Une Cène aux tonalités esséniennes

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Une Cène aux tonalités esséniennes

Message non lupar Voyageur » ven. 11 nov. 2016, 17:19

Les éléments qui me mènent à penser que le Séder de Jésus est peut-être lié à la communauté de Qumrân sont issus pour la plupart du livre L'évangile selon Marc, Camille Focant, Commentaire biblique : Nouveau Testament, Cerf 2004. Je suis tombé dessus par hasard. Le livre ne traite pas du tout de la thématique que j'aborde, mais quelques notes sont troublantes.

À propos de Marc 14, 12-16 : la préparation du repas.

Sur le lieu du repas
Les disciples, qui n'ont plus été mentionnés depuis 13,3, réapparaissent pour interroger Jésus sur l'endroit où il voudrait manger la Pâque. Du point de vue de la préparation du repas, seule la question du lieu semble importer (Delorme, 109), ce qui est curieux, puisque la coutume impose seulement que ce soit dans la ville de Jérusalem.
En revanche, la question que les disciples auront à poser au maître de maison est explicitée par Jésus. Ils auront à s'informer d'un lieu que Jésus désigne comme "ma salle", c'est-à-dire celle où il mangera la Pâque avec ses disciples (v.14).
L'hypothèse que Jésus aurait eu des connaissances parmi les esséniens, qui avaient un quartier au sud de Jérusalem, n'est pas impossible, même si les esséniens ne sont jamais cités en tant que tels dans le NT.

Sur l'emploi du terme "maître"
Au "Seigneur" (kurios) qui a besoin d'un ânon (11,3) est cette fois substitué un "maître" (didaskalos) qui requiert sa salle (14,4).
Si le didaskalos n'étonne pas pour Jésus, il est remarquable que ce soit son seul emploi par Jésus lui-même, alors que le mot est toujours utilisé au vocatif par des gens qui s'adressent à lui, sauf un emploi à l'accusatif par les gens de Jaïre (5,35).

Sur l'homme à la cruche
Pour le reste, sa longue réponse (v. 13-15) demande de s'en remettre à un homme qui viendra à la rencontre des deux disciples. Ils le reconnaîtront au fait qu'il portera une cruche d'eau (v.13). Comme la corvée de l'eau est du ressort des femmes, un homme porteur d'eau est sans doute exceptionnel et, de ce fait, aisément repérable.
À l'époque, en Palestine, ce sont les femmes qui sont normalement chargées de la corvée d'eau. L'homme à la cruche pose donc un problème au plan historique. Toutefois, la corvée d'eau pouvait être "accomplie par des hommes dans les milieux esséniens quand ils étaient célibataires" (Grelot, 474). L'hypothèse que Jésus aurait eu des connaissances parmi les esséniens, qui avaient un quartier au sud de Jérusalem, n'est pas impossible, même si les esséniens ne sont jamais cités en tant que tels dans le NT.

Sur la substitution du sacrifice rituel

Aussi, dans l'Atlas historique du Monde Biblique, Jean-Pierre Isbouts, National Geographic Society 2016.
Pour Jésus, le dernier repas pris en commun avec les apôtres devint le substitut spirituel du sacrifice rituel pratiqué au Temple, selon un concept déjà présent dans la secte essénienne.
Dans Les manuscrits de la mer Morte, Michael Wise, Martin Abegg, Jr., Edward Cook, Tempus, Perrin 2003.
Quand, unis par tous ces préceptes, de tels hommes formeront une communauté en Israël, ils établiront la vérité éternelle, guidés par l'instruction de Son esprit saint. Ils expieront pour la transgression coupable et la rébellion du péché, devenant un sacrifice agréé pour la terre par la chair des holocaustes, la graisse des parties offertes et la prière, devenant, pour ainsi dire, la justice elle-même, un doux parfum de droiture et de perfection, une offrande volontaire agréable.
J'aurais sans doute dû commencer par là.
Procédure pour la [réu]nion des hommes de renom [quand ils seront appelés] au banquet tenu par la société du Yahad, quand [Dieu] aura en[gen]dré (?) le Messie (ou quand le Messie sera apparu) parmi eux : [le Prêtre], en tant que chef de toute la congrégation, entrera le premier, suivi par tous [ses] frè[res, les Fils d']Aaron, prêtre [convoqués] au banquet des hommes de renom. Ils s'installeront de[vant lui] selon leur rang. Alors le [Mess]ie d'Israël entr[era], et les chefs de m[illiers d'Israël] s'assiéront devant lui selon leur rang, selon [l]a [p]osition[de chacun] dans leur camps et en campagne. En dernier, tous les chefs de cl[an] de [la con]grégatino, ainsi que [les] sag[es et les inscruits], s'installeront devant eux, chacun selon son rang.

[Quand] ils se réuniront [autour de la] [tab]le commune, [ayant disposé le pain et le v]in de sorte que la table commune soit dressée [pour le repas] et [le]vin (prêt) à boire, personne n'[ét]endra la main avant le Prêtre vers les prémices du pain ou [du vin]. Et[il] [bé]nira les prémices du pain et du vin, étendant la main en premier vers le pain. Ensui[te] c'est le Messie d'Israël qui [étend]ra la main vers le pain. [Enfin] cha[que] membre de toute la congrégation du Yahad [dira une bé]nédiction, en commençant par celui dont le rang [est le plus élevé].

Cette procédure s'appliquera à tous les re[pas], quand au moins dix ho[mmes seront ré]unis.

Qu'en pensez-vous ?
Tu m'as montré les chemins de la vie,
Tu me rempliras de joie par ta présence.

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Re: Une Cène aux tonalités esséniennes

Message non lupar Teano » ven. 11 nov. 2016, 18:24

Bonjour,

J'en dis que les croyants de l'Antiquité avaient sans doute l'esprit plus ouvert qu'on ne le croit généralement...

Voici un article intéressant d'Emmanuel Bloch qui explique que le Seder de Pessah est un repas gréco-romain :

http://www.modernorthodox.fr/sederpessah/


Vous trouverez également des informations intéressantes dans le livre du dominicain Etienne Nodet, "Histoire de Jésus ? Nécessités et limites d'une enquête" :

"Comme pour le baptême, il s'agit de la transformation d'un rite existant antérieurement, mais qui reçoit un sens nouveau. (...) Les éléments du rite eucharistique ne dérivent pas du rite pascal juif" p.176

Je pense qu'il ne faut pas surinterpréter le fait que la liturgie ou les Ecritures -juives ou chrétiennes- aient emprunté, ici au monde gréco-romain et là à l'essénisme : cela ne signifie pas que les Juifs dans leur repas pascal adorent les divinités païennes, ni que le christianisme serait un "essénisme qui aurait réussi". L'important est dans la remarque d'Etienne Nodet : la forme est investie d'un sens nouveau et radicalement différent qui se substitue entièrement au sens originel.

Dans la joie de Marie,

Teano
"« Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. Ne repousse pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers, délivre-nous, Vierge glorieuse et bénie »"


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Re: Une Cène aux tonalités esséniennes

Message non lupar Voyageur » ven. 11 nov. 2016, 21:18

Je suis bien d'accord avec vous Teano. Identifier de probables influences culturelles ne modifie pas la nature et la qualité du message. Mais cela nous permettrait de le contextualiser et d'en comprendre les subtilités, de faire émerger les non-dits.

Que la Cène aie comporté des éléments de tradition essénienne ne dévalue pas le geste posé par Jésus-Christ. De même, la doctrine du Christ comporte de nombreux points de rupture avec l'essénisme, tel que nous l'avons réceptionné à travers les écrits de Qumrân. Il reste que son adhésion et sa participation provisoire à une telle communauté pourrait expliquer ses connaissances approfondies de la Torah, l'autorité dont il est revêtu dès le début de son ministère, l'importance qu'il accorde à une Nouvelle Alliance propice à la rédemption universelle, etc.

J'ai lu en grande partie l'article que vous m'avez suggéré. Le parallèle envisagé entre le Seder et le Symposium est intéressant. Il semble cependant qu'il mette surtout en avant des similitudes de type structurel. En tant que catholique, ce qui m'intéresse davantage dans le Seder, c'est la place du partage de pain et de vin comme geste sacerdotal significatif.

Il me semble que le vin n'apparait pas dans l'institution de la Pâque en Exode 12, sinon symboliquement à travers le sang de l'agneau sacrifié. Cependant, le pain associé au vin fait partie des libations de Melchisédech (Genèse 14,18). La Sagesse invite l'homme insensé à l'embrasser en venant manger de son pain et boire du vin qu'elle a préparé (Proverbes 9,4b-5). Samuel annonce à Saül qu'il va rencontrer au chêne de Tabor trois hommes montant vers Dieu avec trois chevreaux, trois pains et un outre de vin (1 Samuel 10,3).

J'ai lu sur un site internet que :
Lors de rituels les prêtes noirs d'Egypte ( Kamites) associaient le rite du pain avec du vin ( symbole du sang d''ousiré )mélangé avec un peu d'eau Mesi (Noun)symbole du baptême ( la renaissance spirituelle), ainsi les fidèles s'appropriaient la divinité et la vie éternelle. Osiris, Ousiré son corps représente le pain, le rompre libère la puissance du premier envoyé divin.
Mais je n'ai pu confirmer cette affirmation.
Durant ma courte recherche, je n'ai pas trouvé de correspondance dans la Grèce antique.
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Re: Une Cène aux tonalités esséniennes

Message non lupar Raistlin » jeu. 05 janv. 2017, 19:48

Bonsoir,
Il me semble évident que Jésus n'a pas "inventé" le repas pascal : celui qu'il a pris avec ces disciples faisait partie de la tradition de son temps. Mais comme le dit Teano, il en fait quelque chose de radicalement nouveau.
Tout comme Jésus n'a pas inventé le pain ni le vin, mais il s'en est servi pour en faire son sacrement.
Cordialement,
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Re: Une Cène aux tonalités esséniennes

Message non lupar Voyageur » mar. 11 avr. 2017, 16:56

Bonjour Raistlin,
Il me semble évident que Jésus n'a pas "inventé" le repas pascal : celui qu'il a pris avec ces disciples faisait partie de la tradition de son temps. Mais comme le dit Teano, il en fait quelque chose de radicalement nouveau.
Tout comme Jésus n'a pas inventé le pain ni le vin, mais il s'en est servi pour en faire son sacrement.
Mon questionnement ne portait pas sur l'originalité du repas pascal.
Je m'intéressais aux relations probables entre nazoréens et esséniens.
Jésus a peut-être évolué dans cette mouvance radicale du Judaïsme.
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