depuis la premier Adam.
Et le pèlerin dans sa prière perpétuelle qui est aussi dans la même
outrance pour nous Chrétiens si pieux, toujours à l’heure à la liturgie
mais aveugle au frère, assurément de bons chrétiens du dimanche.
Nous n’avons pas le temps de bavarder avec le frère sans papier. Il nous faut
être à l’heure à l’eucharistie. Et de liturgie en liturgie notre bat de laine
pour le Jugement de-(r-) nier. Ce dernier jour ou la bourse …des biens- priants,
des biens- pensants s’écroulera…même pas côté en bourse , et oui
Dieu n’est pas notaire.
Un frère demande à un ancien : " Dis-moi : Comment me sauver ?". L'ancien lui répond :
" Si tu peux être injurié et le supporter, c'est une grande chose, plus grande que toutes les vertus".
Pour conclure,
(ce vocable est inadapté). Disons pour vivre. Saisissons, un temps d’arrêt sur la vie
de sainte Isoda d’Égypte qui avait choisi le combat spirituel singulier de la folie en Christ :
A cause de son étrange comportement les moniales la dédaignaient au point de vouloir s’asseoir
avec elle.
Cependant, Isidora accomplissait ces obédiences monastiques comme si elle était
l’esclave personnelle De chaque sœur. Elle devient l’ordure du monastère, et , par là,
elle accomplit la Parole de l’Ecriture :
« que nul ne s’abuse. Si quelqu’un parmi vous pense être sage dans ce siècle, qu’il
devienne fou afin de devenir sage (1.co3.18).
Elle ne portait pas de coiffe, ni de sandales. Elle marchait couverte de haillons et pieds nus.
Plus elle était insultait plus, elle supportait ce mépris avec silence et prières. Sa vertu cachée
n’était connue que de Dieu seul. Saint Dimitri un jour, alors qu’il était dans la solitude
du désert de Porphyre, il fut saisi de pensées de vaines gloire.
-Qu’est-ce qui te fais penser soient si excellents demanda un ange de passage ?
Aimerais- tu voir une femme plus pieuse que toi ?
-va au monastère de Tavena elle est supérieure a toi. Parce qu’elle s’adonne à son combat
spirituel au milieu des gens.
Le saint se hâta au monastère et demanda à voir les moniales. Toutes s’assemblèrent,
sauf Isidora-
« Nous sommes toutes là, sauf la folle qui est dans la cuisine ». Le starets demanda
qu’elle lui soit amenée.
Elle fût amenée de force, résistant à chaque pas- En la voyant, saint Pitirim toma
à ses pieds et dit » Béni- moi Amma (mère). La bienheureuse toma ses pieds et demanda,
en suppliant sa bénédiction à lui- Tout le monde fût étonné.
« Abba, ne te couvre pas de honte, c’est une folle ».
« C’est vous qui êtes folles, répliqua le starets. Elle est supérieurement plus élevée que vous
et que moi.
Elle est notre mère et je prie d’être trouvé égal à elle au Jour du Jugement ».
Plusieurs jours plus tard, Isidora quitta le monastère, fuyant la gloire et l’honneur
qui lui avaient été accordés.
Nul ne sait où elle alla et quand elle mourut.




Acathiste à tous les saints fols en Christ :
Réjouissez- vous : Ascètes, ineffables de la grâce
Réjouissez- vous : Pèlerins sans viatique sur la terre
Réjouissez- vous : Vagabonds célestes de la Vie Véritable
Réjouissez- vous : Errants mystiques sur la voie du Christ
Réjouissez- vous : Passagers en partance vers les cieux
Réjouissez- vous : Mendiants de la Jérusalem céleste
Réjouissez- vous : Saints- fols en Christ qui intercédez pour nos âmes.

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