03 septembre : Saint Grégoire le Grand

« Que le juste pratique encore la justice, et que le saint se sanctifie encore. » (Ap 22.11)
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03 septembre : Saint Grégoire le Grand

Message non lu par ami de la Miséricorde » lun. 03 sept. 2007, 16:12

Chers amis ,

En ce début du mois de Saint Michel voici un extrait de l'homélie de Saint Grégoire le Grand pour la fête de Saint Michel en 591.

8. Mais pourquoi avoir énuméré ces différents chœurs des anges, demeurés au Ciel, si nous n’expliquons pas également en détail leurs ministères? Le mot Ange signifie en grec «Annonciateur», et Archange, «Grand Annonciateur». Il faut encore savoir que le terme d’Ange désigne une fonction, et non une nature. Car si les esprits bienheureux de la patrie céleste sont toujours des esprits, ils ne peuvent pas toujours être appelés des Anges; ils ne sont Anges que lorsqu’ils annoncent quelque chose. C’est pourquoi le psalmiste affirme : «Des esprits, il fait ses Anges.» (Ps 104, 4). C’est comme s’il disait clairement : «Lui qui a toujours les esprits à sa disposition, il en fait ses Anges quand il le veut.» On appelle Anges ceux qui annoncent les choses de moindre importance, Archanges ceux qui annoncent les plus élevées. Voilà pourquoi ce ne fut pas un Ange, mais l’Archange Gabriel que Dieu envoya à la Vierge Marie (cf. Lc 1, 26). En un tel ministère, en effet, il convenait que le plus grand des Anges vînt lui-même annoncer la plus grande des nouvelles.

Certains de ces Anges reçoivent aussi des noms particuliers, pour exprimer par des mots l’étendue de leur action. Car ce n’est pas dans la cité sainte, où la vision du Dieu tout-puissant confère une science parfaite, qu’on leur attribue un nom propre : on n’y a pas besoin de nom pour connaître leurs personnes; mais c’est quand ils viennent s’acquitter envers nous de quelque service qu’ils tirent un nom particulier de ce ministère.

9. C’est ainsi que Michel signifie «Qui est comme Dieu?» Gabriel, «Force de Dieu»; Raphaël, «Médecine de Dieu». Chaque fois qu’il est besoin d’une puissance extraordinaire, l’Ecriture nous dit que c’est Michel qui est envoyé : son action et son nom font comprendre que nul ne peut se targuer d’accomplir ce qui est réservé au seul pouvoir de Dieu. L’antique ennemi, dévoré de l’orgueilleux désir de s’égaler à Dieu, déclarait : «Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles du ciel, je m’assiérai sur la montagne de l’alliance aux côtés de l’Aquilon, je monterai sur le sommet des nues et je serai semblable au Très-Haut.» (Is 14, 13-14 ) . Or l’Ecriture nous atteste qu’à la fin du monde, abandonné à sa propre force et condamné à périr dans le supplice final, il combattra contre l’Archange Michel : «Il se fit, dit Jean, un combat avec l’Archange Michel.» (Ap 12, 7 ) . Dans son orgueil, le diable s’était exalté jusqu’à se faire l’égal de Dieu; mais il faut qu’ainsi défait par Michel, il apprenne que personne ne doit s’élever par l’orgueil à la ressemblance de Dieu.

A Marie, c’est Gabriel qui est envoyé, lui dont le nom signifie «Force de Dieu». Ne venait-il pas annoncer celui qui a daigné paraître dans l’humilité pour combattre les puissances de l’air? Le psalmiste dit à son sujet : «Princes, exhaussez vos portes; élevez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera. Quel est ce Roi de gloire? C’est le Seigneur fort et puissant, c’est le Seigneur puissant au combat.» Et encore : «Le Seigneur des armées, voilà le Roi de gloire.» (Ps 24, 7-10 ) . Il fallait donc que ce fût par «Force de Dieu» que soit annoncé le Seigneur des armées, puissant au combat, qui venait faire la guerre aux puissances de l’air.

Enfin, comme nous l’avons dit, Raphaël signifie «Médecine de Dieu». En effet, cet Archange a dissipé les ténèbres qui rendaient Tobie aveugle, en touchant pour ainsi dire ses yeux par l’intermédiaire des soins qu’on lui a prodigués (cf. Tb 11, 7-8 ) 2 . Celui qui a été envoyé pour soigner fut donc bien digne d’être appelé «Médecine de Dieu».

Source : jesusmarie.free

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Dernière modification par ami de la Miséricorde le mer. 03 sept. 2008, 11:44, modifié 1 fois.

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Re: 3 septembre : Saint Grégoire le Grand

Message non lu par ami de la Miséricorde » mer. 03 sept. 2008, 11:43

Le Christ bon pasteur

"Moi, je suis le bon Pasteur. Et je connais mes brebis" c’est-à-dire je les aime «et mes brebis me connaissent». C’est comme s’il disait clairement: ceux qui m’aiment m’obéissent. Car celui qui n’aime pas la vérité, maintenant même ne la connaît pas du tout. Puisque vous avez entendu, très chers frères, le péril qui nous menace, nous les pasteurs, évaluez, grâce aux paroles du Seigneur, le péril qui est le vôtre. Voyez si vous êtes ses brebis, voyez si vous le connaissez, voyez si vous percevez la lumière de la vérité. Je parle de percevoir, non par la foi, mais par l’amour. Je parle de percevoir, non par la croyance, mais par l’action. Car saint Jean, qui parle dans notre évangile, atteste cela lorsqu’il dit ailleurs: «Celui qui prétend connaître Dieu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur».

C’est pourquoi, dans notre passage, le Seigneur ajoute aussitôt: «Comme le Père me connaît, moi je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis». Comme s’il disait clairement: ce qui prouve que je connais le Père et que je suis connu de lui, c’est que je donne ma vie pour mes brebis; c’est-à-dire: je montre combien j’aime le Père par l’amour qui me fait mourir pour mes brebis. Au sujet des brebis, il dit encore: «Mes brebis entendent ma voix, et moi je les connais, elles me suivent et je leur donne la vie éternelle». Et un peu plus haut, il avait dit à leur sujet: «Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra entrer et sortir, et il trouvera un pâturage». Il entrera pour avoir la foi; il sortira en passant de la foi à la vision, de la croyance à la contemplation, et il trouvera un pâturage en arrivant au festin éternel.

Les brebis du bon Pasteur trouvent donc un pâturage parce que tout homme qui le suit avec un cœur simple est nourri dans la pâture des prairies intérieures. Et quel est le pâturage de ces brebis-là, sinon les joies éternelles d’un paradis toujours vert? Car le pâturage des élus, c’est le visage de Dieu, toujours présent: puisqu’on le regarde sans interruption, l’âme se rassasie sans fin de l’aliment de vie. Recherchons donc, frères très chers, ce pâturage où nous trouverons notre joie au cœur de la fête célébrée par tant de nos concitoyens. Que leur allégresse nous y invite. Réchauffons nos cœurs, mes frères, que notre foi se ranime envers ce qu’elle croit, que nos désirs s’enflamment pour les biens célestes: c’est déjà partir à leur rencontre que de les aimer.

Aucun obstacle ne doit nous enlever la joie de la solennité intérieure, car si l’on désire se rendre à un endroit qu’on s’est fixé, aucune difficulté ne peut changer ce désir. Aucune prospérité flatteuse ne doit nous en détourner; il est fou, le voyageur qui, en apercevant sur sa route de gracieuses prairies, oublie le but de son voyage."

Des «Homélies sur l’Évangile» de saint Grégoire le Grand, pape
(Hom. 14, 3-6; PL 76, 1129-1130)

Source : vatican.va

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3 septembre : Saint Grégoire le Grand

Message non lu par ami de la Miséricorde » jeu. 03 sept. 2009, 12:25

Homélie 20

Prononcée devant le peuple
Dans la basilique de saint Jean-Baptiste,
Le samedi des Quatre-temps avant Noël

22 décembre 591

Lc 3, 1-11

Prédication de Saint Jean-Baptiste


[...] 14. Jean nous recommande d’accomplir de grandes choses : «Faites donc de dignes fruits de pénitence.» Et encore : «Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même.» N’est-ce pas donner à comprendre clairement ce que la Vérité affirme : «Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu’à maintenant, le Royaume des cieux souffre violence, et ce sont les violents qui le ravissent.» (Mt 11, 12). Ces paroles qui nous viennent d’en haut, nous devons les méditer avec une grande attention. Il faut rechercher comment le Royaume des cieux peut souffrir violence. Qui donc pourrait faire violence au Ciel? Et si le Royaume des cieux peut souffrir violence, il reste à se demander pourquoi c’est depuis les jours de Jean-Baptiste qu’il supporte cette violence, et pourquoi il n’en était pas ainsi auparavant. Quand la Loi déclare : «Si quelqu’un fait ceci ou cela, il mourra de mort», tous ceux qui la lisent comprennent à l’évidence qu’elle a frappé les pécheurs d’une peine rigoureuse, sans les ramener à la vie par la pénitence. Mais lorsque Jean-Baptiste, annonçant la grâce du Rédempteur, prêche la pénitence pour que le pécheur, mort par sa faute, vive par l’effet de sa conversion, c’est bien que depuis les jours de Jean-Baptiste, le Royaume des cieux souffre violence.
Qu’est-il, ce Royaume des cieux, sinon le séjour des justes? Car c’est aux seuls justes que sont dues les récompenses de la patrie céleste, en sorte que les humbles, les chastes, les doux, les miséricordieux parviennent aux joies d’en haut. Mais quand des pécheurs qui étaient gonflés d’orgueil, souillés par les péchés de la chair, brûlés par la colère ou remplis de cruauté, reviennent à la pénitence après avoir commis ces fautes et obtiennent la vie éternelle, ils entrent en quelque sorte dans un pays étranger. Ainsi, depuis les jours de Jean-Baptiste, le Royaume des cieux souffre violence, et ce sont les violents qui le ravissent, puisqu’en enjoignant la pénitence aux pécheurs, Jean leur a appris à faire violence au Royaume des cieux. [...]

Source : jesusmarie.free.fr

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3 septembre Saint Grégoire le Grand

Message non lu par ami de la Miséricorde » sam. 03 sept. 2011, 13:13

Homélie de Saint Grégoire le Grand
Lc 21, 25-33

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : «Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et sur la terre, les nations seront angoissées au bruit de la mer et des flots bouleversés; les hommes se dessécheront de frayeur dans l’attente de ce qui doit arriver à la terre entière, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec une grande puissance et une grande majesté. Quand cela commencera d’arriver, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.» Et il leur dit une parabole : «Voyez le figuier et tous les arbres : lorsqu’ils font paraître leurs fruits, vous savez que l’été est proche. Ainsi pour vous : quand vous verrez arriver cela, sachez que le Royaume de Dieu est proche. En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela ne soit arrivé. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.»
Notre Seigneur et Rédempteur, frères très chers, désire nous trouver prêts. Aussi nous annonce-t-il les malheurs qui doivent accompagner la vieillesse du monde, pour nous éloigner de l’amour de ce monde. Il nous fait connaître quelles grandes calamités vont en précéder immédiatement la fin, pour que, si nous ne voulons pas craindre Dieu quand nous sommes tranquilles, nous redoutions du moins, sous les coups répétés de ces calamités, l’approche de son jugement. Car un peu avant le passage du Saint Evangile que votre fraternité vient d’entendre, le Seigneur disait en manière de prémisses : «Les nations se dresseront contre les nations, et les royaumes contre les royaumes; il y aura de grands tremblements de terre, des pestes et des famines en divers lieux.» (Lc 21, 10-11). Et quelques phrases après, il ajoute ce que vous venez d’entendre : «Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et sur la terre, les nations seront angoissées au bruit de la mer et des flots bouleversés.»
De toutes ces prédictions, nous voyons les unes déjà réalisées; quant aux autres, nous redoutons de les voir bientôt s’accomplir. Que les nations se dressent contre les nations, qu’elles soient oppressées d’angoisse sur la terre, nous le constatons davantage en notre temps que nous ne le lisons dans les livres. Qu’un tremblement de terre ait ruiné des villes innombrables, vous savez avec quelle fréquence nous l’avons entendu rapporter depuis d’autres parties du monde. Des épidémies, nous en subissons sans cesse. Quant aux signes dans le soleil, la lune et les étoiles, il est vrai que nous n’en avons pas encore aperçu, mais les troubles dans l’atmosphère nous permettent déjà de supposer que ces signes ne sont pas loin. D’ailleurs, avant que l’Italie ne soit livrée aux coups des glaives barbares, nous avons vu dans le ciel des armées tout en feu et, en un flamboiement, le sang du genre humain qui fut répandu par la suite. Un bouleversement inouï de la mer et des flots ne s’est pas encore produit. Mais puisque beaucoup de prédictions se sont déjà réalisées, il n’y a pas de doute que suivra encore le petit nombre de celles qui restent, car les faits passés garantissent l’accomplissement de ceux à venir.

2. Si nous vous disons cela, frères très chers, c’est pour tenir vos esprits dans une prudence et une vigilance assidues, de peur que la sécurité ne les engourdisse, et que l’ignorance ne les entretienne dans la langueur; c’est aussi pour que la crainte stimule sans cesse vos esprits, et qu’un tel stimulant les affermisse dans les bonnes œuvres, à la pensée de ces paroles ajoutées par la voix de notre Rédempteur : «Les hommes se dessécheront de frayeur dans l’attente de ce qui doit arriver à la terre entière, car les puissances des cieux seront ébranlées.» Qui le Seigneur appelle-t-il puissances des cieux, sinon les Anges, les Archanges, les Trônes, les Dominations, les Principautés et les Puissances? Ils apparaîtront visiblement à nos yeux lors de la venue du Juge rigoureux, pour nous faire alors payer avec sévérité ce que notre invisible Créateur supporte maintenant de nous sans s’impatienter. Il est ici ajouté : «Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec une grande puissance et une grande majesté.» C’est comme si l’on disait clairement : «Ils verront dans la puissance et la majesté celui qu’ils n’ont pas voulu écouter lorsqu’il se présentait avec humilité, de sorte qu’ils ressentiront alors d’autant plus la rigueur de sa puissance qu’ils ne fléchissent pas maintenant la nuque de leur cœur devant sa patience.» [...]

Source : jesusmarie.com

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Re: 3 septembre Saint Grégoire le Grand

Message non lu par ami de la Miséricorde » mar. 03 sept. 2013, 0:47

Homélie de Saint Grégoire le Grand

Jn 8, 46-59


5. Tout à l’encontre, l’orgueil dit en notre cœur : «Quelle honte! On t’insulte, et tu te tais! Tous ceux qui te voient te taire lorsqu’on t’outrage, loin de penser que tu fais preuve de patience, s’imaginent que tu te reconnais coupable.» D’où procède en notre cœur cette voix opposée à la patience, sinon du fait que nous ne prêtons d’attention qu’aux choses d’en bas, et que recherchant notre gloire sur la terre, nous ne nous soucions pas de plaire à celui qui nous voit du haut du Ciel? Quand nous recevons des injures, mettons donc en pratique cette parole de Dieu : «Moi, je ne cherche pas ma gloire : il y a quelqu’un qui la cherche et qui juge.»
Ce qui est écrit du Seigneur : «Il se déroba», peut aussi être compris autrement. Il avait prêché beaucoup de choses aux Juifs, mais ceux-ci se moquaient des paroles de sa prédication. Bien plus, cette prédication les avait rendus pires, au point qu’ils voulaient lui lancer des pierres. En se dérobant, le Seigneur fait comprendre que lui, la Vérité en personne, se dérobe à ceux qui dédaignent d’observer ses paroles. Il fuit l’âme qu’il ne trouve pas humble. Et combien aujourd’hui réprouvent la dureté des Juifs qui ne voulurent pas écouter la prédication du Seigneur, et commettent pourtant vis-à-vis des œuvres ce qu’ils reprochent aux Juifs vis-à-vis de la foi! Ils entendent les commandements du Seigneur, ils connaissent ses miracles, mais ils refusent de sortir de leurs dérèglements. Voici que le Seigneur appelle, et nous ne voulons pas revenir. Voici qu’il nous supporte, et nous feignons d’ignorer sa patience. Pendant qu’il en est encore temps, mes frères, que chacun renonce à sa vie déréglée, et qu’il craigne fort la patience de Dieu, de peur d’être un jour dans l’impossibilité d’échapper à la colère de celui dont il dédaigne maintenant la tranquille douceur.

Source : jesusmarie.free.fr

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Saint Grégoire le Grand

Message non lu par jean_droit » jeu. 03 sept. 2015, 18:25

Belgicatho nous propose, en la fête de Saint Grégoire le Grand, une lettre de saint Jean Paul II sur ce très grand pape.

http://belgicatho.hautetfort.com/archiv ... .html#more

http://missel.free.fr/Sanctoral/09/03.p ... re_eveques

Je suis particulièrement admiratif par sa personnalité et par son oeuvre.

J'ai lu quelques chapitres sur la Réforme Grégorienne ...

C'est de cela que nous avons besoin.
Grégoire le Grand (3 septembre)

Le 29 juin 1990, à l'occasion du quatorzième centenaire de l'élévation de saint Grégoire le Grand au pontificat, le pape Jean-Paul II adressait aux évêques, prêtres et fidèles la lettre suivante (missel.free.fr) :

Au terme de l'Antiquité et à l'aurore du Moyen Age, saint Grégoire le Grand, à la fois issu du patriciat romain et du monachisme bénédictin, s'efforce, en réglementant le présent, de transmettre au futur les enseignements du passé et l’héritage de la tradition.

Au début de son pontificat (février 590), les structures de l’empire romain, bouleversées par les invasions gothes, puis normandes, s’écroulent, tandis que renaît l’hérésie donatiste et que l’arianisme règne encore sur la plupart des barbares ; la discipline monastique s’est généralement relâchée et le clergé, souvent démoralisé, conduit des fidèles catastrophés par les invasions barbares : « Ballotté par les vagues des affaires, je sens la tempête gronder, au-dessus de ma tête. Avec le psaume1 je soupire : Dans l'abîme des eaux, je suis plongé et les flots me submergent.2 » Dirigeant la barque de saint Pierre menacée de naufrage, saint Grégoire le Grand, le consul de Dieu, va, d’une main ferme et assurée, redresser la barre pour transmettre à la postérité une culture ébranlée sous les coups des barbares mais toujours riche de ses précieux acquis où les leçons de l’Antiquité s’épanouissent à l’enseignement des Pères de l’Eglise, comme le montrent déjà les royaumes des Francs, convertis depuis près d’un siècle, les terres ibériques dont le roi wisigoth, Reccared, vient d’entrer dans le giron de l’Eglise catholique (587) ou les chefs de clan irlandais. Ainsi, prophète des temps nouveaux, autant que gardien des temps anciens, Grégoire le Grand, sur les ruines de l'empire romain, va-t-il faire se lever l'aube médiévale. Pasteur et missionnaire, théologien et maître spirituel, mais aussi diplomate et administrateur, le soixante-troisième successeur de Pierre construit une œuvre grandiose, à la fois politique, ecclésiastique et mystique, ne revendiquant qu'un seul titre, transmis à ses successeurs : « serviteur des serviteurs de Dieu. »

Grégoire (du grec grêgoros qui signifie esprit vif, éveillé à la vérité), de la noble famille des Anicii, est l'arrière petit-fils du pape Félix III (mort en 492) qui, veuf de la noble Petronia, entra dans les ordres mais resta le modèle et le protecteur de sa gens. Le père de Grégoire, le sénateur Gordien est l’administrateur d'un des sept arrondissements de l'Urbs(Rome), et sa mère, Sylvie, est une dame patronnesse appréciée de ses clientes. Tout naturellement destiné à être un grand commis de l'Etat, au service du S.P.Q.R. (le Sénat et le Peuple Romain), Grégoire fait des études classiques de lettres, de rhétorique et de dialectique à quoi, il ajoute une lecture méditative des saintes Ecritures.

En 573, il a trente-trois ans et il est præfectus Urbis (préfet de la ville), quand la mort du paterfamilias fait de lui, avec sa mère, l'un des plus opulents propriétaires de Rome. « Dans notre pays, tout est livré au caprice des barbares : villes ruinées, citadelles renversées, provinces dépeuplées. En nos campagnes, plus de cultivateurs. Tous les jours, les idolâtres exercent leurs sévices par l’assassinat de chrétiens.3 » Il signe, avec d’autres nobles romains, un engagement de fidélité au siège apostolique écrit par l’évêque Laurent II de Milan.

Deux ans plus tard, il décide de se faire moine et liquide ses biens en fondant six monastères sur ses terres siciliennes et un septième, dans sa maison romaine du Clivus Scauri, sur les pentes du Cælius qu’il dédie à saint André, où sous l'abbé Valentio, il devient un simple moine : « ce fut la période la plus heureuse de ma vie. » Devenu moine, Grégoire n'a conservé de tous ses biens, qu'une écuelle d'argent et, pour compléter, permissu Superiorum (avec la permission du supérieur), sa nourriture conventuelle, Sylvie lui fait parvenir, chaque jour, une maigre portion de légumes cuits à l'eau. Or, raconte Paul Diacre, un marchand passager demande Grégoire, à la porte du monastère pour lui confier : « J'ai fait naufrage. je n'ai même plus un sesterce. La charité, par pitié ! » Le moine appelle l'économe et lui commande : « Donnez-lui six sesterces ! » Comme le solliciteur murmure : « C'est bien peu », Grégoire ordonne : « Doublez la mise. » Charité reçue, le demandeur s'éloigne, apparemment satisfait, mais, trois jours après, il se représente : « J'ai tout dépensé ! Secourez-moi ! » Emu de compassion, Grégoire lui déclare : « Prends cette écuelle. C'est tout ce qui me reste. » Ce mendiant tenace est un ange venu le dépouiller de son dernier bien de la terre.

Dès son élection (août 579), Pélage II tire Grégoire de son monastère, l’ordonne diacre et le nomme apocrisaire, c’est-à-dire son représentant extraordinaire à Constantinople où il est chargé d'amadouer l'empereur Tibère II - alors en froid avec le patriarche Eutychios - et de l'intéresser à la cause romaine : « contre les barbares, protégez-nous ! » Après la mort de Tibère II et son remplacement par l’empereur Maurice, Grégoire rencontre l’évêque Léandre de Séville, venu à Constantinople pour plaider la cause d'Herménégild, prince catholique orthodoxe, persécuté par son père Léovigild, hérétique arien. De son côté, Rome incite pour l'obtention de renforts orientaux en Italie. Cette mission diplomatique infructueuse prend fin au printemps 586 ; l'archidiacre Laurent remplace Grégoire qui revient à Rome pour être nommé abbé de son monastère de Saint-André au mont Cœlius.
Cette période d’abbatiat est marquée par une solide discipline monastique. Grégoire pourchasse les moines qui, par fraude, amassent un pécule ; le moine Justus, après son décès, apparaît à son confrère Copiosus pour lui rappeler que « le ciel punit les religieux thésauriseurs.4 » Gregorio ducente (sous la conduite de Grégoire), nombre de bénédictins de Saint-André se sanctifient rapidement ; ils produiront de beaux fruits apostoliques, comme Maximin, le saint abbé, Marinien qui deviendra archevêque de Ravenne, Sabinus qui sera évêque de Galliopoli, et Augustin qui évangélisera les Angles. A cette époque, Grégoire écrit pour ses moines un commentaire du Livre de Job (« Morialia in Job », Morales dans le livre de Job) dont il tire d’opportunes leçons sur le mystère de la souffrance.

Un jour, sur le marché de Rome, Grégoire voit des esclaves venus des Iles britanniques ; il s’écrie : « Non angli, sed angeli » (ce ne sont pas des angles, ce sont des anges). En 589-590, l'abbé de Saint André est un proche collaborateur du pape Pélage mais il désire partir comme missionnaire en Angleterre et il en prend même le chemin, nanti d'une permission arrachée au pontife suprême. Cependant Pélage II se ravise et le rappelle.

Au cours de l'hiver, le Tibre déborde et l'inondation ruine les greniers à blé puis engendre la peste dont meurt le pape Pélage II (7 février 590). Grégoire, élu comme successeur de saint Pierre à l’unanimité des suffrages, se dérobe pendant six mois où il tente de convaincre l’empereur Maurice de refuser la confirmation de son élection, mais le préfet de Rome intercepte la lettre et lui substitue le rapport officiel de l’élection.

En attendant la réponse de l’Empereur, Grégoire prend en main l’administration du siège vacant, et comme la peste continue ses ravages, il invite les fidèles à conjurer le fléau par un grand acte de pénitence. Du haut de l’ambon de Saint-Jean du Latran, il s’écrie : « Frères bien-aimés, la mort frappe à coups redoublés ... Nous à qui elle laisse encore le temps de pleurer, livrons-nous à la pénitence ! » Puis il traça l’ordre et la manière dont devrait se faire, pendant trois jours, la solennelle procession de supplication. Le premier jour, quatre-vingt personnes meurent pendant la procession. Grégoire fait vénérer l’image de la Mère de Dieu, attribuée à saint Luc, puis, les jours suivants, pieds nus et couvert d’un sac, la porte en procession dans les rues de Rome, vers la basilique Saint-Pierre. Arrivés à la hauteur du mausolée d’Hadrien, tous perçoivent les accents d’un chœur angélique qui chante : « Réjouissez-vous, Reine du ciel, Alléluia ! » ; à quoi Grégoire répond : « Car celui qu’il vous fut donné de porter est ressuscité comme il l’avait dit, Alléluia ! » puis il s’écrie, imité par la foule : « Priez pour nous, sainte Mère de Dieu, Alléluia ! » L’archange saint Michel apparaît alors au sommet de l’édifice et remet son épée au fourreau ; la peste cesse et l’Eglise s’est enrichie d’une hymne à la Sainte Vierge, le Regina cæli, qu’elle chante toujours au temps de Pâques. Depuis, le mausolée d’Hadrien est appelé le château Saint-Ange.

Réélu triomphalement, Grégoire écrit de nouveau à l’empereur Maurice de ne pas ratifier l’élection et il s’enfuit dans une caverne quand arrive la réponse favorable au premier rapport du préfet de Rome. La foule le cherche pendant trois jours puis, guidée par une colonne de lumière, le trouve et le ramène à Rome où il est sacré le 3 septembre 590.

Ce premier pape sorti du cloître, introduit dans l'Eglise plusieurs usages conventuels et améliore la liturgie romaine : c’est à lui que l’on doit la manière de chanter, à la messe, leKyrie et l’introduction, en dehors du temps pascal, de l'Alléluia, ainsi que la récitation du Pater noster, avant la fraction de l'hostie. Dans le sacramentaire, ancêtre du missel, le pontife conjugue le temporal (fêtes capitales de l'histoire du salut) et le sanctoral (commémoration des saints).

Pour régler le chant liturgique, il publie un antiphonaire (du grec anti, en face de et phonê, voix), livre liturgique qui rassemble les textes littéraires et musicaux des antiennes. Il y rassemble des mélodies admirables qui, sans permettre l'exhibitionnisme du chant, lui font au contraire dérouler un fastueux tapis de prières. Bien que l'attribut grégorien demeure discutable, on retiendra le constat du saint pape Pie X : « ces saintes mélodies dont la composition est attribuée par la tradition ecclésiastique depuis plusieurs siècles, à Grégoire le Grand, demeurent surtout le chant propre de l'église romaine. » Pour conserver et développer un si riche patrimoine de musique sacrée, Grégoire le Grand fonde et organise deuxScholæ cantorum (écoles de chant), l’une près de Saint-Pierre et l’autre près de Saint Jean-de-Latran, où il se rend volontiers, pour écouter et encourager les pueri cantores (petits chanteurs), en même temps qu'il félicite les clercs spécialisés dans l'importante fonction de chantres.

Il administre avec sagesse le vaste Patrimoine de Saint-Pierre et impose au diocèse de Rome une rigoureuse planification administrative (bureau de chant présidé par un diacre ; centres de bienfaisance pour distribuer vivres et secours aux nécessiteux). Dans les huit diocèses suburbicaires (Ostie, Porto, Silva, Candide, Sabine, Préneste, Tusculum et Albano), le pape Grégoire agit comme métropolitain (archevêque qui exerce juridiction), ainsi que, pour les autres églises d'Italie méridionale et des îles (Sicile, Sardaigne, Corse, Baléares), contrôlant de près l’élection des évêques et leur administration (ainsi à Naples et en Sicile). « Soyez certains que vous aurez un pasteur qui plaira à Dieu, si vous-mêmes vous plaisez à Dieu par vos actions. Voici que déjà nous assistons à la ruine de toutes les choses de se monde, alors que nous lisions dans les saintes Ecritures que cette ruine était pour l'avenir. Villes anéanties, fortifications abattues, églises détruites ... Considérez d'une âme attentive le jour prochain du Juge éternel et préparez-vous à ce jour terrible en faisant pénitence.5 » Patriarche d’Occident, il entretient de nombreux rapports avec les évêques comme avec les souverains, et envoie le moine Augustin évangéliser l’Angleterre.
Défenseur de l'orthodoxie (juste doctrine), il préside à la conversion de nombreux lombards et wisigoths ariens, condamne définitivement les donatistes et réagit vigoureusement contre la simonie (commerce des sacrements ou des bénéfices). Il réussit à résorber progressivement le schisme qui, après la condamnation des Trois Chapitres, avait séparé de Rome les évêques dépendant du métropolitain d’Aquilée

Dans des conjonctures particulièrement difficiles, tout le pontificat de Grégoire le Grand est un long effort de redressement et de réorganisation. « Je suis à mon poste secoué par les flots de ce monde qui sont si violents que je suis absolument incapable de conduire au port ce navire vétuste et pourri, que le dessein caché de Dieu m'a donné à gouverner. Au milieu de tout cela, troublé moi-même, je suis contraint tantôt de faire front et de tenir le gouvernail, tantôt, le navire penché sur le côté, d'esquiver en virant les menaces des flots. Je gémis parce que je sens que, par ma négligence, la sentine des vices va croissant et que, dans la tempête terrible que nous traversons, les planches pourries ont des craquements de naufrage.6 » Les Lombards dévastent l’Italie et menacent Rome (592) ; suppléant à l’inaction de l’exarque de Ravenne, Grégoire négocie et obtient une trêve qui sera renouvelée en 598 et en 603.

Se considérant comme le sujet du basileus de Constantinople, il maintient cependant l’indépendance de l’Eglise vis-à-vis du pouvoir civil et revendique les droits du successeur de saint Pierre. Il intervient à plusieurs reprises dans des questions relatives aux patriarcats d’Antioche et d’Alexandrie, ou même et Constantinople, et refuse avec intransigeance au patriarche de Constantinople le droit de se nommer patriarche œcuménique ; il voit dans ce titre un acte d’orgueil qui porterait atteinte à la dignité et aux droits des autres patriarches ; lui-même ne veut pas le porter et se contente du titre de servus servorum Dei (serviteur des serviteurs de Dieu), porté déjà par des évêques.

Prématurément atteint d'arthrose et de gastralgie, saint Grégoire le Grand, à partir de soixante ans, devient un véritable malade chronique : « Voilà presque deux ans que je suis grabataire, tourmenté par d'affreuses douleurs de goutte ; à peine puis-je me lever les jours de fête, pour célébrer la messe... Mon supplice permanent : mourir chaque jour, alors que je ne puis pourtant cesser de vivre.7 »

Le 12 mars 604, Grégoire le Grand, le consul de Dieu, est rappelé par l'empereur des cieux, son unique Seigneur. Il est enterré dans la basilique Saint-Pierre dont il a fait surélever le presbytérium pour que l’autel fût au-dessus du tombeau de saint Pierre devant lequel il dressa un petit autel, aujourd’hui à l’intérieur de celui de la chapelle Clémentine, l’autel ad caput qui a été conçu, sous Clément VIII Aldobrandini (1592-1605), par Giacomo della Porta pour le tombeau de saint Grégoire le Grand.

J’invoque la protection spéciale de saint Grégoire le Grand afin que, avec la multitude des saints pasteurs de l’Eglise de Rome, il veuille m’aider, et avec moi tous ceux qui partagent dans les différentes Eglises réparties à travers le monde la responsabilité du travail pastoral, à entrevoir les nouvelles exigences et les nouveaux problèmes, à prendre les moyens et les méthodes pour faire avancer l’Eglise vers le troisième millénaire chrétien, en conservant intact l’éternel message du salut et en l’offrant, comme incomparable patrimoine de grâce et de vérité, aux futures générations.

Puisse l’exemple, bien qu’éloigné dans le temps, de ce grand pontife, soutenir nos efforts et les rendre efficaces pour l’édification et le développement de l’Eglise du Christ.
Jean-Paul II (29 juin 1990)

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