Jésus a banni l’ancien testament ou l'a complété?

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jovanni
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Jésus a banni l’ancien testament ou l'a complété?

Message non lu par jovanni » mar. 06 juin 2017, 17:06

Je me pose sérieusement cette question, et je sais que tout le monde n'est pas du même avis à ce sujet.

Si je me pose cette question c'est parce que j'ai lu l'AT il a de cela quelques jours, pour être honnête certains passages sont ahurissants, dans Exode, chapitre 35, verset 2 par exemple, il est mentionné qu'on doit être condamné à mort si on travail un jour de sabbat. C'est quoi ce délire??? ... Ou le levitique 19:27 qui nous interdit formellement de couper nos chevaux autour des tempes, pourquoi???

Pardonnez-moi si ces textes vous sont chers mais j'ai du mal à croire qu'on puisse prendre l'AT au sérieux tant son contenu me parait abracadabrantesque...

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prodigal
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Re: Jésus a banni l’ancien testament ou l'a complété?

Message non lu par prodigal » mar. 06 juin 2017, 17:23

Cher Jovanni,
on peut prendre ces textes au sérieux sans les prendre à la lettre. Ils n'ont pas vocation à nous fermer le coeur et l'intelligence, mais à être interprétés.
Par exemple, et sans me risquer à explorer la possibilité d'interprétations symboliques des passages auxquels vous faites allusion, il me semble que le particularisme hébreu exige, pour être vécu pleinement, la reconnaissance et l'observance stricte de règles particulières, qui deviennent caduques avec la nouvelle alliance.

Cinci
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Re: Jésus a banni l’ancien testament ou l'a complété?

Message non lu par Cinci » jeu. 08 juin 2017, 15:42

Jovanni :

dans Exode, chapitre 35, verset 2 par exemple, il est mentionné qu'on doit être condamné à mort si on travail un jour de sabbat. C'est quoi ce délire???
C'est justement la raison (un délire, dites-vous?) pourquoi Jésus a été condamné et mis à mort. On comprend mal le Nouveau Testament si on néglige l'Ancien ou ce qui vient avant.

Toutes les messes comprennent des lectures de l'Ancien Testament, lors de la proclamation de la Parole. Ce n'est pas pour rien, pas pour être décoratif ou faire joli. Faut penser que l'Ancien Testament était la seule Bible que les Apôtres avaient en main. Ils ne possédaient rien d'autre au lendemain de la résurrection de Jésus. Ils n'avaient que les anciens écrits et à la lumière desquels pouvoir relire et comprendre tout ce qui leur était arrivé en compagnie de l'homme de Nazareth.

Chez les anciens

Les hébreux considèrent le don de la loi comme le "plus grand don que Dieu leur a fait". Parce que le don de la loi est ce qui fait d'Israël le peuple de Dieu. La loi détermine la sainteté d'Israël. La loi représente le moyen par lequel unir les israélites à leur Dieu. Toucher à la loi c'est travailler à la perte d'Israël.

Jésus fut donc condamné comme blasphémateur car il aurait apparemment refusé de sacraliser la loi, de mettre la loi au-dessus de tout.

En réalité, Jésus ne détruisait rien du tout quant à la substance de la loi, le contenu de celle-ci, le sens ou sa raison d'être ultime. Sauf que des chefs religieux préféraient ossifier la loi, la rigidifier au plan d'un formalisme extérieur, en guise de système défensif visant à faire d'Israël le propriétaire d'une position unique assurant l'exclusion des autres.

Une critique des chefs israélites

C'est là que le vice s'insinuait, quand les chefs religieux juifs se transformaient en "propriétaire de la loi", en souverains maîtres capables de décider de tout et jusqu'à déterminer même le rôle ou la fonction du messie à venir (son profil, son lieu d'origine géographique, etc.) Mais ces chefs restaient fondamentalement des coeurs endurcis, des êtres animés par un orgueil spirituel (péché des anges), des coeurs mauvais. Cet endurcissement intime induisait alors un aveuglement spirituel. On y oubliait volontier le fait que la loi par elle-même ne sauvait personne. Le fait de se plier à un formalisme extérieur n'est pas ce qui peut justifier réellement une personne, ou la rendre parfaite aux yeux de Dieu.

Donc

Jésus réalise le but de la loi, complète et achève la "révélation de Dieu à son peuple". Jésus est celui par lequel se réalise l'union de homme à Dieu. C'est le messie qui sauve même les anciens textes de la Bible, leur donne leur vrai sens, les éclaire. C'est le Christ qui donne toute sa force aux anciens psaumes, au livre de la Genèse, etc.

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Re: Jésus a banni l’ancien testament ou l'a complété?

Message non lu par mike.adoo » mar. 13 juin 2017, 19:36

jovanni a écrit :
mar. 06 juin 2017, 17:06
Je me pose sérieusement cette question, et je sais que tout le monde n'est pas du même avis à ce sujet.

Si je me pose cette question c'est parce que j'ai lu l'AT il a de cela quelques jours, pour être honnête certains passages sont ahurissants, dans le levitique 19:27 qui nous interdit formellement de couper nos chevaux autour des tempes, pourquoi???
Effectivement , ce n'est pas le bon endroit ;)

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Re: Jésus a banni l’ancien testament ou l'a complété?

Message non lu par gerardh » mar. 13 juin 2017, 22:39

______

Bonjour,

Il y a environ 200 passages de l'AT qui sont cités dans le NT.


_________

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mike.adoo
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Re: Jésus a banni l’ancien testament ou l'a complété?

Message non lu par mike.adoo » mer. 14 juin 2017, 2:49

jovanni a écrit :
mar. 06 juin 2017, 17:06
Je me pose sérieusement cette question, et je sais que tout le monde n'est pas du même avis à ce sujet.

Si je me pose cette question c'est parce que j'ai lu l'AT il a de cela quelques jours, pour être honnête certains passages sont ahurissants, dans Exode, chapitre 35, verset 2 par exemple, il est mentionné qu'on doit être condamné à mort si on travaille un jour de sabbat. C'est quoi ce délire??? ...
Pardonnez-moi si ces textes vous sont chers mais j'ai du mal à croire qu'on puisse prendre l'AT au sérieux tant son contenu me parait abracadabrantesque...
Bonjour Jovanni
Voici ce qu'on peut lire dans le livre des Nombres

Châtiment de celui qui travaille un jour de sabbat

Lorsque les Israélites étaient au désert, ils virent un homme qui ramassait du bois un jour de sabbat. Ceux qui l’avaient trouvé en train de ramasser du bois le conduisirent à Moïse, Aaron et toute la communauté. On le plaça sous bonne garde, car on ne savait pas ce que l’on ferait de lui. Alors Yahvé dit à Moïse : “Cet homme doit être mis à mort. Toute la communauté le lapidera à coups de pierre hors du camp.”
Toute la communauté le conduisit donc hors du camp, et on le tua à coups de pierre. Il mourut donc comme Yahvé l’avait ordonné à Moïse.
Yahvé dit à Moïse :
— “Voici ce que tu diras aux Israélites : faites-vous une frange aux pans de vos habits, et cela, de génération en génération. Mettez sur la frange un fil de pourpre violette. Ce sera votre frange et lorsque vous la verrez, vous vous rappellerez tous les commandements de Yahvé. Ainsi vous les mettrez en pratique et vous ne suivrez pas les mauvais penchants de votre cœur ou de vos yeux qui vous entraînent vers l’infidélité. Ainsi vous vous souviendrez de tous mes commandements, vous les mettrez en pratique et vous serez saints devant votre Dieu : je suis Yahvé votre Dieu, c’est moi qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte pour être votre Dieu. Je suis Yahvé votre Dieu !
( Nombres 15, 32-41 )
On constate que l'épisode de la lapidation jouxte celui du vêtement .
https://encrypted-tbn0.gstatic.com/imag ... hFvaiqIKBw

Ce vêtement est un " talith " Il symbolise les 613 lois des juifs . Jésus en portait un , notamment dans l'épisode de la fille de Jaïre ( Marc 5,21-43 )
C'est cette frange que la femme hémorroïsse veut toucher pour être guérie ... Pour mieux comprendre ce passage difficile
http://catechisme-adulte.blogspot.fr/20 ... le-de.html
Si quelque chose vous échappe , je me ferai un devoir de vous éclairer .

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Christophe67
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Re: Jésus a banni l’ancien testament ou l'a complété?

Message non lu par Christophe67 » mer. 14 juin 2017, 13:31

Bonjour,

Il me semble que l'essentiel se trouve dans Matthieu 5,17-19 :

Source AELF : Bible Liturgique
17 « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.

18 Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.

19 Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux.
Cependant Jésus Christ est venu apporter une autre dimension aux textes de l'AT et nombre d'entre nous vous diront que l'AT ne se comprend pleinement qu'à la lumière des Évangiles.

C'est pour cela que j'ai souligné un court extrait qui vous mettra sur la bonne voie en vous amenant à cet autre verset en jean 19:30 :

30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.

Aussi, je ne sais si c'est le cas, si vous découvrez ou entreprenez la lecture de la Bible en commençant par l 'AT alors ce n'est pas la bonne façon de procéder.

Ainsi en lisant le passage qui vous pose problème, à la lumière des Évangiles, vous auriez à l'esprit cette phrase de Jésus en Marc 2, 27-28
Puis il leur dit: Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l'homme est maître même du sabbat.
Et là le texte prend une autre dimension; mais je vous laisse découvrir.

Il y a plusieurs niveaux de lectures dans la Bible et pour un même passage (j'avais une fois cité et argumenté sur le sacrifice d'Abraham, vous pourrez le retrouver avec une recherche dans mes messages) il y a plusieurs lectures et donc interprétations différentes.

Celle ou la lumière de Jésus se pose sur la lecture est de loin la plus éclairante.


Cordialement.

gerardh
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Re: Jésus a banni l’ancien testament ou l'a complété?

Message non lu par gerardh » mer. 14 juin 2017, 16:17

_______

Bonjour,

Je vous propose quelques éléments de réflexion :

Le Seigneur a-t-Il commenté la question de savoir si l’Ancien Testament est inspiré ?
Oui, à de multiples reprises. Il a utilisé l’Ancien Testament comme faisant autorité de manière absolue. Il a mis les paroles de l’Ancien Testament sur le même niveau que les Siennes (comparez Matt. 5:18 avec Matt. 24:35). Il parlait d’Adam et Ève, de Caïn, de Noé, de Moise, de David, etc. Chaque fois Il présentait les récits de l’Ancien Testament comme une autorité absolue. Ces écrits étaient, pour Christ, la base pour donner une réponse finale à toutes les questions (la résurrection, le mariage ou le divorce, et beaucoup d’autres sujets).
Finalement, Il s’est présenté Lui-même comme Celui dont parlaient ‘toutes les écritures’ (Luc 24: 27).

Beaucoup de lecteurs de la Bible trouvent l’Ancien Testament difficile. Plusieurs pensent qu’à l’exception des Psaumes et de quelques autres passages, il ne contient que des récits concernant des époques depuis longtemps révolues ; pour nous, ces textes revêtiraient aujourd’hui tout au plus une valeur historique. D’autres considèrent bien l’Ancien Testament comme les Saintes Écritures des Israélites, mais n’y voient rien de plus. Les chrétiens n’auraient besoin que du Nouveau Testament. De telles conceptions ne rendent pas justice à la vraie signification des Saintes Écritures de l’Ancien Testament. Ce dernier est la Parole de Dieu, autant que le Nouveau Testament. Les deux premiers chapitres de la Bible, où nous trouvons la description de la création du monde et des hommes, renferment des faits qui ne nous sont connus que par révélation, car aucun témoignage humain ne pouvait être alors apporté.
De même, la lecture des autres parties de l’Ancien Testament confirme que l’« histoire » dont il s’agit n’a pas été écrite selon les normes humaines. Dans ce livre, Dieu montre comment il voit les hommes. Depuis la chute, ceux-ci n’ont cessé de s’éloigner toujours davantage de Dieu. Lorsque leur péché et leur orgueil s’accrurent outre mesure, Dieu punit la race humaine d’alors par le déluge. Mais après ce jugement, les hommes ne tardèrent pas à s’éloigner de nouveau de Dieu. Pourtant, parmi ces hommes, il s’en trouvait aussi qui craignaient Dieu et croyaient en lui. Les vies d’un Énoch, d’un Noé, d’un Abraham, n’ont peut-être pas laissé d’impression profonde dans le monde, mais Dieu a fait consigner la marche et la foi de ces croyants (comp. Héb. 11). L’Ancien Testament décrit donc l’histoire de l’humanité et du peuple d’Israël sous le juste gouvernement de Dieu comme étant une longue période de rébellion et de déclin. Mais parallèlement, Dieu fait toujours briller sa grâce dans ces circonstances, et il montre aussi la foi de ceux qui se confiaient en lui. l’Ancien Testament rend déjà témoignage du Seigneur Jésus. Le Seigneur lui- même dit aux Juifs en Jean 5:39 : « Sondez les Écritures, car vous, vous estimez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi ». Il annonça ses souffrances aux disciples par ces paroles : « Voici, nous montons à Jérusalem, et toutes les choses qui sont écrites par les prophètes touchant le Fils de l’homme seront accomplies : car il sera livré aux nations ; on se moquera de lui, et on l’injuriera, et on crachera contre lui ; et après qu’ils l’auront fouetté, ils le mettront à mort ; et le troisième jour il ressuscitera » (Luc 18:31-33). Puis, le jour de sa résurrection, lorsque le Seigneur se mit à marcher avec les deux disciples accablés qui se rendaient de Jérusalem à Emmaüs, il finit par leur dire : « Ô gens sans intelligence et lents de cœur à croire toutes les choses que les prophètes ont dites ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les écritures, les choses qui le regardent » (Luc 24:25-27).
sources : Bibliquest

______

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Xavi
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Re: Jésus a banni l’ancien testament ou l'a complété?

Message non lu par Xavi » jeu. 15 juin 2017, 9:48

Merci Gerardh pour cette très belle synthèse !

Cinci
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Re: Jésus a banni l’ancien testament ou l'a complété?

Message non lu par Cinci » jeu. 15 juin 2017, 14:18

Christophe67,

C'est une bonne idée que de rapprocher les passages de Matthieu et de Jean que vous avez indiqués. je n'y avais jamais songé. Intéressant.

Merci.

Cinci
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Re: Jésus a banni l’ancien testament ou l'a complété?

Message non lu par Cinci » jeu. 15 juin 2017, 17:21

Pour l'agrément de tout le monde ...

Je rajouterais bien quelques remarques d'André Myre le maudit, jésuite en rupture de ban et membre d'une génération de "vieux" répudiée par ChristianK

;)

"... il se pose pour le chrétien un problème qui est certes vécu par d'autres mais qui prend pour lui une acuité particulière, c'est celui de la façon dont le passé doit aujourd'hui influencer le présent. Il ne faut pas avoir fréquenter la Bible bien longtemps pour se rendre compte des immenses problèmes qu'elle pose, problèmes à la fois de compréhension de ce passé bien précis et de traduction pour aujourd'hui, en gestes aussi bien qu'en paroles, de ce passé à jamais révolu. Bien comprendre la Bible est déjà difficile; savoir quoi en faire aujourd'hui est infiniment complexe. Et pourtant on n'y échappe pas.

Ils sont nombreux les chrétiens, par exemple. qui n'ont aucun scrupule à consommer porc ou boudin; pourtant, ils vont directement à l'encontre de prescriptions aussi bien de l'Ancien que du Nouveau Testament (Lv 17,10; 11, 7-8; Actes 15,; 20, 29) Suivant quel principe faudrait-il, en référence à ces versets de Ac 15, se garder d'un côté des "unions illégitimes", tout en se permettant des libertés vis à vis du sang? N'est-il pas étonnant qu'on soit fidèle à condamner le divorce à la suite de Mt 5,31-32, mais qu'on ait aucun scrupule à prêter serment ("sur les Saints Évangiles") malgré la défense explicite des versets suivants (Mt 5,33-37).

On ne se contente donc pas de comprendre, on interprète, on fait des choix, on modifie, on retraduit. Et, encore une fois, on ne peut pas y échapper. D'ailleurs, la Bible elle-même n'y échappe pas; elle est même un immense effort de retraduction et d'interprétation. Il ne pouvait en être autrement , dès lors que la révélation était destinée à vivre dans le temps et l'espace.

On ne parle plus, on ne vit plus , on ne s'exprime plus de la même façon avec le passage du temps. Il faut donc continuellement décanter l'essentiel de l'accessoire, le visage personnel de Dieu de ses expressions dans le temps, sa volonté toujours présente de ses manifestations passées. Par conséquent, c'est se faire illusion que de penser qu'il suffit de se demander ce qu'a dit Dieu hier [...] "

Source : André Myre, "Heureux les pauvres. Histoire d'une parole passée et future d'une parole" dans Cri de Dieu, espoir des pauvres, Les pauvres dans la Bible, p. 68



Et enfin pour ceux qui aiment détester l'Ancien Testament ... tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le vieux grimoire ...

"... au coeur de leur détresse socio-économique et en attendant que soient proclamées les Béatitudes évangéliques, les pauvres de l'Ancien Testament ont connu une espérance qu'expriment chacun à leur façon, "la Loi, les Prophètes et les autres Écrits". De ce point de vue, la Loi, c'est le droit des pauvres; les Prophètes sont la voix des pauvres ; et les autres Écrits disent la joie des pauvres. Parce qu'ils ont un droit, une voix et une joie, les pauvres de l'Ancien Testament peuvent, comme Abraham, espérer contre tout espérance (Rm 4,18) .

Le droit des pauvres

Les sociétés sédentaires du Moyen-Orient ont toutes eu à faire face au problème des inégalités. Le concept de propriété privée et l'estompement des liens claniques, qu'impliquent la sédentarisation, engendrent facilement la capitalisation, qui fait les riches, et l'isolement, qui fait les pauvres. C'est ainsi qu'apparaissent les exploités et les faibles que le livre de Job (24, 2-11) décrit de façon saisissante :

"On déplace les bornes,
on fait paître des troupeaux volés,
c'est l'âme des orphelins qu'on emmène,
c'est le boeuf de la veuve qu'on retient en gage.
On écarte de la route les indigents,
tous les pauvres du pays n'ont plus qu'à se cacher.
Tels des onagres dans le désert,
ils partent au travail dès l'aube, en quête de pâture.
Et c'est la steppe qui doit nourrir leurs petits.
Dans les champs, ils se coupent du fourrage,
et ils grappillent la vigne du méchant.
La nuit, ils la passent nu, faute de vêtement,
ils n'ont pas de couverture quand il fait froid.
Ils sont trempés par la pluie des montagnes,
faute d'abri, ils étreignent le rocher.
On arrache l'orphelin à la mamelle,
du pauvre on exige des gages.
On le fait marcher nu, privé de vêtements,
et aux affamés ont fait porter des gerbes.
Dans les enclos des autres, ils pressent de l'huile,
et ceux qui foulent au pressoir ont soif."

- Job 24, 2-11

On voit ici, en termes concrets qui font image, l'oppression des pauvres incapables de payer leurs dettes, l'intransigeance des riches qui n'ont pitié de personne, l'indigence qui va jusqu'à priver du nécessaire et l'esclavage de la main d'oeuvre sans droits qu'exploitent les grands propriétaires terriens.

Pareille situation était insupportable.

En Mésopotamie, plus de deux mille ans avant Jésus-Christ, des rois comme Urukagina (25e siècle) et Urammu (21e siècle) se vantaient déjà d'avoir arraché la veuve , l'orphelin et l'économiquement faible des griffes de ceux qui les opprimaient.

Mais il faut surtout citer Hammurapi, roi fondateur du premier empire babylonien au 18e siècle avant Jésus-Christ, dont le code s'ouvre sur l'idée que ses lois sont données "pour que le fort ne puisse pas opprimer le faible". Pour Hammurapi, comme pour tous les sémites, la justice n'est pas une simple règle s'appliquant à tous indistinctement ou une froide divinité, ayant balance en mains et yeux bandés, mais une véritable passion pour ceux qu'énuméra le roi Assurbanipal, au 7e siècle avant Jésus-Christ : " ... l'humble, le débile, l'affligé, le pauvre, celle dont le fils est prisonnier ... celui dont la famille est éloignée, dont la cité est au loin, le berger dans la frayeur de la steppe, le gardien des brebis au milieu des ennemis ..."

En Egypte, les textes législatifs sont plus rares, mais on peut voir quel pouvait être l'idéal d'un pharaon en lisant la description, évidemment dithyrambique, du jour où Ramsès IV fut intronisé :

Ceux qui étaient affamés se rassasiaient gaiement
ceux qui étaient assoiffés s'enivrent
Ceux qui étaient nus sont revêtus de lin fin
ceux qui étaient en guenilles portent des habits blancs
ceux qui étaient en prison sont mis en liberté
ceux qui étaient affligés se trouvent en joie ...


A Ugarit, la Légende du roi Keret résume comme suit les reproches qu'on adresse au roi :

Tu n'as pas jugé le jugement de la veuve
tu n'as pas fait droit aux malheureux
tu n'as pas chassé ceux qui dépouillent le pauvre
tu n'as pas nourri l'orphelin devant toi
la veuve derrière ton dos
te montrant un frère pour le malade,
compagnon de son lit de souffrance


On le voit par la négative, ce que devait être un roi selon le coeur des dieux [...]

Israël fera de la sollicitude envers les pauvres une de ses plus constantes préoccupations qu'on retrouve comme un leitmotiv dans ses plus grands recueils législatifs. Il ne faut pas s'étonner de trouver un sens extraodinaire de l'inconvenance de l'injustice et de l'esclavage chez un peuple qui tient sa liberté de la libération d'Égypte accordée par Dieu à ses ancêtres. Les grands recueils législatifs d'Israël sont rattachés par la Bible à la personne de Moïse et l'expérience de l'Exode. Isrsaël ne doit pas oublier qu'il a été pauvre, étranger et même esclave en Égypte et qu'il lui incombe ainsi un devoir particulier envers les démunis.

Le sol d'Israël est propriété exclusive de Yavhé (Jos 22,19; Ps 85,2; Jr 16,18; Ez 35.5; Os 9,3) : "La terre m'appartient et vous n'êtes pour moi que des étrangers et des hôtes" (Lv 25.23). Les usagers humains de la terre de Dieu, fussent-ils de puissants propriétaires, doivent se rappeler que le sol ne leur appartient pas en propre. Dieu le leur prête et, s'ils ont droit au fruit de leur travail, n'importe qui, mais les pauvres par-dessus tout, a droit aux fruits de la terre pour se nourrir en cas de besoin :"Si tu entres dans la vigne de ton prochain, tu mangeras du raisin autant que tu veux, à satiété; mais tu ne dois pas en emporter. Si tu entres dans les moissons de ton prochain, tu pourras arracher des épis à la main, mais tu ne feras pas passer la faucille dans les moissons de ton prochain" (Deut 23,25-26)

En somme, personne n'a le droit de s'enrichir avec le travail des autres, mais tout le monde a le droit de se nourrir du sol qui n'appartient qu'à Yavhé. On ne fait pas la charité en laissant des épis à glaner, des olives à gauler et des vignes à grapiller. On respecte tout simplement la propriété de Dieu et le droit de ses protégés.

Source : Jean Martucci, "L'espérance des pauvres", dans Cri de Dieu, espoir des pauvres, p. 40


Maintenant

La question qui se pose est celle du pourquoi de l'amour privilégié de Dieu pour les pauvres. Qu'ont-ils donc de spécial pour que de telles promesses leur soient faites?

A cela, il faut répondre que dans le Proche-Orient ancien c'est un des principaux devoir du roi que d'assurer que justice soit rendue aux pauvres. Un bon roi fait en sorte que les pauvres soient protégés des profiteurs à l'appétit vorace. Ce n'est pas que ces petits soient de meilleurs sujets que les autres, mais ils ont davantage besoin de l'attention du souverain. En Israël, comme ailleurs, toutefois, malgré la Loi et la révélation de l'amour de Dieu pour les pauvres, les souverains ne firent pas beaucoup pour les défavorisés; c'est une raison entre autres pour laquelle on en vint peu à peu à projeter dans l'avenir une intervention bouleversante de Dieu pour les siens. Le Roi par excellence fera en ce jour-là éclater sa gloire et sa justice et, tout naturellement, ce seront les pauvres qui seront l'objet de son attention particulière, puisque ce sont eux qui souffrent de déni de justice.

Or, c'est ce Dieu que Jésus vient annoncer ; et quoi de plus naturel que de l'annoncer à ceux qui en ont le plus besoin, à ceux qu'il aime en priorité et pour qui, de fait, il vient? C'est donc ce à quoi Jésus s'emploie dans sa prédication comme dans son activité. Il veut redonner. espoir à ceux qui par définition n'en ont pas. Alors, il s'éloigne des grands centres, où vivent les lettrés et les gens à l'aise (ces gens-là ont moins besoin d'espérance, ils savent se débrouiller dans la vie) ; et il parcourt le pays où se trouvent les petites gens qui n'ont pas de recours contre les gros. Il mange avec les publicains - qui sont ostracisés, méprisés (Mc 2,15-17); et il proclame que Dieu les aime davantage que les pharisiens, lesquels sont certes du bon monde. mais qui ont moins besoin d'aide (Lc 18, 9-14). On le traitera donc de glouton et d'ivrogne, d'homme de mauvaises fréquentations (Mt 11,19) . Il n'hésitera pas à dire, au grand scandale des bonnes gens, que les prostituées seront parmi les premiers à accepter le Règne de Dieu (Mt 21,31). Il fera des choix : ne pouvant s'adresser à tout le monde en même temps, il renoncera à s'occuper de ceux pour qui les choses vont bien pour rejoindre ceux pour qui tout est perdu (Lc 15, 4-7). C'est donc vers eux qu'il ira, eux qu'il guérira, à eux qu'il dira que Dieu les aime jusqu'à leur pardonner, jusqu'à vouloir être leur Roi. De la sorte, dans sa vie même, Jésus donne corps à une ligne de force importante de l'Ancien Testament, il donne un visage à Dieu, il le révèle.

Source : André Myre, id.

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