Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

« Dieu leur donnera peut-être de se convertir et de connaître la vérité. » (2Tm 2.25)
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Forum de débats dialectiques entre personnes de bonne volonté autour de la religion chrétienne (catholicisme) et des objections formulées à son encontre

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Cinci
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Re: Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

Message non lupar Cinci » jeu. 15 nov. 2018, 14:03

Incorporés à un corps (bis)

"... c'est la tentation même de la gnose qui accompagne le christianisme dès sa naissance; c'est à dire la tentation de transformer l'histoire personnelle qu'est l'Évangile en seule sagesse (gnosis; en grec) ; de faire d'une chaire une parole. Rien d'étrange si aujourd'hui même, des catholiques, souvent culturellement en retard, sont atteints, deux mille ans plus tard, par le virus du spiritualisme des sectes gnostiques de l'Antiquité; ou, quatre siècles plus tard, par la démythisation spiritualiste de l'eucharistie, par oeuvre de la Réforme.

Déjà, dans l'ancien calvinisme, la Sainte Cène - célébrée avec une parcimonie circonspecte seulement quatre fois par an - était précédée par l'avertissement du pasteur qui présidait : "Frères, gardez-vous de penser que le Seigneur puisse être contenue dans le pain et le vin comme grossièrement et charnellement le croient le Pape-Antéchrist et son Église - Babylone en leur idolâtrie maudite".

Or, ce n'est pas mon pauvre avis, bien insignifiant, mais celui de la plus ancienne et nombreuse Église chrétienne qui revendique sa descendance des Apôtres eux-mêmes : il n'y a pas à rougir de la dite "grossièreté" et "charnalité" de cette idolâtrie maudite (l'expression est de Calvin lui-même) ; au contraire tout cela doit être défendu avec ténacité.

Le corps que le croyant découvre sous les apparences, c'est le corps du Christ ressuscité et glorieux : il appartient donc déjà au monde nouveau et transfiguré dont nous ne pouvons prétendre savoir grand chose. Ou plutôt, dont nous ne savons presque rien. C'est bien sûr le corps du Ressuscité qui, à chacune de ses apparitions, demande à manger à ses disciples incrédules pour leur montrer qu'il n'est pas un fantôme, qu'il n'est point un esprit : mais c'est aussi ce corps qui passe à travers les portes fermées.

"Si Dieu s'est fait homme, il peut bien se faire pain et vin", affirmait Pascal; pour ensuite s'écrier, fatigué par les chrétiens sophistes qui, de nos jours, se sont multipliés : "Que je hais ces sottises, de ne pas croire l'eucharistie ! Si l'Évangile est vrai, si Jésus-Christ est Dieu, quelle difficulté il y a ? "

Ce mystère s'accomplit tout entier à l'intérieur de la dimension de l'amour : et l'amour tend toujours vers un maximum, il tend toujours vers les extrêmes. Moi le premier, j'essaie de me convaincre que l'on ne se trompe jamais en surestimant les limites de l'amour du Dieu chrétien; alors qu'on se trompe toujours en sous-estimant les limites de cet amour.

Moi le premier, j'essaie de me convertir aux exhortations de l'Apôtre à croire en "un Dieu qui nous a fait des largesses" (2 Cor 2,9), en un Dieu qui a "le pouvoir de faire bien plus que ce que nous pouvons demander ou penser" (Éph 3,20). C'est en prévoyant notre petitesse que Paul prie pour que nous soyons "en mesure de comprendre avec tous les saints quelle est la grandeur, la longueur, la hauteur, la profondeur" (Éph 3,18) de l'amour par lequel nous sommes aimés.

Pourquoi, alors, viser plus bas, dans notre espérance ? Pourquoi vouloir croire moins que ce maximum qui nous est offert, que cette extrême dimension d'espérance, de vie, de résurrection qui - en changeant la substance du pain et du vin - peut changer notre substance même et la rendre immortelle ?


[...]

Du reste, pendant plus de mille ans, jusqu'aux théologiens du XIIe siècle - les chrétiens crurent à une réalité qu'ils n'avaient pas besoin d'exprimer par un mot technique.

Dans le christianisme, les mots suivent toujours l'action de la liturgie qui exprime la foi avec la chaleur de la vie et non la froideur obligée de la théologie. Pour savoir ce que croit l'Église, il suffirait de regarder ce qu'elle fait : ici encore, c'est la logique chrétienne de la vie qui prévaut sur la mort des schémas et des traités; ce sont encore les faits qui prévalent sur les mots.

Comme il en a été pour presque tous ses dogmes, l'Église s'est vue forcée de donner une définition contraignante de l'eucharistie, non par goût de mettre le mystère en cage, mais pour protéger sa foi contre ce qui semblait des erreurs dangereuses.

C'est ainsi que le mot de transsubstantiation est lancé contre le mot moins fort, moins provocateur, de consubstantiation de Luther, qui ne désignait qu'une coexistence du corps et du sang avec la substance du pain et du vin. Pour être plus clair : tandis que pour les catholiques pain et vin se transforment en le Christ, pour les luthériens le Christ se borne à venir en eux.

Ce mot de transsubstantiation est lancé aussi contre l'opinion moins forte encore de Calvin, qui laissait intouchée la substance et se bornait à parler d'une présence dynamique.

Transsubstantiation, enfin, est lancée contre la troisième branche de la Réforme, celle de Zwingli, qui menait à sa conclusion logique le désamorçage de la bombe eucharistique et se réfugiait dans le spiritualisme du symbole : alors le pain devenait le simple symbole de la chair; le vin, le simple symbole du sang.

Ces nouveaux christianismes du XVIe siècle tendaient donc à glisser dans la subjectivité : "Dans l'eucharistie il y a, certes, en quelque façon le Christ; mais il n'y est que si l'on y croit." Tandis qu'au contrraire pour toute la tradition précédente, défendue avec ténacité par Rome, la présence est réelle par le fait même qu'elle est objective et non subjective.

Pour le catholique, il est certes nécessaire de croire en la présence du Christ pour que la communion avec lui porte des fruits. Si c'est bien là l'acte d'amour par excellence, comment oublier que l'amour a besoin d'être partagé ? Au cri fait suite l'écho ; l'appel a besoin de réponse; la présence - ici - veut la prise de conscience.

Et pourtant,le Christ n'est pas présent parce que nous croyons : au contraire, nous croyons parce qu'il est présent. Un exemple peut aider : pour un protestant, si l'on reçoit l'eucharistie sans la foi ou, pire, en s'en moquant, on ne reçoit rien ; pour un catholique, on commet au contraire un des plus terribles sacrilèges qui soient. Saint Paul nous en avertit avec des mots très durs qui vont exactement dans le sens de la thèse catholique de l'objectivité du mystère qui se cache sous le pain : "Parce que quiconque mange le pain ou boit au calice du Seigneur d'une façon indigne, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Aussi, que chacun s'examine lui-même avant de manger de ce pain et boire à ce calice; parce que qui mange et boit sans reconnaître le corps du Seigneur, mange et boit sa propre condamnation."

Ajoutons enfin que les réformateurs imposaient des limites non seulement à la substantialité et donc à l'objectivité de la présence, mais qu'ils voulaient en limiter également la durée : la Cène finie, finissait la présence; le pain redevenait du simple pain, le vin du simple vin.

Il fallait donc réagir et sauvegarder le caractère concret de la foi témoignée par toute la tradition, fût-ce au prix du sang. C'est à partir du IIIe siècle que l'Église honore comme saint cet enfant, Tarcisius, qui choisit le martyre plutôt que de profaner les "membres célestes" (c'est ainsi que les désigne la très ancienne épigraphie de sa tombe) que, cachés sous sa tunique, il portait à un malade.
La liberté c'est quoi au juste ? Un être libre est une personne capable de dominer ses passions et de toujours choisir le bien. La nature humaine est toujours en lutte avec ses tendances nommées : orgueil, envie, colère, gloutonnerie, luxure, avarice, paresse. Si une personne réussit à les surmonter, elle est libre. Sinon, elle est esclave de ses penchants et elle ne peut posséder la joie et la paix.

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Re: Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

Message non lupar Cinci » jeu. 15 nov. 2018, 15:43

Il y a église et Église

Nous devons toujours avoir présent à l'esprit cette distinction sans laquelle nous risquons constamment d'entretenir une équivoque : jamais nous ne devons oublier l'inéluctable ambiguïté de l'Église. Car il y a église et Église.

Il y a l'église que tout le monde voit : et souvent ce n'est pas une bien belle vue. Mais, "toute cachée qu'elle soit à nos yeux de chair, derrière les curies épiscopales et les codes de droit canonique pourtant nécessaires" (J. Maritain) , il y a l'Église : celle avec une Majuscule, celle que tout le monde ne voit pas, celle que la seule foi peut distinguer au-delà de sa lourde façade. L'Église dans son ensemble, disait saint Augustin, est comme la nouvelle lune : la face tournée vers nous est obscure mais, même sans la voir, tu crois qu'il y a une autre face éclairée par le soleil.

Bien des attaques, des accusations portées contre l'Église sont justifiées, mais en même temps manquent leur cible parce qu'elles n'en reconnaissent pas la double nature. Le catholique sait bien que son Église - selon la définition médiévale - est une casta meretrix : "chaste" comme le Christ, dans son essence; "prostituée", souvent, dans sa structure humaine. Les croyants n'ont certes pas attendu la polémique de ceux qui sont à l'extérieur d'elle pour s'apercevoir des tares de l'institution.

Papini disait : "On pourrait composer une anthologie de l'anticléricalisme chrétien, rien qu'en citant des paroles de saints : elle serait terrible". Pourtant, ces saints ont vécu et sont morts dans une Église qu'ils aimaient et qui, à la fin, leur a donné raison, en les glorifiant sur ses autels". Ces saints, en effet, ne confondaient pas les plans : ils savaient que l'Église est sainte mais comprend, en son sein, les pécheurs; ils savaient que les membres de l'Église pèchent mais, de la sorte, trahissent son essence même qui est le Christ; par conséquent, l'Église n'est jamais sans pécheurs mais elle est toujours sans péché.

C'est à cause de cette ambiguïté non résolue et insoluble qu'un Hans Küng peut écrire : "L'Église est souvent plus un obstacle qu'une aide pour devenir chrétien." Et l'on ne peut donner tort à Jean Delumeau quand il écrit : "Tout propos se voulant chrétien doit avant tout saisir pourquoi tant de nos contemporains n'éprouvent, à l'égard de l'Église, que répulsion, défiance, rancoeur." ; "L'Église apparaît à beaucoup comme une institution qui divise, plutôt qu'elle ne réconcilie les hommes."

J'aime le cri passionné de Luther, gravé à la base du monument qu'on lui a élevé dans le parc de Worms :"J'en suis là, je ne peux rien d'autre ! Dieu, aide-moi ! Amen." Saisissant la Bible, ce moine cria ces mots, au cours du fameux procès, à l'adresse de Charles-Quint (le saint empereur romain), de l'archevêque de Trèves, des légats et des théologiens du Pape. Ce cri je ne peux pas ne pas le faire mien; mais, malgré tout, non point contre l'Église de Rome, mais bien contre cette "Babylone" sur laquelle le réformateur invoquait la colère divine.

N'allez pas croire que je n'aie pas mes problèmes. Je n'arrive pas à être ému au coeur même du catholicisme, entre les colonnes du Bernin, dans la basilique de Saint-Pierre, dans cette montagne de marbre pour l'édification de laquelle des dignitaires spéculèrent sur la piété envers les morts et mirent le feu au baril de poudre de l'Europe du Nord. Certes : ce n'est pas le chantier de Saint-Pierre qui est le seul responsable de tout cela, même si, historiquement, il fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Mais ce chantier est le signe d'un certain catholicisme; d'une certaine église qui, tandis qu'elle annonce l'Évangile aux autres, semble oublier de se le prêcher à elle-même.

Et, pourtant, quand j'y réfléchis, je ne suis pas scandalisé au point de refuser de chercher là-dedans, au milieu de ces marbres fastueux, l'espérance qui sauve.

L'Église est en effet tenue de témoigner à la fois de ce qui est humainement inconciliable : d'un côté la gloire de Dieu, du Très Haut, de l'Éternel; et de l'autre l'humiliation, la croix du Dieu caché que la foi reconnaît sous les pauvres vêtements d'un certain Jésus de Nazareth. L'Église doit rester fidèle à l'Ancien Testament dont le symbole est le grand Temple de Jérusalem, cette merveille du monde; et elle doit en même temps rester fidèle au Nouveau Testament, qui commence avec la désolation de la grotte de Bethléem, cette honte aux yeux du monde.

Ce qui est vraiment important, ce qui est décisif au coeur de ces édifices, c'est l'humble signe. C'est cette petite lampe rouge qui, dans les églises catholiques, signale la présence dans le tabernacle du plus grand des miracles, l'eucharistie. Ce qui importe c'est cette Présence que la foi entrevoit sous les apparences banales du pain et du vin. Ce qui importe c'est cet autel, cette table sur laquelle se prépare et se distribue la Nourriture grâce à laquelle le croyant, lui seul, peut s'unir à saint Paul pour demander : "Mort, où est ta victoire ? Mort, où est ton aiguillon ?" (1 Cor 15, 55)

p. 134
La liberté c'est quoi au juste ? Un être libre est une personne capable de dominer ses passions et de toujours choisir le bien. La nature humaine est toujours en lutte avec ses tendances nommées : orgueil, envie, colère, gloutonnerie, luxure, avarice, paresse. Si une personne réussit à les surmonter, elle est libre. Sinon, elle est esclave de ses penchants et elle ne peut posséder la joie et la paix.

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Re: Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

Message non lupar Cinci » mer. 28 nov. 2018, 15:27

"L'au-delà, c'est évident, n'existe pas"


"... parlant de Moravia, Saul Bellow, l'écrivain prix Nobel, se demandait : "Pourquoi ces maîtres se refusent-ils si obstinément à parler en terme de vérité et d'humanité ?"

En réalité, ils ne le peuvent, prisonniers comme ils le sont du rôle dont les a investis une société névrosée par la pensée de la mort, dont le mystère la terrorise.

Comme au temps de la pythie, la prêtresse du temple d'Apollon à Delphes, les hommes courent encore consulter l'oracle pour se rassurer, pour tenter d'apaiser leur angoisse.

"Maître, est-il vrai ou non qu'après la mort il n'y a rien ?, demandent les journalistes au nom de tous, au cours du rite périodique et superstitieux de l'interview que leur accorde cet écrivain, ou celui qui, à ce moment-là, est de service. "On ne peut plus vrai, confirme le maître, pensif et paternel. C'est on ne peut plus vrai. Soyez tranquille, écrivez donc qu'il n'y a rien, dites-le donc aux gens. Il n'y a rien, c'est moi qui vous l'assure, je vous en donne ma parole."

Ne te laisse pas endormir par les bavardages consolateurs de ces maîtres suspects. Ne te laisse pas éblouir par les tableaux de commande de tous les computers et de toutes les machineries technologiques et électroniques. Le super-technicien en blouse blanche qui projette, construit et manoeuvre ces appareils, sur l'énigme de son propre destin et de celui de ses semblables n'en sait pas plus que l'analphabète ou que l'homme des cavernes.

Seuls de grossiers propagandistes à la Michel Verret peuvent oser écrire des phrases de ce genre : "La science empêche d'attribuer la moindre consistance objective aux fables religieuses sur l'au-delà."

Là, mon cher, on tente de transformer la réalité en un souhait. La science et le problème de la mort (et de son "après") se situent sur deux plans différents et parallèles qui ne se rencontreront jamais. Il n'est possible de jeter aucun pont entre ces deux dimensions, sinon en devenant de médiocres savants; ou, plus exactement, en renonçant à être des savants. La science peut progresser autant qu'elle le voudra, le mystère qui nous occupe ici restera entier.

[...]

Mais méfie-toi tout autant de qui voudrait se débarrasser du mystère en se servant, d'une manière également abusive, non de la science, mais d'une autre voie de recherche : la philosophie. Joseph Gevaert, le philosophe néerlandais observe, en effet, que "la quasi-totalité des philosophes qui présentent la mort comme le dernier mot de l'aventure humaine, le font comme s'il s'agissait d'une donnée de fait absolument évidente et non susceptible d'être mis en discussion". En réalité, poursuit-il, "nous sommes devant une pure et simple affirmation gratuite, sans la moindre tentative de se fonder sur des hypothèses critiques".

Ainsi, continue-t-il, "de grands penseurs, à commencer par Karl Marx et Frédéric Engels et tant d'autres, n'ont apparemment pas le moindre doute sur la disparition radicale et totale de l'existence personnelle, après la mort biologique. Mais qui leur a donné cette assurance ? Il faut bien le dire : leurs idées, rien d'autre que leurs idées préconçues."

Les deux affirmations sont indémontrables dans l'ordre du concret : toutes les deux dépendent non de l'expérience ou de la raison, mais d'une foi; d'une certitude qui ne pourra jamais être objective, mais restera toujours confinée dans le subjectif.

Le croyant au sens traditionnel, l'adepte d'une religion "verticale" dira : "Au-delà de la mort, il y a un Dieu qui attend ses créatures. Ce n'est qu'en apparence que la mort est la dernière étape : en fait, elle est l'avant-dernière. La vie est un don qui nous sera conservé."

Le libre-penseur, l'esprit fort bourgeois ou le matérialiste dialectique marxiste, c'est à dire les croyants d'une des nouvelles religions horizontales déguisées en science ou en philosophie objective, dira : "Il n'y a aucun Dieu, nous sommes les produits du hasard, de l'évolution, de la nécessité biologique. Après la mort, nous retournons entièrement à la matière sourde et aveugle dont nous venons. La vie est un accident, un hasard qui ne laissera nulle trace."

A y regarder de près, le croyant traditionnel, celui qui ne cache pas qu'il parle au nom d'une foi, révèle une attitude de plus grande humilité et de plus grande logique. Si c'est un croyant authentique qui ne s'abaisse pas lui aussi au rang de propagandiste, il avouera en effet que sa foi n'est pas contraire à la raison mais qu'elle la dépasse, qu'il n'est pas donné à tous de comprendre cette parole.

Le croyant "nouveau", celui qui se drape abusivement dans l'orgueil de l'objectivité, de la science, dira au contraire qu'il a de son côté - lui, et seulement lui - la raison bien comprise. Aussi, lorsqu'il disposera du pouvoir, il enfermera en camp de concentration ou en hôpital psychiatrique celui qui se permettra de faire observer que - comme le montrent aussi bien la logique du problème qu'une expérience plusieurs fois millénaire - la raison seule n'est pas du tout en mesure de répondre à la question : Qu'est-ce que la mort ? Est-ce la fin ou le commencement ?

En attendant, il recourra à l'intimidation culturelle, au terrorisme idéologique, déclarant les croyants traditionnels privés de droits de citoyenneté culturelle, adeptes de vieilles histoires, déchets folkloriques d'un monde qui se meurt.

p. 78
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Re: Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

Message non lupar Cinci » mer. 28 nov. 2018, 15:38

Un débouché obligé


Voici maintenant, non un quelconque prédicateur de carême, mais un des plus lucides témoins de notre temps, un des plus logiques avec lui-même, qui nous rappelle à quoi peut nous mener un monde aussi fermé que le nôtre. Camus, qui toucha le fond des ressources d'une culture dite "laïque", dresse un bilan tragique : "A la fin, le seul problème sur lequel il vaut la peine de discuter, c'est le suicide."

C'est à dire : faut-il attendre passivement le terme fixé par destin à cette aventure insensée, à cette "passion inutile" qu'est l'homme avec sa pensée ?

Ou convient-il plutôt d'abréger le temps, de résoudre enfin le mystère qui nous accable en courant à sa rencontre; en nous donnant de notre propre main, cette mort qui, si on lui trouve pas sa place, nous menace, nous angoisse, prive de sens même nos jours les meilleurs ?

p. 90
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Re: Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

Message non lupar aldebaran » mer. 28 nov. 2018, 17:22

@Cinci
je vous remercie de nous faire connaitre ce passage de Saul Bellow.
Cela correspond, en bien dit, à ce que je pense profondément : athées et religieux sont croyants. Alors que la science ne tranche pas, les athées croient dans le néant, qu'ils ne peuvent définir et dont ils ne peuvent expliquer qu'il produit l'univers (le non être produisant l'être). Les religieux croient en un Dieu qui ne se manifeste pas usuellement de manière visible, qu'ils ne peuvent définir (autrement que par révélation, tel le Dieu de la Bible "Je suis Celui qui est") et dont ils ne peuvent expliquer l'éternité.
Notre avantage est clairement effectivement d'être plus "honnête" et de nous placer résolument dans une foi et non une vérité conformément à un fait établi.
Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre!


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