Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

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Placide
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Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Placide » jeu. 01 févr. 2018, 2:40

Citations extraites du Grand Catéchisme de Saint Pierre Canisius
traduit par M. l’Abbé A.-C. Peltier, 1873
tome premier & tome deuxième



Saint Cyprien, Tract. De simplicit. Prælatorium sive de unit. Ecclesiæ : « Quelle est la cause de ce mal, mes frères bien-aimés ? C’est qu’on ne remonte point à la source de la vérité ; c’est que l’on se détache du chef ; c’est que l’on ne garde point la doctrine du divin législateur. Si l’on veut s’arrêter à ces principes, il ne faut ni une longue discussion, ni beaucoup de preuves. Il est facile de reconnaître où est la foi ; il suffit d’interroger brièvement la vérité. Le Seigneur dit à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clés du royaume des cieux. Ce que tu lieras sur la terre sera lié au ciel, ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » – « Pais mes brebis » dit-il encore au même apôtre après sa résurrection. C’est sur un seul qu’il bâtit son Église ; à un seul qu’il confie le soin de paître ses brebis. Il est bien vrai qu’après sa résurrection il confère à tous les apôtres une pareille puissance, et qu’il leur dit à tous ensemble : « Comme mon Père m’a envoyé, moi, je vous envoie ; recevez le Saint-Esprit, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Toutefois, pour nous manifester le mystère de l’unité, il voulut, par son autorité divine, que cette unité eut son principe dans un seul. Sans doute les autres apôtres étaient ce qu’était Pierre, élevés à un honneur et à une puissance semblables ; mais l’unité est le point de départ, et la primauté est donnée à Pierre, pour montrer qu’il n’y a qu’une Église de Jésus-Christ, et qu’il ne doit y avoir qu’une chaire dans cette Église. Tous sont pasteurs, mais il n’y a qu’un seul et même troupeau, que tous les apôtres ensemble doivent gouverner d’un accord unanime. »

Le même (Saint Cyprien), ad Corn. Epist. 55 : « Le schisme et l’hérésie n’ont pas de cause plus ordinaire que le refus d’obéir à l’évêque, institué de Dieu, et l’oubli trop fréquent de cette vérité qu’il n’y a dans l’Église qu’un pasteur, vicaire de Jésus-Christ, investi pour le temps présent du sacerdoce et de la judicature. »

Saint Irénée, adversus hæreses lib. III, c. 3 : « Mais, comme il serait trop long de rappeler ici les noms de tous ceux qui ont successivement dirigé chacune des Églises, il suffira de rappeler les noms de ceux qui se sont succédé dans la direction de celle de ces Églises, qui est la plus ancienne, la plus célèbre, celle qui fut fondée à Rome par les glorieux apôtres saint Pierre et saint Paul, qui a reçu d’eux-mêmes le précieux dépôt de la tradition et de la foi prêchée chez toutes les nations ; et nous laisserons en dehors de la communion des fidèles tous ceux qui, soit pour satisfaire leurs passions ou une vaine gloire, soit par aveuglement, soit par perversité, ont quitté les sentiers de la vérité. Car c’est à cette Église de Rome, à cause de sa primauté suréminente (propter potentiarem principalitatem), que doivent se rattacher toutes les autres Églises et tous les fidèles répandus sur la terre, la considérant comme le principal dépôt de la tradition transmise par les apôtres, et propagée dans le monde entier. »

Saint Jérôme, ad Damasum, Epist. 57 : « Sans reconnaître rien au-dessus de Jésus-Christ, je suis uni de communion à votre béatitude, et par elle à la chaire de Pierre : c’est sur cette pierre que je sais que l’Église a été bâtie. Quiconque mange l’agneau hors de cette maison, est un profane ; quiconque ne sera pas dans l’arche de Noé, périra dans les eaux du déluge. »

Le même (Saint Jérôme) au même, Epist. 58 : « En attendant, je ne me lasse pas de crier : Si quelqu’un est uni avec la chaire de Pierre, il peut me regarder comme à lui. »

Saint Léon-Le-Grand, ad Episcopos per Viennensem provinciam constitutos, Epist. 89 : « Mais, tout en confiant à chacun des apôtres cette sainte et sublime fonction, Notre-Seigneur a établi principalement saint Pierre, le premier de tous, pour que ses dons se répandissent de cet apôtre dans toutes les parties de son Église, comme du chef dans tout le corps, et aussi pour que personne n’eût la prétention d’appartenir à la religion qu’il avait fondée, si l’on ne s’appuyait en même temps sur la foi de Pierre. »

Saint Augustin, Enchirid. Ad Laurentium, c. 56 : L’ordre naturel de notre confession (de foi) demandait qu’aux articles qui concernent la Trinité on joignît immédiatement celui qui concerne l’Église, comme, après avoir parlé de Dieu, il est naturel de parler de son temple ; d’une maison, après celui qui l’habite ; d’une ville enfin, après celui qui l’a fondée. »

Saint Bernard, de Consideratione ad Eugenium Papam, lib. II, c. 8 : « Voyons encore avec plus de soin qui vous êtes, et quel rôle vous remplissez aujourd’hui dans l’Église. Qui êtes-vous ? le grand-prêtre et le souverain pontife. Vous êtes le prince des évêques, l’héritier des apôtres, vous avez la primauté d’Abel, la puissance du gouvernement de Noé, le patriarcat d’Abraham, le sacerdoce de Melchisédech, le pontificat d’Aaron, l’autorité de Moïse, la judicature de Samuel, le pouvoir de Pierre, l’onction du Christ. Vous êtes celui à qui les clefs du ciel ont été données, celui à qui la garde du troupeau a été confiée. A la vérité vous n’êtes pas le seul à qui soient confiés la garde du ciel et le soin du troupeau ; mais vous êtes d’autant plus élevé au-dessus des autres, que le nom que vous avez reçu est plus distingué que le leur. Chacun d’eux a son troupeau particulier, vous êtes le pasteur du troupeau universel ; vous êtes le pasteur, non-seulement des brebis, mais encore de tous les pasteurs. »

Saint Ambroise, Serm. XXXVIII (1) : « Je crois que tous les apôtres, comme douze ouvriers très-habiles, ont concouru ensemble à composer leur symbole de foi. Car toute la doctrine de la foi est contenue dans ce symbole, qui est comme la clef dont on peut se servir pour en trouver l’explication. En ouvrant la porte à la lumière que le Christ a apportée au monde, il dissipe les ténèbres de satan, il découvre les péchés cachés au fond de la conscience, et fait briller les oeuvres de sainteté et de justice. C’est donc cette clef qu’il faut montrer à nos frères, pour qu’en leur qualité de disciples de Pierre, ils apprennent eux-même à se fermer l’enfer et à s’ouvrir le ciel. »

Tertullien, lib. III adversus Marcionem (1), c. 9 : « Le premier de tous a été Lin, cet homme distingué entre tous et chéri du peuple, que la grande Rome a fait asseoir sur le trône où Pierre avait siégé lui-même. Après Lin, ce fut Clet qui prit la garde du troupeau ; puis Anaclet, puis Clément, Evariste remplit sans reproche les fonctions d’interprète souverain des lois divines. Puis vint Alexandre qui, à son tour, légua à Sixte le soin du troupeau. Sixte, après un lustre accompli, laissa son siège à Télesphore, cet excellent pontife, ce témoin fidèle. Après Télesphore, la clef de la doctrine fut confiée à celui sous le pontificat duquel Cerdon, le précurseur et l’auteur de votre impiété (des marcionites) vint à Rome infliger à l’Église de nouvelles blessures. »

Saint Optat de Milève, lib. II, contra Donatista : « Nous prouvons que l’Église catholique est celle qui est répandue dans tout l’univers. Il s’agit maintenant d’énumérer ses privilèges, et de voir où ils se trouvent dans leur nombre de cinq ou de six, comme vous les dites. Le premier de ces privilèges, c’est de posséder une chaire qu’occupe un évêque, qui soit comme l’anneau sans lequel il n’y aurait pas lieu d’y joindre d’autres propriétés ; et il s’agit par conséquent de voir quel est l’évêque qui a siégé le premier, et où il a fixé son siège. Apprenez-le, si vous l’ignorez encore ; rougissez, si vous ne l’ignorez pas. On ne peut supposer que vous l’ignorez ; il reste donc à dire que vous le savez. Errer avec connaissance de cause, c’est ce qui fait le crime. Car pour ce qui est de l’ignorance, elle est quelquefois excusable. Vous ne sauriez donc nier, sous prétexte d’ignorance, qu’à Rome Pierre ait le premier occupé la chaire épiscopale ; Pierre, le chef de tous les apôtres, et appelé pour cette raison Céphas. C’est cette chaire qui doit être pour tout le monde le centre de l’unité, et à laquelle les autres apôtres n’ont jamais pu avoir la pensée d’opposer leurs chaires particulières. »

Saint Cyrille d’Alexandrie, Lib. II in Joannem, c. 12 : « Jésus-Christ annonce à Simon que désormais il s’appellera Pierre, pour lui faire entendre par cette dénomination même qu’il bâtirait sur lui son Église comme sur une pierre très-solide. »

Origène, in diversos evangelistas homilia II : « Que personne ne pense que nous préférions Jean à Pierre. Qui oserait le faire ? Quel apôtre pourrait être au-dessus de celui qui est appelé le chef de tous ? »

Saint Jean Chrysostôme, Hom. 55, al. 54, in Matthœum, sur ces paroles : Vous autres, qui dites-vous que je suis ? : « Que va donc répondre Pierre, la bouche de tous les apôtres ? C’est bien à lui à répondre lorsque tous sont interrogés à la fois, lui partout si plein d’ardeur, lui coryphée du collège entier. » Un peu plus loin : « Il (Jésus-Christ) l’établit pasteur de la multitude des croyants. »

Saint Innocent I, Epist. ad patres concilii Milevitani (2) : « Je loue la diligence que vous avez apportée à rendre hommage au siège apostolique, je veux dire au siège de celui qui, sans compter les embarras qui peuvent lui survenir d’ailleurs, est chargé du soin de toutes les Églises, etc. »

Le concile de Chalcédoine, quatrième général, Act. III. On y présenta les requêtes des diacres Théodore er Ischyrion, du prêtre Athanase et du laïque Sophrone contre Dioscore, adressées tant au pape Léon qu’au concile : Léon y est désigné sous les titres d’archevêque universel et de patriarche de la grande Rome. Dans la même action ou session, on attribue aux légats de Léon la présidence du concile comme aux représentants du pape, et ils sont les premiers à prononcer la sentence contre Dioscore en ces termes : « C’est pourquoi le très-saint archevêque de Rome, Léon, par nous et par le présent concile, avec l’apôtre saint Pierre, qui est la pierre et la base de l’Eglise catholique et le fondement de la foi orthodoxe, l’a dépouillé de la dignité épiscopale et de tout ministère sacerdotal. » À la fin de cette même session, le concile demanda au pape Léon, dans le compte qu’il lui rendit, la confirmation de tous ses actes, et lui dit entre autres choses : « Voilà ce que nous avons fait de concert avec vous, qui étiez présent d’esprit au milieu de nous comme d’autant de frères, et qu’il nous semblait voir dans la personne de vos sages légats. Nous vous annonçons en même temps que nous avons pris encore quelques autres mesures pour le maintien du bon ordre et l’exécution des lois ecclésiastiques, sachant bien que votre sainteté les approuverait et les confirmerait dès que la connaissance lui en serait parvenue… Nous vous conjurons donc d’honorer de votre suffrage définitif le jugement que nous avons porté, et de donner à vos fils cette preuve de votre bienveillance, de même que nous nous sommes attachés à vous suivre en tout comme notre chef. »

Placide
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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Placide » jeu. 01 févr. 2018, 18:54

(suite)


Pape Anaclet, Epist. I ad omnes episcopos et cunctos fideles (1) : « S’il s’élève des questions plus difficiles que les autres, telles que des jugements où soient en cause, soit des évêques, soit d’autres personnages considérables, des causes majeures en un mot ; elles doivent être déférées, en cas d’appel, au siège apostolique, parce que les apôtres l’ont ainsi réglé d’après l’ordre du Sauveur, savoir, que les questions les plus importantes et les plus difficiles seraient renvoyées au siège apostolique, sur lequel Jésus-Christ a fondé l’Église entière, conformément à ces paroles dites par lui à Pierre, prince des apôtres : Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »

Le même (Pape Anaclet), Epist. III ad omnes episcopos et sacerdotes : « Or, cette Église apostolique de Rome a reçu sa primauté, non des apôtres, mais du Seigneur Jésus-Christ lui-même, et c’est ainsi qu’elle étend son pouvoir suréminent sur toutes les Églises, et sur le troupeau entier du peuple chrétien, etc. »

Pape Saint Marcel, Epist, I ad episcopos Antiochenæ provinciæ : « Chargé du soin de toutes les Églises, selon ce que dit l’Apôtre (II Cor., XI, 28), nous devons nous souvenir de la grâce que Dieu nous a faite de nous élever au faîte du sacerdoce, afin que nous attachant à ses commandements, et placé comme sentinelle au-dessus de tout l’ordre sacerdotal, nous réprimions le mal et favorisions la pratique du bien. »

Le concile d’Alexandrie, à Felix II : « Au bienheureux Seigneur et vénérable Père Félix, Pape du saint-siège apostolique de la ville de Rome, Athanase et tous les évêques de l’Égypte, de la Thébaïde et de la Libye, assemblés par la grâce de Dieu en concile à Alexandrie. Nous recourons à votre apostolat, pour que vous daigniez vous occuper de nous avec votre bienveillance accoutumée… C’est pourquoi, très-saint Père, comme nos prédécesseurs et nous, nous avons toujours trouvé secours en votre siège apostolique, et fait l’heureuse expérience de votre sollicitude, nous supplions ce même siège, suivant les canons, de venir à notre aide, comme c’est de lui que nos prédécesseurs ont reçu l’instruction, l’ordination et le soutien. Nous recourons à cette Église comme à notre mère, pour tirer de ses mamelles notre aliment, attendu qu’un enfant ne peut tomber dans l’oubli de sa mère. Vous aussi n’oubliez pas vos enfants qui se recommandent à vous, parce que nos ennemis nous ont accablés d’afflictions, et qu’ils cherchent tous les jours à nous attirer dans leurs pièges, ou nous menacent de nous priver de la liberté, si nous ne donnons notre assentiment à leurs erreurs : ce que nous ne nous permettrons pas de faire sans vous avoir consulté, les canons nous faisant une obligation de ne rien décider dans les causes majeures sans le pontife romain. Revenant donc à notre projet et nous empressant d’obtenir le prix de la victoire, nous implorons le secours de votre siège apostolique, persuadés que nous sommes que Dieu n’a pas méprisé les prières non plus que les larmes de ses serviteurs, héritiers des apôtres, sur le siège le plus élevé de l’univers, en vous donnant la charge de toutes les Églises, pour que vous nous secouriez, nous protégiez, nous délivriez de nos ennemis, vous qui avez à juger tous les évêques. » Et plus loin : « Car ce siège a reçu de Dieu une inébranlable solidité, Notre-Seigneur Jésus-Christ ayant voulu que tous les autres y trouvassent leur fondement et leur modèle. Il est en effet comme la clef de voûte à laquelle se rattachent et où trouvent leur soutien toutes les Églises. Et de même que les chrétiens se renouvellent en Jésus-Christ, ainsi toutes les Églises se renouvellent sous l’influence de Pierre. » Et encore plus loin « C’est à vous à terrasser les hérésies et tous les ennemis de l’Église, en votre qualité de chef de tous, et de maître de la doctrine orthodoxe et de la vraie foi. »

Le concile de Florence, dans ses lettres d’union : « Nous définissons que le saint-siège apostolique et le pontife romain a la primauté sur tout l’univers, et que ce même pontife romain est le successeur de saint Pierre prince des apôtres, le véritable vicaire de Jésus-Christ, le chef de toute l’Église, le père et le docteur de tous les chrétiens, et que Notre-Seigneur lui a remis dans la personne de saint Pierre le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle, comme le prouvent les actes des conciles œcuméniques et les sacrés canons. »

Dix-huitième canon du concile de Nicée, rapporté par Jules I, c. 2, dans son rescrit contre les orientaux en faveur d’Athanase et des autres victimes de l’hérésie arienne : « Que tous les évêques qui se trouveront inculpés ou compromis dans quelque grave affaire, aient toujours la liberté d’en appeler au siège apostolique, et de recourir à son autorité comme à leur mère, pour y trouver, comme toujours, appui, sauvegarde et liberté. Car c’est à sa décision que l’autorité des canons des apôtres et de leurs successeurs a réservé les causes majeures ecclésiastiques et le jugement des évêques. Et un évêque serait répréhensible, s’il se conduisait envers quelqu’un de ses frères autrement que ne le jugerait à propos le pape de ce même siège. »

Dix-neuvième canon ou capitule (du concile de Nicée), rapporté de même par le pape Jules, c. 3 de son rescrit, était ainsi conçu : « Le concile a été d’avis que tout évêque accusé ou jugé dans une affaire quelconque par ceux de sa province ait toujours la liberté d’en appeler et de recourir à l’évêque du siège apostolique, qui, soit par lui-même, soit par ses vicaires, fera examiner son affaire de nouveau. Et que tant que la cause restera pendante à ce tribunal, aucun autre évêque ne soit placé ou ordonné à la place de l’évêque accusé. Car bien que les évêques de la province puissent licitement examiner la cause de leur comprovincial, ils n’ont pas le droit de la juger définitivement sans avoir pris l’avis du pontife de Rome, puisque c’est à saint Pierre qu’il a été dit par Notre-Seigneur lui-même : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » Jules dit enfin, c. 29 : « Si quelqu’un veut avoir là-dessus de plus amples renseignements, il pourra les trouver dans les registres de notre Église. Dieu m’est témoin que j’ai dit la vérité. »

Placide
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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Placide » sam. 03 févr. 2018, 20:59

Citation extraite de l’Histoire Apologétique de la Papauté
par Mgr Justin Fèvre, protonotaire apostolique, 1878
tome premier, pp. 453-454



« Dans tous les temps, les évêques ne reconnaissent aucun droit de tenir des conciles sans la convocation du Pape pour les conciles généraux, et sans son consentement pour les autres. “La loi ecclésiastique, dit Socrate, défend de porter des décrets dans les Églises sans l’avis de l’évêque de Rome.” – “Quant aux choses sacrées, dit Sozomène, la loi casse et annule tout ce qui se fait contre le gré de l’évêque de Rome.” – “Il y a, dit Nicéphore, une loi dans l’Église, qui ôte toute autorité à ce que l’on entreprendrait de faire contre le gré de l’Antistès de Rome.” Un jour que l’empereur Anastase pressait Macédonius, patriarche de Constantinople, de réunir un concile pour condamner celui de Chalcédoine, le patriarche répondit “qu’il ne pouvait rien faire sans un concile universel, auquel devrait présider l’évêque de Rome.” »

Socrat., Hist., lib. II, cap. VIII ; Sozom., lib. III, cap. X ; Niceph., lib. IX, cap. X ; Theod. Lect., Hist. eccl., lib. II, cap. XXIV.

Martel
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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Martel » lun. 09 sept. 2019, 11:17

Bonjour à tous,

Voici un dossier complet sur les preuves de la Papauté au premier millénaire :
https://philosophieduchristianisme.word ... s-apotres/

Je tiens à préciser deux choses par rapport à ce qui a été dit :

1) les "témoignages" des papes Anaclet et saint Marcel, ainsi que du "concile d'Alexandrie" sont des faux issus des "Fausses décrétales" qui, contrairement à ce que les anti-romains disent souvent, ne sont nullement à l'origine de la Papauté : https://philosophieduchristianisme.word ... -mercator/

2) les canons du concile de Nicée cités par le Pape saint Jules Ier ne figurent dans aucune des collections de canons connues (ce qui ne signifie pas grand chose lorsqu'on sait que les actes du concile de Nicée remplissaient 40 volumes à la fin du concile et qu'il ne nous reste presque plus rien, mais c'est important de la préciser).

Dieu vous bénisse,

Martel

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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Nebularis » lun. 20 avr. 2020, 11:56

Placide a écrit :
jeu. 01 févr. 2018, 2:40
Saint Cyprien, Tract. De simplicit. Prælatorium sive de unit. Ecclesiæ : « (...) Il est bien vrai qu’après sa résurrection il confère à tous les apôtres une pareille puissance, et qu’il leur dit à tous ensemble : « Comme mon Père m’a envoyé, moi, je vous envoie ; recevez le Saint-Esprit, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » (...) »
Tout à fait, et la preuve, c’est que nulle part dans les Actes des Apôtres ou dans les Épîtres pauliniennes, on ne voit Pierre exercer un quelconque pouvoir monarchique. Bien au contraire !
Saint Irénée, adversus hæreses lib. III, c. 3 : « Mais, comme il serait trop long de rappeler ici les noms de tous ceux qui ont successivement dirigé chacune des Églises, il suffira de rappeler les noms de ceux qui se sont succédé dans la direction de celle de ces Églises, qui est la plus ancienne, la plus célèbre, celle qui fut fondée à Rome (...) »
Mais enfin, c’est faux. L’Église la plus ancienne et la plus célèbre, c’est celle de Jérusalem.
Saint Léon-Le-Grand, ad Episcopos per Viennensem provinciam constitutos, Epist. 89 : « Mais, tout en confiant à chacun des apôtres cette sainte et sublime fonction, Notre-Seigneur a établi principalement saint Pierre, le premier de tous, pour que ses dons se répandissent de cet apôtre dans toutes les parties de son Église, comme du chef dans tout le corps, et aussi pour que personne n’eût la prétention d’appartenir à la religion qu’il avait fondée, si l’on ne s’appuyait en même temps sur la foi de Pierre. »
Ah bon ? Mais pourtant, c’est Jacques qui fut le premier épiscope chrétien, et non Pierre. Le « premier de tous », vraiment ?
Tertullien, lib. III adversus Marcionem (1), c. 9 : « Le premier de tous a été Lin, cet homme distingué entre tous et chéri du peuple, que la grande Rome a fait asseoir sur le trône où Pierre avait siégé lui-même. Après Lin, ce fut Clet qui prit la garde du troupeau ; puis Anaclet, puis Clément, etc. »
Ce que Tertullien omet de préciser, c’est que les premiers épiscopes de Rome n’avaient pas ce pouvoir monarchique qu’ils allaient revendiquer par la suite :
Dans l’Épître aux Philippiens (I, 1), Paul parle déjà d’episkopoï et de diakonoï. Les premiers ne sont évidemment pas encore des évêques (d’où la traduction par « épiscopes »), les seconds ne sont pas tout à fait des diacres ; mais ces vocables ont un grand avenir devant eux. Le troisième terme, presbuteroï, est le plus fréquent ; il apparaît deux fois dans la Première épître de Pierre (5, 1.5), une dizaine de fois dans les Actes des Apôtres, trois fois dans les épîtres « pastorales ». C’est là le mot le moins difficile à expliquer : chez les juifs hellénophones, il désigne les « anciens » qui dirigent les synagogues. Or les premiers chrétiens sont des juifs. Cette notion de presbuteroï frappe par sa richesse sémantique : aux deux premiers siècles du christianisme, elle englobe les « anciens » en général, tous ceux qui jouissent d’une autorité ecclésiale, qu’il s’agisse des apôtres eux-mêmes ou de leurs successeurs. Ces derniers s’appellent aussi bien épiscopes que presbytres, que ce soit chez Clément de Rome ou, un siècle plus tard, chez Irénée de Lyon. Tous assurent collégialement ce service que Clément nomme episkopè, et qui consiste à la fois à « surveiller » et à « veiller » (skopein) « sur » (epi), à contrôler et à protéger les fidèles.

Ce caractère collégial n’empêche pas que, selon le moment ou le lieu, telle personnalité s’affirme plus fortement. Clément de Rome passe pour l’auteur d’une Épître aux Corinthiens dans laquelle toute « l’Église de Dieu qui se trouve à Rome » s’adresse « à l’Église de Dieu qui se trouve à Corinthe ». Or il n’est que l’un des presbytres de la communauté romaine, sans doute un des plus influents, voire le plus rayonnant, mais pas un « évêque » au sens que ce mot prendra peu à peu au IIe siècle, encore moins un « pape » (car l’autorité particulière de l’évêque de Rome s’affirmera plus tard et progressivement, à partir des IIIe et IVe siècles).

À côté de ces réalités collégiales, le IIe siècle voit naître ce que les historiens modernes nomment l’épiscopat « monarchique », le pouvoir d’un unique évêque (episkopos), et corollairement la nette distinction de trois degrés : l’évêque, les presbytres ou prêtres, les diacres. Sans doute cette évolution fut-elle plus rapide à Antioche, si nous en croyons les lettres attribuées à Ignace, ou à Jérusalem qu’à Rome, Lyon ou Alexandrie. Mais l’épiscopat d’un seul n’annule pas toute dimension collégiale : Ignace ne parle guère de l’évêque sans le montrer entouré de son presbuterion, l’ensemble des prêtres.
Jean-Marie Salamito, in Premiers écrits chrétiens, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2016. Jean-Marie Salamito, de confession catholique, est un historien et un spécialiste reconnu du christianisme antique.

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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Kerygme » lun. 20 avr. 2020, 14:06

En terme de discours apologétique il doit y avoir mieux que des assertions personnelles ou des interjections. non ?

je vais juste me pencher sur ceci.
Tout à fait, et la preuve, c’est que nulle part dans les Actes des Apôtres ou dans les Épîtres pauliniennes, on ne voit Pierre exercer un quelconque pouvoir monarchique. Bien au contraire !
Même si Paul s'oppose à Pierre dans le conflit d'Antioche (Galates 2), cela ne l'empêche pas d'avoir le souci de l'unité en s'informant sur la liturgie telle qu'on la pratiquait dans la communauté de Jérusalem et se familiariser avec la tradition concernant le catéchuménat, le baptême, la célébration de la dernière Cène.
De Pierre, Paul apprit à connaître les paroles de l'institution de l’Eucharistie, telles qu'il les rappelle aux Corinthiens. Le chef des Apôtres avait donc une autorité et était qualifié pour les lui donner. Nous sommes en présence d'un enseignement authentique et solide de la tradition primitive.
Dernière modification par Kerygme le lun. 20 avr. 2020, 14:33, modifié 2 fois.
« N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité. » (1Jean 3,18)

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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Nebularis » lun. 20 avr. 2020, 14:12

Je vous renvoie le compliment, cher Kerygme.

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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Kerygme » lun. 20 avr. 2020, 14:23

Nebularis a écrit :
lun. 20 avr. 2020, 14:12
Je vous renvoie le compliment, cher Kerygme.
Vous avez été plus rapide que la suite de la publication effectuée par je ne sais quelle touche de mon clavier.
« N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité. » (1Jean 3,18)

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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Nebularis » lun. 20 avr. 2020, 14:49

Kerygme a écrit :
lun. 20 avr. 2020, 14:06
Même si Paul s'oppose à Pierre dans le conflit d'Antioche (Galates 2), cela ne l'empêche pas d'avoir le souci de l'unité
Précisément. Or ce souci de l’unité s’accommode mal d’une quelconque conception monarchique de l’autorité, qu’elle soit pétrinienne ou autre d’ailleurs. Et l’histoire nous prouve, cela ne me dérange pas de le répéter, que les premiers chrétiens fonctionnaient avec des collèges de presbytres et d’épiscopes, nullement avec un « pape » qui aurait détenu une autorité universelle.
De Pierre, Paul apprit à connaître les paroles de l'institution de l’eucharistie, telles qu'il les rappelle aux Corinthiens. Le chef des apôtres était qualifié pour les lui donner. Nous sommes en présence d'un enseignement authentique et solide de la tradition primitive.
Je ne vois pas à quel passage vous faites allusion. Dans mon édition de la Bible de Jérusalem (1955), je lis :
Pour moi en effet, j’ai reçu du Seigneur ce qu’à mon tour je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré, prit du pain et, après avoir rendu grâces, le rompit et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. » De même, après le repas, il prit la coupe en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; toutes les fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi. » Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. C’est pourquoi quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur.
Saint apôtre Paul, Première épître aux Corinthiens, XI, 23-26

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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Suliko » lun. 20 avr. 2020, 15:01

Ah bon ? Mais pourtant, c’est Jacques qui fut le premier épiscope chrétien, et non Pierre. Le « premier de tous », vraiment ?
Premier en terme de rang, pas temporellement :
"Or voici les noms des douze Apôtres : le premier est Simon, appelé Pierre" (Matthieu X, 2).
Aucun théologien catholique ne lie la primauté à l'antériorité de l'appel par le Christ... Il n'y a d'ailleurs à ma connaissance pas de preuves dans le NT que cette primauté fut instaurée par Jésus dès le tout début de sa vie publique.
Cette primauté de Pierre est bien marquée dans le NT. Mais à ma connaissance, les orthodoxes ne la nient pas : ils se contentent d'en diminuer la portée. Et je suis d'accord avec le fait qu'il faut réunir les témoignages de la Bible à ceux des premiers siècles pour se faire une idée claire de la question. Il me semble pourtant que plusieurs indices des Saintes Écritures penchent vers une primauté pas uniquement honorifique. Dans les quatre listes du collège apostolique, Pierre est toujours cité en premier. Lorsque Notre Seigneur choisit quelques apôtres en particulier pour l'accompagner, Pierre en fait toujours partie (cf la résurrection de la fille de Jaïre, la Transfiguration, à Gethsémani). Il fut également le premier apôtre témoin de Sa Résurrection (c'est lui qui entre dans le tombeau et non pas Jean, pourtant arrivé en premier). De plus, ce qui me paraît significatif, c'est son changement de nom par Jésus. A ma connaissance, les seules autres attestations de changements de ce genre dans la Bible concernent Abraham et Jacob, et il s'agit toujours d'un moment décisif et lié à des personnages de premier ordre, étant donné l'importance du nom dans la tradition sémitique. En outre, Pierre prend à de multiples reprises la parole pour ainsi dire au nom de tous les disciples, ou du moins est mis en relief (ex : Matthieu XVI, 16, XVIII, 21, Jean XIII, 6, etc... liste absolument non exhaustive !). Il y a bien sûr encore le "Tu es Petrus" (Matthieu XVI, 13-19), la prière de Jésus pour que la foi de Pierre ne défaille pas et qu'il puisse affermir ses frères (Luc XXII, 31-32), et enfin le "Pais mes brebis" (Jean XXI, 15-17), où Pierre est choisi par Jésus pour paître le troupeau de tous les fidèles.
Dans les Actes aussi, Pierre est mis en avant à plusieurs reprises. Par exemple, lors du remplacement de Judas (Actes I 15...), à la Pentecôte (II 14 et 37, où Pierre est cité à part des onze), lors de la guérison du boiteux (IV 5...), lorsqu'il parle au nom de tous devant le Sanhédrin (V, 29..), lors du châtiment d'Ananie et Saphire (VIII 14-24).
Dans l'épître aux Galates, Paul se rend à Jérusalem et loge chez Pierre et non chez Jacques (I, 18-19). Il est intéressant de constater que ce sont les seuls apôtres qu'il y rencontre et que Pierre est en quelque sorte mis en relief, bien que ce soit Jacques l'évêque de la ville.

J'aimerais continuer avec des témoignages de la primauté datant des premiers siècles, mais cela prend du temps et je ne peux donc m'y mettre dans l'immédiat. Je ne sais pas non plus si cela vous intéresserait.
Assez longtemps la foule a entendu parler de ce qu'on appelle les droits de l'homme ; qu'elle entende parler quelquefois des droits de Dieu ! (Léon XIII)

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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Nebularis » lun. 20 avr. 2020, 15:45

Suliko a écrit :
lun. 20 avr. 2020, 15:01
Ah bon ? Mais pourtant, c’est Jacques qui fut le premier épiscope chrétien, et non Pierre. Le « premier de tous », vraiment ?
Premier en terme de rang, pas temporellement
D’accord, mais la question demeure : si Pierre était le premier des apôtres, l’honneur du titre d’épiscope de Jérusalem (à une époque où celle-ci était la seule Église existante) devait lui revenir, et non à Jacques.
Dans les quatre listes du collège apostolique, Pierre est toujours cité en premier. Lorsque Notre Seigneur choisit quelques apôtres en particulier pour l'accompagner, Pierre en fait toujours partie (cf la résurrection de la fille de Jaïre, la Transfiguration, à Gethsémani). Il fut également le premier apôtre témoin de Sa Résurrection (c'est lui qui entre dans le tombeau et non pas Jean, pourtant arrivé en premier). De plus, ce qui me paraît significatif, c'est son changement de nom par Jésus. A ma connaissance, les seules autres attestations de changements de ce genre dans la Bible concernent Abraham et Jacob, et il s'agit toujours d'un moment décisif et lié à des personnages de premier ordre, étant donné l'importance du nom dans la tradition sémitique. En outre, Pierre prend à de multiples reprises la parole pour ainsi dire au nom de tous les disciples, ou du moins est mis en relief (ex : Matthieu XVI, 16, XVIII, 21, Jean XIII, 6, etc... liste absolument non exhaustive !). Il y a bien sûr encore le "Tu es Petrus" (Matthieu XVI, 13-19), la prière de Jésus pour que la foi de Pierre ne défaille pas et qu'il puisse affermir ses frères (Luc XXII, 31-32), et enfin le "Pais mes brebis" (Jean XXI, 15-17), où Pierre est choisi par Jésus pour paître le troupeau de tous les fidèles.
Admettons que tout ceci soit une interprétation objectivement vraisemblable et ne relève pas d’un biais catholique (je n’exclus pas cette possibilité). Même dans ce cas, il faudrait reconnaître que la situation ultérieure, à Rome, telle que les historiens nous la décrivent, ne laisse supposer en rien que Pierre ait pu exercer une autorité monarchique, c’est-à-dire au-dessus du collège des presbuteroï et episkopoï. Au contraire, tout nous porte à croire qu’à Rome comme ailleurs, l’autorité s’exerçait de façon collégiale, comme l’atteste entre autres ce passage de l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée (chap. IV, 8-10) :
[8] En ce qui concerne le reste de ses disciples, Paul atteste que Crescent est allé dans les Gaules. Lin, dont il mentionne la présence à Rome avec lui dans la seconde épître à Timothée, reçut, comme premier successeur de Pierre, le gouvernement de l'église des Romains ainsi que nous l'avons déjà dit auparavant. [9] Mais Clément, lui aussi leur troisième évêque, a été également, au témoignage de Paul, son auxiliaire el le compagnon de ses combats.
Et celui-ci, tiré de la Lettre aux Éphésiens d’Ignace d’Antioche :
C’est pourquoi il convient que vous meniez la course en accord avec la pensée de votre épiscope, ce que vous faites précisément. Votre presbytérion, justement renommé, digne de Dieu, est accordé à votre épiscope comme les cordes le sont à la cithare. Voilà pourquoi, dans votre concorde et dans l’harmonie de votre amour, c’est Jésus Christ qui est chanté.
Ignace d’Antioche, Lettre aux Éphésiens, IV, 1-2
J'aimerais continuer avec des témoignages de la primauté datant des premiers siècles, mais cela prend du temps et je ne peux donc m'y mettre dans l'immédiat. Je ne sais pas non plus si cela vous intéresserait.
Bien sûr que cela m’intéresserait.
Dernière modification par Nebularis le lun. 20 avr. 2020, 16:03, modifié 1 fois.

Gaudens
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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Gaudens » lun. 20 avr. 2020, 15:59

Bonjour Nebularis,
J’aimerais revenir sur votre premier post qui,à deux reprises,à propos de citations de Tertullien et de Saint Cyprien de Carthage,affirmait ne pas y voir de justifications d’une « autorité monarchique » du pape de Rome,terme que vous reprenez dans un post suivant.Je ne sais trop ce que vous mettez derrière la notion d’ « autorité monarchique »(qui à mes yeux serait plus morale que strictement législative) mais si vous entendez pas là que dans l’antiquité chrétienne,les évêques de Rome ne régnaient pas à la façon des papes médiévaux ou post-tridentins,je vous l’accorde volontiers.Mais vous confondez alors « primauté » (pas seulement honorifique mais effective,comprenant un droit d’appel des différentes Eglises locales ou de validation des conciles comme tant d’exemples le montrent) et gestion directe,tant soit peu autocratique. Il me semble que le premier mode d’autorité s’applique bien aux papes des premiers siècles chrétiens et pas le second.
Par ailleurs vous prenez à votre compte la notion d’épiscopat collectif exercé par les épiscopes sur une même Eglise locale,Rome ou autre (à cet égard,merci de me dire si cette notion est acceptée dans le monde orthodoxe,ce dont je doute).Il me semble que c’est là une espèce de « topic » relativement récent ,devenu un axiome intouchable ,même chez des historiens qu’on pourrait penser a priori indemnes de l’extrême modernisme née de la pratique indiscutée de la méthode historico-critique .Je suis extrêmement méfiant chaque fois que je lis sous la plume de ces historiens récents des mots cheville comme »bien sûr » ou « évidemment » venant au secours de ce genre d’axiome ,les dispensant d’une démonstration effective,tel Jean-Marie Salamito dans le passage que vous citez : « les episcopes qui n’étaient évidemment pas des évêques »,proposition qui demanderait à être longuement développée et prouvée :signifie-t-elle que la notion de succession apostolique y est évacuée,noyée dans la collectivité ? Ou quoi d’autre ? Et encore une fois ,qu’en pensent les hiérarques orthodoxes ?

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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Nebularis » lun. 20 avr. 2020, 17:07

Bonjour Gaudens,
Gaudens a écrit :
lun. 20 avr. 2020, 15:59
Je ne sais trop ce que vous mettez derrière la notion d’ « autorité monarchique »(qui à mes yeux serait plus morale que strictement législative) mais si vous entendez pas là que dans l’antiquité chrétienne,les évêques de Rome ne régnaient pas à la façon des papes médiévaux ou post-tridentins,je vous l’accorde volontiers.
Fort bien : c’est un point essentiel, dont découlent à peu près tous les différends entre orthodoxes et catholiques. (J’exagère à peine.) Je salue donc cette reconnaissance implicite que vous faites d’un rôle du pape qui a fortement évolué au cours de l’histoire, et dont les pouvoirs revendiqués à l’époque médiévale et postérieurement sont très éloignés de ce qu’ils ont été avant la période carolingienne.
Mais vous confondez alors « primauté » (pas seulement honorifique mais effective,comprenant un droit d’appel des différentes Eglises locales ou de validation des conciles comme tant d’exemples le montrent) et gestion directe,tant soit peu autocratique. Il me semble que le premier mode d’autorité s’applique bien aux papes des premiers siècles chrétiens et pas le second.
C’est vrai que l’on peut interpréter certains arbitrages des premiers siècles comme la preuve d’une prééminence romaine (mais je ne pense pas non plus qu’on puisse l’affirmer avec certitude). Quoi qu’il en soit, il faudrait se poser la question : pourquoi cette prééminence de Rome ? En toute logique, la prééminence revient à Jérusalem, la première Église chrétienne, la plus prestigieuse sous tous les plans, la Ville Sainte qui vit la Passion de Notre Seigneur. Rome n’est que la capitale du pouvoir romain, celui-là même qui fit clouer le Christ sur la Croix ! Les martyres de saint Pierre et de saint Paul n’y changent rien.

En réalité, tout semble indiquer que c’est bien son importance sociopolitique et économique qui explique le rôle pris par l’Église de Rome. C’est parce que Rome était la capitale politique de l’Empire que Pierre et Paul s’y sont rendus : quelle autre raison pouvaient-ils avoir ? Ensuite, la communauté chrétienne de Rome a été très rapidement l’une des plus importantes numériquement parlant, et sans doute aussi économiquement, tant il est vrai qu’à cette époque, « tous les chemins menaient à Rome ». Prééminence de saint Pierre ou pas, martyre de saint Pierre ou pas, imagine-t-on un rôle majeur d’arbitrage attribué à l’épiscope de Trifouilly-les-Oies ?
Par ailleurs vous prenez à votre compte la notion d’épiscopat collectif exercé par les épiscopes sur une même Eglise locale,Rome ou autre (à cet égard,merci de me dire si cette notion est acceptée dans le monde orthodoxe,ce dont je doute).Il me semble que c’est là une espèce de « topic » relativement récent ,devenu un axiome intouchable ,même chez des historiens qu’on pourrait penser a priori indemnes de l’extrême modernisme née de la pratique indiscutée de la méthode historico-critique .
Encore une fois, cher Gaudens (et je dirais même : comme d’habitude) votre remarque est pertinente. En effet, il est nécessaire et même vital de « critiquer la méthode historico-critique » ! Je suis de tout cœur avec vous.

Cependant, pour le sujet qui nous intéresse, je suis enclin à faire confiance au jugement du professeur Salamito, par ailleurs catholique pratiquant et engagé, et dont la bonne foi (dans tous les sens du terme) n’est je crois pas en cause. Cette notion d’épiscopat collégial n’est d’ailleurs pas une opinion suspecte de modernisme puisqu’elle se trouve déjà chez des historiens comme Jean Colson. Il se trouve que ce que dit le professeur Salamito à propos des collèges épiscopaux des premiers siècles est confirmé par de nombreux documents antiques, à commencer par la fameuse Épître aux Corinthiens de Clément de Rome ou les écrits d’un Ignace d’Antioche.
« les episcopes qui n’étaient évidemment pas des évêques »,proposition qui demanderait à être longuement développée et prouvée :signifie-t-elle que la notion de succession apostolique y est évacuée,noyée dans la collectivité ? Ou quoi d’autre ?
En fait, les apôtres ont tous reçu, sans distinction, le don du Saint-Esprit, comme le laisse très justement entendre l’extrait de saint Cyprien cité ci-dessus (lui-même se fondant sur les Évangiles bien entendu). Et comme les épiscopes sont bien les successeurs des apôtres, ils ont reçu pareillement, de façon collective, le pouvoir de consécration et de gouvernance octroyé par l’Esprit saint.
Et encore une fois ,qu’en pensent les hiérarques orthodoxes ?
L’Église orthodoxe, si elle a évolué depuis les premiers siècles, conserve encore aujourd’hui le principe du fonctionnement collégial : il n’y a pas en Orthodoxie d’autorité monarchique d’un seul évêque ou patriarche, auquel devraient obéir tous les autres. À l’intérieur d’une seule Église, en revanche (par exemple, de l’Église russe) il est manifeste que les rangs hiérarchiques sont clairement définis.

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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par cmoi » lun. 20 avr. 2020, 17:40

Je crains de ne pas être tout à fait d’accord avec vous Nébularis, car un pape peut renoncer ou ne pas pouvoir exercer son rôle, cela n’empêche qu’il en a un. Vous semblez donner à l’histoire un rôle plus important dans l’affectation des responsabilités, que à celui joué par Jésus Christ.
Si Pierre est allé à Rome, c’est pour avoir plus de rayonnement et d’efficacité dans sa mission d’apôtre. Ce n’est pas parce qu’il était à Rome qu’ils y eurent (ses successeurs) une autorité, mais parce qu’ils étaient ses successeurs et qu’ils choisirent d’y rester par efficacité.
Il me semble que autant que vos contradicteurs, vous faites une fixation sur cette ville qui n’a pas lieu d’être, et que votre débat va longtemps tourner en rond car il est sans issu, vu qu’il prend son départ dans un cul de sac dont vous avez rebouché l’entrée !

Il est clair que Pierre a un rôle particulier à jouer de la part du Seigneur qui le lui a confié. Moins clair que ce rôle doive être joué par d’autres après lui, que cela doive instaurer une sorte de dynastie. Il nous faut pour cela nous en remettre à l’action présumée du St Esprit, au moment où la question se sera posée, ou décider que ce furent des choix humains qui intervinrent, par nécessité ou simplicité, copie de ce qui se fait de mieux en matière d’organisation humaine et de gestion de groupe. Difficile néanmoins d’exclure au moins l’assentiment du St Esprit.
Il s’agit et cela concerne une personne et sa valeur propre, pour une mission particulière, indépendamment de toute autre fonction.
Cette mission contiendrait les tâches suivantes, sans prétention d’exhaustivité, en sus de son ministère :
  • Consoler ses frères
    Stimuler, réguler leurs cœurs et leurs paroles
    Leur montrer l’exemple
    Concilier leurs avis et les réconcilier, résoudre et donc arbitrer les conflits
    Les rassembler, maintenir leur unité
    Les défendre contre l’injustice, les calomnies et les médisances
    Les protéger contre le mal
    Conserver l’esprit de groupe, penser collectif
    Concilier la vocation de l’Eglise avec les vocations individuelles
    Préserver le dépôt de la foi
    Donner une orientation Pastorale et d’évangélisation
    Assurer sa succession
    Convoquer les conciles et en publier les résultats. Pour moi, sa fonction lui donnerait le droit d’exercer seul contre tous un droit de véto, mais non d’imposer à lui seul une définition dogmatique ( à débattre)
Il faut reconnaître que d’avoir pour propriété un état indépendant, ne relevant d’aucune autorité civile, est un plus qui aidera à réaliser cette mission
Pourtant, la transmission de son rôle propre n’est nullement liée à un lieu, à une fonction localisée, et chacun sait qu’en diplomatie, toute ambassade est la propriété de l’Etat qu’elle représente. Le pape pourrait donc siéger dans n’importe quel pays, pourvu que ce soit dans l’ambassade du Vatican. La nécessité spirituelle qu’il soit l’évêque de Rome ne relève que d’une tradition humaine qui n’a aucune valeur.
C’est en partie déjà reconnu en ce que le pape élu peut appartenir à n’importe quelle nation et ne serait souvent jamais venu siéger à Rome sans cette élection. En ce que les critères de son élection ne tiennent majoritairement pas compte de sa fonction d’évêque de Rome et de ses besoins, mais bien d’avantage de celle de pasteur de toute l’Eglise Universelle.
La détermination ou l’érection de patriarcats au sein de l’Eglise et tout ce que cela a pu entraîner par la suite en terme d’organisation er de responsabilité, de missions dédiées ou localisées, pour répondre aux besoins de la propagation de l’évangile, sont postérieurs à la mission particulière du pape qui ne relève d’aucune des contraintes dont cela a pu s’accompagner.
S’il fut toujours ou presque l’évêque de Rome, c’est parce que nous en avons décidé ainsi par facilité, tradition, mais ce n’est pas parce qu’il est évêque de Rome qu’il est pape, c’est parce qu’il est pape que la tradition lui a donné jusqu’à présent et par pure convention, sens pratique, ce rôle en cet endroit.
Le contraire relève d’un sentimentalisme qui n’a rien à voir avec ce qui doit fonder une Tradition dans l’église.

Si la prophétie de Malachie parle de Pierre le Romain comme dernier pape, c’est peut-être parce qu’il (le prochain !) sera le dernier à siéger dans cette ville, et que ses successeurs siégeront dans la ville où ils le voudront (de leur pays, ou de leur apostolat précédant leur élection, ou de là où ils le jugeront le plus utile, ou au Vatican pourquoi pas si cela favorisera leur mission) ou seront des itinérants.
Il est en cela le seul à avoir reçu un rôle particulier, le seul à pouvoir prétendre transmettre cette particularité, sauf qu’elle n’est pas liée à un lieu. Elle est en quelque sorte distincte de son rôle de patriarche de l’occident même si ce dernier a empêché que d’autres patriarcats y surgissent et si ce rôle a en quelque sorte empiété sur celui que le Christ lui a donné – et jusqu’à lui en faire perdre l’exercice en certains lieux, par une rivalité patriarcale dénuée de sens spirituel.

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Re: Témoignage de la tradition pour la primauté apostolique

Message non lu par Suliko » lun. 20 avr. 2020, 17:58

Bien sûr que cela m’intéresserait.
D'accord.
Mais je pense qu'il nous faut alors éclaircir un point très important : en tant que catholique, je reconnais à saint Pierre et à ses successeurs une primauté qui n'est pas qu'honorifique (primus inter pares), mais bien une primauté de gouvernement, un pouvoir réel de confirmer ses frères dans la foi et de trancher sur les questions de dogme et de morale. Cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas eu une certaine centralisation du pouvoir au fil du temps. C'est une évidence, me semble-t-il. Pour autant, je ne saurais en déduire qu'il n'y eut jamais de véritable primauté du Siège pétrinien. Donc évidemment, saint Pierre et saint Lin ne gouvernaient pas l'Eglise de la même façon que saint Pie V ou saint Pie X, mais de là à dire qu'il n'y a jamais eu que primauté honorifique durant les premiers siècles, c'est un pas qu'il me paraît très hasardeux de franchir.
Je ne m'exprime peut-être pas très bien. Fortescue aborde le sujet mieux que moi dans les deux premiers chapitres de son ouvrage "The Early Papacy".

Dès que je pourrai, je vais donner quelques témoignages de cette primauté dans les premiers siècles de l'Eglise. Je me permets juste en passant, puisque vous citez saint Ignace, de souligner que ce martyr parlait de l'Eglise de Rome comme de l'Eglise qui "préside à la charité". Il ne dit pas cela des autres Eglises.

Plus généralement, je ressens chez vous une véritable aversion envers Rome et l'idée que cette ville ait pu être choisie par la divine Providence pour que le monde soit évangélisé (lieu plus efficace dans cette tâche que Triffouilly-les-Oies, vous l'admettrez...).

Je finis par un extrait de la Vita Sua de Saint Grégoire de Nazianze :
La nature n'a pas deux soleils, elle a cependant deux Romes, vrais astres de l'univers, l'une ancienne, l'autre nouvelle, différentes par leur situation. La première brille aux lieux où le soleil se couche, la seconde le voit sortir des mers. Toutes deux sont égales en beauté : à l'égard de la foi, celle de l'ancienne Rome a toujours été pure et sans tache depuis la naissance de l'Eglise, elle se soutient encore; sa doctrine unit tout l'Occident dans les liens salutaires d'une même foi. Elle mérite cet avantage par sa primauté sur toutes les églises, et par le culte parfait qu'elle rend à l'essence et à l'harmonie divine.
(J'ai choisi une édition orthodoxe)
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