Pie XII et la shoah

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Re: Pie XII et la shoah

par Nanimo » mer. 04 mars 2020, 5:23

L’action de Pie XII est d’autant plus connue que, outre les archives déjà publiées par le Vatican sur cette période sous Paul VI, « les archives françaises, italiennes, britanniques ou encore américaines, nous ont déjà beaucoup appris », assure Frédéric Le Moal. « Elles constituent certes des sources indirectes, mais elles décrivent toutes la même attitude de Pie XII : une attitude réservée, une prise de parole mesurée, un silence assumé mais une action clandestine de sauvetage. À aucun moment Pie XII n’a été le pape d’Hitler. Il a toujours été fermement hostile au IIIᵉ Reich. » (réf. Aleteia, 01 mars 2020)

L'attitude de Pie XII est tout à fait cohérente : si vous protégez des gens pourchassés, en l'occurrence des Juifs, il vaut mieux ne pas trop attirer l'attention, d'autant plus si vous avez en face de vous une meute anti-chrétienne comme l'étaient les nazis, prêts à vous sauter dessus au moindre écart.

Re: Pie XII et la shoah

par Fée Violine » lun. 02 mars 2020, 11:42

Archives sur Pie XII : « Ceux qui espèrent de terribles révélations vont être déçus »
https://fr.aleteia.org/2020/03/01/archi ... tent=NL_fr



Sur KTO :
Pie XII - Sous le ciel de Rome 1/2
Film (À la TV uniquement)

Ce lundi 2 mars, le Vatican rend totalement public l'accès aux archives du pontificat de Pie XII, de 1939 à 1958. A cette occasion, KTO vous propose de retrouver ce film sur la vie de celui qui fut élu pape quelque mois avant le début de la Seconde Guerre mondiale, et dut faire face à la tourmente. Le film commence en 1943, alors que Pie XII lutte pour sauver Rome de la destruction… En deux parties : le lundi 2 mars à 20h40 et le lundi 9 mars à 20h40

Lux Vide Productions – Réal. : Christian Dugay (2018).

Re: Pie XII et la shoah

par Cinci » dim. 05 janv. 2020, 22:28

La défaite

"J'étais humilié. Mon pays, celui de Clémenceau, et de Foch, était battu. Vingt ans plus tôt, des centaines de milliers de jeunes gens avaient résisté dans la boue des tranchées pendant des mois, au cri de "On les aura". Notre génération n'avait pas tenu cent jours. Je songeai une nouvelle fois à mes amis allemands anti-hitlériens. Avec la défaite de la France, c'était leur espoir de voir le régime nazi s'écrouler par la défaite qui s'évanouissait. Et pour longtemps. Les armées du Reich paraissaient irrésistibles. A cet instant, je n'aurais pas voulu me trouver en leur présence, affronter leurs regards.

Le 29 juin, je fus affecté à l'état-major du général René Altmeyer. [....] Un soir, le colonel Groussard vint me faire ses adieux. Il était en instance de départ pour une destination mystérieuse. Notre entretien dura quelques minutes : "Naurois, pour moi, la guerre n'est pas finie", me confia-t-il. Nous nous comprîmes sans commentaire, et il me plut de sentir que je n,avais pas seulement un supérieur, mais mieux : un camarade d'armes à qui m'unissait une profonde communion de pensée.

[...]

Une lettre de Mgr Saliège

La vie à Pau était morne. Si près de l'Espagne, une pensée revenait sans cesse en moi : quitter la France pour gagner Londres. J"écrivis à mon évêque, Mgr Saliège, pour lui demander de m'autoriser à franchir les Pyrénées dès que possible. La rédigeant, je me demandai si ma lettre lui parviendrait, ou échouerait sur quelque table d'un bureau de police. Je ne mentionnais pas le général de Gaulle, mais par des périphrases, je lui expliquais que je souhaitais poursuivre le combat : autant dire gagner l'Angleterre.

Aux alentours du 1er juillet, je reçus de Mgr Saliège une réponse à ma lettre. Un billet très court, rédigé de sa main d'une écriture tremblée. Il me disait, les mots sont inscrits à jamais dans ma mémoire :

"Cher ami,
l'âme de la France a plus que jamais besoin d'être sauvée à l'intérieur. Voilà pourquoi je vous dis, sans hésitation aucune, que votre devoir est de rester. Affectueusement à vous.
Jules Saliège, archev. de Toulouse

J'étais effondré, mais pas résigné. Je décidai d'aller le trouver pour le convaincre et emporter sa décision. Un mois après la réception de cette lettre, je me rendis à Toulouse pour me présenter à l'archevêché. Je fus introduit dans le bureau de Saliège. J'étais en uniforme d'officier d'artillerie. En le voyant un peu ramassé sur son siège, je pensai au soldat de la guerre de 1914-1918 qu'il avait été, simple brancardier au dévouement admirable, récompensé par une citation en 1917 ... Je m'approchai, baisai son anneau, comme c'était l'usage avec les évêques. Il laissa entendre une sorte de rugissement : "Cet uniforme de honte ..." Son accent d'Auvergnat résonne encore à mes oreilles - "de honte, de honte. Cette armée en déroute ..."

Devant sa colère, je suis devenu tout rouge, et j'ai baissé la tête. Puis il m"a prit les mains ... comme s'il était ma maman. J'étais très ému, probablement autant que lui. C'était un cri qui lui venait du coeur. Celui de la colère et de l'humiliation. Et rugissant de nouveau : 'Ce n'est pas fini ..."

Puis il passa en revue les perspectives qui s'ouvraient : la résistance des Anglais, l'entrée en guerre possible des Russes, pour ne rien dire de celle - probable - des Américains ... "Eh non, ce n'est pas finit !"

Pas plus que Mgr Saliège, le général Altmeyer, à qui je m'étais ouvert avec franchise de mon projet de gagner Londres, n'y était favorable : "Je vous fais la même réponse, Naurois, il faut suivre le Maréchal ..." Pétain, lui seul, paraissait à ces hommes le bouclier contre les malheurs qui accablaient notre pays. Pour eux, le général de Gaulle, qu'Altmeyer avait côtoyé quand il avait été un éphémère sous-secrétaire d'État à la Défense, n'existait pas. Les faits semblaient leur donner raison : de Gaulle était un homme en fuite qui appelait à la désertion quand il fallait serrer les rangs. Pourtant, au 1er bureau ou je travaillais, un officier de chars m'entretenait volontiers de De Gaulle, qu'il avait connu colonel, spécialiste de l'arme blindée. C'était, disait-il, une personnalité exceptionnelle, ayant élaboré une doctrine d'emploi des chars de combat ... doctrine nouvelle et même révolutionnaire. C'était aussi un penseur, capable de voir loin. Oui, ajoutait-il, le colonel de Gaulle est capable d'imaginer les conditions de la victoire dans une guerre prochaine. Ni l'In ni l'autre n'avions entendu les termes de l'appel du 18 juin [...] Dans réflexion fiévreuse, me revenaient aussi les propos de Barthe-Dejean, un officier que j,avais connu au camp d'Argentières en 1938, qui me décrivait de Gaulle - dont les passages dans les états-majors avaient laissé un souvenir contrasté - comme un homme droit, rigide même, d'humeur désagréable, voire dédaigneuse. Je n'en avais cure. Que m'importait le caractère d'un homme s'Il pouvait sauver notre pays ? Lui seul proposait une perspective à nos jeunes énergies que la défaite laissait sans emploi. Les autres se contentaient de temporiser.


Nos frères juifs

Dans notre région du Sud-Ouest, des laïcs catholiques s'engagèrent dans la protection des Juifs persécutés, comme par exemple Thérèse Dauty, jeune femme courageuse qui venait de terminer ses études universitaires et exerçait comme jeune professeur de lettres. Membre du mouvement de résistance "Libération Sud', elle fut arrêtée en 1941 (elle le sera à nouveau, cette fois par la Gestapo, en fébrier 1942) et interdite d'enseignement. Elle disposait donc, sans l'avoir souhaité, d'un peu de temps. [...] Thérèse Dauty rapporte dans une note que Saliège venait de recevoir du Vatican des crédits destinés à libérer le plus de détenus possibles afin de les soustraire à ce qu'on nommait alors pudiquement le "transport" : l'envoi en camp de concentration en Allemagne ou en Pologne. La mission de Thérèse Dauty comportait donc des visites à l'intérieur des camps et également de savantes manoeuvres pour tenter de soustraire des prisonniers, des enfants en particulier, au sort qui leur était promis. De retour, Thérèse raconta à l'évêque des scènes déchirantes ou les internés la suppliaient : "Pouvez-nous nous éviter d'être livrés à Hitler ?" L'un de ses récits les plus émouvants raconte ce qui advint le 8 apût 1942 : ce jour-là des femmes de tous âges furent jetées ous un soleil accablant pour gagner à pied une gare ou les attendait un convoi de déportation. Un mot revint aux oreilles de Thérèse qui le répéta à Saliège : "Qui donc prendra notre défense ? Qui parlera pour nous ?"

Quelques jours plus tard, l'archevêque - indigné ! - rendait publique sa célèbre protestation du 23 août 1942 sur le sort des Juifs. Cette "Lettre sur la personne humaine" fut lue dans la plupart des églises de son diocèse et diffusée dans plusieurs pays de l'Europe occupée :

:Que des enfants, que des femmes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que des membres d'une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle [...] Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes [...] Tout n'est pas permis contre eux [...] Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d'autres. Un chrétien ne peut l'oublier."

Le 26 août, une autre protestation épiscopale suivit, celle de Mgr Théas, évêque de Montauban. Sa lettre parvint dans toutes les paroisses pour être lue à la messe du dimanche par une moyen aussi efficace que prudent [...] D'autres prélats réagirent, tels Mgr Delay, archevêque de Marseille, et le cardinal Gerlier à Lyon [...] Quand il me fut donné de rencontrer le cardinal Gerlier, je n'hésitai pas une seconde et tentai de lui transmettre tout ce que je savais. Gerlier n'avait interrompu : "Mais, monsieur l'abbé, je me suis longuement entretenu de tout cela avec le Maréchal, et celui-ci m'avait répondu : "Ce sont des questions que nous réglerons lorsque nous serons entre nous [c'est à dire après la guerre]" ! Cloué sur place par cette réponse dont j'espérais qu'elle relevait de l'inconscience et non du cynisme, je n'osai insister ... Fort heureusement, sous la pression des événements, quelques mois plus tard, le cardinal Gerlier protesta lui aussi avec courage contre les rafles et les déportations de Juifs.

L'archevêque de Toulouse quant à lui, constitua dans son diocèse et ses alentours des filières de sauvetage [...] Des Juifs furent cachés au Grand Séminaire , à l'Institut catholique et dans toutes les maisons religieuses sollicitées pour héberger des enfants. Dans l'une de ces maisons, Saliège et Courrèges firent entrer une cinquantaine de petites filles juives qui passèrent là un an ou deux. Le message de l'évêque à la Supérieure était simple : "Vous mentirez ma soeur ... ! Jamais on ne devait découvrir que ces enfants sont juives. Vous ne chercherez pas à les convertir ... mais elles recevront toutes des patronymes de chrétiennes." Le recteur de l'Institut catholique de Toulouse, Bruno de Solages, fournissait lui-même des actes de baptême afin que les enfants ne fussent plus soumis aux lois antisémites. Grâce à Solages, avec l'aide de l'abbé Decahors et de l'abbé Carrières (qui seront arrêtés et déportés tous les trois), la "Catho" devint le refuge de nombreuses personnalités exposées. L'endroit accueillait des réfugiés et on leur procurait des cachettes, on favorisait les évasions, en accord avec Mgr Saliège. La bibliothèque dirigée par l'abbé Martimort abritait de nombreuses personnalités menacées pour des raisons raciales ou politiques, dont certaines étaient bien connues : ainsi, Vladimir Jankélévitch, professeur de philosophie à Toulouse jusqu'au moment ou Vichy l'exclut de l'université en octobre 1940. La décision lui fut signifiée par le doyen de la faculté qui manifesta ouvertement son désaccord aux étudiants mais obtempéra. Dès qu'il apprit la nouvelle, Bruno de Solages revêtit tous les insignes de sa prélature - sa large ceinture d'un violet éclatant en particulier - et rendit visite à Jankélévitch, à 3 heure de l'après-midi, à l'hôtel ou il s'était réfugié, place du Capitole, afin de signifier publiquement son soutien moral au philosophe. D'autres personnalités furent abritées ailleurs dans des couvents : Jean Cassou, Julien Benda [...]

La visite de l'amiral Darlan

A Uriage, l'école était hébergée dans un très vieux château ou avait vécu Bayard. Le site était magnifique, entouré de montagnes. Nous vivions tant bien que mal dans un esprit de "résistance légaliste" si l'on peut dire. [...] le 2 juin 1941, un lundi de Pentecôte, l'amiral Darlan, sans y avoir été invité, vint visiter Uriage. Il tint à se faire présenter tous les instructeurs de l'École. Je refusai de me mettre sur les rangs pour éviter d'avoir à lui serrer la main. Aumônier de l'École, je ne faisais pas officiellement partie des instructeurs qui, eux, ne pouvaient faire autrement que de l'accueillir. [...] Darlan prononça une conférence ou il justifia la politique de l'État français - la collaboration - et tint des propos très durs envers les alliés, allant jusqu'à dire qu'il souhaitait la victoire de l'Allemagne ! Je le revois évoquant avec suffisance un souvenir de jeunesse [...] Il vitupéra enfin ceux qu'il nommait avec dédain "les curés" dont l'influence sur la société française gênait vraisemblablement sa politique. Pour modèle de ce que devait être leur rôle dans un pays, il prit l'Allemagne, ou Hitler les avait mis au pas ! Pendant toute son allocution, je l'écoutai le regard fixe, les bras croisés, sans broncher, sans applaudir, sans sourire ...

[...]

Sous le prince esclave

Au fil des mois, la situation en France était devenue plus claire [...] Le Maréchal Pétain n'était plus seulement le "vainqueur de Verdun" ; il était l'homme qui subissait. [...] Il était devenu ce que Gaston Fessard appellera un prince-esclave, le dépositaire d'une légitimité illusoire et sous tutelle. Bruno de Solages ne pouvait supporter cette imposture : que l'homme du renoncement soit qualifié au pays de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc, de "providentiel". J'entends encore sa réponse : "Providentiel ? ... Judas aussi fut un homme providentiel !"

Vivre dans un pays occupé par une force tyrannique et ou se maintient une souveraineté intermédiaire dont le pouvoir s'amenuise chaque jour un peu plus, aurait nécessité de la part du pays un grand discernement - moral et spirituel - qui a fait défaut; comme il avait fait défaut avant Munich.


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[après Noël 1942, arrivé à Londres via l'Espagne et ensuite Gibraltar ...]

Aumônier militaire

Sitôt libre sur le sol anglais, je m'étais empressé en effet d'aller me présenter à mon supérieur, aumônier interarmes, le chanoine Olphe-Gaillard. Il était originaire de Grenoble et avait été un brillant officier d'aviation pendant la guerre de 1914-1918, décoré de la croix de guerre. A Londres, Olphe-Gaillard avait reçu ses pouvoirs canoniques du cardinal Hinsley, archevêque de Westminster, et exerçait les fonctions de directeur de l'aumônerie militaire pour les trois armes, Terre, Mer et Air, en Grande-Bretagne.

On ne peut évoquer l'Église catholique en Angleterre sans s'arrêter un peu sur ce prélat, Mgr Hinsley, qui faisait l'admiration de Churchill. Il avait pleinement épousé la cause de la liberté en Europe et dans le monde; et le premier ministre, avec sa nature passionnée, aimait retrouver une ardeur semblable - devotion to duty - chez le chef de l'Église catholique en Angleterre. Hinsley avait d'ailleurs manifesté dès la fin de l'année 1940 sa sympathie pour la France de la manière la plus inattendue pour un Britannique, en déclarant : "L'esprit de la France n'est pas écrasé, l'esprit de Jeanne d'Arc vit toujours , et vaincra !" Dès le mois de décembre 1941, il avait repris des propos de Mgr Saliège à l'occasion d'une messe à laquelle assistaient des représentants des nations étrangères et le général de Gaulle :

"C"est l'avenir de l'esprit chrétien, dit-il, qui se joue en ce moment et peut-être pour des siècles. Beaucoup de prêtres, beaucoup de catholiques ne le voient pas. Voilà pourquoi je les préviens, je les avertis officiellement. C'est pourquoi, moi, archevêque de Westminster, je m'associe aujourd'hui à cet avertissement significatif; [...] nous, dans cette cathédrale, nous nous unissons au peuple de Toulouse et à son Pasteur suprême dans une prière ardente pour la délivrance de la France et des nations asservies." Comment de telles paroles ne me seraient-elles pas allées droit au coeur ?


Le représentant du Saint-Siège

A l'inverse, je garde un souvenir mitigé de ma visite protocolaire auprès du représentant du Saint-Siège à Londres, Mgr Godfrey. Le chanoine Olphe-Gaillard avait approuvé cette visite, sans d'ailleurs se faire d'illusions sur le résultat : "Il n'est pas très aimable, m'avait-il confié. D'ailleurs, il nous dédaigne un peu, nous, les aumôniers des Forces Françaises Libres". De fait, l'accueil fut glacial. Le Délégué apostolique fut d'abord heurté par le fait que je ne portais pas le col romain réglementaire. D'autres part, il voulait absolument que je puisse fournir des documents signés de mon évêque, ne comprenant pas que je n'aie pas traversé l'Espagne avec un celebret à mon nom, moins encore signé de Saliège ! Je tentai de lui expliquer les circonstances de mon départ, les risques encourus ... En vain ! Son Excellence ne se départit pas de cette raideur protocolaire. A la fin pourtant, il m'interrogea :

- Vos soldats sont-ils pieux ?
- Pas très pieux, répondis-je, en éclatant de rire ... Enfin ... comme tous les soldats du monde.
Il daigna sourire poliment; et ce fut tout.

J'ai longtemps réfléchi sur les étranges réserves de Mgr Godfrey : je pense qu'il appartenait à cette catégorie de religieux britanniques, heureusement peu nombreux, qui ne voyaient comme ennemis que le communisme soviétique et pensaient sans doute, de ce fait, comme François Mauriac en 1938, que Hitler était le dernier rempart contre le bolchévisme. Mgr Godfrey paraissait souhaiter que les Français restent solidaires des Allemands par la collaboration pour consolider cette barrière entre la Russie et le monde occidental. C'était contester tout l'intérêt et la valeur de la Résistance française à l'hitlérisme.

Re: Pie XII et la shoah

par Cinci » dim. 05 janv. 2020, 15:55

Bonjour,

Je lisais il y a peu le témoignage de René de Naurois (Compagnon de la Libération, etc.) qui avait agi comme aumônier militaire auprès des commandos français de Kieffer, pour toute la durée de la campagne de la libération de la France qui s'était ouverte de le 6 juin 1944 et jusqu'à la fin de la guerre en 1945. Il aura vécu avant sous le gouvernement de Vichy. Et, fait encore plus intéressant peut-être, c'est que parlant allemand, à partir de 1933, il aura eu l'occasion de faire de nombreux séjours dans l'Allemagne hitlérienne. Il s'y trouvait encore à la toute veille de la déclaration de guerre du 1er septembre 1939.

Dans son témoignage, il restitue l'impression qu'aura pu lui faire à l'époque plusieurs personnalités rencontrées, certaines connues et d'autres moins. Lui-même fut assez proche de Mgr Saliège; ce brave évêque qui à lui tout seul aura bien pu sauver l'honneur de l'Église catholique tout entière.


Je veux juste partager ici quelques commentaires de son cru.

Ainsi :

La résistance allemande au nazisme

"Ma famille avait accueilli cet été-là [1933], à Saint-Maurice, un jeune Allemand de Karlsruhe; et à mon tour j'allais passer un mois et demi dans sa famille, chez l'ancien ministre de la République de Weimar, Heinrich Köhler. Durant ces semaines, je découvris l'hospitalité d'une vieille famille catholique du Sud [....] Ce premier séjour comporta de longues courses en Forêt-Noire, conduit par Heinrich Köhler. Je ne pouvais trouver meilleur mentor que ce grand serviteur allemand du Bien public pour m'initier aux événements politiques des deux décennies précédentes. Ancien président du Land de Bade, ou il reprendra du service dès 1945 et jusqu'à sa mort en 1952. Heinrich Kölher avait été ministre des finances de la République de Weimar [...] Köhkler analysait pour moi la crise politique que traversait son pays.

Köhler avait une connaissance approfondie de la doctrine et des projets du nationalisme-socialisme. Je crois qu'il le percevait déjà largement comme une création perverse et même satanique. Jamais pourtant il n'employa de tels mots devant moi. D'abord, en présence d'un étudiant étranger, il ne voulait pas avoir l'air de condamner a priori. Par ailleurs, comme ancien serviteur de l'État, il ne voulait pas dénigrer son propre pays devant un jeune étranger. Très tôt cependant, dès cet été 1933 il se réjouissait ouvertement de l'effort de réarmement britannique.

Ce n'est qu'à l'occasion de séjours ultérieurs, en 1936, que Köhler s'ouvrit plus volontiers à moi. J'avais mûri ... nous nous connaissions mieux. Notre foi catholique nous unissait profondément, et je me sentais plus libre de l'interroger. Tandis que je lui demandais , un jour, comment il voyait le proche avenir, il y eut d'abord un silence, puis il me répondit, en français : "Ach ! ... la barbarie !" Cette réponse tomba comme un aveu devant l'irrémédiable.

J'ai connu les mêmes réserves, les mêmes craintes, chez d'autres Allemands, par exemple, le prêtre et théologien Romano Guardini, figure importante du renouveau intellectuel et spirituel du catholicisme allemand. Il n'avait dédicacé l'un de ses livres - il est encore sur mes rayons. Ensemble, nous parlions ouvertement. Pas plus que Köhler, Guardini n'aurait déclaré à un ami étranger : 'Hitler est un criminel". C'était sous-entendu. L'un des rares hommes qui osait s'exprimer ainsi en public - je ne l'ai su qu'après la guerre - était le maire de Leipzig, Carl Friedrich Goerdeler. Dès 1930, il entreprit de rassembler les opposants et de demander aux puissances étrangères leur soutien pour une conjuration contre Hitler, soutenu par le général Beck, qui avait démissionné dès 1938 de son poste de chef des armées pour protester contre les projets d'agression militaire de Hitler. Tous deux firent partie de la tentative d'attentat du 20 juillet 1944 et furent exécutés après son échec. Goerdeler, quand il connaissait les sentiments de son interlocuteur, demandait un papier et un crayon, et écrivait : "Hitler est un criminel". L'autre sursautait : "Vous êtes fou !" , et aussitôt allumait un briquet pour faire disparaître le papier compromettant. C'était sa méthode pour montrer qu'il n'avait pas peur, pour tenter de rallier d'éventuels résistants.

[...]

Je n'oublierai pas une expérience éprouvante et, hélas, éclairante, qui me confirma dans le sentiment que le nazisme était vraiment d'essence diabolique. J'avais un ami allemand, Kretschner, psychiatre et fils de psychiatre, professeur à l'université de Heidelberg. Je lui avais demandé ce qu'il pensait du cas Hitler. Sa réponse fut un diagnostique sans appel : il le considérait comme un très grand pervers, au sens psychiatrique du terme.

[...]

Dans d'autres circonstances, en 1938, on me fit visiter des propriétés agricoles d'une très grande étendue, en Poméranie occidentale, organisées sur un mode industriel, mais les services de la propagande me proposaient aussi de visiter dans la Ruhr les usines Krupp. C'est là, au coeur de ce symbole de la puissance économique de l'Allemagne, que j'entendis une critique acerbe à l'encontre du régime nazi. Alors que j'attendais d'être présenté au maître des lieux, Krupp von Bohlen, héritier de l'illustre Alfred Krupp, je tentai d'engager la conversation avec sa secrétaire. Celles-ci me questionna sur les grèves de 1936 qui avaient été très commentées en Allemagne. J'expliquai alors que ces grèves, après l'arrivée des socialistes au pouvoir, avaient été vécues comme une épreuve par la France, mais prouvaient du moins que les ouvriers étaient libres ... libres de s'exprimer. La jeune secrétaire se tourna vers moi et me lança dans un très bel allemand :
- Mein Herr, die Freiheit steht über alles. "Ah, monsieur, la liberté est à mettre au-dessus de tout." Je restai stupéfait, mais là s'arrêta notre conversation. La porte s'ouvrit : Krupp, aimable, mais visiblement pressé, entra et me salua. La visite se poursuivit en sa compagnie. Dans une grande salle se trouvait quelques tableaux et au milieu, sur une grande table protégée par une vitrine, j'avisai une très élégante carabine de collection. Je lançai en forme de boutade : - Tiens ... tiens ... Je ne savais pas que vous fabriquiez aussi des armes ... On ne peut pas dire que ma plaisanterie fut appréciée.

[...]

Le nazisme persécutera l'Église, accusée de résister à l'asservissement des esprits, mais la population restait plutôt bienveillante à l'égard du clergé. Mon costume de clergyman me servait de laissez-passer. Si je faisais de plus en plus d'observations, mon espace de liberté, lui, s'amenuisait au fil des mois. Chaque fois que je rentrais de vacance en France, il me semblait que l'air s'était de plus en plus raréfié. Les conversations se faisaient à voix plus basses, plus évasives aussi. Lorsqu'ils échangeaient des informations, les Allemands devaient prendre un luxe de précautions inconnues jusqu'alors. Curieusement, c'est chez un masseur que j'ai trouvé un des derniers lieux ou les discussions pouvaient se prolonger. Cet ami, le Dr Schmidt,avait étudié la médecine indienne, le yoga, et sa réputation était grande auprès de certains hauts responsables nazis; ce qui explique peut-être l'indulgence dont son cabinet faisait évidemment l'objet. Schmidt était un chrétien ardent. C'est allongé sur sa table de masseur pour des douleurs dorsales récurrentes que j'acquis grâce à lui une connaissance plus précise du nazisme et de sa perversité. Je me liai d'amitié avec un de ses collègues, très religieux, qui prit un risque extraordinaire en me conviant à une réunion chez lui. Il y avait là une vingtaine de personnes. Nous avons d'abord prié ensemble; puis il prit la parole : "Il y a dans le régime hitlérien quelque chose d'extrêmement grave, de profondément antichrétien, auquel nous devons toujours prendre garde."

[...]

Parmi les protestations qui s'élevèrent, il y eut celle émouvante et courageuse d'un prêtre de Berlin, le doyen Lichtenberg : il célébra publiquement une messe et demanda à ses paroissiens de prier " pour les chrétiens non aryens et pour les Juifs". Ce prêtre, un esprit libre qui gênait les nazis par sa conduite, me raconta un jour qu'il venait de recevoir un coup de téléphone d'un fonctionnaire nazi. Celui-ci lui reprochait de ne pas assortir les documents qu'il signait du désormais officiel "Heil Hitler'. Il lui avait répondu qu'il préférait à cette formule, celle de "Grüss Gott"- Dieu vous salue - plus adaptée à sa fonction. Il fut condamné, le 22 mai 1942, à deux ans de prison pour délit d'opinion, et mourut en 1943 au cours de son transfert à Dachau où étaient emprisonnés à cette date des milliers de religieux.

J'ai connu un autre prêtre ouvertement hostile au régime nazi : l'abbé Rademacher, professeur de théologie à l'université de Bonn; son admirable visage de vieillard, irradiant la bonté, est resté dans ma mémoire. Nous parlions un jour, de Max Scheler, un de ses auteurs favoris, et j'amenai la conversation sur la tyrannie hitlérienne. Il se leva, fit un geste de la main comme pour écarter un contact malpropre : "Ach ! Das ist nichts ...", "Ah ! tout cela ne vaut rien !" ... et il poursuivit en français cette fois pour écarter le risque des oreilles indiscrètes : "Ce ne sont pas des hommes instruits. Ce ne sont que des ignorants. " Ce qui choquait cet homme fin et cultivé, c'était ce constat : le parti nazi s'était développé en enrôlant une cohorte de demi-soldes, issues des classes moyennes humiliées, d'anciens droit-commun; et ces brutes parvenaient à mettre au service de leur dessein toute une armature intellectuelle, à faire fonctionner toute une machinerie bureaucratique, administrative et technique. Il escomptait un fiasco qu'il souhaitait le plus rapide possible.

Mon état ecclésiastique semblait parfois faciliter les confidences. Certains de mes interlocuteurs se disaient qu'un homme de Dieu ne les trahirait jamais. Ils s'ouvraient donc à moi. Je me souviens d'un couvent de religieuses où je fus hébergé. Au mur j'aperçus un portrait de Hitler. Je ne fis aucun commentaire, mais c'est la supérieure qui tint à me rassurer. "C'est un paratonnerre" me dit-elle. Elle s'expliqua : "Chacune des soeurs de la Congrégation pourra vous le confirmer : nous avons toutes voté contre Hitler lors du dernier plébiscite d'août 1934." Ce vote intervenait après la mort du Maréchal président Hindenburg [....] Or contre toute attente, il y eut beaucoup de votes négatifs, à Hambourg, Berlin et dans les circonscriptions à majorité catholique. "Les nazis l'ont su, ajouta-t-elle, et c'est pour éviter de nouveaux internements que nous affichons ce portrait : il rassure les fonctionnaires du parti qui nous rendent visite !".

Aucun subterfuge toutefois n'a pu empêcher le clergé allemand d'être persécuté à son tour. Comment les nazis n'auraient-ils pas détesté les chrétiens ? Entre eux et nous, il y avait un fossé. L'Évangile enseigne l'amour du pauvre tandis que Hitler prônait la force. Dans les Béatitudes, l'Église enseigne le triomphe de la faiblesse, alors que la nazisme la vomit.

Des religieux engagés

L'encyclique de Pie XI, du 14 mars 1937, condamnait la barbarie et le racisme contenus dans la doctrine nationale-socialiste, avait déchaîné la fureur des nazis. Les nazis ne purent empêcher sa diffusion mais réagirent : les procès pour moeurs et trafic de devises se multiplièrent à l'encontre des catholiques. Faute de pouvoir attaquer l'Église, on tenta de la déshonorer.

Les mesures de vexation, puis les interdictions, se multiplièrent, selon une stratégie habilement organisée, sans affrontement frontal : telle organisation, tel mouvement confessionnel se trouvait interdit en Rhénanie, par exemple, mais la même institution restait autorisée en Silésie ! Telle revue catholique était supprimée en Bavière mais elle continuait d'être éditée et de paraître à Berlin. Sous ces apparences décousues, il s'agissait en réalité d'une véritable "mise au pas" (Gleichschaltung), progressant par paliers ... inexorablement. A aucun moment, les atteintes à la liberté de conscience, de culte, d'expression n'étaient suffisamment violentes et générales pour susciter une protestation d'ensemble. Les ecclésiastiques et les fidèles pouvaient croire qu'ils étaient l'objet de mesures locales et temporaires. Ainsi, Mgr von Galen, évêque de Münster, qui protesta publiquement contre les mesures d'euthanasie prises par le régime, ne fut pas inquiété. En revanche, de nombreux prêtres qui avaient fait connaître les déclarations de résistance de leur évêque furent déportés au camp de concentration de Dachau.

Je voyais bien, jour après jour, les menaces se multiplier. A Düsseldorf, lors de mon passage en 1935, la Gestapo avait arrêté six catholiques dont trois prêtres. Plusieurs revues de cette ville émanant des organisations d'Action catholique de la région rhénane venaient d'être interdites.

Les églises protestantes ne furent pas épargnées. Certaines d'entre elles ne furent pas insensibles à la propagande nazie qui dissimulait ses racines païennes et se donnait par ailleurs des airs conservateurs et patriotes. Bien entendu certains pasteurs se sont élevés contre ces mensonges. Dès 1933, le célèbre pasteur Niemöller avait refusé d'exclure de son Église les pasteurs non aryens. Ce fut le premier acte d'une résistance chrétienne de grande ampleur. Dans le courant de l'année 1938, j'appris que Niemöller avait été arrêté et envoyé dans un camp de concentration non loin de Berlin. Ému par ce drame, je me fis indiquer l'endroit ou habitait Mme Niemöller son épouse. La maison devait être surveillée mais je passai outre mes craintes. Elle me reçut aimablement [...] C'est par Mme Niemöller que j'appris quelques détails concernant la résistance de son mari et les circonstances qui avaient entouré son procès. Niemöller était un ancien officier de carrière, commandant de sous-marin, auteur de nombreux faits d'armes en 1914-1918. Il s'était distingué en torpillant plusieurs bâtiments alliés. C'est pourquoi les juges du tribunal essayèrent de le sauver, tentant d'obtenir de lui une rétractation : "Ne pourriez-vous pas, simplement, vous incliner devant la volonté de notre Führer ?" La réponse de Niemöller fut sans appel : "Je ne me suis jamais incliné devant personne sauf devant Dieu et devant les bâtiments étrangers que je venais de torpiller." Il fut donc envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen, avec - modeste consolation - un statut de prisonnier d'honneur. J'eus l'occasion de le retrouver après la guerre, très amaigri, mais toujours rayonnant.

Le jésuite Albert Delp (1907-1945), auteur d'une étude sur la philosophie de Heidegger, ou le grand théologien protestant Dietrich Bonhoeffer (1906-1945) feront partie des résistants de toutes opinions politiques, qui se réunissaient entre 1941 et 1943 dans la propriété du comte Helmut James von Moltke, à Kreisau, où se préparera l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler. Tout deux seront exécutés comme "conjurés" par Hitler en 1945.

Re: Pie XII et la shoah

par Vincentius » sam. 27 avr. 2019, 19:04

J'ai entendu il y a peu que le Vatican allait ouvrir ses archives sur le pontificat de Pie XII, je suppose que le délais de "prescription" est passé :?:

Personnellement d'après ce que j'ai lu, Pie XII a fait ce qu'il a pu, avec ses moyens limités, coincé entre ses devoirs de protection des catholiques allemands et la protection tout simplement humaniste des juifs. J'aurais bien voulu voir tous ceux qui l'on critiqué après (une fois qu'il ne fut plus de ce monde évidemment) si il avaient été à sa place. Et la propagande soviétique post-seconde guerre mondiale a fait aussi un gros travail de noircissement du personnage.

Critiquer un mort c'est facile, refaire le match de l'Histoire dans un période aussi tragique et difficile aussi.

https://www.vaticannews.va/fr/vatican/n ... enaux.html

Re: Pape Pie XII

par Fée Violine » ven. 19 oct. 2018, 13:45

Pie XII a fait tout ce qu'il a pu contre le nazisme, mais à lui seul il ne pouvait pas tout faire. Il a sauvé, paraît-il, environ 800 000 juifs.
Sa cause de béatification a été introduite, mais est bloquée tant que la lumière n'est pas entièrement faite sur son action pendant la guerre. Et comme son action, évidemment, était secrète, il faut du temps pour que tous les documents soient connus.

[sujets fusionnés]

Re: Pape Pie XII

par Pathos » jeu. 18 oct. 2018, 23:57

Pie XII a fait beaucoup pour les juifs. Plusieurs rabbins le considèrent comme Juste. 16 pages de discussion ici :

http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?t=39935

Pape Pie XII

par antoine75 » jeu. 18 oct. 2018, 16:45

Avec tous ces papes canonisés, on peut se demander si un jour le pape Pie XII le sera. Il a été reconnu vénérable par Benoit XVI. Mais pour moi, un pape a une influence non négligeable dans le monde et doit œuvrer pour la paix. En témoigne le saint Jean-Paul II qui a œuvré pour mettre un terme à la guerre froide avant qu'elle n'éclate en guerre ouverte. Pie XII pour moi, ne peut donc être saint car il n'a pas assez œuvré contre l'Allemagne nazi et éviter entre autre la Shoah.

Re: Pie XII et la shoah

par Fée Violine » jeu. 14 avr. 2016, 17:27

quelqu'un de timoré qui craignait de s'exprimer par peur des représailles envers ceux qu'il aurait voulu soutenir
C'est pourtant son cas, si j'ai bien compris. Mais ça s'appelle plutôt de la prudence.
Et il avait raison, car l'expérience a montré que les interventions de l'Église avaient plutôt tendance à amener des représailles : il y a eu cet évêque néerlandais dont l'intervention a été immédiatement suivie de la déportation des juifs du pays, en 1943. Et auparavant, l'intervention de Benoît XV en faveur des Arméniens avait été suivie d'une aggravation du génocide...

Re: Pie XII et la shoah

par Kerniou » lun. 11 avr. 2016, 15:03

Pendant longtemps, j"ai cru que Pie XII était quelqu'un de timoré qui craignait de s'exprimer par peur des représailles envers ceux qu'il aurait voulu soutenir. Il est vrai, par ailleurs que nulle part dans les nombreuses réunions auxquelles j'ai participé dans le cadre de l'Eglise, je n'ai entendu parler de l'oeuvre de Pie XII à l'égard des juifs pendant le guerre !
C'est grâce au forum que je l'ai appris.
MERCI !

Re: Pie XII et la shoah

par Cinci » dim. 10 avr. 2016, 21:22

Pièce supplémentaire (Pie XI, avant-guerre) :

"... ce fut l'honneur de l'Église que d'être au premier rang, d'être presque seule durant plusieurs années, dans la lutte contre les tyrans. Alors que dans les églises protestantes, la résistance à l'hitlérisme ne fut le fait que de quelques personnalités, tel l'admirable pasteur Niemoeller, les membres du clergé et de la hiérarchie catholique firent front, sinon à l'unanimité, du moins en très grand nombre. Mené par le cardinal Faulhaber de Munich, les évêques von Preising, von Galen, tous trois amis du cardinal Pacelli qui devait les élever à la pourpre quand il serait devenu le pape Pie XII, l'épiscopat mena une contre-offensive dont le courage fit impression.

On entendit par exemple, Mgr von Galen, de Munster, s'écrier, contre la thèse officielle de l'obéissance inconditionnelle à l'État : "Une obéissance qui asservir l'âme, qui viole le sanctuaire le plus intime de la liberté, la conscience, est un esclavage, le plus dégradant des esclavages. Elle est pire que le meurtre, car elle écrase la personne même de l'homme : elle tente de détruire sa ressemblance avec Dieu." De Fulda partirent sans cesse à destination du gouvernement, des protestations véhémentes contre la violation du Concordat, les violences envers l'Église. En janvier 1937, tous les évêques allemands signèrent une lettre collective assurant "qu'ils étaient prêts à donner à l'État ce qui lui revient et à soutenir le Fûhrer dans sa lutte, mais qu'ils exigeaient le respect des droits de l'Église". La résistance fut menée par les grands ordres, jésuites et dominicains, bénédictins - plusieurs furent arrêtés ou durent s'exiler - comme par les simples prêtres. Nombre d'entre eux montrèrent un courage admirable à dénoncer en pleine chaire l'hérésie raciste, ou à rappeler que le Christ était juif et la Bible un livre juif; le curé de Rostock, l'abbé Laffen, s'illustra par l'audace de son attitude, avant d'être jeté en prison.

Cet héroique mouvement, il va de soi que Pie XI l'appuya par tous les moyens. On a calculé que du 25 septembre 1933 au 26 juin 1936 seulement, le Saint-Siège envoya au gouvernement du Reich trente-quatre notes, trois mémoires, trois aide-mémoires, six communications, six notes, tous pour protester contre les violations du Concordat. Il n'y eut pour ainsi dire pas de jours où l'Osservatore Romano et le poste de Radio-Vatican ne dénoncent les doctrines du nazisme et ses violences, si bien que le journal romain fit saisi par la Gestapo et les émissions radio déclarées interdites.

Des condamnations du Saint-Office tombèrent sur les principaux ouvrages nationaux-socialistes, notamment ceux de Rosenberg et de Bergmann, A la lutte, Pie XI prit une part personnelle. Il saisit toutes les occasions, celles d'un discours de canonisation, celle d'un message adressé au cardinal Schulte, de Cologne, celles des audiences accordées à des pélerins allemands pour reprendre inlassablement ses protestations. "On veut déchristianiser l'Allemagne, criait-il, et la ramener à un paganisme barbare!" Ouvrant, au printemps 1936, l'exposition mondiale de la presse catholique, il allait plus loin encore, en comparant le national-socialisme et le bolchévisme l'un à l'autre "ennemis de toute vérité et de toute justice", identification que Hitler reçut comme un soufflet.

Cette attitude si ferme fit sensation dans le monde.

Au moment où l'ambassadeur de France André François Poncet notait avec une subtile ironie, que "le monde s'extasiait devant la réussite de Hitler et que la force d'attraction de son régime s'exerçait au-delà des bornes de son pays, le vieillard désarmé du Vatican, lui, tenait tête". La résistance catholique au nazisme fut le premier témoignage porté par le monde libre contre le dictateur brun. Répondant aux paroles du Pape, l'épiscopat américain prit position avec vigueur : le cardinal Mundelein de Chicago, parla en clair de persécutions nazies, de violations scandaleuses de la justice, s'étonant qu'une nation entière acceptât de courber l'échine devant une poignée de fripons. Une lettre collective de l'épiscopat américain dénonça le "néo-paganisme hitlérien, entreprise qui vise à déshonorer l'Église".

En vain, l'ambassadeur d'Allemagne protesta-t-il contre cette philippique auprès du cardinal Pacelli : celui-ci lui répondit en sortant de son tiroir le dossier soigneusement tenu à jour des violences nazies.

Mais Pie XI était résolu à aller plus loin encore. Après avoir fait venir à Rome en consultation les cardinaux allemands, il décida de lancer contre le national-socialisme une condamnation formelle. La façon dont il la publia ne manqua pas d'ironie, ni d'habileté politique. En même temps, il avait préparé une autre grande encyclique, consacrée au communisme, Divini Redemptoris, afin de bien marquer que l'Église était également hostile à l'un et l'autre totalitarisme. Mais il publia d'abord l'encyclique anti-marxiste, le 19 mars 1937, alors qu'elle était postérieure de quatre jours à l'autre. Aussi, la presse allemande eut-elle tout le loisir de se réjouir bruyamment : le pape avait enfin compris ! Il s'était rallié à la lutte allemande contre le bolchévisme! Mais le dimanche des Rameaux 21 mars, les curés allemands lurent en chaire le texte de Mit brennender Sorge, rédigé en allemand - pour la première fois de l'histoire - que des messagers secrets leur avaient apporté, ronéotypé, narguant Himmler et toute la Gestapo.

Le document pontifical, long, minutieux, énumérait toutes les erreurs doctrinales du national-socialisme, étatisme, racisme, nietzschéisme, paganisme. Il rappelait que l'Église n'a jamais eu de leçons d'heroisme à recevoir de personne et qu'elle était bien résolue à ne pas se laisser intimider. Un passage visait le "Dieu national" caricature du vrai Dieu. Il terminait par un raccourci magistral de la doctrine de l'Église en face de toutes les oppressions collectives. Et, pour préciser sa pensée, Pie XI fit publier, l'année suivante, le 13 avril 1938, un véritable Syllabus de l'"hérésie national-socialiste, faussement colorées du nom de science, qui ne proposent d'autre but que de pervertir les esprits et d'en arracher la vraie religion". Hitler accusa le coup, sentant bien qu'il n'avait pas le beau rôle. Une nouvelle vague de violence sévit contre l'Église, contre la hiérarchie, contre le clergé. Le cardinal Faulhaber fut insulté en public. La campagne de diffamation contre l'Église et contre les prêtres fut accentuée : de nouveaux procès pour cause de moeurs furent montés en épingle dans la presse nazie. Des centaines de fidèles furent envoyés dans des camps de concentration. Derechef l'évêque de Rottenburg vit son palais pillé et l'archevêque de Fribourg sa chapelle envahie et souillée. La Gestapo alla jusqu'à saisir des bannières des groupements catholiques représentant le Christ et la Vierge [...] cependant que la presse hitlérienne se déchaînait dans l'insulte et la calomnie.

Un épisode significatif montre aussi la résolution de Pie XI à ne pas céder devant la tyrannie nazie. Au lendemain de l'Anschluss (13 mars 1938) le cardinal Innitzer accepta de s'entendre avec le vainqueur et l'épiscopat autrichien publia un manifeste d'adhésion au régime nouveau. Pie XI fit aussitôt convoquer à Rome le cardinal qui fut reçu par le cardinal Pacelli, secrétaire d'État, avec une véhémence dont l'ambassadeur de France Charles Roux recueillit l'écho. Le cardinal comprit son erreur et, rentré à Vienne, prit la position qui s'imposait. Ce qui lui valut une manifestation "spontanée" de 200 000 nazis et une attaque en règle de son palais qui fut pillé, partiellement incendié, cependant que son secrétaire était jeté par les fenêtres et se fracturait les jambes. Une potence fut même dressée sur la place avec une pancarte : "Ici sera Innitzer". [...]"

Daniel-Rops, Un combat pour Dieu. 1870-1939, p. 532

Attitude du vénérable Pie XII durant la guerre

par Guillaume C. » dim. 14 févr. 2016, 17:05

Extrait d'une allocution du vénérable Pie XII à un groupe de représentants des divers mouvements de l'Action Catholique espagnole (20 février 1946): le Souverain pontife y revient sur son attitude pendant le conflit mondial qui vient de se terminer et en particulier sur l'épisode de la guerre qui a opposé le Reich allemand à l'Union soviétique :

« Attitude du pape durant la guerre.

Avec une exquise finesse de sentiment, votre interprète vient de rappeler Nos efforts pour soulager les innombrables et indicibles souffrances, misères et détresses dérivées de la guerre ; une fois de plus, Nous tenons à manifester Notre profonde reconnaissance envers les nations qui Nous ont prêté leur généreux concours en ces oeuvres de chrétienne charité. Il parlait aussi des messages et autres démarches multipliés par Nous en vue de défendre et promouvoir « les grands principes élémentaires de l'ordre moral, les droits de la vérité et de la justice », et il Nous assurait en même temps que, si « Notre voix n'a pas été toujours écoutée, jamais elle ne fut sans un écho profond dans les consciences ». Nous le croyons volontiers et chaque jour Nous en arrivent, des sources les plus variées comme les plus lointaines, de réconfortants témoignages.

En aucune occasion Nous n'avons voulu dire un seul mot qui fût injuste ni manquer à Notre devoir de réprouver toute iniquité, tout acte digne de réprobation, en évitant néanmoins, alors même que les faits l'eussent justifiée, telle ou telle expression qui fût de nature à faire plus de mal que de bien, surtout aux populations innocentes courbées sous la férule de l'oppresseur. Nous avons eu la préoccupation constante d'enrayer un conflit si funeste à la pauvre humanité. C'est pour cela, en particulier, que Nous Nous sommes gardé, malgré certaines pressions tendancieuses, de laisser échapper de Nos lèvres ou de Notre plume une seule parole, un seul indice d'approbation ou d'encouragement en faveur de la guerre entreprise contre la Russie en 1941. Assurément, nul ne saurait compter sur notre silence dès lors que sont en jeu la foi ou les fondements de la civilisation chrétienne. Mais, d'autre part, il n'est aucun peuple à qui Nous ne souhaitions avec toute la sincérité de Notre âme de vivre dans la dignité, dans la paix, dans la prospérité à l'intérieur de ses frontières. Ce que Nous avons eu toujours en vue dans toutes les manifestations de Notre pensée et de Notre volonté, c'était de reconduire les peuples du culte de la force au respect du droit et de promouvoir entre tous la paix, paix juste et solide, paix apte à garantir à tous une vie au moins tolérable. »

ici

Re: Le vénérable Pie XII et la condamnation du national-socialisme

par Guillaume C. » mer. 27 janv. 2016, 18:52

Pie XII et la seconde guerre mondiale par le R.P. Pierre Blet (*) - page 119 :

" La fortune des armes avait changé de camp depuis l'arrivée des Anglo-Américains en Afrique du Nord, puis en Italie, et un équilibre provisoire des forces aurait pu conduire à des négociations si les dirigeants du Reich n'avaient pas été prisonniers d'une idéologie avec laquelle leurs adversaires refusaient tout compromis.

Weizsäcker [ambassadeur du Reich national-socialiste auprès du Saint-Siège, NDLR], pourtant, cherchait, à travers le Vatican, à prendre contact avec les Alliés, dans l'espoir de ménager à son pays une paix de compromis. Il comptait aussi que le thème du péril soviétique lui faciliterait l'audience du pape et de ses collaborateurs.

Reçu par le cardinal Maglione [secrétaire d'Etat de Pie XII, NDLR] le 6 janvier 1944, il évoqua la conférence tenue à Moscou en octobre 1943 par les Anglo-Américains et les Soviets et se lamenta de l'aveuglement des premiers devant les dangers d'une victoire russe :
« Si l'Allemagne, rempart contre le bolchevisme, devait succomber, l'Europe entière deviendrait communiste. »

À quoi le cardinal de répondre :
« Quel malheur qu'avec sa politique antireligieuse, l'Allemagne ait suscité des préoccupations aussi graves. » "


(*) Prêtre jésuite (ordonné en 1950), le R.P. Pierre Blet a été appelé à Rome en 1959 pour enseigner l’histoire de l’Église à l’université Grégorienne. À la demande du pape Jean XXIII il met en chantier, en 1961, la publication des Acta Nunciaturae Gallicae sur la correspondance des nonces apostoliques en France ; il la poursuivra jusqu’à la fin (15 volumes). Pendant 17 ans il enseigne également l’histoire de la diplomatie pontificale à l’Académie pontificale ecclésiastique (où est formé le personnel diplomatique du Saint-Siège). Le R.P. Pierre Blet est un des quatre historiens auxquels Paul VI ouvre les archives du Vatican en 1964 pour qu’ils en publient les documents concernant l’attitude du Saint-Siège durant la Seconde Guerre mondiale.

Re: Le vénérable Pie XII et la condamnation du national-socialisme

par Guillaume C. » mer. 27 janv. 2016, 18:49

http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/es/cct.htm

(descendre à l'allocution prononcée le 2 juin 1945)

Le vénérable Pie XII et la condamnation du national-socialisme

par Guillaume C. » mer. 27 janv. 2016, 13:48

DISCOURS AU SACRÉ COLLÈGE A L'OCCASION DE LA FÊTE DE SAINT EUGÈNE Ier (2 juin 1945) (1)

Dans ce discours, le Saint-Père revient sur la condamnation du national-socialisme et la persécution religieuse infligée aux catholiques d'Allemagne :

En accueillant, Vénérables Frères, avec une vive gratitude les souhaits que Nous a offerts en votre nom à tous, le vénérable et très aimé doyen du Sacré Collège, Notre pensée Nous reporte à quelque six années en arrière, alors qu'en cette même circonstance vous Nous présentiez vos voeux de fête, pour la première fois après l'élévation de Notre indigne personne à la Chaire de Pierre.

Le monde était alors encore en paix : mais quelle paix ! et combien précaire ! Le coeur rempli d'angoisse, avec perplexité et en priant, Nous Nous penchions sur cette paix, comme on se penche au chevet d'un agonisant, qu'un ardent amour s'obstine à disputer, même contre toute espérance, aux étreintes de la mort.

Dans les paroles que Nous vous avons alors adressées (2) transparaissait Notre douloureuse appréhension pour le déchaînement d'un conflit, qui semblait devenir de plus en plus menaçant, et dont personne n'aurait pu prévoir ni l'extension ni la durée.

Les événements qui se sont déroulés depuis n'ont que trop démontré la justesse de Nos prévisions les plus sombres ; ils les ont même de beaucoup dépassées.

Aujourd'hui, après bientôt six ans, les luttes fratricides ont cessé, au moins dans une partie de ce monde dévasté par la guerre.

C'est une paix — s'il est permis de l'appeler ainsi — bien fragile encore et qui ne pourra se maintenir et se consolider qu'au prix de soins assidus ; une paix dont la sauvegarde impose à toute l'Eglise, au Pasteur et au troupeau, de graves et très délicats devoirs : prudence patiente, fidélité courageuse, esprit de sacrifice ! Tous sont appelés à s'y consacrer, chacun dans son emploi et à sa place. Personne ne pourra jamais y apporter trop d'empressement ni trop de zèle.

Quant à Nous et à Notre ministère apostolique, Nous Nous sentons bien assuré, Vénérables Frères, de pouvoir compter sur votre sage collaboration, sur vos incessantes prières, sur votre dévouement inébranlable.

I L'EGLISE ET LE NATIONAL-SOCIALISME

En Europe la guerre est finie : mais quels stigmates elle y a imprimés ! Le divin Maître avait dit : « Tous ceux qui mettront injustement la main à l'épée périront par l'épée » (cf. Matth. Mt 26,52). Or, que voyez-vous ?

Vous voyez ce que laissent derrière elles une conception et une action de l'Etat qui ne tiennent aucun compte des sentiments les plus sacrés de l'humanité, qui foulent aux pieds les principes inviolables de la foi chrétienne. Le monde entier contemple aujourd'hui, stupéfait, l'écroulement qui en est la conséquence.

Cet écroulement, Nous l'avions vu venir de loin, et bien peu, croyons-Nous, ont suivi avec une plus grande tension d'esprit l'évolution et le rythme précipité de cette chute inévitable. Plus de douze années, qui comptent parmi les meilleures de Notre âge mûr, Nous avons vécu, par devoir de la charge qui Nous était confiée, au milieu du peuple allemand. Durant cette période, avec la liberté que permettaient les conditions politiques et sociales d'alors, Nous Nous sommes employé à consolider la situation de l'Eglise catholique en Allemagne. Nous eûmes ainsi l'occasion de connaître les grandes qualités de ce peuple et Nous Nous trouvâmes en relations personnelles avec ses meilleurs représentants. C'est pourquoi Nous avons confiance qu'il pourra s'élever une fois encore à une nouvelle dignité et à une nouvelle vie, quand il aura repoussé de lui le spectre satanique exhibé par le national-socialisme et quand les coupables (comme Nous avons déjà eu l'occasion de l'exposer d'autres fois) auront expié les crimes qu'ils ont commis.

Tant qu'il restait encore une lueur d'espoir que ce mouvement pût prendre une tournure différente et moins pernicieuse, soit par la résipiscence de ses membres plus modérés, soit par une opposition efficace de la partie non consentante du peuple allemand, l'Eglise a fait tout ce qui était en son pouvoir pour opposer une digue puissante à l'envahissement de ces doctrines aussi délétères que violentes.

a) Le Concordat avec l'Allemagne.

Au printemps de 1933, le gouvernement allemand pressa le Saint-Siège de conclure un concordat avec le Reich, idée qui rencontra aussi l'assentiment de l'épiscopat et de la plus grande partie tout au moins des catholiques allemands. En effet, ni les concordats déjà conclus avec quelques Etats particuliers de l'Allemagne (Lander) ni la Constitution de Weimar ne leur semblaient assurer et garantir suffisamment le respect de leurs convictions, de leur foi, de leurs droits et de leur liberté d'action. Dans de telles conditions, ces garanties ne pouvaient être obtenues qu'au moyen d'un accord, dans la forme solennelle d'un Concordat avec le gouvernement central du Reich. Il faut ajouter qu'après la proposition faite par celui-ci la responsabilité de toutes les conséquences douloureuses seraient retombées, en cas de refus, sur le Saint-Siège.

b) Persécution religieuse et violation du Concordat.

Ce n'est pas que, de son côté, l'Eglise se laissât leurrer par d'excessives espérances ou que, en concluant le Concordat, elle entendît approuver de quelque manière que ce soit, la doctrine et les tendances du national-socialisme, comme déclaration et explication en furent alors expressément données (3). Toutefois il faut reconnaître que le Concordat, dans les années suivantes, procura quelque avantage ou du moins empêcha des maux plus grands. En effet, malgré toutes les violations dont il fut bientôt l'objet, il laissait aux catholiques une base juridique de défense, un camp où se retrancher pour continuer à affronter, tant qu'il leur serait possible, le flot toujours croissant de la persécution religieuse.

En fait, la lutte contre l'Eglise allait toujours s'aggravant : c'était la destruction des organisations catholiques ; c'était la suppression progressive des écoles catholiques, publiques et privées, si florissantes ; c'était la séparation forcée de la jeunesse d'avec la famille et l'Eglise ; c'était l'oppression exercée sur la conscience des citoyens, particulièrement des employés de l'Etat ; c'était le dénigrement systématique, au moyen d'une propagande habilement et rigoureusement organisée, de l'Eglise, de son clergé, de ses fidèles, de ses institutions, de sa doctrine, de son histoire ; c'était la fermeture, la dissolution, la confiscation de maisons religieuses et d'autres institutions ecclésiastiques ; c'était l'anéantissement de la presse et de l'édition catholiques.

Pous résister à ces attaques, des millions de vaillants catholiques, hommes et femmes, se serraient autour de leurs évêques, dont la voix courageuse et sévère ne manqua jamais de se faire entendre jusqu'en ces dernières années de guerre ; autour de leurs prêtres, pour les aider à adapter sans cesse leur apostolat aux nécessités et aux circonstances nouvelles ; jusqu'à la fin, avec patience et fermeté, ils opposèrent au front de l'impiété et de l'orgueil le front de la foi, de la prière, de la conduite et de l'éducation franchement catholiques.

c) L'encyclique «- Mit brennender Sorge ».

Pendant ce temps, le Saint-Siège, sans hésiter, multipliait auprès des gouvernants allemands ses instances et ses protestations, les rappelant avec énergie et précision au respect et à l'accomplissement des devoirs dérivant du droit naturel lui-même et confirmés par le Concordat. Dans ces années critiques, Notre grand prédécesseur Pie XI, joignant à la vigilance attentive du Pasteur la patiente longanimité du Père, remplit avec une force intrépide sa mission de Pontife suprême.

Lorsque néanmoins, après avoir vainement essayé toutes les voies de la persuasion, il se vit de toute évidence aux prises avec les violations délibérées d'un pacte officiel et d'une persécution religieuse, dissimulée ou manifeste, mais toujours durement menée, le dimanche de la Passion 1937, dans son encyclique Mit brennender Sorge (4), il dévoila au regard du monde ce que le national-socialisme était en réalité : l'apostasie orgueilleuse de Jésus-Christ, la négation
de sa doctrine et de son oeuvre rédemptrice, le culte de la force, l'idolâtrie de la race et du sang, l'oppression de la liberté et de la dignité humaine.

Comme un coup de trompette qui donne l'alarme, le document pontifical, vigoureux — trop vigoureux, comme le pensait déjà plus d'un — fit sursauter les esprits et les coeurs.

Beaucoup — même hors des frontières de l'Allemagne — qui, jusqu'alors, avaient fermé les yeux sur l'incompatibilité de la conception nationale-socialiste et de la doctrine chrétienne, durent reconnaître et confesser leur erreur.

Beaucoup, mais pas tous ! D'autres, dans les rangs mêmes des fidèles, étaient par trop aveuglés par leurs préjugés ou séduits par l'espoir d'avantages politiques. L'évidence des faits signalés par Notre prédécesseur ne réussit pas à les convaincre, encore moins à les décider à changer de conduite. Est-ce une simple coïncidence ? Certaines régions, qui furent ensuite les plus durement frappées par le système national-socialiste, furent précisément celles où l'encyclique Mit brennender Sorge avait été le moins ou même n'avait été aucunement entendue.

Aurait-il été possible alors de freiner une fois pour toutes, par des mesures politiques opportunes et adaptées, le déchaînement de la violence brutale et de mettre le peuple allemand en état de se dégager des tentacules qui l'étreignaient ? Aurait-il été possible d'épargner de cette manière à l'Europe et au monde l'invasion de cette immense marée de sang ? Personne n'oserait se prononcer avec certitude. En tout cas, pourtant, personne ne pourrait reprocher à l'Eglise de n'avoir pas dénoncé et indiqué à temps le vrai caractère du mouvement national-socialiste et le danger auquel il exposait la civilisation chrétienne.

« Quiconque érige la race, ou le peuple, ou l'Etat, ou une de ses formes déterminées, les dépositaires du pouvoir ou d'autres éléments fondamentaux de la société humaine... en règle suprême de tout, même des valeurs religieuses, et les divinise par un culte id'olâtrique, celui-là pervertit et fausse l'ordre des choses créé et voulu par Dieu. » (5)

Cette phrase de l'encyclique résume bien l'opposition radicale qui existe entre l'Etat national-socialiste et l'Eglise catholique. Au point où en étaient venues les choses, l'Eglise ne pouvait plus, sans
manquer à sa mission, renoncer à prendre position devant le monde entier. Par cet acte, pourtant, elle devenait, une fois de plus, un « signe de contradiction » (Lc 11,34), devant lequel les esprits s'affrontèrent et prirent position en deux groupes opposés.

Les catholiques allemands, on peut le dire, furent d'accord pour reconnaître que l'encyclique Mit brennender Sorge avait apporté lumière, direction, consolation, réconfort à tous ceux qui prenaient au sérieux et pratiquaient de manière conséquente la religion du Christ.

d) Hostilité croissante contre l'Eglise.

La réaction, pourtant, ne pouvait faire défaut de la part de ceux qui avaient été frappés ; et, de fait, l'année 1937 fut précisément, pour l'Eglise catholique en Allemagne, une année d'indicibles amertumes et de tempêtes terribles.

Les grands événements politiques qui marquèrent les deux années suivantes et ensuite la guerre n'atténuèrent aucunement l'hostilité du national-socialisme contre l'Eglise, hostilité qui se manifesta jusqu'en ces derniers mois, quand ses adhérents se flattaient encore de pouvoir, la victoire militaire une fois remportée, en finir pour toujours avec l'Eglise. Des témoignages autorisés et incontestables Nous tenaient informé de ces desseins ; ceux-ci, du reste, se dévoilaient d'eux-mêmes par les mesures réitérées et toujours plus hostiles prises contre l'Eglise catholique en Autriche, en Alsace-Lorraine et surtout dans les régions de la Pologne qui, déjà pendant la guerre, avaient été incorporées à l'ancien Reich ; tout y fut frappé, anéanti ; tout, c'est-à-dire tout ce qui pouvait être atteint par la violence extérieure.

e) Les messages du pape durant la guerre.

Continuant l'oeuvre de Notre prédécesseur, Nous n'avons pas cessé, Nous-même, durant la guerre, spécialement dans Nos messages, d'opposer les exigences et les règles indéfectibles de l'humanité et de la foi chrétienne aux applications dévastatrices et inexorables de la doctrine nationale-socialiste, qui en arrivaient à employer les méthodes scientifiques les plus raffinées pour torturer ou supprimer des personnes souvent innocentes. C'était là, pour Nous, le moyen le plus opportun et, pourrions-Nous dire, le seul efficace de proclamer devant le monde les principes immuables de la 'loi morale et d'affermir, parmi tant d'erreurs et de violences, les esprits et les coeurs des catholiques allemands dans l'idéal supérieur de la vérité et de la justice. Cette sollicitude ne resta pas sans effet. Nous savons, en effet, que Nos messages, surtout celui de Noël 1942, malgré toutes les défenses et tous les obstacles, furent pris comme sujets dans les conférences diocésaines du clergé en Allemagne et ensuite exposés et expliqués au peuple catholique.

Mais si les dirigeants de l'Allemagne avaient résolu de détruire aussi l'Eglise catholique dans l'ancien Reich, la Providence en avait disposé autrement. Les tribulations infligées à l'Eglise par le national-socialisme se sont terminées avec la fin soudaine et tragique du persécuteur !

f) Dans les camps de concentration.

Des prisons, des camps de concentration, des bagnes affluent maintenant, avec les détenus politiques, les phalanges de ceux, tant clercs que laïques, dont l'unique crime fut la fidélité au Christ et à la foi de leurs pères ou l'accomplissement courageux des devoirs sacerdotaux. Pour eux tous, Nous avons ardemment prié et Nous Nous sommes appliqué par tous les moyens, chaque fois que ce fut possible, à leur faire parvenir Nos paroles de réconfort et les bénédictions de Notre coeur paternel.

En effet, plus se lèvent les voiles qui cachaient jusqu'à maintenant la douloureuse passion de l'Eglise sous le régime national-socialiste, plus apparaissent la fermeté, souvent inébranlable jusqu'à la mort, d'innombrables catholiques et la part glorieuse que le clergé a eue dans ce noble combat. Bien que nous ne possédions pas encore de statistiques complètes, Nous ne pouvons pas pourtant Nous abstenir de mentionner ici, à titre d'exemple, quelques-unes au moins des nombreuses nouvelles qui Nous parviennent de prêtres et de laïques internés au camp de Dachau, qui furent dignes d'endurer des affronts pour le nom de Jésus (Ac 5,41).

En première place, pour le nombre et pour la dureté des traitements subis, se trouvent les prêtres polonais. Entre 1940 et 1945, 2800 ecclésiastiques et religieux de ce pays furent emprisonnés dans ce camp, parmi lesquels l'évêque auxiliaire de Plock, qui y mourut du typhus. En avril dernier, il en restait seulement 816 ; tous les autres étaient morts, à l'exception de deux ou trois transférés dans un autre camp. Durant l'été de 1942, on y signala rassemblés 480 ministres du culte de langue allemande dont 45 protestants et tous les autres prêtres catholiques. Malgré l'afflux continuel de nouveaux internés, spécialement de quelques diocèses de Bavière, de Rhénanie et de Westphalie, leur nombre, en raison de la forte mortalité, ne dépassait pas, au début de cette année, 350. Et on ne peut passer sous silence ceux qui appartenaient aux territoires occupés : Hollande, Belgique, France (parmi eux l'évêque de Clermont), Luxembourg, Slovénie, Italie. Beaucoup de ces prêtres et de ces laïques ont eu à supporter d'indicibles tourments à cause de leur foi et de leur vocation. En une occasion, la haine des impies contre l'Eglise en vint au point de parodier sur un prêtre interné avec des fils de fer barbelés la flagellation et le couronnement d'épines du Rédempteur.

Les victimes généreuses qui, durant douze ans, depuis 1933, en Allemagne, ont fait au Christ et à son Eglise le sacrifice de leurs biens, de leur liberté, de leur vie, élèvent vers Dieu leurs mains en une oblation expiatoire. Puisse le juste Juge l'agréer en réparation de tant de crimes commis contre l'humanité, non moins qu'au détriment du présent et de l'avenir de leur propre peuple, spécialement de l'infortunée jeunesse, et abaisser finalement le bras de son ange exterminateur.

Avec une insistance toujours croissante, le national-socialisme a prétendu dénoncer l'Eglise comme ennemie du peuple allemand. L'injustice manifeste de l'accusation aurait frappé au plus vif les sentiments des catholiques allemands et les Nôtres si elle était sortie d'autres lèvres ; mais sur celles de tels accusateurs, loin d'être une charge, elle est le témoignage le plus éclatant et le plus flatteur de l'opposition ferme et constante, soutenue par l'Eglise contre des doctrines et des méthodes si pernicieuses pour le bien de la vraie civilisation et du peuple allemand lui-même. A celui-ci Nous souhaitons que, délivré de l'erreur qui l'a précipité dans l'abîme, il puisse retrouver son salut aux sources pures de la vraie paix et du vrai bonheur, aux sources de la vérité, de l'humilité, de la charité, qui ont jailli avec l'Eglise du Coeur du Christ.

II REGARDS VERS L'AVENIR

Dure leçon que celle de ces dernières années ! Qu'au moins elle soit comprise et qu'elle profite aux autres nations ! « Instruisez-vous, vous qui jugez la terre ! (Ps 2,10). C'est le voeu le plus ardent de quiconque aime sincèrement l'humanité. Victime d'une exploitation impie, d'un cynique mépris de la vie et des droits de l'homme, celle-ci n'a qu'un désir, elle n'aspire qu'à une seule chose : mener une vie tranquille et pacifique dans la dignité et l'honnête labeur.

C'est pourquoi elle désire ardemment qu'on mette un terme à l'effronterie avec laquelle la famille et le foyer domestique ont été maltraités et profanés durant les années de guerre ; effronterie qui crie vers le ciel, qui s'est transformée en un des plus graves dangers non seulement pour la religion et la morale, mais aussi pour toute vie bien ordonnée de la communauté humaine ; faute qui, surtout, a créé les multitudes de déracinés, de déçus, de désolés sans espoir qui vont grossir les masses de la révolution et du désordre, à la solde d'une tyrannie non moins despotique que celle qu'on a voulu abattre.

a) Sort des nations. Victoire du droit.

Les nations, les petites et les moyennes en particulier, réclament qu'il leur soit permis de prendre en main leurs propres destins. Elles peuvent être conduites à contracter, de leur plein gré et dans l'intérêt du progrès commun, des obligations qui modifient leurs droits souverains. Mais après avoir supporté leur part, leur large part de sacrifices pour détruire le système de la violence brutale, elles sont en droit de ne pas accepter que leur soit imposé un nouveau système politique ou culturel, que la grande majorité de leurs populations repousse résolument.

Elles pensent, et avec raison, que le devoir principal des organisateurs de la paix est de mettre fin au jeu criminel de la guerre et de protéger les droits vitaux et les devoirs réciproques entre les grands et les petits, entre les puissants et les faibles.

Au fond de leur conscience, les peuples sentent que leurs dirigeants se discréditeraient si, au délire fou d'une hégémonie de la force, ils ne faisaient pas succéder la victoire du droit. La pensée d'une nouvelle organisation de la paix a jailli — personne ne pourrait en douter — du vouloir le plus droit et le plus loyal. Toute l'humanité suit, anxieuse, le progrès d'une aussi noble entreprise. Quelle amère déception ce serait si elle venait à échouer, si tant d'années de souffrances et de privations étaient rendues vaines pour laisser triompher de nouveau cet esprit d'oppression, dont le monde espérait se voir finalement libéré pour toujours ! Pauvre monde, auquel pourrait s'appliquer alors la parole de Jésus : que sa nouvelle situation est devenue pire que celle dont il était sorti avec tant de peine ! (cf. Luc, Lc 11,24-26).

Les conditions politiques et sociales mettent sur Nos lèvres ces paroles d'avertissement. Nous avons malheureusement dû déplorer, en plus d'un pays, des meurtres de prêtres, des déportations de civils, des massacres de citoyens exécutés sans procès ou par vengeance privée. Non moins tristes sont les nouvelles qui Nous sont parvenues de la Slovénie et de la Croatie.

Mais Nous ne voulons pas perdre courage. Les discours prononcés par des hommes autorisés et responsables au cours de ces dernières semaines laissent comprendre qu'ils ont en vue la victoire du droit, non seulement comme but politique, mais encore plus comme devoir moral.

b) Appel à la prière.

C'est pourquoi Nous adressons de grand coeur à Nos fils et à Nos filles du monde entier un chaleureux appel à la prière. Qu'il parvienne à l'oreille de tous ceux qui reconnaissent en Dieu le Père très aimant de tous les hommes créés à son image et ressemblance, de tous ceux qui savent que dans la poitrine du Christ bat un Coeur divin riche en miséricorde, source profonde et inépuisable de tout bien et de tout amour, de toute paix et de toute réconciliation.

De la trêve des armes à la paix vraie et sincère, comme Nous le disions il n'y a pas longtemps, le chemin sera ardu et long, trop long pour les aspirations anxieuses d'une humanité affamée d'ordre et de calme. Mais il est inévitable qu'il en soit ainsi. Et peut-être aussi préférable. Il faut d'abord laisser s'apaiser l'ouragan des passions surexcitées : Motos praestat componere fluctus, « mieux vaut que s'apaise l'agitation des flots » (7). Il est nécessaire que la haine, la défiance, les excitations d'un nationalisme extrême cèdent la place à l'élaboration de sages conseils, à Péclosion de desseins pacifiques, à la sérénité dans les échanges de vues et à la mutuelle compréhension fraternelle.

c) Que le Saint-Esprit guide les constructeurs de la paix!

Daigne le Saint-Esprit, lumière des intelligences, doux Maître des coeurs, exaucer les prières de son Eglise et guider dans leur travail


difficile ceux qui, selon leur haute mission, s'efforcent sincèrement, malgré les obstacles et les contradictions, d'arriver au terme si universellement, si ardemment désiré : la paix, la vraie paix, digne de ce nom. Une paix qui se fonde et trouve sa fermeté dans la sincérité et dans la loyauté, dans la justice et dans la réalité ; une paix d'effort loyal et résolu pour vaincre ou prévenir les conditions économiques et sociales qui pourraient, à l'avenir comme par le passé, conduire facilement à de nouveaux conflits armés ; une paix qui puisse être approuvée par tous les esprits droits de tous les peuples et de toutes les nations ; une paix que les générations futures puissent considérer avec reconnaissance comme le fruit heureux d'un temps malheureux ; une paix qui marque dans les siècles un tournant décisif dans l'affirmation de la dignité humaine et de l'ordre dans la liberté ; une paix qui soit comme la grande Charte qui a fermé l'ère sombre de la violence ; une paix qui, sous la conduite miséricordieuse de Dieu, nous fasse passer à travers la prospérité temporelle, de manière à ne pas perdre le bonheur éternel (8).

Mais avant d'atteindre cette paix, il est vrai que des millions d'hommes, dans leur foyer ou à la guerre, dans la prison ou dans l'exil, doivent encore goûter l'amertume du calice. Comme il Nous tarde de voir la fin de leurs souffrances et de leurs angoisses, la réalisation de leurs désirs ! Pour eux aussi, pour toute l'humanité qui souffre avec eux et en eux, que monte vers le Tout-Puissant Notre prière humble et ardente.

En attendant, ce Nous est un immense réconfort, Vénérables Frères, de penser que vous prenez part à Nos soucis, à Nos prières, à Nos espoirs, et que dans le monde entier, évêques, prêtres, fidèles joignent leurs supplications aux Nôtres dans la grande voix de l'Eglise universelle. En témoignage de Notre profonde gratitude et comme gage des miséricordes infinies et des faveurs divines, à vous-mêmes, à eux, à tous ceux qui Nous sont unis dans le désir et dans la recherche de la paix, Nous accordons du fond du coeur Notre Bénédiction apostolique.

(2) Cf. Documents Pontificaux 1939, p. 112.
(3) Cf. VOsservatore Romano du 2 juillet 1933. Voir dans La Documentation catholique, t. XXX, 1933, col. 506, la traduction de ce document dans l'étude consacrée au Concordat du 20. 7. 33 entre le Saint-Siège et le Reich allemand (n° spécial 672).
(4) Cf. La Documentation catholique, t. XXXVII, 1937, col. 901.
(5) A. A. S., 29, 1937, pp. 149 et 171.
(6) Cf. La Documentation catholique, 1945, col. 353 et 457.
(7) Virgile, Enéide, 1, 135.
(8) Cf. Oraison du IIIe dimanche après la Pentecôte.

Source : clerus.org

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