Contre-argumentaire : preuves de l'existence de Dieu

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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Crosswind » ven. 27 sept. 2019, 21:19

Booz a écrit :
ven. 27 sept. 2019, 21:06


Il est intriguant en effet. Pas plus intriguant, néanmoins, que les dizaines de pages qui s'évertuent à connaître des choses au delà de l'espace-temps avec des catégories transcendantales qui n'ont d’effectivité et de signification qu'au sein du champ spatio-temporel! Kant avait bien vu que nous ne pouvons connaître scientifiquement que des phénomènes spatio-temporels. Or, que cherche à connaître ce sujet? Connaître si l'univers à un commencement (ce qui nous pousse inévitablement au problème d'une première "cause" en dehors du temps, ce que la métaphysique classique a parfois nommé "cause de soi"), ou s'il est éternel (la notion d'éternité dépassant le cadre spatio-temporel). Kant avait annoncé que dans ce cas, il y aurait une antinomie de la raison, qui s'origine dans l'impulsion de la raison qui désire connaître le Tout, mettant ainsi l'entendement en surrégime, puisque ce dernier se retrouve contraint à faire un usage transcendant de ses propres catégories (cause, substance, qualité, réalité, quantité, etc). Un usage qui transcende quoi? Le champ de l’expérience possible, qui se situe exclusivement dans le cadre spatio-temporel et à l'intérieur duquel seulement les catégories peuvent avoir une signification et un remplissement empirique. Comment voulez-vous remonter des causes à l'infini et en trouver un remplissement empirique qui nous fasse connaître scientifiquement une première cause quand le champ de ce remplissement empirique ne peut dépasser notre temporalité finie? Vous chercher un infini en acte (donné empiriquement actuellement, pleinement et entièrement), là où vous ne pouvez qu'effleurer un "infini" en puissance, c'est-à-dire qu'une addition indéfinie de causes qui aspire à atteindre un point de fuite inatteignable.
Nous voilà pleinement d'accord. Je tente ici de traduire par contre en termes plus accessibles un dictionnaire philosophique peu explicite.

Booz a écrit :
ven. 27 sept. 2019, 21:06
C'est pourquoi Kant distinguait entre penser et connaître. Je ne peux connaître l'origine ou l'éternité de l'univers, mais je peux sans doute penser ceci. A cette tradition appartient Heidegger (et Platon, dans le Parménide, effectue sans doute une sorte d'exercice de pensée au sens kantien, puisqu'il ne pratique que des hypothèses et cherche le Sens du sens, si je puis dire). Or, dans le domaine de la pensée, et à partir de l'héritage kantien, Heidegger pensera (à juste titre je crois), que la pensée n'est pas moins rigoureuse que la connaissance rationnelle et scientifique. Elle est peut être même beaucoup plus profonde en ce sens qu'elle médite le sens des catégories scientifiques et leur limites, ouvrant sur un régime de discours qui s'émancipe de la représentation rationnelle classique. De là on peut penser une expérience poétique du monde qui se différencie de l'expérience scientifique et rationalisante. Ce régime de discours fait mémoire (non au sens psychologique) d'un don et peut témoigner en effet d'un instant-évènement qui n'existe pas moins et n'est pas moins rigoureux que cette suite de messages pleins de chiffres et de "concepts" (matière, infini, contraction, etc.). En ce sens la poésie peut apporter un témoignage qui a quelque chose à nous dire sur cette question, d'autant plus que les recherches légitimes de la science n'excluent pas du tout cet instant originaire qui dépasse les catégories transcendantales de la connaissance ( au sens de Kant).

Pour parler comme Heidegger, et sans aucune animosité : ce sujet rationalise beaucoup (jusqu'à se perdre dans des antinomies insolubles) mais ne pense pas, et il ne pensera pas tout le temps qu'il ne tiendra pas compte du régime de discours employé relativement à l'objet de cette même pensée.

Ce serait trop long de développer ceci,

Cordialement.
J'ai souligné en gras : c'est exactement ce que je tente de faire passer comme message, à ceci près que je n'emprunte que peu, voire pas du tout, à la poésie. L'absolu ne se rationnalise pas, il se vit.

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Fernand Poisson
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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Fernand Poisson » ven. 27 sept. 2019, 21:39

Crosswind a écrit :
ven. 27 sept. 2019, 20:44
Fernand Poisson a écrit :
ven. 27 sept. 2019, 18:13
Bonjour Crosswind,

Comment expliquez-vous :

1) Que l'homme parvienne à agir sur la réalité à partir des connaissances acquises, à obtenir certains effets voulus des choses si cette connaissance n'a aucun rapport avec l'absolu ?
Avant de me prononcer sur la réponse, j'émets quelques critiques sur le fond de la question. La proposition "l'agir de l'homme" fait appel à deux concepts ontologiques distincts : la nature de ce que serait "l'homme" au sens large, et ce qui serait l'une de ses caractéristique propre, l'"agir". Or ces deux concepts relèvent tous deux d'un état conscient particulier, propre à celui qui le vit, le mien C'est le témoignage d'une sensibilité plongée au cœur d'un monde dans lequel il lui semble loisir d'agir, mais pas la preuve que ces actes, éprouvés comme tels, relèvent d'un niveau supérieur et transcendant qui les justifie. Si les choses ont le sens qu'elles ont, si la logique m'apparaît comme ceci et pas comme cela, si mes goûts m'inclinent à telle ou telle affinité, si je me sens libre, tout cela relève en dernier lieu d'une seule et même aporie : le fait conscient. Votre question se fonde sur une partie de votre propre contenu de d'expérience : vous vous demandez logiquement pourquoi, vous tissez un réseau de liens formels, vous vous établissez en tant que centre épistémologique dans une Nature déterminée, etc... Et dans ce cadre, votre question est pertinente. Mais elle ne peut répondre aux incessantes attaques du cadre lui-même : pour vous poser toutes ces questions logiques, il faut d'abord et avant tout un accès. Cet accès est vide de logique, vide de sens, vide d'objets. Mais en lui se condense sans mots toute la métaphysique.
Mais pourquoi cette conscience ne pourrait-elle pas connaître l'absolu ? Ce n'est pas parce que quelque chose m'apparaît à moi que cela n'est pas vrai en soi.
Pour vous préciser ma position, je pense que "l'accès" en question tient dans les évidences du sens commun et qu'il participe de la rationalité. Je pense qu'exclure ces évidences de la rationalité (de dire que ces évidences constituent comme "l'autre" irréductible de la rationalité) est une erreur.
Notez que c'est la manière dont pensent la plupart des gens. Or vous n'examinez pas cette hypothèse et sa probabilité. Vous vous contentez de la rejeter par principe.
C'est important car votre refus d'affirmer quoi que ce soit de l'absolu est lui-même une affirmation positive portant sur ce qu'est la rationalité humaine, absolument parlant.
Fernand Poisson a écrit :
ven. 27 sept. 2019, 18:13
2) Que l'homme parvienne à expliquer scientifiquement sa propre émergence et donc celle de ses catégories de pensée ? Que ses facultés soient en quelque sorte capables de se "retourner sur elles-mêmes" pour saisir leur propre genèse ? (Je pense à la théorie de l'évolution).
L'homme est capable d'expliquer… pour l'homme. En aucun cas la science ne peut prétendre expliquer l'absolu. C'est une vieille antienne philosophique.
Mais ne voyez-vous pas ce que ce fait a de remarquable ? Du temps de Kant, on pouvait croire que les catégories de l'entendement étaient trans-historiques, alors qu'avec la théorie de l'évolution on sait qu'elles ont eu une genèse biologique. Permettez-moi de vous renvoyer la balle, mais c'est une objection solide et classique à cette "vieille antienne philosophique" : le problème de l'empirico-transcendantal, - à savoir comment une conscience peut appréhender sa genèse dans l'expérience, alors même qu'elle est censée fonder cette expérience ? Reconnaissez au moins que cela fait problème.
Fernand Poisson a écrit :
ven. 27 sept. 2019, 18:13
E. Mais la rationalité n'est pas seulement axiomatico-déductive. Tous les axiomes ne se valent pas : certains correspondent à des intuitions globalement partagées et peuvent être considérés comme certains même s'ils ne sont pas formellement prouvés (l'existence du monde extérieur par exemple).
L'existence du monde extérieur peut revêtir les oripeaux de deux axiomes. Il peut s'afficher en tant qu'affirmation d'un monte métaphysiquement extérieur, ou d'un monde simplement vécu comme extérieur.
Je vous parle d'un monde métaphysiquement extérieur.

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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Crosswind » ven. 27 sept. 2019, 21:55

Fernand Poisson a écrit :
ven. 27 sept. 2019, 21:39

Mais pourquoi cette conscience ne pourrait-elle pas connaître l'absolu ? Ce n'est pas parce que quelque chose m'apparaît à moi que cela n'est pas vrai en soi.
Pour vous préciser ma position, je pense que "l'accès" en question tient dans les évidences du sens commun et qu'il participe de la rationalité. Je pense qu'exclure ces évidences de la rationalité (de dire que ces évidences constituent comme "l'autre" irréductible de la rationalité) est une erreur.
Notez que c'est la manière dont pensent la plupart des gens. Or vous n'examinez pas cette hypothèse et sa probabilité. Vous vous contentez de la rejeter par principe.
C'est important car votre refus d'affirmer quoi que ce soit de l'absolu est lui-même une affirmation positive portant sur ce qu'est la rationalité humaine, absolument parlant.
Le refus d'affirmer n'est pas une affirmation de jugement, mais une suspension du jugement. En ce sens, je ne répands aucune Bonne Parole, je me contente d'émettre quelques remarques lorsque d'aucuns, scientifique, religieux ou autre quidam absolutiste, tentent de me prouver l'existence d'un Absolu. Je réponds : c'est plausible, et alors? La foi répond parfaitement à l'absolu, elle qui consiste à croire par conviction théoriquement irrationnelle - quand bien même la plupart des croyants se fondent sur une base rationnelle, d'où les tensions internes chez certains - en un axiome élevé pour l'occasion en Réalité Inaliénable.

Fernand Poisson a écrit :
ven. 27 sept. 2019, 21:39
Mais ne voyez-vous pas ce que ce fait a de remarquable ? Du temps de Kant, on pouvait croire que les catégories de l'entendement étaient trans-historiques, alors qu'avec la théorie de l'évolution on sait qu'elles ont eu une genèse biologique. Permettez-moi de vous renvoyer la balle, mais c'est une objection solide et classique à cette "vieille antienne philosophique" : le problème de l'empirico-transcendantal, - à savoir comment une conscience peut appréhender sa genèse dans l'expérience, alors même qu'elle est censée fonder cette expérience ? Reconnaissez au moins que cela fait problème
Cette objection est très faible. La science entière est transcendantale, aux yeux de Kant et ses successeurs. LA théorie de l'évolution n'est en rien une description d'un absolu, mais une interprétation fondée sur nos propres a priori. Autrement dit, nous n'appréhendons aucune genèse en-dehors de nos propres catégories.

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Fernand Poisson
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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Fernand Poisson » ven. 27 sept. 2019, 22:16

Crosswind a écrit :
ven. 27 sept. 2019, 21:55
Fernand Poisson a écrit :
ven. 27 sept. 2019, 21:39

Mais pourquoi cette conscience ne pourrait-elle pas connaître l'absolu ? Ce n'est pas parce que quelque chose m'apparaît à moi que cela n'est pas vrai en soi.
Pour vous préciser ma position, je pense que "l'accès" en question tient dans les évidences du sens commun et qu'il participe de la rationalité. Je pense qu'exclure ces évidences de la rationalité (de dire que ces évidences constituent comme "l'autre" irréductible de la rationalité) est une erreur.
Notez que c'est la manière dont pensent la plupart des gens. Or vous n'examinez pas cette hypothèse et sa probabilité. Vous vous contentez de la rejeter par principe.
C'est important car votre refus d'affirmer quoi que ce soit de l'absolu est lui-même une affirmation positive portant sur ce qu'est la rationalité humaine, absolument parlant.
Le refus d'affirmer n'est pas une affirmation de jugement, mais une suspension du jugement. En ce sens, je ne répands aucune Bonne Parole, je me contente d'émettre quelques remarques lorsque d'aucuns, scientifique, religieux ou autre quidam absolutiste, tentent de me prouver l'existence d'un Absolu. Je réponds : c'est plausible, et alors?
Donc vous n'affirmez pas l'impossibilité de connaître l'Absolu en raison des limites inhérentes de notre rationalité et de notre position consciente ? Vous vous contentez de suspendre votre jugement à titre personnel ? Je demande cela dans un souci de précision et non pour vous piéger.
La thèse débattue n'est pas : "l'Absolu existe" mais "les facultés humaines peuvent, dans une certaine mesure, connaître la réalité extérieure telle qu'elle est en elle-même".
La foi répond parfaitement à l'absolu, elle qui consiste à croire par conviction théoriquement irrationnelle - quand bien même la plupart des croyants se fondent sur une base rationnelle, d'où les tensions internes chez certains - en un axiome élevé pour l'occasion en Réalité Inaliénable.
Je ne trouve pas cela exact de qualifier la Foi d'irrationnel, car cela semble vouloir dire "contraire à la raison". Ce qui rend d'autant plus inintelligible cette histoire de base rationnelle. Je dirais plutôt qu'il entre dans la Foi du rationnel et du non-rationnel.
Mais ne voyez-vous pas ce que ce fait a de remarquable ? Du temps de Kant, on pouvait croire que les catégories de l'entendement étaient trans-historiques, alors qu'avec la théorie de l'évolution on sait qu'elles ont eu une genèse biologique. Permettez-moi de vous renvoyer la balle, mais c'est une objection solide et classique à cette "vieille antienne philosophique" : le problème de l'empirico-transcendantal, - à savoir comment une conscience peut appréhender sa genèse dans l'expérience, alors même qu'elle est censée fonder cette expérience ? Reconnaissez au moins que cela fait problème
Cette objection est très faible. La science entière est transcendantale, aux yeux de Kant et ses successeurs. LA théorie de l'évolution n'est en rien une description d'un absolu, mais une interprétation fondée sur nos propres a priori. Autrement dit, nous n'appréhendons aucune genèse en-dehors de nos propres catégories.
Je crois que vous ne comprenez pas l'objection. Ce qui est intéressant, c'est justement qu'il soit possible d'appréhender la genèse de nos catégories avec nos catégories, de faire si vous voulez une "généalogie de la logique" à partir de notre propre logique. Comment cela est-il possible ? Comment ce qui est censé fonder le champ de notre expérience peut-il naître au sein de ce champ ? Comment la condition peut-elle être à son tour conditionnée ?
Au surplus, ça ne vaut pas comme argument en sa faveur, mais permettez-moi quand même de vous dire qu'elle a suscité bien des pages et des pages de philosophie pour "une objection très faible". :-D

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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Solene111 » ven. 27 sept. 2019, 22:41

Booz, Crosswind, en gros ce que vous dites c'est qu'on ne peut pas penser au delà de nos limites (limites d'humains inscrits dans le temps et l'espace ou plutôt limites d'humains inscrit dans une expérience subjective inscrite dans le temps et l'espace), et que tout cela est du domaine de la foi, de la poésie, de la croyance.

J'entends ce que vous dites, cela dit je pense que la raison peut pointer dans une direction. La question"pourquoi y a t il quelque chose plutôt que rien?" Ou bien "comment expliquer la contingence du monde, la contingence de la substance, la contingence de l'être?" Me parlent peut être autant sinon plus que la poésie.

Peut être que certaines questions logiques tirant vers l'absurde sont aussi poétiques que la poésie? À la manière d'un koan...

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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Voyageur » sam. 28 sept. 2019, 10:08

Crosswind a écrit :
ven. 27 sept. 2019, 20:45
Je n'admets aucune conscience personnelle autre que 'je". Pour autant, je partage des principes communs, et autres caractéristiques et vérités. Seulement, je ne crois certainement pas en une conscience partagée, un "Nous"? Pour quoi faire?
Vous admettez donc que votre vie sociale est inexistante ?
Tu m'as montré les chemins de la vie,
Tu me rempliras de joie par ta présence.

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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Crosswind » sam. 28 sept. 2019, 12:33

Voyageur a écrit :
sam. 28 sept. 2019, 10:08
Crosswind a écrit :
ven. 27 sept. 2019, 20:45
Je n'admets aucune conscience personnelle autre que 'je". Pour autant, je partage des principes communs, et autres caractéristiques et vérités. Seulement, je ne crois certainement pas en une conscience partagée, un "Nous"? Pour quoi faire?
Vous admettez donc que votre vie sociale est inexistante ?
Bien sûr que non !

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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Voyageur » sam. 28 sept. 2019, 13:03

Crosswind a écrit :
sam. 28 sept. 2019, 12:33
Bien sûr que non !
Alors, je ne vous suis pas. Pour permettre la vie sociale : l'amitié, la solidarité, le couple, la communauté, le mouvement de foule, la communication, il faut reconnaitre une altérité consciente avec laquelle on peut établir un contrat social. C'est-à-dire la mise en relation de deux "Je", qui se transpose en "Nous".

Le "Nous" est indiscutable. C'est, a minima, une entité dialectique.
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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Solene111 » sam. 28 sept. 2019, 13:13

C'est le solipsisme!

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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Voyageur » sam. 28 sept. 2019, 14:23

Solene111 a écrit :
sam. 28 sept. 2019, 13:13
C'est le solipsisme!
Pour moi, le solipsisme ne peut être qu'une étape.
C'est un point d'entrée, comme l'oeuvre au noir.
La dissolution des concepts finis ne tient qu'un temps.

Admettre sa conscience personnelle introduit un nouvel en soi,
dont la réalité passe par une médiation avec l'altérité.
Et accepter le "Nous" conduit aux spéculations mystiques.

Comme le dit Hegel : "La conscience de soi ne parvient à sa satisfaction que dans une autre conscience de soi."
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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Solene111 » dim. 29 sept. 2019, 1:15

Peut être que l'effort soutenu dans la foi et la charité (au sens vrai et noble du terme), l'effort de chacun pour faire grandir son amour dans la chasteté peut constituer une bonne preuve, a posteriori, de l'existence de Dieu. Car cela s'appuie bien sûr l'expérience, ainsi que sur la raison.

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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Crosswind » lun. 30 sept. 2019, 0:19

Booz a écrit :
dim. 29 sept. 2019, 16:04
Cette joie se communique, et elle est un témoignage existentiel qui peut fournir une preuve éthique de Dieu. C'est du moins une hypothèse qui mérite toute l'attention.
Certainement, mais je ne comprends pas, pour ma part, en quoi il est nécessaire d'extérioriser Dieu? Le fait d'expérience peut parfaitement suffire à l'exaltation au moment où le fait se sait vécu. Le "miracle", le mystère enthousiasmant, ne tient pas dans le contenu de l'expérience, mais dans le fait d'expérience lui-même.

L'inconvénient, c'est que l'on ne peut dans ce cas faire passer aucune doctrine particulière, et encore moine en privilégier une sur une autre autrement que par les accointances vécues dans un contexte particulier.

Finalement, je défends un spinozisme débarrassé de sa substance.

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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Solene111 » lun. 30 sept. 2019, 5:27

Le "miracle", le mystère enthousiasmant, ne tient pas dans le contenu de l'expérience, mais dans le fait d'expérience lui-même.
On en revient à la preuve cosmologique sur la contingence du monde et à la fameuse question "pourquoi y a t il quelque chose plutôt que rien?"!

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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Voyageur » lun. 30 sept. 2019, 6:41

Crosswind a écrit :
lun. 30 sept. 2019, 0:19
Certainement, mais je ne comprends pas, pour ma part, en quoi il est nécessaire d'extérioriser Dieu? Le fait d'expérience peut parfaitement suffire à l'exaltation au moment où le fait se sait vécu. Le "miracle", le mystère enthousiasmant, ne tient pas dans le contenu de l'expérience, mais dans le fait d'expérience lui-même.
C'est tout à fait juste. Ce pour quoi l'expérience mystique est considérée comme incommunicable, tout comme le "nom" divin.

Cependant, le christianisme croit en un dieu intime, extériorisé et agissant. Je comprends que vous vous limitiez à la dimension personnelle, plus intime, plus proche de la vérité. Le risque serait de vous attacher à une forme d'archétype jungien, une conceptualisation esthétique, qui ne peut se transposer dans le réel ou qui ne tend pas vers la mise en acte.

Crosswind a écrit :
lun. 30 sept. 2019, 0:19
L'inconvénient, c'est que l'on ne peut dans ce cas faire passer aucune doctrine particulière, et encore moine en privilégier une sur une autre autrement que par les accointances vécues dans un contexte particulier.
La doctrine tient dans sa dimension "terrestre", sa volonté d'agir et de transposer le vouloir divin dans notre quotidien : "que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel".
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Re: contre-argumentaire: Preuves de l'existence de Dieu

Message non lu par Crosswind » lun. 30 sept. 2019, 12:29

Booz a écrit :
lun. 30 sept. 2019, 1:47
Dieu, chez Spinoza, s'intériorise à mesure qu'il se comprend, tant au niveau individuel qu’inter-subjectif, me semble-t-il.
Cette intériorisation est ce qui heurte le sens logique de certains, à la lecture de Spinoza : l’impossible synthèse de son monisme neutre de l’affirmation d’une substance avec la finitude de notre vécu.
Booz a écrit :
lun. 30 sept. 2019, 1:47
Forme et contenu sont solidaires. Pourquoi vouloir les scinder?
Vivre et se savoir vivre sont structurellement liés. Il est possible que l'attention consciente se dirige plus vers un pôle et moins vers un autre, mais je pense qu'une conscience de soi implique toujours en même temps ce de quoi la conscience est conscience - c'est-à-dire de son contenu. Ce savoir du vécu, si vous supprimez le vécu dont il est le savoir, devient un savoir du vide, du rien, perdant ainsi le corrélat nécessaire de la conscience, qui est rapport à autre chose que soi.
Je vous rejoins sur un point : pour avoir conscience de soi, il faut au minimum bénéficier d’une conscience d’objets, autrement dit d’une conscience réflexive. Là où je diverge, c’est dans la définition de la conscience que vous donnez ensuite : il ne pourrait y avoir conscience sans un rapport à autre chose que soi. Vous associez étroitement, du reste, la conscience au savoir. Pour ma part, je bats en retraite d’un cran supplémentaire de cette conception du fait conscient en accordant la possibilité d’une conscience plus élémentaire, communément appelée conscience pure, qui ferait l’économie de tout contenu réflexif. Dans ce cas, il n’est plus question de savoir, mais de simple éprouvé non reconnu comme tel par le sujet (qui au demeurant ne se sait plus sujet). Par exemple, l’état second d’une personne sous influence, qui vit un flux inarticulé, informé, de sensations diverses.
Booz a écrit :
lun. 30 sept. 2019, 1:47
L'inconvénient, c'est que l'on ne peut dans ce cas faire passer aucune doctrine particulière, et encore moine en privilégier une sur une autre autrement que par les accointances vécues dans un contexte particulier.
Le vécu particulier serait donc la mesure de toute chose? Je ne peux que vous renvoyer à la méditation de Socrate dans le Théétète de Platon. A défaut d'être une réponse définitive, c'est du moins un moment essentiel à mon sens.
Non, vous me prêtez ici un subjectivisme forcené que je ne partage pas. Ce que je dis, c’est qu’il est vain de tenter démontrer l’absoluité de toute forme morale. Précisons certaines choses : tout d’abord, suivant en cela ma ligne de conduite, c’est-à-dire le refus de tout jugement définitif sur une proposition portant sur l’absolu, je l’applique à mon libre-arbitre. Je ne peux donc prétendre être absolument libre. Cela reste certainement une possibilité, mais en rien une certitude. Pour autant, tout se passe comme si je disposais de cette capacité puisque je ressens clairement, pour la plupart de mes décisions, celles qui font appel à la raison, une forme de liberté souveraine des actes posés, des actes volontaires. Corollaire à cette liberté, à ma volonté supposée dénuée de toute emprise extérieure, j’éprouve le sentiment de responsabilité : je me ressens – sur un mode éprouvé et non métaphysique, j’insiste encore – comme étant la cause de certains événements. Mon expérience sensible, en plus de me faire découvrir des événements et ressentir une volonté libre de ses actes, m’accorde également pléthore d’émotions qui s’expriment, tant en qualité qu’en quantité, sur une échelle à degrés continus. Ces émotions, je tente instinctivement de les trier au mieux par la raison afin de mieux maîtriser leur apparition, je tente donc de relier les événements, mes actes et mes émotions en vue de maximiser mon propre bien-être. Jamais, au grand jamais, je n’agis réellement en ma défaveur. Même si je me sacrifie sur l’autel des souffrances pour autrui, c’est toujours en vue de mon propre bien : donner sa vie pour ses enfants revient à refuser une souffrance insurmontable personnelle à plus long terme et se soumettre aux pires tortures à titre « gratuit » revient à jouir plus encore du sentiment de liberté qui nous étreint. Ces liens ne sont ni jamais entièrement noués, ni intangibles. Ils fluctuent. S’il m’arrivait de brûler les fourmilières étant enfant, cela ne m’amuse plus du tout devenu adulte. S’il m’arrive de tuer un moustique dans ma chambre, je pourrais parfaitement le laisser en vie une autre nuit. Les événements associés au sentiment d’injustice ou de colère sont si étroitement intriqués avec un contexte émotionnel global qu’ils en deviennent proprement inclassables autrement que par des généralités qui en sont réduites à servir de guides grossiers d’action. Les émotions sont contextuelles, évolutives et arbitrairement circonscrites. Il y a de la tristesse dans la mélancolie tout autant que l’inverse, et il m’est arrivé d’être joyeux dans une forme profonde de détresse.
Mais les émotions guident nos actes plus sûrement que toute volonté propre. Nous ignorons pourquoi tel événement « nous rend triste ». Nous l’ignorons. Nous tentons certes de l’expliquer rationnellement a posteriori – parce que j’aime la vie, parce que cette maison me rappelle d’heureux souvenirs, parce que telle molécule agit sur telle partie cérébrale, etc. – mais sur le fond nous pourrions tout à fait perdre la capacité émotive ou la voir se modifier sans que le motif rationnel n’en perde sa pertinence. Nous sommes incapables d’affirmer avec certitude l’origine de nos émotions.
Lorsque j’agis au sein des événements, je le fais en vertu des émotions présentes, passées et attendues dans le futur. Les émotions passées et présentes sont reliées rationnellement, au moyen de concepts généralisateurs (si acte/événement A alors émotion B), et nos souvenirs arrangés sous forme de règles causales nous informent de ce que nous pouvons attendre de la combinaison actes/événements présente. En fonction de cela, que reste-t-il à la liberté d’agir ? Difficile à dire, car en fin de compte c’est bel et bien un contenu de pensée qui forme les seules pièces à partir desquelles une décision doit être prise. Or il n’existe qu’un seul arrangement possible de ces pièces, celui qui nous apporte l’intime conviction que c’est cette combinaison et pas une autre qu’il nous faut prendre. Mais qu’est-ce que l’intime conviction sinon… une émotion ? Certes, une émotion maître en ce qu’elle détermine une marche à suivre, mais émotion tout de même, qui pourrait être toute autre dans d’autres circonstances.
Résumons.
Seul, j’agis en fonction d’une émotion-maître, une intime conviction résultat de l’association dans la durée d’un corpus émotif instable, d’un contexte événementiel et d’une faculté de raison. Cette émotion-maître peut a posteriori se voir conceptualisée sous la houlette d’émotions tierces visées à plus long terme, ce qui m’amène à penser ma propre conception de la morale. Mais, on l’a vu, on ne peut en rien affirmer que cette conception soit absolue.
Confronté à mes pairs, je confronterai ma morale à la leur. Cette confrontation modifiera le contexte événementiel, le contenu de ma faculté de raison et peut-être aussi la teneur des liens qui les unissent à mes émotions. Conséquemment, un équilibre se mettra progressivement en place par le jeu des rapports de force, équilibre qui synthétisera les différentes morales en un ensemble plus généralisé valable pour tous. Mais cette synthèse sera elle-même soumise à la dynamique interne de tous les participants.
Conclusion : si l’on peut dire que la morale est subjective, elle conserve toute sa teneur objective au sens de Kant.
Booz a écrit :
lun. 30 sept. 2019, 1:47
Il me semble que vous êtes dans une position métaphysique classique que l'histoire a consacrée sous le nom de "phénoménisme". Le problème de cette position, c'est que pour se poser, elle doit bien s'exprimer dans l'universalité du langage et prétendre valoir pour tous... c'est-à-dire que pour se poser, elle doit se nier. Il y a une contradiction performative. A moins d'en faire un cri du cœur?
Vous avez parfaitement raison : cette position est muette. Ou presque. Il reste possible, peut-être par le biais de la poésie justement, de faire comprendre à l’interlocuteur la profondeur éblouissante de l’infinité du monde intérieur : la percussion vivante de la contradiction existentielle du cogito, la découverte sans mot du potentiel littéralement miraculeux non pas de ce qu’il y a, mais du fait qu’il y a.
C’est pour cela, à nouveau, que je ne comprends pas pourquoi il faut allez chercher Dieu quelque part.

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