De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par SantaCroce » mar. 21 mai 2019, 14:32

Je peux témoigner qu'il y a autant de pédophiles dans l'église laïcarde : l'école publique et qu'ils sont tout autant protégés (maires, directeurs d'écoles et académie). J'ai eu des cas, des proches. En Angleterre ils estiment que 20% de la population aurait des tendances pédophiles et une femme sur 5 dit avoir été abusé (au moins une fois) dans sa vie (c'est passé il y a un an ou deux).

Donc Eglise ou pas, c'est un phénomène social qui ne date pas d'hier... mais aujourd'hui on en parle timidement, parce qu'on a changé d'époque.

Quoi qu'il en soit il faut protéger ses enfants et arrêter de déléguer sa responsabilité à des personnes sous prétexte que... Scout ou camp de vacances, catéchèse ou activités périscolaires, école publique ou catholique, etc... Il faut rester vigilant quand il s'agit de ses enfants. Les prêtes ne sont pas dieu, ni les cardinaux, ni même le pape et ce type d'individus choisissent des endroits et des métiers où ils peuvent être en contact avec eux.

Enfin les enfants victimes refoulent à un tel point que certains vont jusqu'à faire de l'amnésie pour continuer à vivre (et dans quelles conditions). Il est donc très facile de mettre en faux une victime même adulte (souvent peu soutenue par sa famille surtout si la religion s'en mêle). Mais arrêtez-vous deux secondes : pensez-vous réellement que parler de ça, ça se fait avec légèreté ? Par défaut, c'est bien plus souvent vrai même si vous trouverez toujours quelques cas de mensonges...

Il ne faut donc jamais s'arrêter sur les états de services qui peuvent ne servir que de camouflage.

Tu ne porteras pas de faux témoignages (proférer des mensonges) contre ton prochain.

Critiquer parce que ça dérange notre petit confort moral, je suis pas sur que le Christ soutienne ce genre de comportement.

Je reste donc prudent, tant qu'il s'agit des hommes sur la Terre. La confiance aveugle c'est pour Jesus, et lui seul.

Enfin ce n'est que mon avis même si je ne suis pas relativiste !

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par pierrot2 » sam. 18 mai 2019, 18:23

Un homme droit et honnête, à fortiori quand il est catholique ne peut être pédophile.
Exact. je voulais préciser que la personne du Christ, infaillible et sans reproche, est très logiquement la personne rassurante, qui en attirant les proies, devient naturellement malgré lui l'appât autour duquel rôdent les loups en embuscade, tout comme la rivière attirant la gazelle devient comme un piège tendu par le lion

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par Kerniou » sam. 18 mai 2019, 17:30

Tout à fait d'accord avec vous, Pierrot. Un homme droit et honnête,"normal", à fortiori quand il est catholique ne peut être pédophile.
Par ailleurs, je sais que les tendances homosexuelles sont repérables dans des tests de personnalité; je ne sais ce qu'il en est pour les tendances à la pédophilie ... Cependant, tendance ne veut pas dire systématiquement : passage à l'acte ...

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par pierrot2 » sam. 18 mai 2019, 15:28

Ces pères -là étaient, pourtant, de bons travailleurs !
Ces pères-là ne sont pas des prêtres. Notre souci est que l'Eglise et eux ne soit surtout pas amalgamés, je suppose. Elle a déjà à se soucier de se montrer Elle-même à la hauteur..
Or, il paraît incompatible d'être vrai catholique et pédophile. Face à ce problème, fermer le robinet pour éviter le débordement des eaux ne pourrait-il pas consister à une vigilance accrue dans le recrutement des prêtres? Pour moi, en tout cas, seul de faux catholiques peuvent se rendre coupable de cela. Christ n'a rien à voir avec leur geste..

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par Kerniou » sam. 18 mai 2019, 13:50

Certains enfants se replient sur eux-mêmes ... parfois parce qu'ils ont été menacés par leur agresseur ... Le plus triste est que ce sont les victimes et non les agresseurs qui ont honte ... Les parents les plus attentifs se rendent compte que quelque chose ne va pas ... mais banalisent ... et quand l'enfant ne dit rien, il leur est difficile d'imaginer ce qu'un de leur proches lui fait subir ... Pire, certains enfants ne sont pas crus et sont accusés de mensonge voire sont punis ...
Vous savez, on ne peut pas reprocher aux parents de ne rien voir quand ce sont les agresseurs qui sont les fautifs ...
Tous les parents ne sont pas vigilants ... j'ai travaillé avec des adolescentes déficientes mentales qui , pour certaines d'entre elles étaient livrées, le dimanche après-midi, au domicile de leurs parents, dès l'âge de 14 ans, aux copains de leur père par leur propre famille pour la somme de 10 euro ... sinon 5 euro ... Quand elles n'avaient pas été à la hauteur de ce que le copain attendait ... Le client est roi et ne paie qu'après ! ...
Si elles se montraient récalcitrantes on leur rappelait, manu militari, quelles devaient obéir et ne pas faire leur "mijorée" !!! ... Ces pères -là étaient, pourtant, de bons travailleurs ! ... Ils nous reprochaient de mettre des idées bourgeoises dans la tête de leurs filles ...
Toutes les familles ne sont pas les mêmes ...

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par nad » ven. 17 mai 2019, 22:39

bonsoir Kerniou

Comment expliquez-vous que la famille ne dise rien ? ne voit rien ? ne comprenne rien de ce que vit ou a vécu l'enfant ?

C'est une question, j'ai besoin de comprendre comment des parents n'ont pas vu compris que quelque chose n'allait pas chez leur enfant ?
Un enfant qui vit une souffrance normalement une maman, un papa le voit,le comprend tout de suite, s'inquiète, questionne, cherche...

Ma fille a vécu un harcélement avec menace d'agression, dans les premières secondes j'ai compris à ses yeux que quelque chose de grave venait de se produire et je n'ai pas laché le morceau tant que je n'ai pas eu le fin mot de l'histoire et tant que les coupables n'ont pas ensuite avoué, été sanctionné et aient demandé pardon ...
Cela autant pour ma fille que pour les acteurs pour les empêcher d'aller plus, d'abimer ma fille et même d'autres personnes et de s'abimer eux même encore davantage....

Je ne comprends pas le mécanisme qui fait que des parents ne voient rien ? je suis certaine que nous pouvons tous passer à côté d'une souffrance mais pourquoi et comment éviter cela ?


nad

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par Kerniou » ven. 17 mai 2019, 18:53

Dans la pédophilie, il y a des acteurs et des VICTIMES, des enfants mineurs que notre société doit protéger à travers la loi juridique. Ce qui doit être fait, c'est le signalement d'enfants mineurs en danger ! Le signalement va, hélas, de pair avec la dénonciation du coupable. Nous devons être soucieux de la protection des mineurs. C'est le devoir de tout adulte par rapport à un enfant. Je ne trouve pas normal de laisser des enfants en danger ... pour protéger le coupable. Fût-il un prêtre …
C'est de la non assistance à personne en danger: un enfant ... La non assistance à personne en danger est un délit et un manque de charité. Le secret de la confession même s'il doit être conservé met l'Église en porte à faux par rapport à la loi et la protection des victimes reconnues et celles à venir...
Les pédophiles sont des récidivistes avérés ... Quand on pense que certains ont abusé une cinquantaine d'enfants ...
Ne pas dénoncer, certes ! ... Mais que faire quand cette non dénonciation met en péril des enfants ?
A qui l'acte de charité doit-il être prioritairement destiné ?

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par Cinci » ven. 17 mai 2019, 11:22

Et , en passant, merci Zélie pour l'intérêt quant au vidéo. Oui, les chiffres sont assez effarants.

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par zelie » jeu. 16 mai 2019, 21:25

L'auteur de l'article précise : ce ne sont pas pour autant des actes bons. C'est peut-être la formulation qui est boiteuse au départ. Un péché reste un péché que l'on soit conscient de la chose ou pas. Le défaut de conscience ne fait qu'atténuer le degré de responsabilité du sujet.
Tout à fait d'accord, et je reste persuadée que ce Père Dominicain, en voulant ramener de la clarté, s'est pris les pieds dans le tapis. Il a été maladroit face à un journaliste, lui-même inepte en théologie ou très content du scoop... Je suis sûre que jamais ce religieux n'aurait voulu laisser la moindre chance de faire du mal à qui que ce soit. Mais le résultat est qu'on reste sur l'impression qu'il est dans le discours institutionnel plutôt que dans un principe de réalité.
S'il se trouve dans l'Eglise des prêtres eux aussi perdus et en tension face à deux loyautés contradictoires, celle envers la loi morale et celle institutionnelle corporatiste, c'est qu'ils ont besoin de formation, d'aide, de réflexion... Et que celle citée dans cet article, donnée par un soi-disant connaisseur du sujet, entretient la confusion.
C'est pour cela qu'on finit par se dire que l'Eglise a un grand travail devant elle, et sur ce point, c'est à mon sens indiscutable, un Pape de caractère qui aime avoir les coudées franches comme François est l'homme de la situation. Chacun de nos Papes ont été bien intentionnés, talentueux sur un point et cependant maladroit sur d'autres points, on ne va pas refaire l'histoire. Mais pour taper du poing sur la table dans le discernement, l'énergie et les principes clairs et forts à envoyer, je trouve vraiment qu'on a la bonne personne.

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par Cinci » jeu. 16 mai 2019, 16:24

Si je cite l'ouvrage Le Déni. Enquête sur l'Église et l'égalité des sexes de Maud Amandier et Alice Chablis, c'est aussi parce que je trouve dans ce livre, - " saperlipopette ! c'est comme d'un couvert à l'autre" - l'influence de la pensée de théologiennes comme Uta Ranke-Heinemann (voir mon autre fil).

Je retrouverais dans l'ouvrage préfacé par le père Joseph Moingt à peu près tous les thèmes enseignés par la première : dénonciation du patriarchat, du célibat, du pouvoir des prêtres; accusation de "phobie du sexe", de déni de la réalité, rejet pur et simple de ce qu'enseigne l'Église catholique au sujet de la Vierge Marie ("invention ..."), etc.

Quand je parle de décanter le bouillon ou séparer la bale du bon grain ...

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par Cinci » jeu. 16 mai 2019, 11:10

Peu importe : dès lors qu’il a agi contre sa conscience, il a commis un péché, et il faut pouvoir l’en libérer. L’inverse est vrai : il peut avoir commis des actes objectivement graves, mais s’il n’en a pas conscience, ce ne sont pas des péchés,
Il faut dire une chose. L'auteur de l'article précise : ce ne sont pas pour autant des actes bons. C'est peut-être la formulation qui est boiteuse au départ. Un péché reste un péché que l'on soit conscient de la chose ou pas. Le défaut de conscience ne fait qu'atténuer le degré de responsabilité du sujet.

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par zelie » jeu. 16 mai 2019, 10:13

De même, au moment de l'affaire Pican, en France, du nom de l'évêque de Bayeux accusé de "non-dénonciation d'atteintes sexuelles sur mineurs", le jour d'ouverture de son procès, le 14 juin 2001, l'évêque se dit "écrasé par le volume de confidences qui lui sont faites", mais il reste persuadé que l'on peut s'adresser à lui comme à quelqu'un qui n'a pas dénoncé. Ce qui est une façon de prendre parti pour le coupable et non pour les victimes. Il y eut des membres de la hiérarchie pour soutenir publiquement Monseigneur Pican, tel le cardinal Castrillon Hoyos, alors préfet de la Congrégation pour le clergé : "Je vous félicite de ne pas avoir dénoncé un prêtre à l'administration civile [...] Vous avez bien agi et je suis heureux d'avoir un collègue à l'épiscopat qui, sous les yeux de l'histoire et de tous les autres évêques du monde, a préféré la prison plutôt que de dénoncer son fils et prêtre." (Eric Faye, "Quand un cardinal soutenait la dissimulation d'abus sexuels", L'Express, 16 avril 2010, citant la lettre du cardinal Hoyos à Mgr Pican du 8 septembre 2001"
La confession est un système qui peut vite emprisonner celui qui la reçoit, dont le Père Michelet, Dominicain, en 2017, livre une analyse qui reflète exactement la mentalité d'un temps encore très proche, voire actuel, et le drame que les prêtres se retrouvent à "accueillir sans dénoncer" à leur âme défendante; il y aurait une véritable réflexion à mener sur ce point :
http://www.lavie.fr/actualite/billets/i ... 28_288.php

Ca va assez loin dans le rapport à la limite morale : (l'article parle du péché de pédocriminalité)
Peu importe : dès lors qu’il a agi contre sa conscience, il a commis un péché, et il faut pouvoir l’en libérer. L’inverse est vrai : il peut avoir commis des actes objectivement graves, mais s’il n’en a pas conscience, ce ne sont pas des péchés,
:zut:

C'est un peu comme si l'acte de confession gommait chez ceux qui sont conditionnés par une formation catholique (mal comprise!) le discernement entre acceptable et non-acceptable. On comprend alors l'aspect sournois du "écrasé mais qui ne parle pas jusqu'à la mort"; ce n'est pas une adhésion à une règle institutionnelle dont on féliciterait le soldat fidèle, c'est une mentalité formatée érigée en formation, travaillée et acquise qui dicte d'elle même une attitude convaincue et affreusement inadaptée. On comprend mieux, à vous lire Cinci et à relire le positionnement carré mais hélas dépassé sur les bords du Père Dominicain en 2017 que les racines de la pédocriminalité dans l'Eglise sont bien plus profondes qu'au premier abord.

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par zelie » jeu. 16 mai 2019, 9:34

https://www.youtube.com/watch?v=KB8IOzVD-Hk

Pédophilie et pédérastie, formation à la guérison chrétienne par Henri Lemay

On y fait une description assez complète et réaliste du profil de l'abuseur d'enfant avec les symptômes, le comportement, etc. Le tableau est plus large parce que comprenant bien en fait une dépendances envers différentes formes de sexualité déviante. On y explique la genèse de ce qui vient fragiliser une personne au départ et qui contribuerait à l'enfermer éventuellement dans une bulle comportementale malsaine. Le propos est réaliste et bien équilibré, qui n'escamote pas l'aspect criminel de la chose en bout de ligne, qui ne supprime pas la pénalité judiciaire. Mais tout en conservant également une dimension de compassion envers la personne de l'abuseur, qui est également une victime dans une bonne mesure.
Les chiffres de la vidéo sont assez effarants:
1/3 des abusés deviennent abuseurs.
1 abuseur fait en moyenne statistique 360 victimes dans sa vie.

D'où calcul :
Donc si on tolère un seul abuseur dans un système de "pas de vagues" : il fait 360 victimes. 120 victimes une fois adultes deviendront abuseurs, soit 20 ans après leur traumatisme. Ces 120 abuseurs feront 43 200 victimes. 14 400 d'entre elles, encore 20 ans après deviendront abuseurs, et feront 5 184 000 victimes. En 40 ans depuis le premier abus.
Même si on trouve une infinité d'excuses pour ramener ces chiffres à la baisse, des discriminer en les rangeant dans de pures statistiques, ils restent effarants. On perçoit mieux pourquoi dans les systèmes clos de solidarité institutionnelle (pas que l'Eglise, l'Education, les Sports aussi) il y avait urgence à traiter le mal à la racine.

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par Cinci » jeu. 16 mai 2019, 2:20

Récapitulation :

Le scandale de la pédophilie : où conduit le déni de la sexualité

La culture très ancienne du silence et du secret dans laquelle vit l'institution l'empêche de voir ses propres dysfonctionnements. L'effort des évêques a longtemps été de cacher les crimes de pédophilies, ce qui explique l'ampleur des scandales quand ils sont révélés.

Les chiffres donnent le vertige. Deux commissions d'enquêtes révèlent, fin 2009, l'étendue des violences commises. Entre 1950 et 2000, trente mille jeunes ont été victimes de maltraitance et d'abus sexuels.

L'institution qui se veut gardienne des moeurs a systématiquement protégé ses clercs sur cette question. Ainsi, comme l'a porté sur la place publique le New York Times en 2010, un prêtre américain du Wisconsin, Lawrence Murphy, a abusé de plus de deux cent enfants sourds dont il avait la charge éducative de 1950 à 1974. Le Vatican qui était informé a mené son enquête, mais le prêtre a été déplacé sans être destitué, ni jugé pour ses crimes. A sa mort, en 1998, le cardinal Bertone alors secrétaire pour la Congrégation de la doctrine et de la foi a déclaré l'affaire close "en espérant qu'il n'y aurait pas de publicité défavorable à l'Église".

Autre exemple signifiant, le 21 janvier 2013, des extraits d'un rapport du diocèse de Los Angeles publiés par le Los Angeles Times révèlent comment la hiérarchie ecclésiale a caché, pendant de très longues années, les crimes de nombreux prêtres; ainsi le cardinal Mahony a étouffé plus de cinq cent cas de pédophilie. Son comportement correspond aux pratiques en cours dans l'institution, comme le déclare Scott Appleby, professeur d'histoire du catholicisme américain :"Je ne dis pas que les évêques sont portés à l'indulgence envers les pédophiles ou envers les prêtres ayant des relations sexuelles avec des mineurs, mais il y a un climat général d'impunité pour ceux qui ne respectent pas le voeu de chasteté."

Le secret imposé aux victimes

L'Église se préoccupe pourtant des crimes de pédophilie en son sein depuis le début du XXe siècle, mais toujours dans le secret. Em 1922, un document est adressé confidentiellement aux évêques. Il s'agit du code de droit canonique de 1917, qui condamne tout abus sexuel sur mineurs. Quarante ans plus tard, le droit canonique est complété par le rapport du cardinal Ottaviani, publié en 1962, Crimen sollicitationis, qui établit les procédures à suivre contre les clercs en cas d'homosexualité, de zoophilie et de pédophilie. S'il y a procès, le coupable comme la victime doivent promettre solennellement d'observer sans faute le secret sous peine d'excommunication. Les évêques doivent mener leurs enquêtes avec le plus grand secret et dans un silence perpétuel. Un serment de silence éternel doit être tenu par tous les participants au procès, les membres du tribunal, les dénonciateurs du prêtre, les témoins éventuels et le pretre accusé lui-même :" Je promets, fais voeu et jure que je maintiendrai inviolé le secret pour tout ce qui viendra à ma connaissance dans l'exercice de mes fonctions, excepté seulement ce qui pourrait être légalement publié et exécuté lorsque le procès sera terminé." Ce document, utilisé jusqu'en 2002, promettait l'excommunication, c'est à dire la plus grave des peines, aux personnes qui violeraient le secret - les coupables comme les victimes. Violer le secret, sortir du silence, accéder à la vérité était donc beaucoup plus grave que les abus eux-mêmes, car de telles peines d'excommunication n'étaient pas prévues pour les pédophiles.

Du secret au mensonge

L'Église a érigé la loi du secret en système, mais ce qu'elle appelle secret s'apparente au mensonge : Le secret est ce qui ne paraît pas. Il s'oppose au mensonger qui paraît et n'est pas et au vrai qui est et qui paraît. L'idéal du célibat et de la chasteté des prêtres paraît dans l'Église, mais n'est pas respecté; en cela, il est mensonger. En protégeant pendant des années les auteurs de crimes au lieu des victimes, l'Église n,a été ni dans la vérité ni dans la réalité. Le mécanisme est le même que pour les prêtres qui ont une relation amoureuse avec une femme ou un homme. Rien ne doit transparaître. Ce type de comportement oscille entre le déni et le mensonge. Refuser de voir la réalité, la gravité et l'importance des crimes pédophiles est un déni. Le fait d'être conscient de la réalité des actes et de les couvrir par le secret est un mensonge.

Elle cache [L'Institution-Église] ou se cache à elle-même une vérité qui n'est pas audible. Et, ce faisant, elle entretient en elle une sorte de délire, dans le sens où elle agit comme si la réalité n'existait pas. Malgré les appels de Benoit XVI à faire la vérité, lorsqu'un évêque appelle à son tour à sortir du silence, il est sanctionné. En juillet 2010, Mgr Martin, archevêque de Dublin reconnaît la gravité de la pédophilie dans l'Église; il reproche au Vatican sa manière de traiter le problème et invite les victimes à parler. Il ne sera pourtant pas crée cardinal, ni invité à Rome au symposium sur la pédophilie en février 2012.

En 2002, alors que les scandales de pédophilies liés à l'Église continuent d'éclater au grand jour un peu partout, Jean-Paul II écrit, comme tous les ans, une lettre aux prêtres pour le Jeudi saint. Ce crime de la pédophilie qui bouleverse l'Église et la société n'est pas le sujet de sa lettre. Il y fait seulement allusion, à mots couverts et à la fin, mais sans en employer le mot : "En outre, nous sommes ces temps-ci personnellement frappés au plus profond de notre être de prêtres par les péchés de certains de nos frères qui ont trahi la grâce reçue par l'ordination, cédant jusqu'aux pires manifestations du mystérium iniquitatis qui est à l'oeuvre dans le monde [...] Nous devons prier pour que Dieu, dans sa providence, suscite dans les coeurs une généreuse reprise de l'idéal de don total de soi au Christ qui est à la racine du ministère sacerdotal."

Le pape ne parle pas des victimes et s'abrite derrière le mysterium iniquitatis, que l'on peut traduire par le "mystère de l'adversité" - comme si le mal venait de l'extérieur de l'homme - au lieu de dénoncer les crimes de pédophilie commis par ses prêtres. La pédophilie est un crime puni par la loi et non pas un mystère que les hommes ne pourraient appréhender. Pourtant, Jean-Paul II ne semble pas rechercher dans le fonctionnement même de l'Église ce qui a rendu possible ces crimes. Le magistère est toujours dans le déni de ses fautes et de la structure qui les a rendues possibles.

Le cas Maciel

Tout le pontificat de Jean-Paul II est entaché de sa longue amitié, de son admiration et de sa complicité avec le fondateur mexicain de la Légion du Christ et de l'Institut Regnum Christi, Marcial Maciel, qui fournissait argent et bataillon de prêtres au Vatican. Pour les soixante ans de son sacerdoce, le 30 novembre 2004, le pape le reçut avec tous les honneurs à Rome. Dénoncé, dès 1997, comme un pédophile et un pervers par des légionnaires du Christ dans une lettre ouverte adressée à Jean-Paul II - lettre qui fut suivie d'un dépôt de plainte canonique auprès du cardinal Ratzinger, en 1998 - le prêtre Maciel a été reconnu depuis comme toxicomane, père incestueux d'enfants de plusieurs femmes, séducteur envers des séminaristes, pédophile, homme de réseaux et d'argent à la fortune opaque, utilisant plusieurs identités. Il avait édicté comme règles de la Légion, la confusion entre la direction spirituelle et l'autorité, au mépris de toute la tradition de l'Église, et l'interdiction pour les séminaristes de critiquer leurs supérieurs. Ces méthodes s'apparentent à celles d'une secte.

Juste après la réception fastueuse de Maciel à Rome, alors que Jean-Paul II vit ses derniers mois, le cardinal Ratzinger ouvre une enquête sur lui, en décembre 2004, et dans la foulée, fin janvier 2005, la Légion annonce le départ à la retraite de son fondateur officiellement pour raison d'âge. Benoit XVI est élu au mois d'avril et, un an plus tard, il fait publier le communiqué suivant : "Après avoir soumis les résultats de l'enquête à un examen attentif, la Congrégation pour la doctrine de la foi [...] a décidé - en tenant compte aussi bien de l'âge avancé du père Maciel que de sa santé fragile - de renoncer à un procès canonique et d'inviter le père à une vie réservée de prière et de pénitence, en renonçant à tout ministère public." Si Benoit XVI a cessé de protéger Maciel en le sanctionnant par un retrait de la vie publique, il n'a pas permis ni procès, ni révélations publiques, ni donc réparations pour les victimes.

Mais les révélations vont venir d'ailleurs. Le 4 février 2009, le New York Times annonce que Maciel a mené une double vie et a eu une fille. Fin août de la même année, la presse dévoile l'existence de trois nouveaux fils mexicains, nés d'une autre mère. En mars 2010, deux de ses fils dénoncent un père incestueux. Le 25 mars 2010, la Légion du Christ reconnaît les actes d'abus sexuels sur les séminaristes mineurs dont il était accusé. Un communiqué du Saint-Siège du 1er mai 2010 fait état des comportements graves et immoraux du père Maciel.

A l'occasion d'un voyage de Benoit XVI au Mexique, pays du fondateur de la Légion, d'anciens légionnaires du Christ rendent public un manifeste à l'attention du pape, en mars 2012, qui rappelle que leurs plaintes sont anciennes et n'ont jamais été entendues : "Nous n'avons jamais obtenu la moindre réponse à nos plaintes légitimes, et ceci en désaccord avec le droit canonique établi par l'Église elle-même. Et, après avoir été réprimandés plusierus fois par les autorités pour avoir exprimé nos convictions dans les médias, c'est seulement et précisément grâce à ces mêmes médias que nous avons pu être informés des décisions douteuses et confuses du Vatican relatives à l'objet de notre plainte. Et nous réaffirmons encore une fois que cette plainte a été déposée le 17 octobre 1998, à la Congrégation pour la doctrine de la foi, sous votre responsabilité directe de préfet."

Comme l'écrivent les anciens légionnaires du Christ dans leur manifeste : "C'est l'indignation publique et le poids de l'opinion laïque universelle qui ont permis de changer, bien qu'avec une extrême lenteur, l'attitude de déni maintenue si longtemps par la hiérarchie ecclésiastique."Le cas Maciel est emblématique de ce jusqu'oû peut conduire la culture du déni, à laquelle s'est ajoutée l'emprise sectaire d'un gourou.

[...]

De même, au moment de l'affaire Pican, en France, du nom de l'évêque de Bayeux accusé de "non-dénonciation d'atteintes sexuelles sur mineurs", le jour d'ouverture de son procès, le 14 juin 2001, l'évêque se dit "écrasé par le volume de confidences qui lui sont faites", mais il reste persuadé que l'on peut s'adresser à lui comme à quelqu'un qui n'a pas dénoncé. Ce qui est une façon de prendre parti pour le coupable et non pour les victimes. Il y eut des membres de la hiérarchie pour soutenir publiquement Monseigneur Pican, tel le cardinal Castrillon Hoyos, alors préfet de la Congrégation pour le clergé : "Je vous félicite de ne pas avoir dénoncé un prêtre à l'administration civile [...] Vous avez bien agi et je suis heureux d'avoir un collègue à l'épiscopat qui, sous les yeux de l'histoire et de tous les autres évêques du monde, a préféré la prison plutôt que de dénoncer son fils et prêtre." (Eric Faye, "Quand un cardinal soutenait la dissimulation d'abus sexuels", L'Express, 16 avril 2010, citant la lettre du cardinal Hoyos à Mgr Pican du 8 septembre 2001"

p. 280

Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message par Cinci » mer. 15 mai 2019, 13:16

Bonjour,

Peut-être par masochisme, mais beaucoup par scrupule de conscience et souci de vérité (un petit zeste j'ose espérer), je suis en train d'examiner un bouquin préfacé par le Père Joseph Moingt (ce n'est pas rien) et qui présente en totalité le point de vue des contestataires modernistes touchant toute la question de cette "nouvelle Église" qu'ils sembleraient appelés de leurs voeux, incluant toute leur interprétation des scandales des dernières années. Le travail est fait par deux femmes. Il en permettra peut-être de décanter davantage le bouillon. Le problème c'est toujours de séparer la bale ou l'ivraie du bon grain.

Le titre : Le Déni. Enquête sur l'Église et l'égalité des sexes. "Ils sont au pouvoir, elles sont au service." Les auteurs : Maud Amandier et Alice Chablis. Le tout fait 393 pages. Le livre fut édité en 2014.


Sommaire du chapitre 5

Le déni du sexe masculin

Introduction : sacrifier les fils ?
L'élu de Dieu et de l'Église
Théâtralisation de l'ordre sacerdotal - l'injonction de perfection : le prêtre identifié au Christ
Une logique contradictoire : père et frère à la fois
Le prêtre, ce héros
Le sacerdoce des femmes, un sujet clos par le magistère
Marthe ou Marie ou l'appel des femmes
Délier les fils

Le prêtre, un homme sans corps
La supériorité du célibat sur la vie maritale
La peur de la sexualité
L'homme coupé en deux `
L'homme désexualisé, les femmes interdites
L'effacement de la sexualité
Le chemin de Balaam ou le mépris du corps

La culture du secret
Un idéal hors du monde
Les dégâts du célibat
L'Église face au sida : le déni de réalité
Le scandale de la pédophilie : où conduit le déni de la sexualité
Le secret imposé aux victimes
Du secret au mensonge
Les réactions de Jean-Paul II et Benoit XVI face aux scandales
Le silence comme protection contre la perversion : le cas Maciel
Le Vatican directement mis en cause
Sous la pression financière et médiatique : des excuses tardives et contraintes

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