Aimer son prochain comme soi-même

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Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Didyme » dim. 25 juin 2017, 17:25

En rapport à cette gêne, j’ai envie de citer un extrait du livre « La mort et l’au-delà » de Benoit XVI lorsqu’il était encore cardinal.

D’une part, une question s’impose : un être humain peut-il être totalement parfait et achevé tant qu’il est source de souffrance, tant que la faute dont il est cause continue de couver sur terre et de faire souffrir des hommes ? L’hindouisme et le bouddhisme, dans leur doctrine du karman, ont systématisé à leur manière cette conception originelle qu’ils ont aussi dénaturée. Mais cette doctrine exprime pourtant par là un savoir originel que ne peut nier une anthropologie de la relation. La faute permanente est une part de moi-même, elle m’atteint en moi-même, elle est donc ainsi une part de ma constante soumission au temps dans lequel des hommes à cause de moi continuent de souffrir très réellement, et c’est par là qu’elle m’atteint. C’est à partir de là qu’il faudrait comprendre, soit dit en passant, le lien intrinsèque des dogmes de l’Immaculée Conception de Marie et de son assomption corporelle au ciel : elle est totalement chez elle, parce que nulle faute n’est venue d’elle qui fasse souffrir les hommes et continue d’agir dans la passion, qui est l’aiguillon de la mort dans le monde. Mais ce qu’Origène dit du Christ en attente nous oblige maintenant à inverser notre réflexion : La faute passée n’empêche pas seulement l’homme de s’asseoir définitivement au festin eschatologique, à la fête dans nuage, mais elle est aussi un obstacle à l’amour qui triomphe de la faute. Si la faute nous rive au temps, inversement la liberté de l’amour est ouverture pour le temps. La nature de l’amour est d’être « pour », et c’est justement pourquoi il ne peut se clore contre ou sans les autres, tant que restent réels le temps et la souffrance. Pour exprimer ces liens, nul n’a trouvé plus jolie formule que la petite Thérèse quand elle considère le ciel comme un débordement d’amour envers tous ; mais très humainement nous pouvons dire aussi : comment une mère pourrait-elle être heureuse, pleinement, sans réserve, tant que souffre l’un de ses enfants ? Nous pourrions de nouveau alléguer le bouddhisme, son idée du bodhisattva qui s’interdit d’entre u nirvana tant qu’un seul être humain est en enfer. Par une telle attente, il dépeuple l’enfer, parce qu’il n’accepte le salut qui lui est dû que lorsque l’enfer est vide. Aux yeux des chrétiens transparaît, derrière cette idée impressionnante de la piété asiatique, la figure du vrai bodhisattva, le Christ, en qui s’est vérifié le rêve de l’Asie. Ce rêve s’accomplit dans le Dieu qui est allé du ciel en enfer, parce qu’un ciel sur une terre qui est un enfer ne serait pas un ciel. La christologie implique la relation réelle du monde de Dieu à l’histoire, d’une manière pour Dieu et d’une autre manière pour les hommes. Mais aussi longtemps que l’histoire se réalise effectivement, elle reste, même par-delà la mort, une réalité, et l’on ne peut pas dire qu’elle y est déjà absorbée dans un éternel dernier jour. Pour ces raisons, la tentative de Greshake est vouée à l’échec, qui prétend qu’une histoire sans fin est compatible avec l’espérance du retour du Christ : selon lui, il n’est pas nécessaire que la victoire du Christ soit un terme, elle pourrait se « réaliser dans une succession dynamique illimitée […]. Ainsi compromis, le cours de l’histoire, d’une part, est ouvert, son avenir n’est pas immobilisé, rien n’est décidé ; mais, pour Dieu, il est une unique marche triomphale ». Un tel triomphe de Dieu aurait en soi quelque chose de cruel et de méprisant pour l’homme. Le Dieu que nous reconnaissons à la croix du Christ est autre. Pour lui, l’histoire est à ce point réel qu’elle le conduit au schéol et que le ciel ne peut être vraisemblablement et définitivement ciel que s’il est bâti sur une terre nouvelle.
Les idées que nous venons d’exposer décident en principe des questions encore pendantes, c’est pourquoi il nous faut nous résumer maintenant. Tout ce qui a été dit montre bien quelle est la teneur véritable de la doctrine du purgatoire, comment s’éclaire aussi le sens de la distinction entre « ciel » et consommation définitive du monde, et donc la distinction entre jugement particulier et jugement général. Une faute qui n’est pas encore payée, la souffrance qu’elle cause et qui continue de couver, voilà ce qu’est le « purgatoire ». C’est donc souffrir profondément du poids de l’héritage terrestre, avec pourtant la certitude d’être admis définitivement, mais, dans le même temps, avec la peine infinie de la présence aimée qui se dérobe. Dans le temps où est ajourné le festin définitif et différé l’accomplissement final, le ciel c’est, d’un côté, être réellement ravi dans la plénitude infinie de la joie divine, qui, parce qu’on n’en peut perdre la pure profusion, constitue l’ultime accomplissement ; elle est donc aussi certitude que justice et amour finiront par se réaliser et que non seulement notre propre souffrance, mais aussi la sempiternelle souffrance terrestre avec toutes les interrogations qu’elle pose seront assumées et changées en cet amour contemplatif qui est la suprême puissance, et ne laissera donc subsister nulle injustice. Par anticipation, cet amour, ce Dieu qui a souffert, a déjà triomphé de tout. En ce sens, le « ciel » existe déjà vraiment. Mais, d‘un autre côté, l’amour comblé doit s’ouvrir à l’histoire réelle avec sa durée réelle, avec sa souffrance réelle ; même si, dans l’amour contemplé, la souffrance est déjà absorbée, même si une issue est assurée, même si tous les soucis y trouvent fin et les questions réponses, le salut n’est pourtant pas encore total, tant qu’il n’est qu’anticipé en Dieu et non encore réalité pour le dernier des hommes souffrants.
Par conséquent, étant donné l’interdépendance réelle de tous les hommes et de toute la création, la fin de l’histoire n’est, pour aucun homme, quelque chose de purement extérieur qui ne le concernerait plus vraiment. La doctrine du corps du Christ ne fait que formuler ici, avec toutes ses ultimes conséquences que rend possibles la christologie, ce qu’on peut attendre de l’anthropologie. Tout homme existe en soi et hors de soi, chacun existe en même temps dans les autres et ce qui advient à l’individu a des effets sur l’ensemble de l’humanité ; ce qui advient à l’humanité lui advient à lui aussi. Le « corps du Christ », cela signifie donc que tous les hommes constituent un organisme, et que, par suite, le destin du tout est vraiment le destin de chacun. Sans doute, ce qui décide de la vie de chacun, c’est la mort avec la fin de son activité terrestre ; dans cette mesure, il est déjà jugé et sa destinée est désormais accomplie. Pourtant, sa place définitive ne pourra être fixée que lorsque l’organisme sera tout à fait construit, quand toute l’histoire aura achevé son cours douloureux. Toutefois, le rassemblement de l’univers est aussi un acte en lui-même ; de cette manière seulement, il est le jugement général définitif qui insère l’individu dans l’ensemble et lui assigne sa juste place qu’il ne trouve que dans l’ensemble.

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Didyme » dim. 25 juin 2017, 17:15

Il y a quelque chose qui me gêne en rapport au fait que nous sommes tous dans le « même bateau », tous liés d’une certaine façon les uns aux autres en cette vie. Chacun de nos actes ont des conséquences et sur nous et sur les autres, ce qui implique aussi nos fautes. Quand je fais du mal, quand je pèche, cela se propage dans la création, se propage à l’autre. L’autre peut très bien être affecté toute sa vie durant par une faute qu’il n’a pas commise, que nous avons commise. Nos fautes peuvent en engendrer d’autres chez l’autre. Il y a comme une solidarité, une relation à l’autre, en bien mais aussi en mal, qui est évidente en cette vie.
Ce qui me gêne c’est cette approche qui désolidarise dans la fin. Cette idée que parce qu’un tel s’est repenti alors il va de suite aller jouir d’un bonheur éternel alors que d’autres hommes peuvent continuer à souffrir de son péché, rester en état de damnation par suite de son péché, tout simplement par suite du péché de l’humanité auquel il participe également.

Alors certes, le « juste » s’est repenti mais il n’empêche que ses actes n’ont pas impactés que lui mais l’autre également et qu’il est lié d’une certaine façon à celui que son péché a atteint. Il y aurait comme une injustice dans cette désolidarité qui ferait que les « justes » pécheurs abandonneraient les êtres en perdition, comme si cette solidarité (pour le meilleur et pour le pire) dans la vie n’existait plus dans la mort ?!

Toute l’histoire humaine est liée d’une manière ou d’une autre. Nous sommes responsables de nous-mêmes mais nous sommes aussi (et on a trop tendance à l’oublier sur le sujet) responsables les uns des autres, les uns par rapport aux autres, de ce que nous sommes des êtres de relation.

Nous sommes un même corps, l’humanité. Certains sont peut-être défectueux, malades mais ils restent membres.
Nous ne sommes pas des membres, des organes isolés les uns des autres, strictement indépendants. Et pourtant, on admet aisément cette totale absence de lien, ces amputations, que l’humanité devienne un corps mutilé ou devrait-on même dire un cadavre démembré car c’est ce qu’il reste d’une telle humanité.

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Cinci » mer. 21 juin 2017, 23:34

Nous pourrions compléter le fil avec les commentaires de Martin Luther King sur la question du prochain.

:)


Et qui est mon prochain?
Luc 10,29

Une question est posée à Jésus par un homme qui a été formé dans tous les détails de la loi judaïque : "Maître, que dois-je faire pour avoir en partage la vie éternelle? " La réponse est prompte : "Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit? Qu'y lis-tu?" Après un moment, le légiste récite point par point : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces et de tout ton esprit; et ton prochain comme toi-même" Alors vient la parole décisive de Jésus : "Tu as répondu juste; fais cela et tu vivras." Le légiste restait préoccupé.

"Pourquoi, pourrait demander la foule, un homme expert dans la Loi pose-t-il une question qu'un novice même pourrait résoudre?"

Voulant se justifier et montrer que la réponse de Jésus était loin de suffire, il demanda : "Et qui est mon prochain?" Le légiste poussait ainsi le débat à un point qui pouvait faire tourner la conversation en une discussion théologique abstraite. Mais Jésus, décidé à ne point se laisser prendre dans la "paralysie de l'analyse", saisit la question au vol et la dépose dans un tournant dangereux entre Jérusalem et Jéricho.

Qui est mon prochain?

"Je ne sais pas son nom", répond en substance Jésus. C'est celui envers qui vous agissez en bon compagnon. C'est celui qui se trouve dans le besoin au bord de la route. Il n'est ni Juif ni Gentil; il n'est ni Russe ni Américain; il n'est ni Blanc ni Noir. C'est un homme - tout homme dans le besoin - sur l'une des nombreuses routes de Jéricho de la vie. Jésus définit donc le prochain non par une formule théologique, mais par une situation vitale.

En quoi conssisait la bonté du bon Samaritain? Le bon Samaritain était altruiste jusqu'au fond du coeur. Qu'est-ce que l'altruisme? Le dictionnaire le définit comme "le souci et le dévouement pour l'intérêt des autres." Le Samaritain était bon parce qu'il faisait de la préoccupation d'autrui la première loi de sa vie.

II

Le Samaritain était capable d'un altruisme dangereux. Il risqua sa vie pour sauver son frère.

Si nous nous demandons pourquoi le prêtre et le lévite ne se sont pas arrêtés pour aider le blessé, de nombreuses hypothèses nous viennent à l'esprit. Peut-être ne pouvaient-ils se mettre en retard, allant à une importante réunion ecclésiastique? Ou peut-être étaient-ils en route pour une assemblée de l'Association pour l'Amélioration de la Route de Jéricho? Dans ce cas, il s'agissait sans nul doute d'une nécessité réelle : il ne suffit pas, en effet, d'aider un individu blessé sur cette route; il est également important de changer les conditions qui rendent le brigandage possible.

La philanthropie est une bonne chose, mais elle ne doit pas conduire le philanthrope à négliger les circonstances d'injustice économique qui rendent la philanthropie nécessaire. Peut-être le prêtre et le lévite croyaient-ils qu'il vaut mieux guérir l'injustice à sa source plutôt que de se pencher sur un simple effet individuel!

Ce sont là des raisons probables de leur refus de s'arrêter; mais il y a encore une autre raison, souvent négligée ils ont eu peur. La route de Jéricho était une route dangereuse.

Lorsque j'ai visité la Terre sainte avec ma femme, nous avons loué une voiture et fait le trajet de Jérusalem à Jéricho. Tandis que nous roulions lentement sur cette route sinueuse et accidentée, je dis à ma femme : "Je comprend maintenant pourquoi Jésus a choisi cette route pour y situer sa parabole", Jérusalem est à environ deux mille pieds au-dessus du niveau de la mer et Jéricho à mille pieds au-dessous. La descente se fait en moins de trente kilomètres. De nombreux virages brusques se prêtent aux embuscades et exposent le voyageur à des attaques imprévisibles. Autrefois, la route s'appelait la Montée du Sang.

Il est donc possible que le prêtre et le lévite aient craint, s'ils s'arrêtaient, d'être attaqués eux aussi. Peut-être les brigands étaient-ils encore à proximité. Et le blessé ne pouvaient-ils pas être un faux blessé, cherchant à attirer les passants à sa portée afin de s'en rendre maître vite et sans peine? J'imagine que le prêtre et le lévite se posèrent d'abord cette question : "Que m'arrivera-t-il si je m'arrête pour aider cet homme?" En raison même de sa préoccupation, le bon Samaritain renversa la question : "Qu'arrivera-t-il à cet homme si je ne m'arrête pas pour l'aider?" Le bon Samaritain était engagé dans un altruisme dangereux.

Nous nous demandons si souvent :"Qu'arrivera-t-il à mon emploi, à mon prestige, à mon rang. si je prends position dans cette affaire? Ma maison sera-t-elle dynamitée? Ma vie sera-t-elle menacée? Irai-je en prison? L'homme bon retourne toujours la question. Albert Schweitzer n'a pas demandé : "Que deviendront mon prestige et ma sécurité de professeur d'université, que deviendra mon standing d'organiste spécialiste de Bach, si je travaille avec le peuple d'Afrique?" Il a demandé au contraire : "Qu'arrivera-t-il à ces millions de gens blessés par l'injustices, je ne vais pas vers eux?" Abraham Lincoln n'a pas demandé : "Que m'arrivera-t-il si je proclame l'émancipation et mets fin à l'esclavage? " mais il a demandé :" Qu'arrivera-t-il à l'Union et aux millions de Noirs si je ne le fais pas? "

Un homme ne se mesure pas, en définitive, à la place qu'il occupe aux moments de confort et de commodité, mais à celle qu'il occupe au temps de l'épreuve et de l'adversité. Le vrai prochain risquera sa situation, son prestige et même sa vie pour le bien-être des autres. Dans les vallées dangereuses et les sentiers hasardeux, il hissera son frère meurtri et brutalisé vers une vie plus haute et plus noble.

III

Enfin le Samaritain était doté d'un altruiste excessif. De ses propres mains, il pansa les blessures de l'homme et le chargea sur sa propre monture. Il eut été plus facile de payer une ambulance pour conduire l'infortuné à l'hôpital, au lieu de risquer de voir son élégant habit souillé de sang.

L'altruisme authentique est plus que l'aptitude à la pitié; c'est l'aptitude à sympathiser. La pitié peut n'être beaucoup plus que le souci impersonnel et vite prêt à envoyer un chèque, mais la vraie sympathie est le souci personnel qui réclame le don de soi. La pitié peut naître de l'intérêt pour une abstraction appelée humanité, mais la sympathie grandit à partir d'un souci pour un être humain particulier, qui gît dans le besoin sur un bas-côté de la vie. La sympathie est un sentiment fraternel pour la personne dans le besoin, pour sa peine, son angoisse, son fardeau.

Nos efforts missionnaires échouent lorsqu'ils se fondent sur la pitié au lieu de se fonder sur une vraie compassion.

[...]

Les dollars ont le pouvoir d'aider les enfants de Dieu blessés sur les routes de Jéricho de la vie, mais si ces dollars ne sont pas distribués par des mains compatissantes, ils n'enrichiront ni celui qui les donne ni celui qui les reçoit. Des millions de dollars missionnaires ont été envoyés en Afrique par des gens d'église qui souffriraient un million de morts avant de concéder à un seul Africain le privilège de s'associer au culte dans leur communauté. Des millions de dollars du Corps de la paix sont investis en Afrique grâce au vote de certains hommes qui luttent implacablement pour empêcher les ambassadeurs africains de devenir membres de leurs clubs diplomatiques ou d'établir leurs résidences dans leur propre voisinage.

Source : Martin Luther King, "Être un bon prochain" dans La force d'aimer, [...], 1963,

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Cinci » lun. 05 juin 2017, 22:57

(le moment socratique)
Didyme :

On pense choisir le mal comme « quelque chose » vers lequel on s’oriente alors qu’en réalité il s’agit d’un non-choix de l’amour, comme d’une déchéance de choix. On déchoit du bien, de l’amour comme de l’unique direction. On s’égare du bien mais on ne s’oriente pas vers le mal comme existant en lui-même
Tu aurais pu dire encore que le mal consiste à se tromper sur la véritable nature de ce qui est le bien suprême, de ce qui pourrait réellement apporter un bonheur durable à tous. C'est vrai que le mal n'est toujours relatif qu'au "plus grand bien". Le mal est dans la dépendance du bien, s'oppose au bien, ne peut subsister de manière autonome.

Donc, on peut s'abandonner au mal non pas en choisissant le "mal pour le mal" et le mal comme si c'était un bien, mais tout simplement en étant ensorcelé par un bien réel mais inférieur, et ce, au point de ne plus vouloir tenir compte de rien d'autre, ni des autres ni de ce qui serait plus honorable, digne ou honnête, plus grand ou plus beau.

Avec l'exemple de l'argent ...

Un criminel trouve que l'argent c'est bien. Il serait difficile de nier que l'argent puisse être un bien réel. Son tort c'est d'aimer ce bien qu'est l'argent à un point tel que tout le reste devient secondaire.

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Didyme » dim. 04 juin 2017, 17:50

J’avais envie de citer le chapitre 53 du livre des révélations de Julienne de Norwich. J’admets que l’on ne soit pas obligé de lui accorder toute légitimité mais cela n’empêche pas pour autant d’y trouver certains enrichissements.

« Je le vis. Il veut que nous le sachions. Il ne tient la chute d’aucune âme qui sera sauvée pour plus grave que la chute d’Adam, lequel, nous le savons, fut sauvé à jamais et protégé avec grand soin au temps de ses nécessités et maintenant réintégré au sein de la béatitude, dans les joies qui surpassent tout. Car il est si bon, notre Saigneur Dieu, si aimable, si courtois qu’il ne peut décréter faillite définitive pour ceux qui le béniront et le loueront dans l’éternité.
Les paroles que je viens de dire avaient presque satisfait mon désir, et mes vives craintes s’étaient quelque peu allégées, de par la gracieuse et aimable révélation de notre Seigneur Dieu. Car dans cette vision je vis et compris qu’en toute âme qui sera sauvée il y a une volonté bonne qui n’a jamais consenti au péché et n’y consentira jamais. De même qu’il y a dans la partie inférieure de notre âme une volonté animale qui peut ne pas vouloir le bien, de même il y a une volonté bonne dans la partie supérieure, volonté si bonne qu’elle ne saurait jamais vouloir le mal mais veut toujours plus le bien et accomplit le bien aux yeux de Dieu.
C’est pourquoi Notre-Seigneur veut que nous le sachions dans la foi et dans notre croyance : nous avons tous vraiment cette volonté bénie gardée saine et sauve en notre Seigneur Jésus-Christ. Car il est nécessaire que la nature humaine, qui emplira le ciel, lui soit jointe et unie au point que subsiste en elle une partie substantielle qui n’a jamais pu et ne devra jamais être séparée de lui, et cela en raison de la volonté bonne qu’il a toujours manifestée à son égard dans ses desseins éternels.
Malgré ce juste lien et cette union éternelle, la rédemption et la recréation de l’humanité est nécessaire et bienfaisante en toutes choses, car elle s’exécute selon l’intention et la finalité que la sainte Eglise nous enseigne dans notre foi. Je vis que Dieu n’a jamais commencé à aimer le genre humain. Car de même que le genre humain sera dans une béatitude sans fin, et Dieu dans la plénitude de la joie en ce qui concerne ses œuvres, de même, dans la prévoyance divine, ce même genre humain a été connu et aimé de toute éternité par Dieu en ses justes desseins. C’est avec le consentement et l’assentiment éternel, avec le plein accord de toute la Trinité que la seconde Personne voulut être le fondement et la tête de cette belle nature dont nous sommes tous sortis, en laquelle nous sommes tous enclos, à laquelle nous retournerons tous pour y trouver en plénitude notre ciel, dans la joie qui ne finira pas, selon le dessein prévoyant de la sainte Trinité, de toute éternité. Avant de nous créer, il nous aimait. Et quand nous fûmes créés, nous l’avons aimé. C’est un amour créé qui procède de la bonté naturelle et substantielle du Saint-Esprit, puissant de la puissance du Père, sage de la sagesse du Fils. Aussi l’âme humaine est-elle faite par Dieu et, en sa fine pointe, liée à Dieu.
Je compris que l’âme humaine est créée de rien, en ce sens qu’elle n’est faite avec rien de créé. Et voici comment. Quand Dieu créa le corps de l’homme, il prit la boue de la terre, matière en laquelle se mêlent et s’unissent toutes choses physiques, et il fabriqua le corps humain. Mais pour l’âme il ne prit strictement rien. Simplement il la créa. Ainsi la nature créée est-elle en toute rectitude unie au créateur, qui est la nature substantielle incréée, c’est-à-dire Dieu. D’où il suit qu’il ne peut rien y avoir, et qu’il n’y aura jamais rien, qui sépare Dieu et l’âme humaine. L’amour infini garde cette dernière dans son intégrité, ainsi que toutes ces Révélations le signifient et le montrent.
C’est en cet infini amour que nous sommes conduits et gardés par Dieu, et nous n’irons jamais à la perdition il veut que nous le comprenions bien. Notre âme est une vie qui, par sa bonté et sa grâce, durera au ciel éternellement, dans l’amour, l’action de grâce et la louange. De même que nous vivrons pour l’éternité, de même nous sommes de toute éternité un trésor enclos en Dieu, caché, connu et aimé. Aussi veut-il nous le faire entendre : ce qu’il a jamais créé de plus noble, c’est le genre humain ;; la substance la plus complète, la vertu la plus haute, c’est l’âme bénie du Christ. Plus encore, il veut que nous sachions combien cette âme très aimée lui a été précieusement unie lors de la création par un lien si subtil et si puissant qu’elle est une avec lui. Dans cette union elle sera sanctifiée pour l’éternité. Il veut encore que nous sachions bien que toutes les âmes destinées au ciel pour l’éternité sont liées par ce lien. Elles sont une par cette union. Elles sont sanctifiées dans cette sainteté. »

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Didyme » dim. 04 juin 2017, 17:48

Par ailleurs, en lisant Romains 7 je m’interroge. Paul y expose la condition de l’homme qui d’un côté est esclave du péché de par son côté charnel, côté charnel qui est le créé et ce qui le caractérise (faillible, fini, limité, perfectible, etc.). Et d’un autre, l’homme intérieur, l’entendement, la volonté qui prend plaisir à la loi de Dieu, qui en est « esclave ». Homme intérieur, volonté qui est cette part libre de l’homme, vraiment libre car sans lien avec le péché.

Ce chapitre me fait d’ailleurs pensée à un passage du livre de Julienne de Norwich :

« En toute âme qui sera sauvée il y a une volonté bonne qui n’a jamais consenti au péché, et n’y consentira jamais. Car de même qu’il y a, dans la nature inférieure de l’homme, une volonté animale qui peut ne vouloir aucun bien, de même il y a une volonté bonne, en sa partie supérieure, qui ne peut jamais vouloir le mal, mais ne veut jamais que le bien. »

En note de ce passage, on trouve :

« Certains critiques ont vu en cette phrase, adoucie par l’incise « en l’âme qui sera sauvée », un écho feutré d’un concept de Maître Eckhart : « Je l’ai dit bien des fois : il y a dans l’âme une puissance que n’atteint ni le temps ni la chair ; elle émane de l’esprit, reste dans l’esprit et est totalement spirituelle » (Die deutschen und lateinischen Werke, I, p.22). « C’est une étincelle qui ne veut rien d’autre que Dieu » (Deutschen Predigten und Traktate, éd. Quint, p.315). « C’est quelque chose qui est en tout temps attaché à Dieu et ne veut jamais le mal. Même dans l’enfer, elle est inclinée au bien ; elle s’oppose dans l’âme à tout ce qui n’est pas pur ni divin et invite constamment à ce festin » (Sermon 20). – Pour Julienne, l’homme est créé dans le Christ et lui est uni fondamentalement. La volonté dont elle parle ici est cette volonté du Christ qui est en l’homme et est unie à lui, volonté divine et bonne qui ne demande que l’assentiment du pécheur pour prendre possession de tout l’être qu’il est et le retourner vers lui. Un tel passage ne se comprend que dans la perspective de la structure divine de l’homme, révélée à la voyante. – Voir aussi chap. 46, p.152 s., 53, P.181 s. – Peut-être la source de Julienne est-elle simplement scripturaire. L’apôtre Jean ne dit-il pas : « Quiconque est né de Dieu ne commet pas le péché, parce que le germe divin demeure en lui, et il ne peut pas pécher, parce qu’il est né de Dieu » (1 Jn 3, 9) »


Il est d’ailleurs intéressant de voir la tournure de cette phrase de l’apôtre qui au vue de ce qui a été dit précédemment parle d’une chose qui concerne chaque homme. En effet, il parle de cette part de l’homme comme d’une personne à part entière. Cette part de l’homme, née de Dieu, « il ne peut pas pécher » alors qu’il est évident que l’homme dans son entièreté pèche, même les saints. Il est donc bien question de cette part de l’homme et non de l’homme entier.

Je me dis que si donc lorsque l’on parle de cette part de l’homme, on en parle telle une personne à part entière, pourquoi ne pourrait-on pas voir le même procédé lorsqu’il est parlé de la part charnelle « Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les débauchés, les magiciens, les idolâtres, et tous les autres, leur part sera dans l’étang ardent de feu et de souffre, ce qui est la seconde mort. » (Apocalypse 21 ; 8), ou encore Matthieu 26 ? D’autant plus lorsqu’on lit Romains 7 : 19-21 « Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi. Je trouve donc en moi cette loi : quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi ».
On trouve plusieurs choses intéressantes ici. D’une, il parle comme de deux volontés en lui et on retrouve alors ce principe de parler de cette part bonne et de cette part mauvaise comme de deux personnes à part entière. De deux, il nomme cette mauvaise volonté : c’est le péché, le mal. Si donc quand dans Apocalypse 21 ; 8 ou les autres fois il est parlé de manière absolue du mal et de ses expressions qui seront condamnés, jetés dans l’étang ardent de feu et de souffre, n’est-il pas question du péché en soi ? De cette volonté mauvaise qui habite en moi (mais qui n’est pas moi selon Romains 7) ? Car Pierre, Paul, Jacques peuvent pratiquer le meurtre, la lâcheté, la débauche, etc. mais Pierre, Paul, Jacques ne sont pas le meurtre, la lâcheté, la débauche. Ils sont Pierre, Paul, Jacques. Le meurtre, la lâcheté, la débauche, etc. c’est le péché ou les différents péchés. Pour finir et pour confirmer ce dernier point, l’apôtre dit « Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi », cela conforte bien (comme je l’ai d’ailleurs souvent souligné …) que je ne suis pas le péché.


Pour en revenir à Romains 7, on pourrait être tenté de penser qu’il n’y est question que des convertis lorsque l’on parle de cet homme intérieur. Or, il ne faut pas oublier que lorsque l’Eglise parle de la condamnation des non-croyants ou de ceux qui n’ont pas eu connaissance du message chrétien, que c’est leur conscience qui les condamne, que chacun sait en sa conscience ce qui est bon ou mauvais. C’est donc bien que les non-croyants ont bien cette conscience, cet homme intérieur. Pour preuve, ils ne seraient pas condamnables s’ils n’avaient justement pas cet homme intérieur puisqu’ils n’auraient alors pas conscience de la loi de Dieu. Mais c’est bien que cela concerne tout homme.

Au chapitre 12 de la lettre aux Romains, il est dit « Car Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous ». Il est évident que si tout homme a péché, tout homme reçoit miséricorde. On peut être tenté de dire « oui mais pour recevoir cette miséricorde, il faut s’y ouvrir. Or les inconvertis la rejettent ». Ce qui me gêne ici c’est justement cette dualité charnel/entendement.

Nous sommes tous vendus au péché, car nous sommes tous charnel ici-bas. Celui qui rejette la miséricorde c’est celui qui laisse s’exprimer sa volonté animale. Mais cela n’empêche pas qu’il possède également cet entendement. Le fait que la volonté animale ait pris le pas ici sur l’entendement ne retire en rien le fait que cet entendement demeure malgré tout. Pourquoi donc vouloir absolutiser cette volonté animale en la faisant prendre le dessus à jamais ? On peut penser que c’est parce que l’homme intérieur, l’entendement de l’homme non-converti est mauvais, corrompu. Mais ce n’est en aucun cas ce que dit Romains 7 lorsqu’il dit « je suis par l’entendement esclave de la loi de Dieu » ou « la loi de mon entendement ». Il n’est pas question ici de quelque chose d’optionnel mais de quelque chose qui définit son identité, qui n’est pas corruptible comme le dit aussi 1 Jean 3 : 9.

Je ne comprends donc pas pourquoi, alors que cet entendement fait partie intégrante de chaque homme et reste esclave de la loi de Dieu, ce serait la volonté animale qui s’imposerait ? D’autant plus en tenant compte de l’incarnation  « Car – chose impossible à la loi, parce que la chair la rendait sans force, - Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché, et cela afin que la justice de la loi soit accomplie en nous, qui marchons, non selon la chair, mais selon l’Esprit. » (Romains 8 : 3-4). Mais aussi de la résurrection qui si je ne me trompe ont quand même pour fin de mettre un terme à cette condition du créé, à cette volonté animale liée à cette condition première de l’homme, semé corps naturel, corruptible, infirme, tiré de la terre, (1 corinthiens 15 : 42-47), charnel.


J’avoue que c’est une chose qui ne parvient pas à ne pas me choquer que cette tendance à fragmenter l’humanité, comme si nous ne vivions pas la même condition, comme si l’autre était autre et pouvait être mauvais de façon absolue, de tout son être pour qu’il n’y ait rien à en tirer, à sauver. Mais si l’autre est finalement comme moi, vit la même condition alors il devient un semblable, et s’il est un semblable il est comme moi-même. Et s’il est comme moi-même, il me devient plus aisé de comprendre et d’appliquer le commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », d’avoir cet esprit de solidarité.

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Didyme » dim. 04 juin 2017, 17:44

Il nous semble qu’il s’agit de choix et de liberté mais ce serait en réalité attribuer au mal des propriétés qu’il n’a pas.
Lesquelles ?
Si le mal est un choix en soi ou que c’est, comme vous dites dans un autre post, « de choisir un autre chemin (de perdition) » alors cela signifie que le mal n’est plus l’absence d’amour (qui seul est), le non-choix de l’amour mais que le mal « est » en lui-même, qu’il existe en substance tel un Dieu mauvais face au Dieu Amour. Cela rend le mal légitime et comme faisant partie intégrante de la création. Non, même pire en fait, cela fait du mal un principe, quelque chose d’incréé.

En même temps, on ne peut pas dire non plus que le mal soit créé mais il découle de l’amour, il en est dépendant en ce qu’il en est un manque. Alors que là, on aboutirait à un mal indépendant de l’amour.

On pense choisir le mal comme « quelque chose » vers lequel on s’oriente alors qu’en réalité il s’agit d’un non-choix de l’amour, comme d’une déchéance de choix. On déchoit du bien, de l’amour comme de l’unique direction. On s’égare du bien mais on ne s’oriente pas vers le mal comme existant en lui-même.

Peut-on parler de liberté dans le péché ? Le péché rend-t-il libre ?
Le péché donne une fausse sensation de liberté, il est trompeur et vient du trompeur.
Le péché aliène mais ne libère jamais.
Là-dessus, on est d’accord.

J’ai envie de faire une petite réflexion sur le temps :

J’ai l’impression que l’on considère le temps comme une sorte d’extravagance créée par Dieu pour « jouer » à la vie terrestre.
J’ai plutôt tendance à penser que le temps est indissociable du fait de créer, comme procédant de l’acte créateur.
C’est certainement très juste.
A partir de la création il y a un avant, il y a un après : ‘il y eut un soir, il eut un matin…’

L’enfer ne serait-il pas de rester prisonnier du temps à jamais ?
Vous avez raison de faire cette remarque qui se pose effectivement. Bien que je ne vois pas comment l’usure du temps ne viendrait pas à bout des dernières résistances, pas plus que je ne vois de sens au temps s’il n’a pas pour fin le changement, l’accomplissement. Que l’on puisse être orgueilleux et se replier sur soi est une chose mais qui aime souffrir indéfiniment et être face à soi inlassablement ? Car les témoignages de l’enfer ne donnent jamais à penser des personnes satisfaites de leur situation. On parle de désespoir mais je pense que personne n’aime le désespoir

Et puis, la réflexion visait aussi à souligner la question opposée, à savoir que s’il n’y a pas de fixité dans le mal mais du changement alors pourquoi être si affirmatif sur le fait que certains y resterait à jamais comme quelque chose d’immuable, d’accompli ?

Par ailleurs, je me pose la question de savoir si le temps n’est pas appelé à disparaître ? On parle de la fin des temps mais je n’ai pas de verset en tête. La seule chose qui me vient à l’esprit c’est qu’il est dit du Christ qu’il est le commencement et la fin. S’il y a un commencement de la création et donc du temps, on peut supposer que la fin implique la fin du temps ?

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Didyme » dim. 04 juin 2017, 17:41

[abus de langage] … parler de choix du mal car ce serait alors lui donner une substance – Didyme
On parle d’une volonté première [et mauvaise : chez toi, moi, etc.] qui consiste à utiliser notre libre-arbitre pour agir de façon indépendante de Dieu, sans vouloir tenir compte de Dieu, comme si Dieu n’existait pas, comme en le niant, pour refuser sa façon d’être, son mode de fonctionnement oblatif (= être donné à l’autre, pour l’autre, en vue de faire vivre les autres). C’est le refus de se déterminer en vue de Dieu. Refus de collaborer avec Dieu.

Il faudrait parler d’une décision dans le fond.

Il s’agit d’en arriver à sortir de notre indétermination première, notre « esclavage de la chair », notre procrastination, notre irrésolution et pour se décider une bonne fois pour Dieu, en faveur de Dieu La vie nous a été donné pour que nous en arrivions nous-même à cette décision. La liberté se trouve au travers cette décision, et au-delà ! La liberté c’est le fait de pouvoir entrer dans les béatitudes. « Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison » cf épisode de Zachée.

DONC

Quand on use de son libre-arbitre pour « mal faire » l’on agit comme un esclave, l’on se constitue comme prisonnier du mal. Non, il n’y a pas de liberté réelle dans le fait de vouloir pécher, le fait de céder à la tentation, etc. C’est un esclave qui pèche, qui se réinjecte sa drogue. C’est une forme d’inconscience.

La liberté s’obtient au final par une sorte de mûrissement et représente un cadeau qui est donné/reçu. On s’y trouve dans l’acceptation consciente.

Au départ, il nous est donné une opportunité de « pouvoir nous déterminer en vue de ». Et ça c’est le libre-arbitre. Nous ne sommes pas des plantes vertes. Une invitation nous est faite. Nous avons le loisir de répondre favorablement ou pas à l’invitation que Dieu lance. « Non, pas maintenant. Je suis trop occupé. » Le libre-arbitre est dans le fait de choisir ou pas de s’arrêter pour entendre la proposition. Mais ce n’est pas encore la liberté Non, la liberté réside dans le fait d’être entré une bonne fois dans la dynamique qui est celle de Dieu.

Jouir d’un libre-arbitre au départ et pour n’être pas tel un minéral ou une plante ou un animal : ce n’est pas être « libre de la liberté qui est celle de Dieu » évidemment.
Pour le coup, on est d’accord là-dessus, sur cet état de fait.

En fait, c’est plutôt sur la suite, l’aboutissement de tout ça que l’on diverge.

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Cinci » sam. 03 juin 2017, 3:20

Dieu nous donne l'être d'abord et il nous appelle ensuite à la liberté qui est la sienne. Avec la créature se trouve un "Je" doté d'une capacité d'entendement, une capacité d'écoute et une capacité de décision (libre-arbitre : faire ceci plutôt que cela). Le libre-arbitre ce n'est pas la liberté. Dans l'Évangile, le jeune homme riche exerce son libre-arbitre. Oui, il refuse la liberté que Jésus lui propose. Le libre-arbitre est utilisé par le jeune homme riche afin de demeurer esclave.

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Cinci » sam. 03 juin 2017, 2:58

Jean-Paul II expliquait tout cela à sa manière :

... la liberté ne consiste pas seulement à choisir telle ou telle action particulière; mais elle est, au centre de tels choix, une décision sur soi et une façon de conduire sa vie pour ou contre le Bien, pour ou contre la Vérité, en dernier ressort pour ou contre Dieu.
et
... certains auteurs, toutefois, proposent une révision bien plus radicale du rapport entre la personne et ses actes. Ils parlent d'une "liberté fondamentale", plus profonde que la liberté de choix et distincte d'elle [...] D'après ces auteurs, dans la vie morale, le rôle-clé serait à attribuer à une option fondamentale, mise en oeuvre par la liberté fondamentale grâce à laquelle la personne décide pour elle-même de manière globale, non par un choix précis [...]
et
Il n'est pas douteux que la doctrine morale chrétienne, par ses racines bibliques, reconnaît l'importance particulière d'un choix fondamental qui qualifie la vie morale et qui engage radicalement la liberté devant Dieu. Il s'agit du choix de la foi, de l'obéissance de la foi (cf. Rm 16,26), par laquelle l'homme s'en remet tout entier et librement à Dieu dans un "complet hommage d'intelligence et de volonté". Cette foi opérant par la charité (Ga 5,6) vient du centre de l'homme, de son coeur (Rm 10,10) et elle est appelée à partir de là à fructifier dans les oeuvres (Mt 12,33-35; Lc 6, 43-45)
enfin
La morale fondamentale de la Nouvelle Alliance est, elle aussi, dominée par l'appel fondamental de Jésus de venir à sa suite - ainsi qu'il le dit au jeune homme : "Si tu veux être parfait ... viens et suis-moi" (Mt 19,21) - à cet appel, le disciple répond par une décision et un choix radicaux. [...] Le caractère absolu du choix de suivre Jésus est admirablement exprimé par ses paroles : "Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile la sauvera". [...] Dans les paroles de saint Paul, nous trouvons une semblable exaltation de la liberté humaine : "Vous, mes frères, vous avez été appelés à la liberté" (Ga 5,13)
Source : Jean-Paul II, "III. Le choix fondamental et les comportements concrets", chap. 2, dans La splendeur de la vérité, 1993

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Cinci » sam. 03 juin 2017, 1:17

Didyme :

Lorsqu’il y a péché il y a défaillance de la liberté, sinon c’est faire du péché un principe de liberté et par conséquent en faire une nécessité
Suivant ce que je disais plus haut, l'usage du libre-arbitre ne correspond pas à la liberté en soi. Donc quand nous péchons nous ne rendons pas la liberté défaillante non plus.

C'est tout simplement que nous utilisons mal notre libre-arbitre*. Nous sommes "appelés" à la liberté des enfants de Dieu. Nous serions libres si nous pouvions toujours demeurer dans l'amour de Dieu. Ainsi, l'ange saint Michel est libre, la sainte Vierge est libre, sainte Thérèse de Lisieux est libre.



Le péché ne correspond à aucune nécessité pour que la liberté puisse exister, Didyme. La liberté se trouve en Dieu. Le péché ne fait que révéler surtout les limites de la créature, sa vulnérabilité, sa faiblesse relative. Nous, nous sommes pécheurs. cf "Qui me délivrera de ce corps de mort?", disait saint Paul. "Je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que ..."

Le pécheur qui ne cessera jamais de pécher, qui voudra toujours pécher volontairement, par surcroît, préférant s'aveugler lui-même et pour ne pas voir la vérité : il est dans l'esclavage du péché. Il n'y a pas là un principe de liberté mais d'enfermement en soi-même et d'opposition à Dieu. Un damné est un esclave en bout de ligne. La danger c'est de finir "esclave de soi-même", enchaîné à soi, dans l'impossibilité de sortir de soi (... excluant ainsi l'amour, l'extase, la joie, etc.)

*Il faut parler de mauvaise utilisation du libre-arbitre car on peut pécher par ignorance également, par inadvertance.

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Cinci » jeu. 01 juin 2017, 18:30

[abus de langage] ... parler de choix du mal car ce serait alors lui donner une substance - Didyme
On parle d'une volonté première [et mauvaise : chez toi, moi, etc.] qui consiste à utiliser notre libre-arbitre pour agir de façon indépendante de Dieu, sans vouloir tenir compte de Dieu, comme si Dieu n'existait pas, comme en le niant, pour refuser sa façon d'être, son mode de fonctionnement oblatif (= être donné à l'autre, pour l'autre, en vue de faire vivre les autres). C'est le refus de se déterminer en vue de Dieu. Refus de collaborer avec Dieu.

Il faudrait parler d'une décision dans le fond.

Il s'agit d'en arriver à sortir de notre indétermination première, notre "esclavage de la chair", notre procrastination, notre irrésolution et pour se décider une bonne fois pour Dieu, en faveur de Dieu. La vie nous a été donné pour que nous en arrivions nous-même à cette décision. La liberté se trouve au travers cette décision, et au-delà! La liberté c'est le fait de pouvoir entrer dans les béatitudes. "Aujourd'hui, le salut est entré dans cette maison" cf épisode de Zachée.

DONC

Quand on use de son libre-arbitre pour "mal faire" l'on agit comme un esclave, l'on se constitue comme prisonnier du mal. Non, il n'y a pas de liberté réelle dans le fait de vouloir pécher, le fait de céder à la tentation, etc. C'est un esclave qui pèche, qui se réinjecte sa drogue. C'est une forme d'inconscience.

La liberté s'obtient au final par une sorte de mûrissement et représente un cadeau qui est donné/reçu. On s'y trouve dans l'acceptation consciente.

Au départ, il nous est donné une opportunité de "pouvoir nous déterminer en vue de". Et ça c'est le libre-arbitre. Nous ne sommes pas des plantes verte. Une invitation nous est faite. Nous avons le loisir de répondre favorablement ou pas à l'invitation que Dieu lance. "Non, pas maintenant. Je suis trop occupé. " Le libre-arbitre est dans le fait de choisir ou pas de s'arrêter pour entendre la proposition. Mais ce n'est pas encore la liberté. Non, la liberté réside dans le fait d'être entré une bonne fois dans la dynamique qui est celle de Dieu.

Jouir d'un libre-arbitre au départ et pour n'être pas tel un minéral ou une plante ou un animal : ce n'est pas être "libre de la liberté qui est celle de Dieu" évidemment.

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par PaxetBonum » jeu. 01 juin 2017, 17:06

C'est vrai que Paxetbonum employait le mot liberté plus haut et alors que le terme libre-arbitre aurait été plus approprié à ce qu'il voulait transmettre comme idée, je suppose.

La liberté (un don de Dieu) serait plutôt la faculté du "Je" à pouvoir se déterminer lui-même en vue de Dieu, en vue du "tout-autre" finalement.
Merci d'avoir éclairé mes propos flous Cinci.

Mais je ne conçois pas dans le cas qui nous occupe, de libre-arbitre sans liberté.
Pour moi la liberté n'est pas "la faculté du "Je" à pouvoir se déterminer lui-même en vue de Dieu" mais "la faculté du "Je" à pouvoir se déterminer en vue de Dieu ou non"
La liberté est de marcher sur Le Chemin de Vérité et de Vie ou de choisir un autre chemin (de perdition).

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par Cinci » jeu. 01 juin 2017, 16:44

Didyme :

Selon moi, parler de liberté dans le rejet est un abus de langage, de même que de parler de choix du mal car ce serait alors lui donner une substance. Il nous semble qu’il s’agit de choix et de liberté mais ce serait en réalité attribuer au mal des propriétés qu’il n’a pas. Peut-on parler de liberté dans le péché ? Le péché rend-t-il libre ?
C'est vrai que Paxetbonum employait le mot liberté plus haut et alors que le terme libre-arbitre aurait été plus approprié à ce qu'il voulait transmettre comme idée, je suppose.

La liberté et le libre-arbitre représentent des idées différentes en tout cas. Le simple fait de pouvoir faire un choix comme tourner à droite ou à gauche, choisir un vêtement, débarquer à telle station de métro plutôt que l'autre, se choisir un amant d'un soir, etc. : il s'agit de libre-arbitre. Et ce n'est pourtant pas la liberté. En usant mal de notre libre-arbitre l'on peut s'enfoncer soi-même dans l'esclavage. C'est ce qui se produit avec le péché, dit-on.

Le péché réduit notre capacité d'action, nous lie, nous crée des entraves (cf. oignons d'Égypte) à l'égard d'un bonheur plus grand, etc. Qu'un homme utilise sa faculté de libre-arbitre pour pécher et re-pécher encore et il n'en fera que se rendre plus misérable, de moins en moins libre par rapport à son vice de prédilection. Le péché est dans l'avoir*, dans le fait de se soustraire à l'autre, se cacher de l'autre, se fermer à l'autre en réalité.

La liberté (un don de Dieu) serait plutôt la faculté du "Je" à pouvoir se déterminer lui-même en vue de Dieu, en vue du "tout-autre" finalement. C'est un peu comme vouloir s'abolir soi-même afin de pouvoir trouver l'autre réellement. En trouvant l'autre, l'on se trouve soi-même. Cette liberté est comme un art du pilotage qui supposerait déjà des connaissances vraies (la nature du bien, l'identité de Dieu, etc.) avec du discernement. Et une attention tournée vers l'autre. La liberté se situe dans l'être.

Le mal ne détruit jamais cette liberté qui est au centre de l'homme, et ce qui explique qu'un grand pécheur peut toujours se repentir et changer de conduite, bien que le mal peut rendre difficile l'exercice de cette liberté cependant.

Et alors ...

Le damné c'est celui qui renonce à vouloir vivre de cette "liberté reçue d'un autre et en vue de l'autre". Le damné préfère l'esclavage de son moi, ne veut pas avoir à se perdre "dans un autre". entend être à lui-même comme le principe ou la source de ses choix, ses goûts, ses inclinations. Le damné ne veut pas qu'un autre vienne s'immiscer dans "ses" propres jugements, reste propriétaire de "sa" justice. Le réprouvé est retourné sur lui-même au lieu d'être tourné vers Dieu. Cet "enfermement sur soi" rend impossible la joie, la gratitude, la contemplation, l'amour, etc.

_____
* Un "avoir" dans lequel une projection sensible s'opère : la chose possédée s'y trouve revêtue de qualités divines. Le fait de posséder la chose permettrait à son propriétaire de vivre dans un état paradisiaque. Une manière de raccourci pour atteindre "illégalement" au paradis., pour l'atteindre très vite, sans devoir mourir à quoi que ce soit. C'est le fruit défendu. Ex : boisson, drogue, sexe. nourriture, pouvoir, argent, vaine gloire, plaisir ou hédonisme, éternelle jeunesse, satisfaction intellectuelle à saveur d'infini ou connaître pour connaître afin de maîtriser tout (soi-même, les autres, le monde, la matière, etc.) mais pour fuir Dieu précisément, etc.

Re: Aimer son prochain comme soi-même

Message par PaxetBonum » jeu. 01 juin 2017, 15:04

Il nous semble qu’il s’agit de choix et de liberté mais ce serait en réalité attribuer au mal des propriétés qu’il n’a pas.
Lesquelles ?
Peut-on parler de liberté dans le péché ? Le péché rend-t-il libre ?
Le péché donne une fausse sensation de liberté, il est trompeur et vient du Trompeur.
Le péché aliène mais ne libère jamais.
Avez-vous des références des propos que vous dîtes tenir de sa sainteté Benoit XVI ?
Non désolé, il faudrait que je cherche. C’est une citation que j’avais lue dans le fil « l’heure de la mort » d’Arnaud Dumouch.
Je m'en doutais un peu…
Mais je suis toujours preneur de la citation.

J’ai envie de faire une petite réflexion sur le temps :

J’ai l’impression que l’on considère le temps comme une sorte d’extravagance créée par Dieu pour « jouer » à la vie terrestre.
J’ai plutôt tendance à penser que le temps est indissociable du fait de créer, comme procédant de l’acte créateur.
C'est certainement très juste.
A partir de la création il y a un avant, il y a un après : 'il y eut un soir, il y eut un matin…'

L'enfer ne serait-il pas de rester prisonnier du temps à jamais ?

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