Apprendre à me modérer

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Quejana
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Apprendre à me modérer

Message non lupar Quejana » sam. 14 oct. 2017, 11:04

Bonjour à vous,
Je vous écris parce que je ne trouve plus assez de force en moi-même pour affronter mes problèmes seule.
Je suis obsédée jour et nuit par la nourriture, j’en rêve même, j’y pense en me levant le matin et en me couchant le soir ; l’intervalle entre les repas me semble toujours trop long.
J’ai honte de moi-même, il y a une voix animale qui hurle à l’intérieur de moi. Il n’y a plus rien que j’arrive à apprécier, parce que les choses les plus belles, je les ai sacrifiées à mon désir compulsif de manger ; même dans l’extase, même après avoir écouté une belle musique, reçu une belle parole, même dans les plus belles situations qu’on puisse imaginer, une petite voix vient toujours et me dit : « Non, non… Ne prie pas plus longtemps, n’écoute pas plus longtemps de la musique car si tu commences à pleurer, à te réjouir, à sentir Dieu, tu n’auras plus faim. »
En vérité, quand je suis très émue, j’en viens à ne plus éprouver aucun appétit. Mes boyaux se nouent, ma gorge aussi, tout mon corps est contracté et je ne peux plus rien avaler. Comme je suis très fréquemment dans cet état, j’ai perdu tout plaisir à m’alimenter.
Depuis plusieurs mois, je ne mange quasiment plus que du pain et du riz quand je suis seule chez moi.
Et chose étrange, je n’arrive toujours pas à savoir si j’aime plus ou moins la nourriture que les autres hommes et femmes, je suis tantôt anorexique tantôt boulimique… Soit je fais le choix de l’esprit et je n’éprouve plus aucune faim, plus aucune ; soit, je suis dans la chair et j’enchaîne crises de boulimie sur crises de boulimie.
C’est toujours l’un ou l’autre. Il n’y a pas de juste-milieu, et je ne mange plus normalement de toute façon... Pour moi, les mots de « cuisine », de « gastronomie » d’ « assaisonnement », de « saveur » n’ont plus aucun sens, parce que mon rapport à la nourriture est complètement déréglé : ce n’est plus un petit plaisir mais une drogue violente. Peu importe ce que je me mets sous la dent, quand une crise commence, je me rue à table et sans aucun plaisir, aucun, j’engloutis.
Alors, pour lutter contre cela, je me suis imposée au fil des mois des restrictions de plus en plus sévères. Je ne m’autorise plus qu’à manger deux repas par jour, je ne m’autorise plus qu’à manger du pain et du riz pour me sentir moins coupable d’avoir mangé trop que si c’était du chocolat, une pizza… Je préfère manger trop de pain plutôt que de manger trop de crème glacée par exemple. Donc, depuis plusieurs mois, je ne mange plus comme le commun des mortels, excepté quand je suis à l’extérieur et avec les autres.
Avec les autres, je peine à suivre une conversation et à manger en même temps. Il y a une étrange césure qui s’est créée entre mon esprit et mon corps ; quand je mange, je ne peux pas faire autre chose que penser à ce que j’avale. Donc, au moment des repas, moment de partage, je ne parle presque pas et je suis extrêmement nerveuse, les odeurs des plats me montent aux narines, je deviens un animal, un simple animal, sans aucune conversation, sans aucune intelligence, qui ne fait que penser : « Vite enfourne ceci, vite enfourne cela » et au lieu de regarder mon interlocuteur droit dans les yeux, je baisse les yeux sur ce que je mange ; le regard plein d’amour que je devrais adresser à la personne que j’ai en face de moi, je l’attache à un morceau de gâteau.
Parfois, j’en viens à me demander si quand je vais chez un ami, chez mes parents, ce n’est pas aussi en pensant à ce que je vais manger chez eux, un peu comme le dit ce vers de Molière : « Et [que] c’est à sa table, à qui l’on rend visite. » C’est misérable, c’est misérable je sais, mais je m’aperçois que la simple espérance d’aller manger quelque chose de bon peut me préoccuper très longtemps à l’avance…
Et pourtant, comme je l’ai dit, je n’éprouve plus aucun plaisir à manger. Je mange avec douleur, comme si je devais forcer quelque chose pour faire entrer la nourriture dans mon corps, même quand je suis complètement à jeun ; alors, je ne force pas et dans ce cas-là, je mange en-dessous de mes besoins vitaux. Et quand je force, je mange au-dessus, très au-dessus de ce qu’une personne normale mangerait, avec une sorte de précipitation et de voracité incontrôlables.
Des questions de plus en misérables viennent habiter mon quotidien : « Est-ce que ce soir je mangerai mon riz chaud ou bien est-ce que je le mangerai froid ? », « Est-ce que je mangerai quinze tranches de pain ou seize tranches de pain ? » Et ces questions peuvent me tourmenter pendant toute la journée… C’est une sorte de cercle vicieux, parce que quand je me surprends à y penser, pour me punir de trop y penser et d’y attacher trop d’importance, je me dis : « Tiens, comme la nourriture ne doit pas être importante pour moi, ce soir, je mangerai mon riz sans sel. » Je m’inflige des micro-pénitences à répétition sur la nourriture, pour essayer de ne plus y penser ; mais en fait, c’est exactement l’effet inverse qui se produit.
Et du coup, les trois quarts de mes combats spirituels de jeune chrétienne se limitent à ces questions : « Quelle quantité de riz vais-je avaler ce soir ? », « Quelle quantité de pain ? », « Vais-je le manger chaud ou froid ? »…
Plus j’essaye d’éliminer le superflu et le plaisir de mon alimentation, plus mon rapport à la nourriture devient bestial. Là où les autres cuisinent avec intelligence, avec amour, avec un certain art, moi, je me contente du pire, pourvu que cela se consomme rapidement, sans préparation, pourvu que cela me remplisse bien l’estomac… plus l’aliment est simple, rudimentaire, plus il me satisfait… je trouve une sorte de plénitude à manger du pain de mie Leader Price… sauf que ce n’est pas un plaisir à proprement parler, c’est quelque chose de fiévreux, de maladif.
J’ai fumé pendant cinq ans (j’ai arrêté depuis plusieurs mois maintenant) et je dois dire que mon rapport à la nourriture est comparable à celui que j’avais à la cigarette : je ne me soucie pas du goût, pas de la présentation, mais seulement d’avoir ma dose. Pire encore, il y a peu, j’ai appris ces vers du Cantique des Cantiques :

« Sur ma couche, pendant les nuits,
J’ai cherché celui que mon cœur aime…
Je l’ai cherché et je ne l’ai pas trouvé.
Je me lèverai donc, je ferai le tour de la ville,
Dans les rues et sur les places,
Je chercherai celui que mon cœur aime…
Je l’ai cherché et je ne l’ai pas trouvé. »

Or, je me surprends parfois, quand je vais faire mes courses dans un supermarché au bord d’une crise de boulimie, à les entendre résonner dans ma tête, malgré moi, non pas appliqués à Jésus mais au paquet de pain de mie que je vais acheter.
J’ai le cœur qui s’accélère avant de manger, je regarde avec avidité le produit que j’ai acheté ; j’ai l’impression que j’ai presque un rapport affectif à la nourriture, comme si j’y cherchais l’ultime consolation. Et le moment où je dois m’arrêter de manger, le moment où je dois me lever de table, je le vis comme une sorte d’arrachement… Assez souvent, j’essaye de me mettre à l’épreuve en rejetant au dernier moment la bouchée que je suis sur le point d’avaler pour la réserver pour le prochain repas, mais c’est au prix d’une certaine violence que je me fais à moi-même.
En plus de cela, la lutte que je mène contre cette faim déréglée qui m’agite ne fait qu’accentuer cette dernière. Je jeûne complètement une journée par semaine, le vendredi, je me prive aussi assez régulièrement de repas soit pour la raison que j’ai dite plus haut (ne plus accorder autant d’importance à la nourriture), soit pour des motifs plus ou moins fantaisistes : chaque fois que je fais face à une difficulté dans ma vie, je décide de jeûner pour la résoudre.
Je me sens coupable à chaque fois que je mange, que je mange beaucoup ou que je mange peu. Si quelqu’un sollicite mon aide, je ne m’estime investie dans l’aide que je lui apporte qu’à partir du moment où j’ai décidé de jeûner et de prier pour la personne en question. Si je vais rendre visite à quelqu’un pour l’aider, le ou la consoler, lui donner un conseil, je ne dois surtout pas manger en sa compagnie, pour ne pas réactiver cette spirale où je ne fais plus que penser à ma chair et non à l’esprit ; quand je commence à manger, je ne me sens plus dans un état « spirituel », je me sens basse et misérable et donc, je ne suis plus en état d’apporter du réconfort à quelqu’un.
Si j’ai de l’argent dans mon portefeuille que je destine aux courses que je vais faire le soir, je me sens coupable quand je croise une personne qui fait la manche et quand je ne lui donne pas l’argent que j’ai dans mon sac ; et de même, si j’ai à manger dans mon sac, je me sens coupable de le garder pour moi face à quelqu’un qui n’a rien. Si j’ai beaucoup de choses à faire dans une journée, je me sens coupable de réussir tout de même à dégager du temps pour manger ; si je parle avec quelqu’un, je me sens coupable de terminer la conversation pour aller manger, j’essaye de la faire durer le plus longtemps possible, jusqu’à ce que la personne prenne elle-même l’initiative de la conclure.
J’ai inventé des stratégies pour ne pas être pressée de passer à table. Par exemple, il y a encore quelques semaines, je prenais ma douche d’eau froide (je me douche à l’eau froide) avant d’aller manger mon repas du soir ; de cette manière-là, je n’étais jamais pressée de passer à table le soir, parce que j’ai horreur de l’eau froide...
Quand enfin, je suis parvenue à être dégoûtée de la nourriture, à ne plus y songer, à ne plus en vouloir, le problème, le problème c’est que je ne tiens pas pendant très longtemps ; je traverse une phase d’anorexie, pendant laquelle j’ai presque une sorte de phobie alimentaire, qui fait que je saute des repas ou diffère au maximum le moment où je vais devoir manger. J’ai des difficultés à avaler, et puis, surtout, je me dis : « A quoi bon ? », je ne comprends plus pourquoi je devrais encore me contraindre à cette discipline de manger plusieurs fois par jour alors que je n’y trouve plus aucun intérêt.
Donc, la boulimie revient ; elle revient de la manière suivante : pour raviver mon appétit, un jour, je décide d’ajouter un peu de « superflu » à mon repas. J’appelle « superflu » ce que je n’y mets jamais habituellement, j’essaye d’y introduire une nouveauté. Cela me fait penser à ces vers de Shakespeare :

« Le mendiant le plus misérable
A quelque superflu dans ses pauvres hardes
Ne donne à Nature que ce dont elle a besoin
Et l’homme imitera des bêtes la vie piteuse. »

Je mets un peu de sucre sur mes tranches de pain, ou bien un peu de moutarde dans mon riz… Et quand je fais cela, je reprends du plaisir à manger, une sorte de plaisir, si bien que la phase de boulimie se réactive. Tant que je résiste à cette tentation du superflu, je reste dans une phase d’anorexie ; quand j’y cède enfin, pour me désennuyer, pour ajouter un petit quelque chose, pour introduire un peu de diversité, je redeviens boulimique… Tout cela est très étrange, je ne peux jamais viser le strict nécessaire : je suis soit au-dessus, soit en-dessous… Je ne sais pas comment font les autres pour dire qu’ils ont « mangé à leur faim », qu’ils « éprouvent de la faim »… Mon ventre étant constamment noué, je n’éprouve jamais ni faim ni satiété, je n’éprouve pas ces choses-là physiquement, elles sont seulement le reflet de mon état spirituel.

Quand je mange, ce n’est pas pour remplir mon ventre mais pour remplir un vide intérieur. Voilà pourquoi je ne peux pas manger et prier ou contempler en même temps, ni même avoir une conversation en même temps que j’ingurgite quelque chose. D’ailleurs, ce n’est pas en mangeant du pain de mie et du riz que je risque de satisfaire mes besoins vitaux ; je n’ai plus mes règles depuis dix mois maintenant.

En vérité, j’en suis venue à ne manger que pour manger. J’ai donné un rôle spirituel à la nourriture, j’y ai attaché l’importance que je devrais attacher à Dieu ; j’ai fait de la nourriture mon absolu et ma condition de plénitude.

Le sacrifice ultime que je peux faire, c’est celui de me priver de nourriture. Il m’est déjà arrivé de jeûner complètement pendant trois jours d’affilé… chaque fois que je suis confrontée à une épreuve, j’éprouve la nécessité de jeûner ; quand je n’arrive pas à prier Dieu comme je le voudrais, quand je n’y mets pas assez de cœur, de conviction, je jeûne… Mon ventre s’est mis au cœur de ma vie spirituelle… Quand je veux me prouver mon attachement à Dieu, la seule chose que je trouve à faire, la seule chose que je trouve à lui sacrifier, c’est mon repas du midi ou du soir.

Seulement voilà, j’ai bien conscience d’être en train de foncer dans une impasse terrible. Et si j’écris maintenant, c’est parce qu’il y a quelques heures, alors que j’avais fait le vœu le matin même auprès de Dieu, dans ma prière, de ne pas manger pendant quarante-huit heures, pour me faire pardonner les péchés que j’ai commis, j’ai cédé et j’ai fait une grosse crise de boulimie (j’ai avalé environ 700g de pain de mie en moins d’une heure). Pour la première fois depuis que je suis chrétienne, je n’ai pas tenu un vœu que je faisais à Dieu… Quoi que si, il m’est arrivé de ne pas respecter des vœux… sauf que jusqu’à présent, quand je ne respectais pas mes vœux, je me punissais en me privant de nourriture... et jusqu’à présent, le vœu de jeûne, c’était le seul vœu que je respectais toujours scrupuleusement et sans jamais dévier, la seule chose que je contrôlais parfaitement.

Aujourd’hui, j’ai cédé. Je m’aperçois en me relisant que mon rapport à la nourriture, que la manière dont ma vie spirituelle et la nourriture s’articulent dans ma vie est complètement folle ; jeûner est pour moi à la fois un moyen de faire pénitence, un moyen de mieux penser à Dieu, un moyen de maîtriser tout ce que je ne parviens pas à maîtriser, un moyen de faire des économies et de donner aux autres, un moyen de me sentir meilleure, un moyen de ne plus penser à l’écoulement du temps en n’ayant plus des journées scandées par les heures des repas, un moyen de ne plus avoir peur de la mort, un moyen de ne plus penser à moi-même et à mes propres désirs. Quand je relis cette énumération, je m’aperçois que le fait de jeûner est pour moi une arme puissante…

Disons que c’était ma meilleure ressource pour faire face aux difficultés et que maintenant, ayant rompu mon jeûne, j’ai aussi perdu cette ressource. C’était la seule chose que je ne violais jamais, que je respectais toujours quand je la mettais dans mes prières ; si je disais : « Je jeûne 24h », je jeûnais 24h sans faute… Je pouvais avoir des failles, des faiblesses partout ailleurs, ici, j’étais sûre de ne jamais tomber.

Je me servais du jeûne quand je ne respectais pas d’autres vœux ou d’autres résolutions pour me punir et pour me « dresser ». Maintenant, je me sens incontrôlable, vulnérable, exposée à toutes les tentations puisque j’ai cédé à celle-ci ; je n’ai aucun moyen de me punir, de faire pénitence d’avoir cédé, d’avoir failli, puisque c’est précisément ce moyen de dressage qui m’échappe maintenant.

Tout cela est fou, délirant… Et je ne parviens pas à comprendre comment moi qui suis si attachée à chercher Dieu et le royaume des cieux, je pense aussi souvent à mon ventre. Je ne comprends pas non plus comment vaincre le plus petit de tous les péchés, la gourmandise, est devenu pour moi la condition la plus importante de mon salut.

En effet, j’ai aussi oublié de dire que je ne me comporte pas du tout de la même manière avec les autres selon la phase que je traverse. Dans mes états de boulimie, je deviens paresseuse, molle, lâche, désagréable, facilement irritable, dépressive, fatiguée… Quand je me prive en revanche, c’est là que je suis le plus encline à faire le bien.

…Non, évidemment, je dois être dans l’erreur ; ce que j’écris me semble trop fou pour ne pas être une erreur, surtout cette phrase : « vaincre le plus petit de tous les péchés, la gourmandise, est devenu pour moi la condition la plus importante de mon salut. » … Comment expliquer qu’une si petite chose, la nourriture, puisse revêtir une telle importance ?

J’ai l’impression que si je me retrouvais face à Jésus, la première question que je lui poserais, c’est : « Comment croire et ne pas mourir de faim de croire ? » ou « Comment peut-on être chrétien et manger en même temps ? » J’ai l’impression qu’aimer Dieu fait mourir de faim, je ne comprends pas comment Jésus et ses disciples faisaient pour manger du pain ou du poisson. Donc, quand dans ma prière, je me sens enfin proche de sentir une lumière, quelque chose, quand je me sens enfin proche d’aimer Dieu, je redescends les deux pieds sur terre et je me détourne.

Il me semble que si je sentais Dieu comme je l’ai senti au moment où je suis devenue chrétienne, je perdrais l’appétit définitivement.

Il me semble que mon seul obstacle, d’autant plus misérable et haïssable qu’il s’agit du seul, que mon seul obstacle, je veux dire ce qui me retiendrait de rejoindre Jésus s’il me tendait les bras, ce serait celui de devoir encore manger.

Je me sens coincée, coincée sur Terre, et je ne sais toujours pas comment résoudre mon problème, car j’accorde une importance démesurée à la nourriture et j’éprouve une faim insatiable. J’ai bien conscience que cette faim de pain Auchan, de pain Leader Price, c’est une faim d’autre chose et que je tombe dans une complète illusion quand j’essaye de combler cet appétit-là par du véritable pain.

Pendant chacun de mes repas, ceux que j’effectue seule chez moi je veux dire, je lis la Bible en même temps. Mais soit je suis dans ma phase « grand appétit », et dans ce cas, je vois le texte défiler sous mes yeux sans le comprendre, pendant que je mâche, soit je suis dans ma phase « faible appétit », et je passe plus de temps à lire qu’à manger ; je peine à faire les deux en même temps, mais je m’y contrains… Je ne trouve pas de solution à mon problème, je suis en train de pécher gravement, je sais bien que ce n’est pas dans la nourriture que je trouverai du réconfort… je suis au bord de la chute…

*

J’ai écrit ce message avant-hier, le soir, le jeudi soir sans oser le poster. Aujourd’hui, depuis que j’ai rompu mon vœu de jeûne, mon état s’est empiré et j’ai perdu le contrôle sur tout dans ma vie ; je travaille habituellement à domicile, et depuis avant-hier, je n’ai pas travaillé. J’ai passé à mon temps dans l’oisiveté complète, à désespérer.
Cela ne m’est jamais arrivé depuis que je suis baptisée.
Il n’y a plus d’heure pour mes repas, je me précipite au supermarché, je mange, je mange, je mange… Et plus seulement du pain, du riz, des lentilles comme cela était mon habitude depuis plusieurs mois. Je mange une tablette de chocolat en quelques minutes, puis du pain, puis à peu près tout et n’importe quoi… Je ne sais pas comment m’en sortir, je sens que mon état ne présage rien de bon… tout est en train de s’écrouler…
Il n’y a plus d’heure pour mes repas, plus aucun interdit, et je ne me sens plus retenue par rien pour faire à peu près tout et n’importe quoi. S’il vous plaît, je ne sais pas comment revenir sur le droit chemin, j’ai passé plusieurs heures à prier hier soir mais je ne trouve plus aucune force à l’intérieur de moi-même.
Dès que la tristesse me revient, au lieu de laisser couler mes larmes, d’écouter de la musique, de me recueillir dans le silence, de lire la Bible, je me précipite sur quelque chose à me mettre sous la dent. Je vois bien que c’est une fuite que je suis en train de faire depuis jeudi et je ne sais pas ce que je suis en train de fuir, je suis à demi-aveuglée…
Je suis devenue tellement différente de ce que je suis habituellement que je ne me reconnais plus et que je ne comprends même pas comment moi, qui viens d’engloutir plus d’un millier de calories de sucres sans raison, entre deux repas, peux maintenant lever la tête vers Dieu.
Je ne sais pas comment ces trois jours, jeudi, vendredi, aujourd’hui peuvent entrer dans ma vie, comment je m’en souviendrais à l’avenir sans être remplie de honte et de confusion. Et il me semble quasiment impossible de reprendre toutes mes bonnes résolutions habituelles avec un tel souvenir et une telle image dans la tête, l’image de tout ce que je viens de transgresser en moins de 72h.
Parce que bien sûr, ma transgression ne se limite pas qu’à celle du jeûne ; le fait d’avoir mangé, mangé m’a conduite à ne plus penser à Dieu. J’ai passé plusieurs heures à lire Nietzsche, que je n’avais jamais lu auparavant, j’ai passé plusieurs heures sans travailler alors que je travaille habituellement… je me sens entièrement libre de faire tout et n’importe quoi… Je n’ose pas faire le moindre vœu, prendre la moindre résolution, puisque je n’ai pas tenu celle que j’avais prise.
Il se passe quelque chose de monstrueux.

*
**

Ce message est d'une longueur telle que je ne suis pas certaine que beaucoup d'entre vous me liront. Pardonnez-moi de venir ici déverser tous mes doutes, je n'ai pas de chrétiens dans mon entourage proche et je me sens très seule.
Mon idéal de vie est un idéal de vie ascétique, où je pourrais prier beaucoup, ne garder que le minimum d'argent pour me nourrir et pour payer mon loyer, donner le reste en aumône, travailler tous les jours d'une manière régulière... je n'arrive pas à me conformer à cet idéal... je ne suis pas catholique, je me définis simplement comme chrétienne. Officiellement, je suis une protestante réformée car je me suis faite baptiser par des protestants réformés et c'est là que je vais le dimanche.
Cela ne fait que depuis le mois de décembre dernier que j'ai été baptisée. A vingt ans, je suis sûre de vouloir consacrer ma vie à Dieu mais n'ayant que la foi, non pas de communauté à servir, non pas d’Église à épouser, non pas de règles à suivre, non pas de pratiques à adopter, je ne sais pas quoi faire pour répondre à l'appel de Jésus.
Et mes pénitences m'écrasent, parce qu'elles finissent par devenir le fruit de névroses personnelles plutôt qu'une véritable manière de vivre saintement.
Je vous écris à vous, parce qu'en lisant les messages de ce forum, j'ai vu qu'il y avait des personnes pleines de foi et d'amour. Si vous n'avez pas de réponse intellectuelle à m'apporter, s'il vous plaît, priez pour moi.

Quejana
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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar Quejana » sam. 14 oct. 2017, 16:46

Bonjour,
Non, je n'ai pas parlé de mon problème à un médecin. Je suis allée voir un prêtre catholique hier, qui m'a recommandé la même chose que vous. Or, il me semble que mon problème est davantage d'ordre spirituel que médical... En tout cas, je sais que c'est un problème en grande partie d'ordre moral, sur lequel j'ai une emprise, contre lequel ma volonté peut quelque chose et qu'il a des conséquences sur ma relation à Dieu.
Certes, c'est demander beaucoup à la religion de prendre en charge nos folies et nos névroses. Mais n'est-ce pas justement parce que nous avons de la folie en nous que nous avons tant besoin de Dieu ?
La question que je me pose aussi, c'est la suivante : ce que nous faisons de mal, est-ce le péché ou la maladie qui nous y pousse ? Quand la paresse n'est qu'une légère mollesse, quand elle n'est pas méchante, qu'elle est anodine, qu'elle nous fait nous attarder dix minutes au lit le matin ou nous pousse à nous asseoir de temps en temps au soleil, quand il fait beau, elle n'est pas un péché puisqu'elle est légère. Quand elle nous paralyse au point de nous empêcher de travailler, de nous détourner de l'essentiel, de nous faire soupirer, de nous donner des idées noires, alors que c'est précisément là qu'elle devient un péché, on ne l'appelle plus "péché" mais "maladie", "dépression". Même chose pour la gourmandise, qui légère n'est pas un péché mais poussée à son extrémité, comme cela est mon cas (j'essaye, j'essaye vraiment de me reprendre maintenant), n'est plus appelée "gourmandise", "péché" mais "boulimie".
N'est-ce pas pourtant cette gourmandise-là, cette chose atroce qui m'arrive que certains ascètes ont tant essayé de combattre par des jeûnes ? celle qui nous pousse à manger un carré de chocolat de temps en temps, elle n'est pas importante et n'est pas un péché, puisqu'elle ne nous détourne pas de Dieu.
C'est sans doute maintenant, quand le problème devient incontrôlable au point de devenir presque comme une maladie qu'il est un péché mortel. Je sais que je me pose beaucoup de questions, je tiens à m'excuser de faire part ainsi de mes doutes, je ne le fais pas avec mauvaise foi, j'espère trouver un remède...
Mon idéal serait de ne plus autant désirer la nourriture que ce que je fais maintenant, de m'en détacher, mais comment faire ? nous avons tous des passions, nous sommes tous liés à quelque chose, liés à la vie terrestre par un petit bout, certains par leur ambition, certains par le désir de s'enrichir, certains par l'amour d'une personne... Et pour moi, c'est par la nourriture, cela aurait pu être autre chose, mais c'est par la nourriture d'une manière assez ridicule et grotesque. Je ne peux pas m'en débarrasser complètement, je dois manger pour vivre mais comment faire pour manger seulement pour vivre et non pas manger pour manger ?
Je ne veux pas lutter contre une nécessité vitale, bien entendu, ce serait de l'orgueil, je veux lutter contre une passion... autrement dit, je ne veux pas me priver de nourriture en tant que moyen de subsistance, mais je veux simplement me priver de nourriture en tant que drogue. Peut-être, peut-être que je prends mal le problème et que cette difficulté que j'ai avec l'alimentation n'est que la partie la plus visible d'autres problèmes spirituels. Il est vrai que je n'arrive pas à renoncer à moi-même, à mon confort, que je ne peux pas songer à Jésus crucifié sans frayeur et sans une certaine répugnance, parce que la souffrance me fait peur.
Il me semble que j'ai besoin d'une aide humaine pour m'en sortir et que ma seule prière ne peut plus me suffire. Je suis assez sèche spirituellement et chaque fois que je me sens enfin proche de verser des larmes, d'être illuminée, je me mets à penser à mon ventre, à l'heure qu'il est, au repas du soir, à mettre un gilet sur les épaules pour me réchauffer ou quelque chose de ce genre... Voilà, certes, ce problème peut aussi bien être médical que spirituel, peut-être un médecin peut-il lui aussi apporter des réponses mais je pense tout de même qu'il y va de ma foi.
Pensez-vous qu'il soit nécessaire d'avoir un guide spirituel, d'être aidé par un confesseur pour les pénitences ? comment faire pour garder une règle de vie ? Chez les protestants, on dit que ce ne sont pas les œuvres qui nous justifient mais la grâce, si bien que je ne sais pas si je suis tout à fait protestante... parce que je crois que je dois faire des œuvres, que je dois agir, m'investir, mener une certaine vie et en même temps, je suis face à une difficulté-double, impossible à supporter : d'une part, je partage avec les protestants l'idée que tout vient directement de Dieu et que je ne peux pas avoir d'intermédiaire, idée vertigineuse, anxiogène et d'autre part, ce que les protestants n'ont pas, je dois me justifier par mes œuvres et je veux absolument faire pénitence. J'ai l'impression que je suis mi-protestante, mi-catholique, le pasteur que je connais m'a dit que c'était les catholiques qui accordaient autant d'importance aux pénitences...
Seulement voilà, quand on fait pénitence tout seul, sans règle, sans guide spirituel, sans vœu d'obéissance, sans obéir à quelqu'un mais seulement à soi-même, ce ne sont plus des pénitences, c'est de l'anorexie, ce sont des troubles obsessionnels compulsifs et c'est un pont vers la folie. Donc, je suis dans une situation très inconfortable qui me fait désirer à la fois une certaine liberté de conscience (protestantisme) et l'obéissance... mais donc, l'obéissance à quoi ? ... d'autant plus que je peine à sentir ce que Dieu exige de moi, je sais que toutes ces pénitences ne viennent pas de lui et que je suis en train de m'anéantir moi-même, avec sur les épaules une liberté impossible à supporter.

Charbel
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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar Charbel » sam. 14 oct. 2017, 17:47

Bonjour Quejana,

comme vous le mentionnez cette relation à la nourriture est sans aucun doute le fruit d'un vide intérieur.

Personnellement, et je pense que c'est le cas de beaucoup, la nourriture a toujours constitué un échappatoire en cas de stress, car c'est une satisfaction accessible et immédiate : pendant mes études au retour des cours c'était un sandwich, au boulot en cas de contrariété je peux boulotter les petits chocolats qui traînent à proximité, à d'autres moments je me mets à manger des choses que je ne consomme pas habituellement comme des chips... :)
De même qu'en cas de contrariété j'ai du prurit et y succomber est une satisfaction.
Mais quand je suis en paix, notamment en congés en plein-air, ni prurit ni "pulsion" alimentaire.

Et le fait que vous travaillez à domicile n'est bien sûr pas là pour aider car vous êtes totalement "libre" de suivre le "régime alimentaire" que vous voulez.

C'est déjà une grande grâce que vous ayez la Foi, et vous tourner vers Dieu est bien sûr essentiel.
Dans cette optique, si ça peut vous aider, mais il ne faudrait pas non plus trop vous culpabiliser, dites-vous bien que vous devez prendre soin du corps que Dieu vous met à disposition, et que vous l'éprouvez par ce régime alimentaire chaotique, en mettant en péril certaines de ses fonctions en altérant votre fécondité, car bien que vous ayez actuellement un idéal de vie ascétique, il y a mille façons de répondre à l'appel de Dieu, et peut-être pour vous sera-ce de fonder une famille, d'élever vos enfants dans la Foi, et ce don de vous auquel vous aspirez vous le ferez à votre famille.

Quoi qu'il en soit il vous faudrait sans doute diversifier vos activités.

Faites-vous des activités de plein air ?
Je pense notamment à de la randonnée, le plein-air aidant souvent l'esprit à se distraire, ne serait-ce que par la vision de choses diverses et variées changeant de celles vues mille fois de son quotidien, surtout si ce sont des beautés naturelles.
Selon le lieu où vous résidez c'est plus ou moins aisé, mais même à Paris, trou bétonné s'il en est, il y a des possibilités à quelques km, et des groupes en font régulièrement, une fois par semaine pour celui dont je fais partie (bien que j'y sois moins assidu).

Sinon Je suis persuadé que le sport est un bon remède car il incite :
- à penser à autre chose, voire à vous vider l'esprit, presque à vous décérébrer, faisant oublier les soucis,
- à respecter une certaine hygiène de vie en la rationalisant, en établissant notamment un cadre alimentaire, plus ou moins strict selon la pratique, limitant ainsi les débordements,
- à socialiser, ce qui oblige à s'aligner sur des pratiques alimentaires "standards".
Il y a bien sûr aussi des choses moins glorieuses comme la vanité qui pousse à se sculpter le corps pour s'aligner sur les standards de beauté, mais votre foi vous évitera de tomber dans ce travers.

Et ne vous étonnez pas de voir autant de sportifs amateurs de nos jours, cette activité étant aussi souvent le signe d'un vide que beaucoup essayent de combler ainsi, notamment en se fixant des objectifs, en réalisant des performances comme faire un marathon.
Je n'irai pas non plus jusqu'à dire que derrière chaque jogger se cache une ou des névroses, quoique... ;)
Je connais beaucoup de "jeunes cadres dynamiques" qui comblent ainsi les nombreux moments de solitude ; et certains couples y ont trouvé là un liant supplémentaire, en attendant peut-être de fonder une famille.

Au delà de ça, toute activité vous sortant de ce carcan est bénéfique : sans doute du bénévolat dans votre paroisse, et/ou pour une association, vous aideront à casser ce cercle infernal.

Charbel
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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar Charbel » sam. 14 oct. 2017, 18:06

Certes, c'est demander beaucoup à la religion de prendre en charge nos folies et nos névroses. Mais n'est-ce pas justement parce que nous avons de la folie en nous que nous avons tant besoin de Dieu ?
Je pense que vous êtes bien loin de la folie. :)
Peut-être est-ce là une épreuve que Dieu vous inflige, à vous de vous montrer digne de la foi qu'il a mis en vous en la surmontant ; en tout cas ce fil est bien la preuve que vous en avez la volonté sincère.
Et Dieu ne vous fera jamais porter de fardeau trop lourd, et c'est toujours pour un bien au final.
La question que je me pose aussi, c'est la suivante : ce que nous faisons de mal, est-ce le péché ou la maladie qui nous y pousse ? Quand la paresse n'est qu'une légère mollesse, quand elle n'est pas méchante, qu'elle est anodine, qu'elle nous fait nous attarder dix minutes au lit le matin ou nous pousse à nous asseoir de temps en temps au soleil, quand il fait beau, elle n'est pas un péché puisqu'elle est légère. Quand elle nous paralyse au point de nous empêcher de travailler, de nous détourner de l'essentiel, de nous faire soupirer, de nous donner des idées noires, alors que c'est précisément là qu'elle devient un péché, on ne l'appelle plus "péché" mais "maladie", "dépression".
Ce qui rend la paresse grave, c'est la volonté :
- ne pas prier par paresse est grave, et oui c'est de toute évidence un péché,
- ne pas faire un travail pour lequel on est payé honnêtement par paresse, est aussi un mal, voire un péché selon les conséquences pour autrui notamment.
Mais en cas de dépression, où c'est involontaire, là c'est juste de la maladie, sans qu'on puisse reprocher grand chose au malade.
Même chose pour la gourmandise, qui légère n'est pas un péché mais poussée à son extrémité, comme cela est mon cas (j'essaye, j'essaye vraiment de me reprendre maintenant), n'est plus appelée "gourmandise", "péché" mais "boulimie".
N'est-ce pas pourtant cette gourmandise-là, cette chose atroce qui m'arrive que certains ascètes ont tant essayé de combattre par des jeûnes ? celle qui nous pousse à manger un carré de chocolat de temps en temps, elle n'est pas importante et n'est pas un péché, puisqu'elle ne nous détourne pas de Dieu.
Dans votre cas je ne pense pas qu'on puisse parler de gourmandise car vous n'y trouvez de toute évidence pas toujours de plaisir, gustatif notamment, et bien au contraire vous en souffrez.

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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar Quejana » sam. 14 oct. 2017, 21:43

Merci Charbel pour votre réponse, je vais aller me promener un peu. Je n'habite pas très loin du Sacré-Coeur, cela me fera du bien. Je sens que la crise est passée, que quelque chose s'est apaisé... Si quelqu'un a prié pour moi, je le remercie. Il n'y a rien de plus beau que d'éprouver une tristesse toute pure, sans lui chercher de consolation autre que celle de Dieu. Je me sens toute apaisée, je vous remercie. Sans doute, la question n'est pas résolue mais enfin, je comprends que cette envie vorace de nourriture n'était qu'une illusion pour me cacher l'essentiel, une absence qu'il y a en moi et une tristesse de ne pas pouvoir sentir Jésus... Et quand on s'aperçoit qu'on ne peut pas le sentir, on le sent déjà presque un peu.

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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar Charbel » dim. 15 oct. 2017, 16:06

je vais aller me promener un peu. Je n'habite pas très loin du Sacré-Coeur, cela me fera du bien.
Très bonne initiative.
Et si vous vous sentez de pousser plus loin, voici le groupe de rando que j'évoquais : https://groups.google.com/forum/#!forum ... eurs-paris
Je sens que la crise est passée, que quelque chose s'est apaisé...
...
Super. :)
Sans doute, la question n'est pas résolue mais enfin, je comprends que cette envie vorace de nourriture n'était qu'une illusion pour me cacher l'essentiel, une absence qu'il y a en moi et une tristesse de ne pas pouvoir sentir Jésus... Et quand on s'aperçoit qu'on ne peut pas le sentir, on le sent déjà presque un peu.
Je ne sais pas ce que vous entendez par "sentir Jésus", la Foi qui vous habite n'est-elle pas suffisante.
Peut-être le "ressentirez"-vous en accomplissant des œuvres de charité...

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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar Quejana » dim. 15 oct. 2017, 22:12

Je suis coupable de quelque chose de terrible, c'est que je fuis l'amour de Dieu dès que je commence à le sentir, à avoir des larmes d'amour. Je sais que je ne dois pas redouter le vide, puisque si je parviens au comble du malheur, à un détachement ou un renoncement total, c'est là que Dieu peut se manifester dans toute sa puissance. Or, comme je ne veux pas faire ce renoncement, comme ce vide sans consolation humaine ou matérielle m'est intolérable, je finis par me détourner intentionnellement et en pleine connaissance de cause de Dieu. Sachant que je suis sur le point de m'abandonner à sa volonté, à brûler d'un grand amour, je me raccroche à la première chose qui me tombe sous la main pour ne pas garder les yeux fixés sur Lui. C'est la même chose concernant mes péchés, ils me paraissent tellement intolérables, ils me brûlent tellement les yeux et me font tellement suffoquer que je préfère plutôt que de les regarder de haut, me plonger toute entière dedans, m'y aveugler et m'y empêtrer encore davantage.
Depuis jeudi dernier, je traverse quelque chose d'insupportable et pourtant, cet extrême malheur est entrecoupé de moments de grand amour, où je dis de bonnes choses aux gens et où j'ai envie de serrer tout le monde dans mes bras. Il me semble que Dieu me laisse la liberté totale de choisir entre la boue dans laquelle je suis et la voie de l'amour. Malheureusement, je suis tellement mauvaise qu'en sondant le fond de mon cœur, je m'aperçois que ces émotions sublimes que je me mets à éprouver, je préfère les sacrifier à un morceau de pain tellement j'ai peur de les voir éclore.
Je commence même à me demander si j'aime véritablement Dieu ou non. Le pire, c'est que les gens qui n'aiment pas Dieu, souvent ce sont des gens qui n'ont pas connu son infinie miséricorde et qui ne savent quel immense amour il y a derrière le mot "Dieu". Et moi, c'est précisément cet immense amour dont j'ai peur et que je fuis de toutes mes forces. En plus de cela, j'ai conscience que Dieu m'aide, il me suffit de m'agenouiller, de prier un peu et quelque chose de bon vibre à l'intérieur de moi. Si je ne m'en sors pas, ce n'est pas parce que Dieu ne m'aide pas ou ne m'aime pas mais parce que je me détourne volontairement de Lui, alors que vraiment, je sens étrangement que Jésus n'attend que de nous que nous lui demandions son amour pour le donner inconditionnellement.
Je crains une chose, c'est que Jésus me laisse cette grande liberté d'aller vers Lui ou de ne pas aller vers Lui, et que moi finalement, en sondant profondément dans mes désirs le plus enfouis, je m'aperçoive que finalement non, je n'aime pas Jésus et que non finalement, je ne veux pas aller vers le bien... Voilà en quoi je me sens infiniment coupable...

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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar apatride » lun. 16 oct. 2017, 2:39

Bonjour Quejana,

Merci pour la confiance que vous nous accordez en publiant un texte aussi dense et personnel.

Sans vouloir m'avancer ni vous appliquer des schémas sans nuance, je me permets d'avancer qu'en psychanalyse, un rapport faussé à la nourriture est souvent symptomatique d'un rapport douloureux à l'amour maternel. Je ne vous connais pas suffisamment pour savoir quelle est la part de vérité d'une telle théorie en ce qui vous concerne. Je ne souhaite pas donner l'impression que je plaque cela sur vous sans discernement.

Par contre, je pense vraiment qu'une démarche thérapeutique serait un excellent complément à toute approche que vous jugeriez appropriée. J'ai pu vérifier sur moi-même qu'analyser sa propre relation aux parents et à la famille est souvent un excellent révélateur de sa relation à Dieu.

A mon sens, ce qui transparaît de vos messages est à la fois une peur de manquer et celle de ne pas être digne de l'amour qui vous est porté, fusse-t-il divin.

Je prierai pour vous.
Je vous souhaite une bonne continuation et espère avoir de vos nouvelles.

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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar Philon » lun. 16 oct. 2017, 10:19

Bonjour,
eh bien, cela ressemble étonnament à ce que j'ai traversé de ma 16ème à ma 22 ème année, des troubles alimentaires compulsifs avec vers 17 -18 ans une anorexie puis une hyperphagie incontrôlable, qui, de régimes sévères en reprise de poids m'a menée vers l'obésité ( j'ai eu cette obésité pendant trois ans , puis mon corps a retrouvé son équilibre et il s'est régulé lentement jusqu'à atteindre un poids normal). Ces troubles sont apparus dès que j'ai perdu la foi à 16 ans !
Je suis tombée ensuite dans une autre forme de trouble avec un compagnon pervers et sadique, une sorte d'idôlatrie.
Les troubles se sont atténués pour cesser quand vers trente ans, je me suis reconvertie.
J'ai épousé quelqu'un d'autre que ce fou.
Durant cette période athée marquée par ces troubles, je reconnais que médecine, psychothérapie et psychanalyse n'ont pas pu faire grand'chose : en réalité ils sont sur le versant idéologique du refus de l'autorité, ils m'ont poussée à la révolte contre ma famille et à la débauche. C'était dans les années 80, peut-être que cela a changé depuis.

Alors surtout ne lachez rien : confessez-vous, allez à la messe et dites le chapelet TOUS LES JOURS et surtout n'oubliez pas que le vendredi on ne mange pas de viande.
Demandez à votre paroisse s'ils ont un bon prêtre exorciste car bon nombre de ces compulsions addictives qui sont plus fortes que vous relèvent de la possession démoniaque.

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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar Quejana » lun. 16 oct. 2017, 15:51

Merci beaucoup Charbel et apatride (j'ai oublié de vous remercier dans mon dernier message, Charbel alors que vous m'avez apporté un grand réconfort).
Il est vrai que la solitude, le fait d'être partie vivre toute seule, sans mes parents et de devoir assurer mon indépendance financière, c'est quelque chose qui m'effraye beaucoup. J'ai oublié de vous répondre aussi Charbel, parce que j'étais dans un état douloureux hier soir, que précisément en ce moment, je commence à faire un peu de bénévolat et que cela me fait du bien.
Je vous remercie beaucoup pour le grand soutien moral que vous m'apportez ; si vous avez des conseils de choses à faire, de textes à lire ou si simplement vous pouvez prier pour moi, merci à vous. apatride en ce qui concerne la psychanalyse, j'ai peur aussi que le discours d'un psychanalyste me déculpabilise et me conduise à penser que mon passé, ma famille sont les principaux responsables de ce que je suis devenue. En tout cas, une chose est sûre, c'est que vous avez raison quand vous dites que cela est lié à mes parents, mes parents me manquent beaucoup depuis que je suis seule... C'est un mal pour un bien, car c'est aussi depuis que je suis toute seule que je me tourne vers Dieu.
Depuis que j'ai rompu mon voeu de jeûne, jeudi, j'ai perdu le contrôle sur tout. C'est le fait d'avoir rompu un vœu qui me terrifie et non pas poussée par la faim, mais simplement parce que je voulais le rompre et abandonner ma relation à Dieu. Maintenant, j'ai l'impression que quoi que je décide de faire, je ne réussirai pas à le faire puisque je suis passée par-dessus ce qu'il y a de plus sacré... Si même lorsque je fais un vœu à Dieu, je ne suis pas capable de le tenir, c'est que décidément non, je ne peux plus rien respecter et cela me terrifie.
J'aimerais savoir que faire pour pouvoir de nouveau aller vers Dieu. J'ai confiance en Lui, mais je n'ai plus du tout confiance en moi ; le pire, c'est que depuis samedi, j'ai eu beaucoup de "chance" dans ma vie, du point de vue professionnel (j'ai enfin trouvé un travail et je ne serai plus obligée de travailler chez moi) et aussi pour d'autres choses qu'il serait long d'expliquer. Vraiment, je vois que Dieu fait tout pour moi. J'ai beaucoup de chance mais mon âme est ruinée. J'aimerais recommencer à faire pénitence, mais plus d'une manière déraisonnée comme je l'ai fait et pouvoir prendre encore des résolutions devant Dieu en étant sûre de les tenir. Pensez-vous qu'un prêtre peut m'y aider ? avez-vous déjà entendu des histoires de personnes qui ont été dans le même embarras que le mien, qui n'ont pas respecté un voeu qu'elles ont fait et qui ont pu revenir vers Dieu ?
J'écris de longs messages, cela me fait du bien. Je viendrai sans doute régulièrement ici, le temps de trouver une solution à mon problème, car vivre ma foi seule, toute seule est devenu quelque chose de bien trop lourd et difficile... Et certes, je lis dans la Bible : "Le Fils de l'homme est maître du sabbat" ou bien je lis aussi que David a mangé les pains de proposition, les disciples de Jésus arraché les épis de blé, et je veux bien le croire : quand on a l'Esprit, on peut se permettre de passer outre toutes les règles... Seulement voilà, je n'ai pas l'Esprit ; je pourrais le demander à Dieu, mais ce qui se produit quand je commence à sonder au plus profond de moi-même, c'est quelque chose de fou, qui me donne le désir d'aller dans un désert, de partir sur les routes, de me faire crucifier ou de vivre d'atroces souffrances. Comme je suis lâche, comme je ne veux pas de telles choses, eh bien, depuis plusieurs mois, je m'enferme dans les pénitences et les "règles" à respecter pour me comporter à peu près bien aux yeux de Dieu (ou à mes propres yeux plutôt) tout en ne faisant pas ce qu'il exigerait de moi si je lui demandais l'Esprit.
J'éprouve un grand vertige depuis plusieurs jours car je ne sais pas si je dois préférer essayer de retrouver un cadre, en modérant mes passions, en étant aidée peut-être par un prêtre, en ayant quelques règles de vie, quelques lois morales à respecter, une vie difficile et douloureuse à mener ou si je dois m'abandonner complètement...
Et finalement, comme cette dernière chose-là me semble totalement impossible vu mes faiblesses, je crains de me finir par rompre avec Dieu. Il me semblerait préférable de reprendre la vie frustrante que j'avais, de privations, de pénitences plutôt que de me jeter à corps perdu dans quelque chose qui me dépasse quitte à finir par me désespérer et à rompre avec Dieu.
Je cherche une vie de pénitences non pas parce que cette vie-là me plaît en elle-même mais parce que je veux continuer à vivre avec mes faiblesses tout en n'étant pas obligée de rompre avec Dieu, jusqu'à ce que je sois finalement prête à faire ce qu'il exige de moi... je veux me maintenir en état d'attente. Or, pour attendre Dieu, il faut être malheureux d'une part, et d'autre part, il faut tendre vers le bien, c'est pour cela qu'il est important même quand c'est faux aux yeux de Dieu, d'avoir au moins l'impression de faire quelque chose de bien humainement : continuer les jeûnes, continuer à lire la Bible, faire du bénévolat, prier même quand le cœur n'y est pas... Quand on s'aperçoit qu'on ne tend plus vers le bien, même si Dieu nous aime, on ne peut pas s'empêcher de se dire à soi-même qu'on ne peut plus aller vers Lui.
Et puis, si je me mets à attendre Dieu avec des repas hamburgers tous les jours, des heures passées dans des bains d'eau chaude, ce genre de choses, je serais peut-être autosatisfaite et je ne penserai plus à lui demander son Esprit.
Il me semble qu'il y a de l'orgueil à vouloir faire face à de telles choses sans aucune base et sans aucune règle. Peut-être aussi ai-je une manière de concevoir la vie spirituelle complètement biaisée, étant donné que je ne suis convertie que depuis décembre dernier et que je n'ai pas eu d'éducation religieuse. En tant que catholiques, vous me n'aurez aucun doute là-dessus, que je suis dans l'erreur. Je ne me dis pas protestante, mais seulement chrétienne parce que je ne sais quasiment rien de Jésus et je n'ai pas encore tout approfondi, bien au contraire. Je peine à prier, je suis très sèche, j'ai le cœur endurci quand je lis la Bible, je ne comprends pas la Passion du Christ. Peut-être ai-je une conception de la croix un peu brutale, qui omet l'amour et l'humilité, la tendresse du Christ pour nous... Il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas... Je crois que mon plus grand travers est de rechercher à tout prix la performance et les douleurs, non pas par amour mais pour me faire plus grande que je ne le suis...
Merci beaucoup aux quelques rares personnes qui auront le courage de me lire, qu'elles me répondent ou non. Quand je serai sortie de cet immense tunnel, je vous le dirai aussi, je m'en veux de ne partager que mes souffrances ici.

---
Merci Philon pour votre message, que je viens de lire. Cela me rassure de voir que vous avez eu la même expérience que la mienne et que vous en êtes sortie. Je ne manquerai pas d'aller à l'église aujourd'hui, comme je le fais parfois quand je veux assister à un office en semaine (il n'y a pas d'office protestant en semaine).
Pour ce qui est de la viande, je ne mange jamais de viande le vendredi, non pas parce que je distingue les jours mais parce que je suis végétalienne (pas pour des raisons religieuses, c'est plus ancien encore, cela n'a pas de rapport avec ma foi).

Merci encore à vous tous.

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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar TREBLA » lun. 16 oct. 2017, 22:14

Chère Quejana,

Vous êtes en train de marcher dans une vallée spirituelle. C'est une situation grave. Je prie pour vous.
Psaume 23.
Dieu est mon pasteur; je ne manquerai de rien.
2 Il me fait reposer dans de verts pâturages,
il me mène prés des eaux rafraîchissantes ;
3 il restaure mon âme.
Il me conduit dans les droits sentiers, à cause de son nom.
4 Même quand je marche dans une vallée d'ombre mortelle,
je ne crains aucun mal, car tu es avec moi :
ta houlette et ton bâton me rassurent.
5 Tu dresses devant moi une table en face de mes ennemis ;
tu répands l'huile sur ma tête;
ma coupe est débordante.
6 Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront,
tous les jours de ma vie,
et j'habiterai dans la maison de Dieu,
pour de longs jours.
Que le Seigneur vous bénisse.

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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar Charbel » lun. 16 oct. 2017, 23:22

Bonsoir Quejana,

c'est bien sûr une joie si nous pouvons vous être d'une aide quelconque.
Il est vrai que la solitude, le fait d'être partie vivre toute seule, sans mes parents et de devoir assurer mon indépendance financière, c'est quelque chose qui m'effraye beaucoup.
Raison de plus pour vous rapprocher d'une communauté de croyants qui sera, je n'en doute pas, une source de belles amitiés. :)
je commence à faire un peu de bénévolat et que cela me fait du bien.
Top ! :)
si vous avez des conseils de choses à faire, de textes à lire
Je vous conseillerais de lire la Bible et de partager vos interrogations avec d'autres croyants pour édifier votre foi, notamment ici sur ce forum.
Et pour vous "distraire" il y a pléthore de livres ayant trait à la Foi, et je laisse le soin à d'autres de vous en conseiller.
ou si simplement vous pouvez prier pour moi, merci à vous.
Je n'y manquerai pas.
en ce qui concerne la psychanalyse, j'ai peur aussi que le discours d'un psychanalyste me déculpabilise et me conduise à penser que mon passé, ma famille sont les principaux responsables de ce que je suis devenue.
Je suis aussi très circonspect quant à la psychanalyse, en ayant fait une séance par hasard (j'étais venu pour une séance d'homéopathie :-D) ; vous n'y apprendrez sans doute rien que vous ne sachiez déjà, et au contraire vous risquez de vous tromper de causes.
Je vois en revanche 2 bénéfices dans le fait de parler des choses à un tiers :
- ça soulage naturellement, un peu comme pour une confession,
- ça peut permettre de clarifier, comme certaines méthodes de debug en informatique où on explique le bug à un objet, typiquement un canard en plastique, pour que la solution se fasse jour.
Depuis que j'ai rompu mon voeu de jeûne, jeudi, j'ai perdu le contrôle sur tout. C'est le fait d'avoir rompu un vœu qui me terrifie et non pas poussée par la faim, mais simplement parce que je voulais le rompre et abandonner ma relation à Dieu. Maintenant, j'ai l'impression que quoi que je décide de faire, je ne réussirai pas à le faire puisque je suis passée par-dessus ce qu'il y a de plus sacré... Si même lorsque je fais un vœu à Dieu, je ne suis pas capable de le tenir, c'est que décidément non, je ne peux plus rien respecter et cela me terrifie.
...
J'aimerais recommencer à faire pénitence, mais plus d'une manière déraisonnée comme je l'ai fait et pouvoir prendre encore des résolutions devant Dieu en étant sûre de les tenir.
Tout d'abord je suis convaincu que Dieu ne vous tiendra pas rigueur d'un engagement que vous n'avez pas pris en pleine conscience, donc sans doute n'avez-vous même pas commis de faute.
Et le cas échéant il ne faut pas rester sur un échec, vous avez faiblit une fois, mais cela ne doit pas vous décourager et vous éloigner de Dieu, au contraire.
Vous avez bien engagé votre repentir (techouva) :
- vous avez conscience de votre faute,
- vous l'avez confessée ici,
- vous êtes sincèrement contrite par cette faute,
- vous avez le désir de ne plus la faire.
Vous pouvez maintenant l'exprimer devant Dieu : Acte de contrition,
Puis prendre l'engagement devant Dieu de ne plus la commettre.

De plus vous n'avez sans doute pas pratiqué votre jeûne dans de bonnes conditions.
Je vous conseille de jeûner en randonnant, vous ne penserez pas à manger, et le cas échéant vous serez loin de votre garde-manger.
(En veillant bien sûr à ne pas faire d'efforts extrêmes et à avoir un petit quelque chose avec vous au cas où)
Pensez-vous qu'un prêtre peut m'y aider ?
Sans doute.
avez-vous déjà entendu des histoires de personnes qui ont été dans le même embarras que le mien, qui n'ont pas respecté un voeu qu'elles ont fait et qui ont pu revenir vers Dieu ?
Moi. ;)

vivre ma foi seule, toute seule est devenu quelque chose de bien trop lourd et difficile...
Encore une fois rapprochez-vous d'une communauté de croyants, même si vous n'êtes pas encore certaine qu'elle corresponde exactement à votre foi.

J'ai le sentiment que vous vous imposez des épreuves surérogatoires.
Vous avez la Foi et vous aspirez à accomplir Sa Volonté, c'est déjà l'essentiel, de plus vous semblez rejeter le matérialisme et vous aspirez à une vie simple, enfin vous êtes pleine de contrition pour des fautes qui ne me semblent pas majeures, je connais peu de personnes ainsi.
C'est tout à votre honneur d'aspirer à plus de sainteté, mais consolidez déjà ce que vous avez, c'est déjà beaucoup, et après vous aviserez.
N'essayez pas d'aller trop haut trop vite, il faut prendre le temps de marcher sur le chemin de la Foi, un pas après l'autre. :)

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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar apatride » mar. 17 oct. 2017, 1:27

Quejana, pour commencer vous avez l'air lucide sur votre condition, c'est un excellent point de départ.

En ce qui concerne la psychanalyse : c'est une voie mais il existe bien d'autres approches thérapeutiques peut-être plus adaptées.

Dans mon expérience il s'agit essentiellement de parler à voix haute et de dérouler le fil d'une pensée, en laissant les associations d'idées se faire, et l'analyse procède par "révélations" lorsque des éléments et anecdotes a priori sans lien se mettent à former un tout signifiant. Souvent cette réalisation se manifeste physiquement par des manifestations d'émotions très fortes : pleurs, tremblements, colère, etc. C'est un bon indice qu'un "complexe" a été mis à jour. L'analyste est là pour guider progressivement l'analysé à faire face à ces "angles morts" qu'il a -- volontairement ou non -- ignorés jusqu'alors.

Personnellement je trouve ce travail très révélateur des logiques souterraines qui conditionnent notre rapport au monde, aux gens, à notre famille, à Dieu. Il y a des phases de rejet de sa responsabilité, certes ; mais aussi et parfois dans le même temps, des réalisations sur notre propre responsabilité justement. Par exemple dans le cadre d'une relation complexe et émotionnellement riche à ses parents, il y a certes des souffrances subies, mais il serait injuste d'en rejeter la responsabilité uniquement sur les autres. Souvent la responsabilité nous incombe aussi de ne pas avoir su ou voulu poser les limites, manifester son désir, etc.

Donc non il ne s'agit pas dans une thérapie de se victimiser et de s'en tirer à bon compte, mais bien de voir où nous en sommes à la croisée de nos vulnérabilités et du monde extérieur. Cela implique justement de se "reprendre en mains" et prendre ses responsabilités. C'est en tous cas comme ça que je l'ai vécu et continue à le vivre.

Encore une fois, cela ne doit pas remplacer d'autres démarches (accompagnement spirituel, exorcisme si nécessaire) qui agiront sur d'autres plans tout aussi fondamentaux.

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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar Philon » mar. 17 oct. 2017, 8:25

Pour ce qui est des méthodes de psychothérapie, elles ont chacune leur efficacité mais celle-ci reste limitée.
Ce que je critique n'est ni la méthode ni la compétence mais le corpus d'idées implicitement contenu chez les psys en général :
1 cette idée que famille, parents, passé, seraient les seuls responsables de vos maux.
Je suis sceptique...car le monde moderne à lui seul crée des souffrances ( solitude, banalisation de la sexualité contraceptive, nécessité pour chacun de gagner sa vie et pour cela de se battre, culpabilisation de ceux qui ne vont pas bien, surestimation de la beauté physique....) et nous incite à pécher.
Pour ce qui est de la famille, je pense qu'elle est un soutien lorsqu'elle conserve les valeurs, les comportements et la morale classiques. Ce sera alors un refuge, un autre son de cloche qui permettra de relativiser les caractéristiques du monde moderne libéral.
Mais les familles "libérées" font bien des dégâts car elles ne sont pas un refuge mais abondent au contraire dans le sens du monde moderne.
2 La modernité , plutôt le "modernisme" des psys veut que leur foi soit dans l'individu supposé maitre de son destin.
Là encore je suis sceptique.
La créature humaine est faible et elle est bien peu de choses. L'humilité chrétienne est à l'opposée de l'"amour de soi" exigé par les psys. ces derniers essaieront de vous adapter aux normes modernistes. Or un Chrétien devrait les interroger tout d'abord car nombre d'entre elles sont en contradiction avec notre foi.

L'âme humaine ne peut se réduire au psychisme. Bien des souffrances diagnostiquées par les psys ont en réalité des souffrances spirituelles pour origine ( éloignement d'avec Dieu, perte de foi, compromission avec les normes modernes, etc.)

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Re: Apprendre à me modérer

Message non lupar Quejana » jeu. 19 oct. 2017, 18:51

Bonjour,
Merci beaucoup pour vos réponses. Je crois que vous avez raison de me dire que je dois me faire accompagner, c'est impossible de cheminer seul dans la foi comme j'ai cru pouvoir le faire au début. Une vertu du christianisme est l'obéissance, et cette obéissance n'est pas possible autrement qu'en faisant preuve d'humilité et en recevant les conseils d'une tierce personne. Ne pas avoir d'autorité au-dessus de soi, c'est s'exposer à se soumettre à une tablette de chocolat ou à une tranche de pain. Pour être capable d'obéir à Dieu, il faut tout d'abord être capable d'obéir à une autorité humaine, celle qui nous semble la plus juste et la meilleure même si toute autorité humaine est par nature imparfaite... Je ne sais pas là où j'ai le plus péché, en m'imposant des pénitences impossibles sans demander conseil à personne ou en défaisant brusquement mes vœux ; je crois que j'ai commis à la fois les deux pires péchés du christianisme, et les plus opposés l'un à l'autre, les péchés d'orgueil et de désespoir.
Je suis maintenant tout à fait sûre que je ne pourrai pas m'en sortir sans l'aide de quelqu'un. En ce moment, je travaille chez Carrefour, dans la grande distribution, et je m'aperçois que je me sens tellement affaiblie en ce moment que j'éprouve presque du soulagement à recevoir des ordres là-bas et à y obéir ; il me semble que la tyrannie humaine la plus cruelle, la plus absurde me semblerait plus facile à supporter que celle de ma conscience (non pas celle de Dieu, je n'ai pas la prétention de connaître la volonté de Dieu, mais celle de ma conscience). C'est un grave abaissement, un peu comme celui de l'enfant prodigue qui travaille pour une misère, au milieu des pécheurs, et aimerait manger les caroubes des cochons. Plutôt que de me retrouver seule dans mon appartement face à ma conscience, je me sens soulagée de passer gratuitement une demi-heure de plus au travail pour ranger les rayons et sacrifier toutes mes peines à une autorité qui ne mérite pas un tel empressement.
Il me semble parfois qu'il est plus facile d'obéir à la bassesse, même au prix de pénibles sacrifices qu'à ce que nous jugeons le meilleur et qui souvent nous coûte moins cher.
En ce qui concerne la psychanalyse, je reste encore sceptique comme Philon pour les raisons qu'elle énumère si parfaitement même si je pense qu'il y a beaucoup de points communs entre la relation que l'on a avec Dieu et celle que l'on a avec nos parents. J'ai lu votre présentation, apatride, elle me touche vraiment parce que comme vous, j'ai eu une très mauvaise expérience avec la drogue et cela a été le premier pas qui m'a fait concevoir notre fragilité humaine et lever les yeux vers le ciel. Vraiment, je vous assure, après les violentes crises d'angoisse que j'ai eues avec la drogue, de magnifiques choses sont venues ensuite dans ma vie, peut-être les avez-vous connues vous aussi.
Merci pour votre message, Trebla ainsi que pour votre prière, je ne manquerai pas de redire et redire ce psaume dans les moments difficiles.
Charbel, merci aussi à vous pour votre prière et pour vos conseils. Je suis allée voir un prêtre encore une fois lundi, un prêtre catholique très généreux. Sans être catholique, je veux aller me confesser régulièrement auprès de lui, maintenant, je lui ai demandé si je le pouvais et il n'a pas refusé ; j'espère que mon malheur actuel n'est qu'une occasion de prendre conscience des immenses lacunes qu'il y a dans ma vie spirituelle.
Désolée encore pour mon très long message, mettre des mots sur mes difficultés et vous les adresser me permet de mieux les comprendre.
Merci encore.


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