La crise dans l'Eglise : de quoi s'agit-il ?

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Re: La crise dans l'Eglise : de quoi s'agit-il ?

par Cinci » lun. 06 janv. 2020, 14:24

Je reliais ces quelques lignes de Jean-Paul II. Et, je me disais, on y retrouverait bien comme un écho des préoccupations d'un Jacques Maritain de naguère. Et c'est pourtant très actuel.

Si je résume :

La "crise" tiendrait au fait que la vie sociale et la culture (la science au premier chef, l'université, etc.) vont pouvoir se vivent désormais comme dans un rapport d'opposition ou d'affrontement avec l'Église (ici je parle de la foi, le contenu de foi à transmettre) au lieu de s'établir dans un rapport harmonieux de complémentarité. Il manque comme l'existence d'une grande pensée synthétique (précisément ce que le thomisme représentait au Moyen-Âge), apte à réaliser une sorte d'alliance crédible pour tous entre la foi et la science.

La science institutionnelle, professionnalisée et ultra spécialisée, représente une force qui tend à dissoudre, cloisonner, faire éclater, faire perdre de vue l'ensemble de ce qui serait vraiment nécessaire aux hommes pour bien vivre (*); de même que l'enfermement dans les moyens techniques (technocratie, efficacité, etc.)


Les gens sont pénétrés de l'idée que le bonheur se trouverait en dehors de l'Église. loin de l'Église. Ainsi, nous aurons la foi ou la transcendance d'un bord, la vie réelle de l'autre. Donc : fossé, hiatus, cloisonnement, manque de cohérence. Nous obtiendrons des gens qui vont se dire qu'ils ont la foi et tout en trouvant "normal' de se trouver eux-mêmes en contradiction avec l'Église, avec ses enseignements, son discours, ses normes, etc.

___
(*) Référence ici à la "vie heureuse" des philosophes de l'Antiquité cf. la bonne vie. A quoi je pourrais ajouter qu'une vie qui est bonne (morale, vertueuse; entrant dans la catégorie du beau) ne pourrait pas être une vie qui se contenterait de pain. L'homme ne vit pas que de pain seulement.

[Aux intervenants de ce fil : le hors sujet sur Le Christ reviendra à la fin des temps pour juger les vivants et les morts a été extrait de ce fil; vous le trouverez dans Écritures Saintes, ici : http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 8c#p413466
Rappel : N'hésitez pas à ouvrir un fil pour aborder un autre sujet plutôt que de mêler les sujets et problématiques.]

Re: La crise dans l'Eglise : de quoi s'agit-il ?

par Cinci » lun. 06 janv. 2020, 13:20

Divergence entre ordre scientifique et ordre moral

La divergence entre l'ordre scientifique et l'ordre moral est un drame de notre temps. L'homme cherche à dominer le monde; mais il n'est pas encore maître de lui-même. Ce sont les valeurs éthiques qui sont la voie pour assurer le salut de la société contemporaine.

Ceux qui scrutent attentivement la culture d'aujourd'hui dans l'ordre éthique peuvent constater à quel point est vrai ce que saint Thpmas appelle l'angoisse des savants, au moment ou ceux-ci ne trouvent pas de solutions aux ultimes requêtes de l'homme. L'angoisse moderne dérive du fait que notre civilisation n'offre pas à l'homme la voie juste. Tant d'hommes de notre temps se trouvent égarés sur des sentiers qui ne débouchent nulle part.

[...]

Le XX ième siècle marque l'heure des grandes conquêtes de l'homme, mais porte aussi la responsabilité d'avoir déchaîné de graves désordres et holocaustes. L'homme de notre temps a découvert la valeur de la vie, mais il est encore sous divers aspects dépendants d'une culture de mort.

Du point de vue de la morale chrétienne, nous ne pouvons manquer de dénoncer les attentats contre la vie humaine, contre la dignité de la famille, contre les valeurs spirituelles et morales de l'homme, l'indifférence religieuse, le matérialisme athée. Au sein de cette réalité, le chrétien est conscient de devoir agir à contre-courant, d'avoir à être cohérent dans sa vie avec ce qu'il professe dans sa foi.

[...]

Les grandes crises de l'histoire sont le résultat des déviations des hommes sur leur chemin. L'homme moderne, fier de sa propre raison et confiant en ses propres forces, a accepté de vivre seul, en sécularisant son existence. En plus de la perte du fondement transcendant, sans lequel l'homme reste suspendu dans le vide, il a porté jusqu'à l'exaspération son autonomie propre.

Le sécularisme

Ce qui saute aux yeux, c'est en premier lieu, la grave fracture qui s'est crée à notre époque entre l'Église et la société. Il s'agit d'une division entre la proposition de foi et le style de vie, laquelle est devenue coutume, fait politique et culturel. Nous appelons "sécularisme" une telle divergence qui, en relation avec de multiples autres facteurs, a pour ainsi dire modelé un nouveau visage de la société moderne, marqué surtout par le désintérêt et le manque d'attention à l'égard du message chrétien. La société sécularisée, en plus d'autres connotations, a celle d'exalter les réalités terrestres au point d'affirmer leur absolue autonomie par rapport aux valeurs religieuses et aux instances de la transcendance.


- Jean-Paul II, N'ayons pas peur de la vérité, Bayard/Éditions Centurion, 1995, p. 60

Re: La crise dans l'Eglise : de quoi s'agit-il ?

par Cinci » ven. 03 janv. 2020, 22:49

Encore ...
Les adversaires du philosophe depuis 1936 saluent, non sans perfidie, ce qu'ils interprètent comme une révision de ses thèses initiales. "C'est une stupidité et une calomnie, s'indignera Maritain; je tiens plus que jamais à toutes les positions d'Humanisme intégral, c'est de la crise actuellement subie par l'intelligence et par la foi que je m'occupe dans Le Paysan (crise beaucoup plus grave que bien des clercs ne veulent le voir)".

Henry Bars souligne dans la Revue thomiste la cohérence de la pensée et de l'action du philosophe, d'Humanisme intégral au Paysan de la Garonne, l'un et l'autre n'étant qu'une même réponse apportée au malaise des chrétiens, aux difficultés de leurs conditions temporelles, un même effort pour découvrir et élaborer un équipement intellectuel qui se fonde à la fois sur la doctrine de saint Thomas et sur l'ajustement de celle-ci aux problèmes du temps. "Le malheur, c'est que nombre de partisans de l'Humanisme intégral se préoccupent apparemment fort peu de cet équipement-là", souligne Bars, pour qui une série d'interprétations contradictoires ont abouti à faire de cet humanisme "un cocktail dont le triomphalisme de l'après-Concile nous a permis de goûter la saveur".

Tiré de id., Jacques et Raïssa Maritain. Les mendiants du Ciel, p. 490
En quelque sorte, le foyer de la "crise dans l'Église" résiderait possiblement du côté de l'intelligence et de la foi. Puis ce qu'on nomme la science aurait sa part là-dedans. C'est possiblement, - le problème ici pour l'Église on le comprendrait facilement (pour les fidèles, les Occidentaux en général) -, l'absence d'une sorte de grande synthèse intellectuelle, permettant de faire cohabiter harmonieusement la foi avec la science.

Re: La crise dans l'Eglise : de quoi s'agit-il ?

par Cinci » ven. 03 janv. 2020, 22:14

Les réactions à l'époque suite à la sortie du livre de Maritain en 1964 - lequel Maritain rompait là un certain silence entretenu depuis quelque temps, depuis la mort de sa femme en 1960.

Un échantillon :
"Avez-vous reçu Le paysan de la Garonne? demande François Mauriac à Jean Guitton lors d'une séance du dictionnaire de l'Académie. Guitton assure qu'il boit ce livre "comme du lait" et Mauriac de répondre avec élan "Moi aussi !" Dans le Bloc-Notes, le romancier prend fait et cause pour Jacques Maritain : "Cette vérité dont nous avons faim et soif : cette vérité, cette foi, elle nous est restituée ici comme à travers un filtre, rendue à sa pureté originelle. L'admirable chez Maritain, c'est qu'aucun lecteur, de quelque bord qu'il soit, ne pourrait le taxer de progressisme, cela va de soi, mais non plus d'intégrisme. Il ne penche d'aucun côté."
Une des lettres les plus admiratives lui vient du général de Gaulle. Les deux hommes ne se sont jamais revus depuis leurs rencontres à New-York et Paris en 1944, sans que cette distance ait jamais altéré leur relation.
"Le paysan de la Garonne est une somme, lui écrit le président de la République. J'admire, autant que jamais, l'envergure et la profondeur de votre pensée, la rigueur de votre sentiment, l'ardeur de votre foi. D'autant plus que chez vous, la pensée, le sentiment, la foi, sont nourris d'une science et de connaissances merveilleusement et inlassablement élaborées mais, comme j'en perçois la lumière et la chaleur, je vous en remercie du fond de mon âme. (C. de Gaulle)

Et l'Église ?
L'Église a accueilli la dernière salve maritainienne par un silence glacé et comme stupéfait, avant de répliquer, dans Témoignage chrétien, par la voix du père Piot qui dénonce le jugement de Maritain comme une "malhonnêteté" et ironise sur "l'âge déjà avancé d'un homme dépassé par la développement même de son oeuvre". Plus ambigu, le père Congar s'inquiète que ce cri d'alarme soit ignoré de ceux auxquels il s'adresse et détourné par les autres à leur profit. Dans son livre, Vieillards de chrétienté et Chrétiens de l'an 2000, Jean-Marie Paupert brocarde la paranoïa de ce "vieil arbre sec, tout poudré de frimas, dont les branches craquent et grincent aux vents du monde et qui voudrait être une forêt : la grande forêt de la nouvelle chrétienté".

[...]

En France, ça devient une vraie bataille, écrit Maritain en février 1967 à Jean-Marie de Menasce. Le cardinal Journet a publié dans Nova et Vetera un article admirablement élogieux; L'Express (journal très laïque) un excellent article, très drôle, de Georges Suffert; Témoignage chrétien me déclare sénile; le dernier numéro des Études contient un article venimeux et admirablement calomniateur. En général le haut clergé et les Révérends pères commencent à s'inquiéter sérieusement, non pas du livre (dont ils se fichent), mais de son succès ahurissant (je suis le premier ahuri - on a dépassé le 60ième mille, et dans le thermomètre du succès littéraire publié chaque semaine dans L'Express, Le Paysan vient à quelques degrés au-dessous de Simone de Beauvoir.

Re: La crise dans l'Eglise : de quoi s'agit-il ?

par Cinci » ven. 03 janv. 2020, 21:32

Je pourrais évoquer le souvenir de Jacques Maritain (1882-1973) ...

"Une certaine exégèse est devenue folle et stupide, écrit-il à Julien Green en février 1964. Il y a un nouveau modernisme tout fier et guilleret qui me paraît plus grave que du temps de Pie X. C'était quand même un drôle de spectacle que tous ces évêques du Concile - l'Église enseignante - flanqués chacun d'experts, professeurs érudits et pédants de l'Église enseignée. dont un bon nombre déraille intellectuellement et dont presque aucun n'a de sagesse. Eh bien, c'est au milieu de ce tohu-bohu que se fait l'oeuvre du Saint-Esprit [...]"
et
Dans Le paysan de la Garonne, qui paraît chez Desclée de Brouwer six mois plus tard, il rend grâce de nouveau à tout ce qui a été décrété et accompli par Vatican II, mais s'en prend avec une grande vivacité aux excès d'une volonté de "temporalisation du christianisme" dans certains cercles dits "intellectuels". Ce sont directement Teillhard de Chardin et ses émules qui sont visées, atteints d'une fièvre néo-moderniste fort contagieuse, écrit-il [....] auprès de laquelle le modernisme du temps de Pie X n'était qu'un modeste rhume des foins.
ou encore
Pour désigner deux vastes courants dont l'intelligibilité est si mal établie et implique une telle confusion d'aspects, on ne peut se tirer d'affaire qu'en construisant une sorte d'archétype [...] Pour désigner l'archétype de l'extrémisme de gauche, je dirais donc : les moutons de Panurge; et pour désigner l'archétype de l'extrémisme de droite, je dirais : les ruminants de la Sainte-Alliance [...] Il faut reconnaître en outre que dans le zèle des uns et des autres le service de la pure vérité n'a pas le premier rang. Ce qui émeut les ruminants de la Sainte-Alliance, ce sont avant tout les alarmes de la prudence : barrer la route à des dangers menaçants, fermer les portes, ériger des digues. Ce qui émeut les moutons de Panurge, c'est avant tout le "respect humain" : faire comme tout le monde, du moins comme tous les gens qui ne sont pas des fossiles.

Tiré de Jean-Luc Barré, Jacques et Raïssa Maritain. Les mendiants du Ciel, Fayard, 2009, p. 490

Re: La crise dans l'Eglise : de quoi s'agit-il ?

par PaxetBonum » jeu. 02 janv. 2020, 16:01

Carhaix a écrit :
jeu. 02 janv. 2020, 13:24
Je pense que c'est une erreur. Les prêtres devaient avoir de l'instruction, et les parents devaient d'ailleurs financer leurs études. Dans les actes de notaires et registres d'état civil, au 18e siècle, on voit très nettement que les prêtres sont systématiquement issus des classes aisées (paysans riches, bourgeois), et possèdent des biens leur venant de famille, tout en étant prêtres.

Je suppose que les moines devaient également être instruits et apporter une contribution financière.
Je pense que c'est oublier nombre d'ordres religieux pour lesquels il y a des frères lais.

Re: La crise dans l'Eglise : de quoi s'agit-il ?

par Carhaix » jeu. 02 janv. 2020, 13:24

PaxetBonum a écrit :
jeu. 02 janv. 2020, 10:22
Kerniou a écrit :
mar. 13 févr. 2018, 16:18

Alors, les membres du clergé, longtemps issus des classes dominantes
Est-ce là une réalité ou un cliché ?
Que les prélats soient souvent issu de la bourgeoisie je peut le concevoir mais bien des prêtres et moines provenaient de classes pauvres.
Or c'est ceux-là qui côtoyaient la population.
Je pense que c'est une erreur. Les prêtres devaient avoir de l'instruction, et les parents devaient d'ailleurs financer leurs études. Dans les actes de notaires et registres d'état civil, au 18e siècle, on voit très nettement que les prêtres sont systématiquement issus des classes aisées (paysans riches, bourgeois), et possèdent des biens leur venant de famille, tout en étant prêtres.

Je suppose que les moines devaient également être instruits et apporter une contribution financière.

Re: La crise dans l'Eglise : de quoi s'agit-il ?

par Kerniou » jeu. 02 janv. 2020, 11:29

Cela dépendait peut-être des régions ... pour ceux qui n'étaient pas allés au petit puis au grand séminaire, ils avaient dû aller au lycée pour avoir leur "bachot", comme on disait à l'époque; et bien souvent les jeunes qui allaient au lycée étaient issus de milieux favorisés ... Il y avait au séminaire des jeunes issus des milieux populaires mais ils y étaient peu nombreux. Maintenant, les choses ont changé ... et c'est très bien ainsi ...

Re: La crise dans l'Eglise : de quoi s'agit-il ?

par PaxetBonum » jeu. 02 janv. 2020, 10:22

Kerniou a écrit :
mar. 13 févr. 2018, 16:18

Alors, les membres du clergé, longtemps issus des classes dominantes
Est-ce là une réalité ou un cliché ?
Que les prélats soient souvent issu de la bourgeoisie je peut le concevoir mais bien des prêtres et moines provenaient de classes pauvres.
Or c'est ceux-là qui côtoyaient la population.

Re: La crise dans l'Eglise : de quoi s'agit-il ?

par cmoi » ven. 27 déc. 2019, 13:52

Cher Cinci,
Je veux dire que l’explication qui fut donnée à l’époque, pour excuser chacun, à savoir que les uns privilégiaient le dogme et la vérité, les autres la charité, n’était effectivement que ce qui chacun les excusait, et ne permettait pas de résoudre l’écart.
Je tiens à préciser aussi que par « le monde » je n’entends pas celui qui appartient à Satan, mais celui qui est dans l’attente d’un sauveur : le même, et au sein duquel se sont retrouvés d’ancien croyants qui avaient eu des raisons de quitter l’Eglise (Cf. le fil sur l’apostasie) et qui avaient besoin de signes et de réponses, de gestes pour y revenir.

Je pense au fameux débat télévisé entre Bernard Tapie et un prêtre intégriste (heure de grande écoute, comme quoi il y avait de l’intérêt encore pour l’Eglise), où ce dernier pour justifier la position catholique évoqua la grandeur de Dieu et l’honneur qui lui était due et donc l’horreur du péché : ce n’était vraiment pas la bonne approche et on assistait à un dialogue de sourds. Face à des cas très concrets, ce prêtre n’avait aucune solution à proposer.

En tant que croyants, nous devons être convaincus que le message de l’Eglise n’est pas obsolète, et capables de montrer en quoi il est encore aujourd’hui une « bonne nouvelle », et non un sommet d’abstraction.
Le Christ n’est pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver.
Il n’y a que par le dialogue et une meilleure connaissance de l’autre, qu’il convient de ne pas fuir, que nous pourrons trouver ce qui lui convient pour adhérer à l’enseignement des évangiles et retrouver la foi.
On ne peut plus se contenter d’arguments tels que « parce que c’est comme çà », et c’est très bien. Mais cela suppose d’avoir une foi vivante et nourrie, de n’avoir pas contourné les obstacles, et de croire aux inspirations du saint Esprit qui ne nous donne jamais rien « tout cuit », car il veut notre active participation.
La vérité ne peut venir et sortir que d'une démarche de vérité.

Re: crise de l'eglise

par Cinci » jeu. 26 déc. 2019, 18:30

cmoi,
cmoi :
Combien souvent n’entend-on pas quelqu’un affirmer que cela ne concerne que lui et qu’il ne fait de mal à personne, alors que sa conscience de toute évidence est là qui lui formule un reproche qu’il ne veut pas entendre car il ne sait plus l’analyser, le résorber, ou qu’il a trop été trompé par le passé.
Vous parlez sans doute ici du "sens du péché" qui s'émousse. Oui, c'est sans doute un des éléments qui entre dans la fameuse "crise de la foi" en Occident et laquelle contribuera elle-même à générer une crise dans l'Église. L'étiolement du sens du péché qui fait prendre pour normal et naturel une foule de petites choses, travers, comportements, revendications, etc.

Mais ...

Il en reste qu’aujourd’hui encore certains débats sont évités comme s’ils allaient ré-ouvrir une vieille blessure. Malheureusement, ce sont pour beaucoup ceux qui permettraient de trouver des réponses aux questions que nous pose le monde et que chacun ose parfois se poser au fond de soi.
Je ne sais absolument pas à quoi vous voulez faire allusion ici. Quels débats ? Je ne sais pas non plus comment vous pourriez déjà savoir que, de l'exposition en plein jour de ces débats évités (?), chacun en lui-même pourrait enfin (enfin !) obtenir sa réponse qui lui tarderait tant d'obtenir. Et puis c'est le monde qui poserait des questions à l'Église ? Mais est-ce que le monde attendrait tant que cela une ou deux réponses vitales, je veux dire de ces réponses essentielles et auxquelles tous pourraient croire qu'elles devraient provenir uniquement de l'Église ?

:!:

De quoi parlez-vous ? Ce n'est pas très clair pour moi.

Si le monde peut avoir certaines attentes par rapport à l'Église cela peut juste être que celle-ci s'ajuste aux vues de ce monde. Qu'elle enlève, supprime, retire tout ce qui pourrait gêner.

Re: crise de l'eglise

par Cinci » mar. 24 déc. 2019, 14:20

Ce sera toujours le manque de foi.

Re: crise de l'eglise

par cmoi » mar. 24 déc. 2019, 11:14

Votre remarque Carhaix est très judicieuse et intéressante, elle ouvre sur de grandes perspectives.

Elle me semble rejoindre aussi cet extrait du discours de SS Paul VI lors de l’ouverture de la deuxième session du concile de Vatican II, et qui m'a souvent interpellé :

« L’heure est venue, nous semble-t-il, où la vérité concernant l’Eglise du Christ doit de plus en plus être explorée, ordonnée et exprimée, non pas peut-être en ces formules solennelles qu’on nomme définitions dogmatiques, mais en des déclarations par lesquelles l’Eglise se dit à elle-même, dans un enseignement plus explicite et autorisé, ce qu’elle pense d’elle-même. »

Re: crise de l'eglise

par Carhaix » lun. 23 déc. 2019, 21:37

Ce qui me surprend de plus en plus, dans les différents écrits sur l'on peut lire sur la crise de l'Église, c'est l'insistance avec laquelle on évite d'aborder l'aspect sociologique, qui est pourtant fondamental. La réforme liturgique intervient dans un contexte bien précis : entre la seconde guerre mondiale et mai 68. Et elle se rattache évidemment à tous les mouvements de renouveau - fortement illusoire - de la jeunesse occidentale des années 60, à l'époque où l'on croit avoir atteint le Nirvana du développement et de ce que l'on appelait alors : "l'expansion". Et toute cette joie orgiaque, ce sentiment de toute puissance, allait se heurter de plein fouet au choc pétrolier, à peine quelques années plus tard.

Crise de l'Église

par cmoi » lun. 23 déc. 2019, 10:56

La réponse de fleur de Lys sous » fornication », heureuse de trouver la réponse à une de ses questions dans un extrait qui ne relève pas d’un livre « actuel », m’a conduit à ces quelques réflexions…

Avant Vatican2, l’enseignement des prêtres insistait sur des réponses précises à des cas précis. L’inconvénient, c’est qu’en dépit d’un effort louable il ne pouvait pas être exhaustif et manquait souvent les nouveaux cas face auxquels les prêtres étaient démunis. Alors ils se mettaient à parler de la prière, se réfugiaient derrière son efficacité et la foi du pénitent, ce qui était une facilité bien commode mais hors sujet et qui finalement affadissait.
Après, pour corriger cela, on insista sur un certain état d’esprit avec lequel on supposa que chacun pourrait l’adapter aux cas notamment imprévus. On insista moins sur la forme, la morale et la règle, plus sur le fond, la foi, « la bonne nouvelle », se recentrant sur l’essentiel.
Bien sûr cela est à moduler selon les qualités de chacun, mais du coup et pour commencer, le vide des réponses s’agrandit car bannissant la facilité précédente, l’idée devint face aux cas difficiles et seulement peu à peu de citer les textes de la bible qui s’approchaient du cas et de laisser chacun par sa réflexion personnelle trouver la réponse. Encore fallait-il choisir les bons textes et pour le pénitent avoir l’esprit libre et ouvert, volontaire et adapté…

Ainsi j’explique la crise de l’Église et comment, au lieu de la résorber, elle s’agrandit. Et comment la rupture se fit entre intégristes (qui donnaient et voulaient des réponses, mais « zappaient » celles qui les dérangeaient et les remettaient en cause) et progressistes (pour qui l’essentiel était dans un élan vers un ailleurs encore très flou qui excusait tout). Je l’analyse ainsi, beaucoup plus qu’entre le binôme opposé et souvent proposé charité/loi, à quoi s’ajouta la question liturgique (sens de l’autel, « ne nous soumets pas », beauté du grégorien/charabia, communion debout et dans la main, participation active et voulue festive –pour un sanglant sacrifice ! - différente de l’assemblée…)

Il en reste qu’aujourd’hui encore certains débats sont évités comme s’ils allaient ré-ouvrir une vieille blessure. Malheureusement, ce sont pour beaucoup ceux qui permettraient de trouver des réponses aux questions que nous pose le monde et que chacun ose parfois se poser au fond de soi.
Ainsi s’expliquerait aussi un retour aux formations plus traditionnelles, pour répondre à ce besoin de réponse.
Or un jeune prêtre de 25 ans ne peut pas répondre à des situations de personnes plus âgées traversant des épreuves qu’il ne peut que difficilement imaginer.
D’où l’idée encore d’ordonner des prêtres plus âgés, qui « ont vécu ».
Vivre une expérience ne sera jamais comme le faire par procuration.

Cela explique aussi le succès qu’eut la psychanalyse (jusque dans le clergé) pour pallier au vide que j’expliquais tout à l’heure.
Car nul ne peut aider quelqu’un à faire un chemin qu’il n’a pas fait lui-même. Même s‘il existe des techniques comme l’écoute active et la bienveillante neutralité (qui sert plus à masquer ce manque qu’à éviter contre-transfert, projection, etc.), ce qui néanmoins reste parfois possible avec elles (et c’est déjà pas si mal) c’est de canaliser dans le bon chemin et de fermer les mauvaises portes. Pas de résorber la souffrance ni d’éclairer.

Un jeune prêtre doit se mettre en danger pour progresser, quelquefois c’est la vie qui le prend en charge à sa place.
Regardez nos 3 derniers papes : ils ont été confrontés au communisme, au nazisme, à la dictature Argentine. Et la façon dont chacun y aura régi révèlera ce qu’il sera.
Mais le danger n’est pas que politique, il est même devenu surtout intime, intérieur, privé.
Combien souvent n’entend-on pas quelqu’un affirmer que cela ne concerne que lui et qu’il ne fait de mal à personne, alors que sa conscience de toute évidence est là qui lui formule un reproche qu’il ne veut pas entendre car il ne sait plus l’analyser, le résorber, ou qu’il a trop été trompé par le passé.

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