Liturgie du jour avec Etienne Lorant (2016-2017)

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Bonheur de vivre selon le dessein de Dieu

Message par etienne lorant » Aujourd’hui, 10:55

Le lundi de la 29e semaine du temps ordinaire

Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 4,20-25.
Devant la promesse de Dieu, il n’hésita pas, il ne manqua pas de foi, mais il trouva sa force dans la foi et rendit gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d’accomplir ce qu’il a promis. Et voilà pourquoi il lui fut accordé d’être juste. En disant que cela lui fut accordé, l’Écriture ne s’intéresse pas seulement à lui, mais aussi à nous, car cela nous sera accordé puisque nous croyons en Celui qui a ressuscité d’entre les morts Jésus notre Seigneur, livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification.


Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 12,13-21.
En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus: « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage.» Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? » Puis, s’adressant à tous: « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »  Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.”  Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.” Mais Dieu lui dit : “Tu es fou: cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?” Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »


Il nous faut veiller à ordonner nos vies en vrais disciples du Christ, c'est-à-dire: en nous tournant vers Dieu, en recevant de Lui chaque jour de notre vie. Il s'agit de tendre à reconnaître quel est le dessein de Dieu pour nous. L'homme qui veut abattre ses greniers pour en construire de plus vastes est tout à fait comme l'un quelconque d'entre nous qui, des années durant, a beaucoup travaillé et épargné dans le but d'une existence plus libre, mieux vécue, plus heureuse.  

Ce but n'est-il pas louable ?  Il l'est, dans une certaine mesure.. Car à force de reporter à plus tard un temps pour le bonheur, on peut se retrouver vieillard sans avoir vraiment vécu... Quel triste bilan !  Il en est de même des dons du Seigneur reçus dès notre naissance et que nous  aurons délaissés. Pour ma part, je n'ai jamais regretté d'avoir très tôt renoncé à une carrière au sein d'une entreprise - publique ou privée. Mais j'ai connu ce bonheur de gagner mon pain en partageant avec d'autres le bonheur de la lecture. D'autant que certains livres m'ont vraiment conduit à retrouver l’Évangile - et, avec l’Évangile, un désir de conformité, non selon l'esprit du monde mais selon l'amour de Dieu.

La parabole de l'homme aux greniers est bien celle des hommes et des femmes qui reportent toujours à plus tard le temps de mettre en oeuvre les talents reçu du Seigneur. Ils ne sont coupables que dans une certaine mesure, car le monde, d'une façon ou d'une autre, nous presse et nous pousse vers des jouissances qui ne rassasient pas - c'est le jeu du diable... Il nous faut apprendre à vivre notre foi dans un esprit de confiance absolue - qui fait qu'ayant vécu avec des adultes, nous retrouvions l'esprit d'enfance et d'enfance spirituelle...


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Splendeur de la Vérité

Message par etienne lorant » Hier, 19:47

Vingt-neuvième dimanche du temps ordinaire

Livre d'Isaïe 45,1.4-6.
Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus, qu’il a pris par la main pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, pour lui ouvrir les portes à deux battants, car aucune porte ne restera fermée: À cause de mon serviteur Jacob, d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, alors que tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre hors moi, pas de Dieu. Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre.

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 1,1-5b.
Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par lui. En effet, notre annonce de l’Évangile n’a pas été, chez vous, simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, pleine certitude: vous savez comment nous nous sommes comportés chez vous pour votre bien.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22,15-21.
Alors les pharisiens tinrent conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode: «Maître, lui disent-ils, nous le savons: tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Alors, donne-nous ton avis: Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? »  Connaissant leur perversité, Jésus dit: «Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. Il leur dit: « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ils répondirent : « De César. » Alors il leur dit: «Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.»


Les textes de ce dimanche nous disent bien que Dieu s'adresse aux hommes sans user de subtilités de langage ou de précautions, selon les qualités des personnes auxquelles Il s'adresse. Sa Parole touche immédiatement le cœur et l'esprit de ceux auxquels Il s'adresse.
Ainsi, à l'attention de Cyrus, Il lui révèle que tout le pouvoir dont il dispose ne tient ni à ses   qualités d'homme, ni à ses richesses, son courage ou son habileté. Il n'est pas d'autre richesse que de s'en remettre au Seigneur.

Et cette leçon vaut également pour toutes les personnes citées dans les lectures de ce dimanche. C'est vrai pour Cyrus, c'est vrai pour Isaïe, pour saint Paul et pour les Thessaloniciens,  c'est encore vrai pour chacune et chacun d'entre nous. Et lorsqu'un homme, entend sa Parole, il en est comme renouvelé. Il n'est plus seulement un être de raison et de cœur, mais il découvre son Dieu, son créateur, commencement et sa fin, son unique appui et secours en ce monde. Comme le dit bien saint Paul: l'annonce de l’Évangile fut pour eux puissance, action de l’Esprit Saint, pleine certitude.

Et tous les convertis, de toutes les époques, ont été comme des hommes égarés qui retrouvent leur chemin, comme la lumière qui vient éclairer la nuit, comme l'unique conviction, celle qui touche autant l'esprit que le cœur et rénove entièrement comme une nouvelle naissance. Certes, a dit le prêtre: "ce n'est pas pour rien que l'on baptise les petits enfants !" Pendant ce temps-là, les "esprits forts et les sceptiques ne font hélas que se voiler la face devant la "La splendeur de la vérité" (*)

C'est bien ce que dénonce l’Évangile, ce dimanche, ce dimanche. La question posée n'était évidemment destinée qu'à discréditer Jésus, ou bien devant le peuple, ou bien devant les Romains...


http://w2.vatican.va/content/john-paul- ... endor.html
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Re: Demeurer dans l'Amour et prendre patience

Message par Aldous » sam. 21 oct. 2017, 17:50

Le prochain quel qu'il soit: qu'il soit un ami ou bien un ennemi,  qu'il soit d'accord ou en désaccord avec nous; qu'il se déclare notre ami ou qu'il agisse en adversaire, cherchant à nous nuire.  Il est bon pour nous que nous devions prendre patience envers ceux qui prennent un malin plaisir à scruter nos paroles et nos actes afin de dénoncer nos travers. Plutôt que de nous rebeller, saisissons l'occasion, de vérifier dans notre miroir si l'accusation repose sur une défaillance dans notre foi.
Bonjour,
Le plus difficile pour nous tous c'est de reconnaître nos torts ou nos erreurs. Cela peut tellement être difficile qu'on peut se persuader que l'autre cherche à nous nuire, alors qu'il n'en est pourtant rien.

Demeurer dans l'Amour et prendre patience

Message par etienne lorant » sam. 21 oct. 2017, 15:39

Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 4,13.16-18.
Frères, ce n’est pas en vertu de la Loi que la promesse de recevoir le monde en héritage a été faite à Abraham et à sa descendance, mais en vertu de la justice obtenue par la foi. Voilà pourquoi on devient héritier par la foi: c’est une grâce, et la promesse demeure ferme pour tous les descendants d’Abraham, non pour ceux qui se rattachent à la Loi seulement, mais pour ceux qui se rattachent aussi à la foi d’Abraham, lui qui est notre père à tous. C’est bien ce qui est écrit: ‘J’ai fait de toi le père d’un grand nombre de nations.’ Il est notre père devant Dieu en qui il a cru, Dieu qui donne la vie aux morts et qui appelle à l’existence ce qui n’existe pas. Espérant contre toute espérance, il a cru; ainsi est-il devenu le père d’un grand nombre de nations, selon cette parole : ‘Telle sera la descendance que tu auras !’

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 12,8-12.
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples: «Je vous le dis:  Quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu. Mais celui qui m’aura renié en face des hommes sera renié à son tour en face des anges de Dieu. Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné; mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné.Quand on vous traduira devant les gens des synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la façon dont vous vous défendrez ni de ce que vous direz. Car l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire. »

Les promesses de Dieu ne s'accomplissent que pour celles et ceux qui passent d'une relation à Dieu strictement formelle, selon les règles établies dans les lois et les rites, à une relation sans cesse nourrie et abreuvée de l'amour de Dieu. Cette relation doit devenir  une relation vivante qui se vérifie dans l'amour du prochain. Le prochain quel qu'il soit: qu'il soit un ami ou bien un ennemi,  qu'il soit d'accord ou en désaccord avec nous; qu'il se déclare notre ami ou qu'il agisse en adversaire, cherchant à nous nuire.  Il est bon pour nous que nous devions prendre patience envers ceux qui prennent un malin plaisir à scruter nos paroles et nos actes afin de dénoncer nos travers. Plutôt que de nous rebeller, saisissons l'occasion, de vérifier dans notre miroir si l'accusation repose sur une défaillance dans notre foi.

Aimer celles et ceux qui nous aiment, cela est évident, même si parmi eux, il en est quelques-uns qui nous "rebutent", c'est assez facile, d'autant qu'ils nous assistent pour nous complaire. Quant à aimer nos ennemis, aimer celles et ceux qui ne nous aiment pas cela ne tient non plus du simple sentiment humain, mais de notre foi.  Il faut se souvenir que Dieu fait se lever le soleil et tomber la la pluie sur justes comme sur les méchants. Il nous appartient, comme a dit notre prêtre, de nous détacher de ce qui reste "enfantin et égoïste" r et de nous établir "dans le secret de la tente de la Rencontre" que doit devenir notre cœur.

Il reste enfin  ceux qui nous veulent vraiment du mal et qui s'ingénient à  nous mettre en des positions difficiles. Dans mon métier, j'ai un jour été accusé par un collègue de "recel de marchandises volées". J'ai déjà rapporté ce formidable entretien durant lequel l'Esprit Saint est venu à mon secours.  Cet enquêteur avait découvert mes années d'étude au sein d'un collège dirigé par des Jésuites. Il m'a posé en riant cette question :  "N'est-il pas dit dans votre livre :  "Faute avouée à moitié pardonnée ?" - et ma bouche s'est ouverte toute seule, fulgurante "Votre tirade tient de proverbes, mais ce que dit mon "petit  livre",  c'est que la vérité vous rendra libres, et puisque j'ai  la vérité, je me lève et je sors.  Je suis sorti sans que personne me retienne. Alléluia !


Re: Saint François d'Assise - Leçon sur la joie parfaite

Message par Aldous » ven. 20 oct. 2017, 22:51

Je m’arrête ici avec le témoignage de saint François d'Assise à propos de la Joie parfaite, afin que l'on ne pense pas de moi que ma foi repose sur la douleur et l'épreuve.
Ce qu'on pense de vous ce n'est que votre soucis. Ce qu'il importe ici c'est que vous n'avez pas à dire que le développement de la foi n'est qu'à payer par des épreuves.
La foi se développe malgré les épreuves, pas qu'au prix des épreuves. La foi c'est un don de Dieu, il n'y a rien à payer (à fortiori des épreuves)

Saint François d'Assise - Leçon sur la joie parfaite

Message par etienne lorant » ven. 20 oct. 2017, 22:24

Je m’arrête ici avec le témoignage de saint François d'Assise à propos de la Joie parfaite, afin que l'on ne pense pas de moi que ma foi repose sur la douleur et l'épreuve. Le jour de ma conversion, le troisième dimanche d’août 1985, j'ai été inondé d'une telle JOIE que j'ai désiré mourir dans l'instant, Mais ensuite, c'est bien la joie qui m'a permis d'avancer. Cependant, même la Joie peut devenir douleur dans le sens que l'on remarque, du fait même de la conversion, que le monde vit dans "l'ennui" dont Bernanos témoigne.

J'ai cherché d'entrer dans l'Eglise afin de servir et d'y vivre, mais je ne l'ai pas obtenu. Durant les quatre années de formation à la théologie de la miséricorde divine (fondée sur la vie et l'oeuvre de sainte Faustine), l'étude me rendit heureux et j'ai étudié les textes de conférences
sans doute avec plus d'ardeur que tous les autres, car enfin, on finirait bien parme donner une "affectation" quelque part. Mais non: je n'ai même pas pu obtenir une simple attestation de cours suivis. Or, en témoignant sur Internet, j'ai permis à d'autres d'entrer dans le l'ordre de la miséricorde divine. Mon ultime courrier aux Soeurs de Cracovie fut pour leur demander : "Comment pouvez-vous dire que je suis dehors, puisque j'ai ouvert les portes à d'autres ?



Comment Saint François, cheminant avec frère Léon, lui exposa ce qu'est la joie parfaite.

Comme saint François allait une fois de Pérouse à Sainte Marie des Anges avec frère Léon, au temps d'hiver, et que le froid très vif le faisait beaucoup souffrir, il appela frère Léon qui marchait un peu en avant, et parla ainsi : « O frère Léon, alors même que les frères Mineurs donneraient en tout pays un grand exemple de sainteté et de bonne édification, néanmoins écris et note avec soin que là n'est pas point la joie parfaite. »

Et saint François allant plus loin l'appela une seconde fois : « O frère Léon, quand même le frère Mineur ferait voir les aveugles, redresserait les contrefaits, chasserait les démons, rendrait l'ouïe aux sourds, la marche aux boiteux, la parole aux muets et, ce qui est un plus grand miracle, ressusciterait des morts de quatre jours, écris qu'en cela n'est point la joie parfaite. »
Marchant encore un peu, saint François s'écria d'une voix forte : « O frère Léon, si le frère Mineur savait toutes les langues et toutes les sciences et toutes les Écritures, en sorte qu'il saurait prophétiser et révéler non seulement les choses futures, mais même les secrets des consciences et des âmes, écris qu'en cela n'est point la joie parfaite. »
Allant un peu plus loin, saint François appela encore d'une voix forte : « O frère Léon, petite brebis de Dieu, quand même le frère parlerait la langue des Anges et saurait le cours des astres et les vertus des herbes, et que lui seraient révélés tous les trésors de la terre, et qu'il connaîtrait les vertus des oiseaux et des poissons, de tous les animaux et des hommes, des arbres et des pierres, des racines et des eaux, écris qu'en cela n'est point la joie parfaite. »

Et faisant encore un peu de chemin, saint François appela d'une voix forte : « O frère Léon, quand même le frère Mineur saurait si bien prêcher qu'il convertirait tous les fidèles à la foi du Christ, écris que là n'est point la joie parfaite. »
Et comme de tels propos avaient bien duré pendant deux milles, frère Léon, fort étonné, l'interrogea et dit : « Père, je te prie, de la part de Dieu, de me dire où est la joie parfaite. » et saint François lui répondit : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » et que nous lui répondrons : « Nous sommes deux de vos frères », et qu'il dira : « Vous ne dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les aumônes des pauvres ; allez-vous en » ; et quand il ne nous ouvrira pas et qu'il nous fera rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu'à la nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui, tant d'injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

Et si nous persistons à frapper, et qu'il sorte en colère, et qu'il nous chasse comme des vauriens importuns, avec force vilenies et soufflets en disant : « Allez-vous-en d'ici misérables petits voleurs, allez à l'hôpital, car ici vous ne mangerez ni ne logerez », si nous supportons tout cela avec patience, avec allégresse, dans un bon esprit de charité, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.
Et si nous, contraints pourtant par la faim, et par le froid, et par la nuit, nous frappons encore et appelons et le supplions pour l'amour de Dieu, avec de grands gémissements, de nous ouvrir et de nous faire cependant entrer, et qu'il dise, plus irrité encore : « ceux-ci sont des vauriens importuns, et je vais les payer comme ils le méritent », et s'il sort avec un bâton noueux, et qu'il nous saisisse par le capuchon, et nous jette par terre, et nous roule dans la neige, et nous frappe de tous les noeuds de ce bâton, si tout cela nous le supportons patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni, que nous devons supporter pour son amour, ô frère Léon, écris qu'en cela est la joie parfaite.

Et enfin, écoute la conclusion, frère Léon : au-dessus de toutes les grâces et dons de l'Esprit-Saint que le Christ accorde à ses amis, il y a celui de se vaincre soi-même, et de supporter volontiers pour l'amour du Christ les peines, les injures, les opprobres et les incommodités ; car de tous les autres dons de Dieu nous ne pouvons nous glorifier, puisqu'ils ne viennent pas de nous, mais de Dieu, selon que dit l'Apôtre : « Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu de Dieu ? et si tu l'as reçu de lui, pourquoi t'en glorifies-tu comme si tu l'avais de toi-même ? ». Mais dans la croix de la tribulation et de l'affliction, nous pouvons nous glorifier parce que cela est à nous, c'est pourquoi l'Apôtre dit : « Je ne veux point me glorifier si ce n'est dans la croix de Notre-Seigneur Jésus Christ. »
À qui soit toujours honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen

Mais tout au fond de la douleur la Joie peut jaillir à nouveau !

Etienne

Re: La foi, l'épreuve - L'exemple de Mère Térésa

Message par Aldous » ven. 20 oct. 2017, 20:49

Je ne suis pas d'accord que la foi se développe qu'au prix d'épreuves successives... La foi se développe aussi en connaissant le bonheur et la grâce: chaque fois que la vie nous accorde la beauté, la joie, la paix etc n'est-ce pas une immense invitation à faire grandir notre foi? Si St. Paul dit que la foi se vérifie par l'épreuve, en aucun cas il ne dit qu'elle se développe que par les épreuves!
La révélation de cet aspect de sa vie produisit un choc considérable dans l’opinion mondiale. Les écrits intimes de Mère Teresa, rendus publics en 2003 à l’occasion de l’ouverture de son procès de béatification, surprirent jusqu’aux plus proches amis de la « sainte de Calcutta ». La fondatrice des Missionnaires de la Charité avait donc traversé, cinquante années durant, une longue et épaisse nuit spirituelle, cachée jusqu’à sa mort par un immuable sourire.

Poignantes, les lettres qu’elle écrivait régulièrement au P. Picachy, son confesseur, laissent entrevoir « une torture presque physique », résume Charlotte Grossetête, auteur d’un récent ouvrage (1) sur la sainte de Calcutta. « Cette nuit de la foi la tourmente en permanence. Elle parle même de couteaux qui lui tombent dessus. » Paradoxe, Mère Teresa doute de Dieu, mais sait qu’il est là : « Elle ne doute pas de son existence, mais plutôt de l’amour envers elle », note l’écrivain.

Conviction négative

Si l’histoire de la bienheureuse religieuse d’origine albanaise connut un si fort retentissement, c’est sans doute que pour beaucoup de croyants, une telle « nuit de la foi » incarne l’une des plus lourdes épreuves à traverser. Le P. Gaston Piétri (2) évoque ces nuits de la foi, « qui sont à vrai dire une mystérieuse dimension de l’expérience spirituelle en ce qu’elle a de plus authentique ».

« Plus que le doute qui comporte une oscillation, cette épreuve tient à la manière dont s’installe la conviction négative. Mais cette négation lancinante habite encore la foi, si étrange que cela paraisse », estime-t-il. L’épreuve de Mère Teresa fut souvent comparée à celle de saint Jean de la Croix, ou Thérèse d’Avila, deux grands mystiques qui avaient, en leur temps, témoigné de cette « nuit obscure ».

« La foi qui anticipe et se mue en action de grâce est sa forme achevée, parfaite. Elle se déclare au terme d’un itinéraire parfois laborieux. Ainsi la “foi pure”, dont parle Jean de la Croix, est une foi qui se vit dans une “nuit obscure” », souligne le jésuite Marcel Domergue (3).

Quel sens donner à cette obscurité ? « Croire est obscur, la foi elle-même est obscure, répond le P. Étienne Michelin, professeur de théologie au studium Notre-Dame de Vie, à Venasque (Vaucluse). La première raison pour laquelle croire au Dieu de la Bible est une épreuve, c’est que Dieu est trop, il déborde. Nos facultés humaines pour le comprendre sont en dessous de ce qu’il est », poursuit le prêtre de l’institut Notre-Dame de Vie, qui explique qu’en Dieu, les chrétiens connaissent quelqu’un qu’ils ne comprennent pas.

« Au fur et à mesure que leur foi se développe, il ne faut pas que les chrétiens s’étonnent d’entrer dans l’obscurité. De même, plus je m’approche du soleil, plus je suis ébloui, mais aussi réchauffé », souligne le P. Michelin.

Toutes les épreuves ne sont évidemment pas comparables à cette nuit de la foi. Pour le P. Gaston Piétri (1), « la diversité des situations » donne lieu à « un doute lui-même multiforme ». Parmi elles, il cite notamment une « crise généralisée des certitudes ». « On comprend que la foi soit mise à l’épreuve par tout ce qui nous blesse au cours de nos vies », admet le P. Domergue.

Parmi elles, la mort, la maladie, les ruptures affectives… Ces épreuves, constituées par autant d’événements différents, sont de multiples natures. « Dans ces moments-là, tout croyant éprouve au fond de lui qu’il est capable de commettre les mêmes horreurs que celles qu’il subit, explique le P. Michelin. En ce sens, il devient humble. »

https://www.la-croix.com/Religion/Spiri ... -14-887974
En aucun cas cela ne signifie que la foi ne se développe qu'aux prix des épreuves.
N'importe quel chrétien qui connait d'heureux évènements dans sa vie sait que cela contribue (développe) à sa foi. Sinon on ne dirait jamais merci, on ne rendrait jamais grâce à Dieu du bonheur qu'on peut avoir à vivre (malgré et non aux prix des épreuves)...

" Je te célèbre, Éternel, pour la merveille que je suis. Tes œuvres sont admirables, Et mon âme le reconnaît"
Psaume 139 :14

La foi, l'épreuve - L'exemple de Mère Térésa

Message par etienne lorant » ven. 20 oct. 2017, 20:28

Je ne suis pas d'accord que la foi se développe qu'au prix d'épreuves successives... La foi se développe aussi en connaissant le bonheur et la grâce: chaque fois que la vie nous accorde la beauté, la joie, la paix etc n'est-ce pas une immense invitation à faire grandir notre foi? Si St. Paul dit que la foi se vérifie par l'épreuve, en aucun cas il ne dit qu'elle se développe que par les épreuves!
La révélation de cet aspect de sa vie produisit un choc considérable dans l’opinion mondiale. Les écrits intimes de Mère Teresa, rendus publics en 2003 à l’occasion de l’ouverture de son procès de béatification, surprirent jusqu’aux plus proches amis de la « sainte de Calcutta ». La fondatrice des Missionnaires de la Charité avait donc traversé, cinquante années durant, une longue et épaisse nuit spirituelle, cachée jusqu’à sa mort par un immuable sourire.

Poignantes, les lettres qu’elle écrivait régulièrement au P. Picachy, son confesseur, laissent entrevoir « une torture presque physique », résume Charlotte Grossetête, auteur d’un récent ouvrage (1) sur la sainte de Calcutta. « Cette nuit de la foi la tourmente en permanence. Elle parle même de couteaux qui lui tombent dessus. » Paradoxe, Mère Teresa doute de Dieu, mais sait qu’il est là : « Elle ne doute pas de son existence, mais plutôt de l’amour envers elle », note l’écrivain.

Conviction négative

Si l’histoire de la bienheureuse religieuse d’origine albanaise connut un si fort retentissement, c’est sans doute que pour beaucoup de croyants, une telle « nuit de la foi » incarne l’une des plus lourdes épreuves à traverser. Le P. Gaston Piétri (2) évoque ces nuits de la foi, « qui sont à vrai dire une mystérieuse dimension de l’expérience spirituelle en ce qu’elle a de plus authentique ».

« Plus que le doute qui comporte une oscillation, cette épreuve tient à la manière dont s’installe la conviction négative. Mais cette négation lancinante habite encore la foi, si étrange que cela paraisse », estime-t-il. L’épreuve de Mère Teresa fut souvent comparée à celle de saint Jean de la Croix, ou Thérèse d’Avila, deux grands mystiques qui avaient, en leur temps, témoigné de cette « nuit obscure ».

« La foi qui anticipe et se mue en action de grâce est sa forme achevée, parfaite. Elle se déclare au terme d’un itinéraire parfois laborieux. Ainsi la “foi pure”, dont parle Jean de la Croix, est une foi qui se vit dans une “nuit obscure” », souligne le jésuite Marcel Domergue (3).

Quel sens donner à cette obscurité ? « Croire est obscur, la foi elle-même est obscure, répond le P. Étienne Michelin, professeur de théologie au studium Notre-Dame de Vie, à Venasque (Vaucluse). La première raison pour laquelle croire au Dieu de la Bible est une épreuve, c’est que Dieu est trop, il déborde. Nos facultés humaines pour le comprendre sont en dessous de ce qu’il est », poursuit le prêtre de l’institut Notre-Dame de Vie, qui explique qu’en Dieu, les chrétiens connaissent quelqu’un qu’ils ne comprennent pas.

« Au fur et à mesure que leur foi se développe, il ne faut pas que les chrétiens s’étonnent d’entrer dans l’obscurité. De même, plus je m’approche du soleil, plus je suis ébloui, mais aussi réchauffé », souligne le P. Michelin.

Toutes les épreuves ne sont évidemment pas comparables à cette nuit de la foi. Pour le P. Gaston Piétri (1), « la diversité des situations » donne lieu à « un doute lui-même multiforme ». Parmi elles, il cite notamment une « crise généralisée des certitudes ». « On comprend que la foi soit mise à l’épreuve par tout ce qui nous blesse au cours de nos vies », admet le P. Domergue.

Parmi elles, la mort, la maladie, les ruptures affectives… Ces épreuves, constituées par autant d’événements différents, sont de multiples natures. « Dans ces moments-là, tout croyant éprouve au fond de lui qu’il est capable de commettre les mêmes horreurs que celles qu’il subit, explique le P. Michelin. En ce sens, il devient humble. »

https://www.la-croix.com/Religion/Spiri ... -14-887974

Re: Abraham, notre père dans la foi

Message par Aldous » ven. 20 oct. 2017, 18:47

C'est par la foi que les hommes seront seront estimés juste par Dieu, et non par les œuvres. De par cet énoncé, la foi seule nous suffit en vue du salut de notre âme.
Bonjour,
Pourquoi donc parler au futur alors que ce n'est pas ce temps qu'emploie St. Paul? Je le cite:
Au contraire, si quelqu’un, sans rien accomplir, a foi en Celui qui rend juste l’homme impie, il lui est accordé d’être juste par sa foi.
C'est au présent que parle St. Paul. Le salut de notre âme c'est maintenant d'instant en instant.

Mais qu'est-ce avoir la foi ? C'est une attitude de confiance absolue, mais qui se développe et n'arrive à pleine maturité qu'au prix d'épreuves successives. Car c'est l'épreuve qui vérifie la foi, dira encore saint Paul dans la même épître.
Je ne suis pas d'accord que la foi se développe qu'au prix d'épreuves successives... La foi se développe aussi en connaissant le bonheur et la grâce: chaque fois que la vie nous accorde la beauté, la joie, la paix etc n'est-ce pas une immense invitation à faire grandir notre foi?
Si St. Paul dit que la foi se vérifie par l'épreuve, en aucun cas il ne dit qu'elle se développe que par les épreuves!

Abraham, notre père dans la foi

Message par etienne lorant » ven. 20 oct. 2017, 17:16

Le vendredi de la 28e semaine du temps ordinaire

Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 4,1-8.
Que dirons-nous alors d’Abraham, notre ancêtre selon la chair ? Qu’a-t-il obtenu ? Si Abraham était devenu un homme juste par la pratique des œuvres, il aurait pu en tirer fierté, mais pas devant Dieu. Or, que dit l’Écriture ? Abraham eut foi en Dieu, et il lui fut accordé d’être juste. Si quelqu’un accomplit un travail, son salaire ne lui est pas accordé comme un don gratuit, mais comme un dû. Au contraire, si quelqu’un, sans rien accomplir, a foi en Celui qui rend juste l’homme impie, il lui est accordé d’être juste par sa foi. C’est ainsi que le psaume de David proclame heureux l’homme à qui Dieu accorde d’être juste, sans  la pratique des œuvres: Heureux ceux dont les offenses ont été remises, et les péchés, effacés. Heureux l’homme dont le péché n’est pas compté par le Seigneur.


Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 12,1-7.
En ce temps-là, comme la foule s’était rassemblée par milliers au point qu’on s’écrasait, Jésus, s’adressant d’abord à ses disciples, se mit à dire : « Méfiez-vous du levain des pharisiens, c’est-à-dire de leur hypocrisie. Tout ce qui est couvert d’un voile sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Aussi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu en pleine lumière, ce que vous aurez dit à l’oreille dans le fond de la maison sera proclamé sur les toits. Je vous le dis, à vous mes amis : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et après cela ne peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre: craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne. Oui, je vous le dis : c’est celui-là que vous devez craindre. Est-ce que l’on ne vend pas cinq moineaux pour deux sous ? Or pas un seul n’est oublié au regard de Dieu.À plus forte raison les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez sans crainte : vous valez plus qu’une multitude de moineaux. »




C'est par la foi que les hommes seront seront estimés juste par Dieu, et non par les œuvres. De par cet énoncé, la foi seule nous suffit en vue du salut de notre âme. A cette affirmation, notre prêtre a de nouveau rappelé le débat selon lequel la foi suffit aux œuvres  - si la foi est grande, les œuvres seront belles et nombreuses, puisqu'elles procéderont naturellement d'une foi mûre et bien vivante.  Pour les catholiques, la question demeure toujours posée en conscience: j'ai la foi et l'espérance, mais que vaut ma charité ? Pour mieux être sûr de mon salut, il m'appartient de produire de nombreux actes de miséricorde envers mon prochain, selon la béatitude "Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde"...

La foi d'Abraham fut extraordinaire, tout à fait hors du commun. Ainsi, lorsque Dieu demanda à Abraham de Lui sacrifier Isaac - sans son fils unique - sans lequel toutes les promesses de d'une descendance nombreuse seraient anéanties - Abraham n'a pas failli. Jésus rappelle tout cela dans l’Évangile de ce jour, lorsqu’il affirme : "Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et après cela ne peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre: craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne. Oui, je vous le dis,  c’est celui-là que vous devez craindre. La conclusion est simple  si notre foi est pure et sincère, absente de tout calcul, elle nous entraînera, dans la joie, à produire des actes de miséricorde auxquels que nous n'aurions jamais songé par nous-mêmes...

Mais qu'est-ce avoir la foi ? C'est une attitude de confiance absolue, mais qui se développe et n'arrive à pleine maturité qu'au prix d'épreuves successives. Car c'est l'épreuve qui vérifie la foi, dira encore saint Paul dans la même épître.

Une fois n'est pas coutume, je désire partager avec tous, à propos d'Abraham, notre père dans la foi, un éloge extraordinaire de la foi d'Abraham, tel que nous l'a laissé S.Kierkegaard dans un ouvrage très connu, intitulé "Craintes et tremblements", dans une traduction de PH Tisseau, aux Editions Aubier. Voici ce texte. Ne vous laissez pas rebuter, avancez jusqu'au bout, car ce langage est extraordinaire :

« Si l'homme n'avait pas de conscience éternelle, si au fond de toutes choses, il n'y avait qu'une puissance sauvage et bouillonnante, produisant toutes choses, le grand et le futile, dans le tourbillon d'obscures passions; si le vide sans fond, que rien ne peut combler, se cachait sous les choses, que serait la vie, sinon le désespoir ?

S'il en était ainsi, si l'humanité n'avait pas de lien sacré, si les générations se renouvelaient comme le feuillage des forêts, s'éteignaient l'une après l'autre comme le chant des oiseaux dans les bois, traversaient le monde comme le navire l'océan, ou le vent le désert, acte aveugle et stérile; si l'éternel oubli, toujours affamé ne trouvait pas de puissance assez forte pour lui arracher la proie qu'il épie, quelle vanité et quelle désolation serait la vie !

Mais tel n'est pas le cas; comme il a créé l'homme et la femme, Dieu a aussi formé le héros et le poète ou l'orateur. Celui-ci ne peut rien accomplir de ce que fait celui-là; il ne peut que l'admirer, l'aimer et se réjouir en lui. Non moins que lui, pourtant, il est favorisé; car le héros est pour ainsi dire le meilleur de son être, ce dont il est épris, heureux de ne pas l'être lui-même, afin que son amour soit fait d'admiration.
Le poète est le génie du ressouvenir. Il ne peut rien, sinon rappeler, sinon admirer ce qui fut accompli ; il ne tire rien de son propre fonds, mais il est jaloux du dépôt dont il a la garde. Il suit le choix de son cœur : à peine a-t-il trouvé l'objet de sa recherche, il va de porte en porte dire ses chants et ses discours, pour que tous partagent son admiration pour le héros et en soient fiers comme lui.

Telle est son action, son humble tâche, son loyal service dans la maison du héros. S'il est ainsi fidèle à son amour, il entre dans la compagnie du héros qui l'aime d'un amour également fidèle, car le poète est pour ainsi dire le meilleur être du héros, débile assurément comme un ressouvenir, mais aussi transfiguré comme lui.

C'est pourquoi nul ne sera oublié de ceux qui furent grands ; et s'il faut du temps, si même le nuage de l'incompréhension dissipe la figure du héros, son amant vient pourtant ; et plus tarde sa venue, plus aussi il s'attache fidèlement à lui.

Non ! Nul ne passera de ceux qui furent grands, chacun selon sa manière et selon la grandeur qu'il aima. Car qui s'aima lui-même fut grand par sa personne, et qui aima autrui fut grand en se donnant ; pourtant, qui aima Dieu fut le plus grand de tous.

Les grands hommes seront célébrés dans l'histoire ; mais chacun deux fut grand selon qu'il espéra. L'un fut grand dans l'espoir qui attend le possible, un autre dans l'espoir des choses éternelle ; mais celui qui voulut attendre l'impossible fut le plus grand de tous.

Les grands hommes seront gardés dans la mémoire, mais chacun d'entre eux fut grand suivant l'importance de ce qu'il combattit. Car qui lutta contre le monde fut grand en triomphant du monde, et qui lutta contre lui-même fut grand par sa victoire sur lui-même ; mais celui qui lutta contre Dieu fut le plus grand de tous.

Tels furent les combats livrés sur cette terre: homme contre homme, un contre mille ; mais celui qui lutta contre Dieu fut le plus grand de tous. Tels furent les combats engagés ici-bas : l'un vint à bout de l'autre en usant de sa force, l'autre désarma Dieu par sa propre faiblesse . L'on en vit s'appuyer sur eux-mêmes et triompher de tout, et d'autres, forts de leur force, tout sacrifier. Mais celui qui crut en Dieu fut le plus grand de tous.

Et il y eut des hommes grands par leur énergie, leur sagesse, leur espérance ou leur amour ; mais Abraham fut le plus grand de tous, grand par l'énergie dont la force est faiblesse, grand par la sagesse dont le secret est folie, grand par l'espoir dont la force est démence, grand par l'amour qui est la haine de soi-même.

C'est par la foi qu'Abraham quitta le pays de ses pères et fut étranger en terre promise (Hébreux 11,9). Il laissa une chose, sa raison terrestre et en prit une autre, la foi ; sinon, songeant à l'absurdité du voyage, il ne serait pas parti. C'est par la foi qu'il fut un étranger en terre promise, où rien ne lui rappelait ce qu'il aimait, tandis que la nouveauté de toutes choses mettait en son âme la tentation d'un douloureux regret.

Cependant, il était l'élu de Dieu, en qui l’Éternel avait sa complaisance ! Certes, s'il avait été un déshérité, banni de la grâce divine, il eût mieux compris cette situation qui semblait une raillerie sur lui et sur sa foi. Il y eut aussi dans le monde celui qui vécut exilé de sa patrie bien-aimée. Il n'est pas oublié, ni ses complaintes où, dans la mélancolie, il chercha et trouva ce qu'il avait perdu.Abraham n'a pas laissé de lamentations. Il est humain de se plaindre, humain de pleurer avec celui qui pleure, mais il est plus grand de croire, et plus bienfaisant de contempler le croyant.

C'est par la foi (Gal. III, Cool qu'Abraham reçut la promesse que toutes les nations de la terre seraient bénies en sa postérité. Le temps passait, la possibilité restait, Abraham croyait. Le temps passa, le soir fut à son déclin, et cet homme n'eût point la lâcheté de renoncer à son espoir ; aussi ne sera-t-il jamais oublié non plus. Puis il connut la tristesse, et le chagrin, loin de le décevoir comme la vie, fit pour lui tout ce qu'il put et, dans ses douceurs, lui donna la possession de son espérance trompée. Il est humain de connaître la tristesse, humain de partager la peine de l'affligé, mais il est plus grand de croire et plus réconfortant de contempler le croyant.

Abraham ne nous a pas laissé de lamentations. Il n'a pas tristement compté les jours à mesure que le temps passait ; il n'a pas regardé Sara d'un œil inquiet pour voir si les années creusaient des rides sur son visage ; il n'a pas arrêté la course du soleil (Josué X, 12) pour empêcher Sara de vieillir, et son attente avec elle ; pour apaiser sa peine, il n'a pas chanté à Sara un triste cantique. Il devint vieux et Sara fut raillée dans le pays ; cependant, il était l'élu de Dieu et l'héritier de la promesse, que toutes les nations de la terre seraient bénies en sa postérité.

N'eût-il pas mieux valu qu'il ne fût pas l'élu de Dieu ? Qu'est-ce donc qu'être l'élu de Dieu ? C'est se voir refuser au printemps de la vie le désir de la jeunesse, pour en obtenir l'exaucement dans la vieillesse après de grandes difficultés. Mais Abraham crut et garda fermement la promesse à laquelle il aurait renoncé s'il avait chancelé. Il aurait alors dit à Dieu : « ce n'est pas peut-être pas ta volonté que mon désir se réalise ; je renonce donc à mon vœu, mon unique, où je mettais ma félicité. Mon âme est droite et ne recèle pas de secrète rancune devant ton refus ».
Il n'aurait pas été oublié ; il en aurait sauvé beaucoup par son exemple, mais il ne serait pas devenu le père de la foi ; car il est grand de renoncer à son vœu le plus cher, mais plus grand de le garder après l'avoir abandonné ; il est grand de saisir l'éternel, mais plus grand de garder le temporel après y avoir renoncé.

Puis les temps furent accomplis. Si Abraham n'avait pas cru, Sara serait sans doute morte de chagrin, et lui, rongé de tristesse, n'aurait pas compris l'exaucement, mais en aurait souri comme d'un rêve de jeunesse. Mais Abraham crut ; aussi resta-t-il jeune : car celui qui espère toujours le meilleur vieillit dans les déceptions, et celui qui s'attend toujours au pire est de bonne heure usé, mais celui croit conserve une jeunesse éternelle.

Bénie soit donc cette histoire ! Car Sara, bien qu'avancée en âge, fut assez jeune pour désirer les joies de la maternité, et Abraham, malgré ses cheveux gris, fut assez jeune pour désirer d'être père. A première vue, le miracle, c'est l'événement qui arriva selon leur espérance ; mais au sens profond, le prodige de la foi, c'est qu'Abraham et Sara furent assez jeunes pour désirer, et que la foi garda leur désir, et par là leur jeunesse. Il vit l'exaucement de la promesse et l'obtint par la foi, et cela arriva selon la promesse et selon la foi ; car Moïse frappa le rocher de son bâton, mais il ne crut pas (Nb, XX, 11).

Alors, il y eut de la joie dans la maison d'Abraham, et Sara fut l'épouse des noces d'or.

Pourtant, ce bonheur ne devait pas durer ; une fois encore, Abraham devait connaître l'épreuve. Il avait lutté contre la sournoise puissance à laquelle rien n'échappe, contre l'ennemi dont la vigilance n'est jamais en défaut le long des années, contre le vieillard qui survit à tout, il avait lutté contre le temps et gardé la foi.

Alors, toute la terreur du combat se concentra en un instant : « Et Dieu mit Abraham à l'épreuve et lui dit : prend ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t'en au pays de Morija, et là, offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai. »

Ainsi, tout était perdu, ô malheur plus terrible que si le désir n'eût jamais été exaucé ! Ainsi, le Seigneur ne faisait que se jouer d'Abraham ! Voici qu'après avoir réalisé l'absurde par un miracle, il voulait maintenant voir son œuvre à néant. Quelle folie ! Mais Abraham n'en rit pas comme Sarah (Gen XVIII, 12) quand la promesse leur fut annoncée. Soixante-dix ans de l'attente la plus fidèle, et la courte joie de la voir exaucée. Qui donc est-il, celui qui arrache le bâton de la main du vieillard, qui est-il pour exiger que le vieux père le brise lui-même ? Qui est-il, pour rendre inconsolable un homme aux cheveux gris en exigeant qu'il soit l'instrument de son propre malheur ? N'y a-t-il point de compassion pour le vénérable vieillard et l'enfant innocent !

Et pourtant, Abraham était l'élu de Dieu, et c'était le Seigneur qui infligeait l'épreuve. Tout allait donc être perdu ! Le magnifique renom de la race à venir, la promesse de la postérité d'Abraham, ce n'était là que l'éclair d'une fugitive pensée du Seigneur qu'il incombait maintenant à Abraham d'effacer. Ce fruit magnifique (Gen XII, 2) aussi vieux que la foi dans le cœur d'Abraham, et de longues années plus âgé qu'Isaac, ce fruit de la vie d'Abraham, sanctifié par la prière, mûri dans la lutte, cette bénédiction sur les lèvres du père, voici que ce fruit allait lui être ravi et perdre tout sens ; quel sens en effet revêtait le fruit de la promesse quand il fallait sacrifier Isaac !

Cette heure de tristesse et pourtant bienheureuse, où Abraham devrait dire adieu à tout ce qu'il aimait quand, soulevant une dernière fois sa tête vénérable, la face resplendissante comme celle du Seigneur, il recueillerait son âme pour donner la bénédiction, dont la vertu s'étendrait sur tout les jours d'Isaac, cette heure-là ne viendrait pas ! Car Abraham devait dire adieu à son fils, en demeurant lui-même ici-bas ; la mort devait les séparer mais en faisant d'Isaac sa proie. Le vieillard ne devait pas à son lit de mort étendre avec joie sa mains sur son enfant pour le bénir, mais, las de la vie, lever le bras sur lui en un geste meurtrier. Et Dieu l'éprouvait. Malheur ! Malheur au messager venu porter cette nouvelle. Qui donc avait osé se faire l'émissaire d'une telle désolation ? Mais c'était Dieu qui éprouvait Abraham.

Pourtant, Abraham crut et crut pour cette vie. Certes, si sa foi avait simplement concerné une vie à venir, il aurait sans doute aisément tout dépouillé, pour sortir d'un monde auquel il n'appartenait plus. Mais la foi d'Abraham n'était pas de cette sorte, s'il y en a de telle ; car, à vrai dire, ce n'est pas la foi, mais sa plus lointaine possibilité, qui devine son objet à l'horizon le plus reculé, quoique séparée de lui par un abîme où se démène le désespoir.

Mais Abraham avait la foi pour cette vie ; il croyait qu'il vieillirait dans le pays, honoré du peuple, béni dans sa postérité, inoubliable en Isaac, son amour le plus cher en cette vie, et qu'il embrassait avec une affection bien mal exprimée quand on dit qu'il accomplissait fidèlement son devoir paternel, d'ailleurs, suivant le texte : « ton fils, celui que tu aimes » (Gen XXII, 2). Jacob eut douze fils et en aima un ; Abraham n'en eut qu'un, celui qu'il aimait.

Mais Abraham crut et ne douta point ; il crut l'absurde. S'il avait douté, il aurait agi autrement ; il aurait accompli un acte grand et magnifique ; car aurait-il pu faire autre choses ? Il serait allé à la montagne de Morija, il aurait fendu le bois, allumé le bûcher, tiré le couteau – il aurait crié à Dieu : « ne méprise pas ce sacrifice ; ce n'est pas ce que je possède de meilleur, je le sais bien ; qu'est-ce en effet qu'un vieillard auprès de l'enfant de la promesse ? Mais c'est le meilleur que je puisse te donner. Fais qu'Isaac n'en sache jamais rien, afin que sa jeunesse le console. » Il se serait enfoncé le couteau dans le sein. Le monde l'aurait admiré, et son nom n'aurait pas été oublié ; mais une chose est d'être admiré, et une autre d'être l'étoile qui guide et sauve l'angoissé.

Mais Abraham crut. Il ne pria pas pour lui, pour toucher le Seigneur ; il ne s'avança en suppliant que lorsqu'un juste châtiment descendit sur Sodome et Gomorrhe.

Nous lisons (Gen XXII, 1) dans l'Ecriture : « et Dieu mit Abraham à l'épreuve et lui dit : Abraham, Abraham, où es-tu ? Et Abraham répondit : me voici ! » Toi, à qui mon discours s'adresse, en as-tu fait autant ? Quand tu as vu venir de loin les coups du sort, n'as-tu pas dit aux montagnes : « cachez-moi » (Luc XXIII, 30) et aux coteaux : « tombez sur moi ! » Ou, si tu fus plus fort, ton pied ne s'est-il pas avancé bien lentement sur la bonne voie, n'as-tu pas soupiré après les vieux sentiers ? Et, quand l'appel a retenti, as-tu gardé le silence, as-tu répondu, tout bas, peut-être, en un murmure ? Abraham, lui, ne répondit pas ainsi ; avec joie et courage, plein de confiance et à pleine voix, il dit : « me voici ! »

Nous lisons encore (Gen XXII, 3) : « et Abraham se leva de bon matin. » Il se pressa comme pour une fête, et de bon matin il fut à l'endroit désigné, sur la montage de Morija. Il ne dit rien à Sara, rien à Eliézer : qui d'ailleurs pouvait le comprendre ? Et la tentation, de par sa nature, ne lui avait-elle pas imposé le vœu du silence ?

« Il fendit le bois, il lia Isaac, il alluma le bûcher, il tira le couteau. »

Mon cher auditeur ! Bien des pères ont cru perdre en leur enfant leur plus précieux trésor au monde, et être dépouillés de toute espérance à venir ; mais aucun fils n'a été l'enfant de la promesse au sens où Isaac le fut pour Abraham. Bien des pères ont perdu leur enfant, mais il leur fut pris par la main de Dieu, par l'insondable et immuable volonté du Tout-puissant. Tout autre est le cas d'Abraham. Une plus lourde épreuve lui était réservée, et le sort d'Isaac se trouva dans la main d'Abraham tenant le couteau. Telle était la situation du vieillard devant son unique espérance !
Mais il ne douta point, il ne regarda point d'un œil angoissé à droite ou à gauche, il ne fatigua point le ciel de ses prières. Donc le Tout-puissant l'éprouvait, il le savait, et il savait que ce sacrifice était le plus lourd qu'on pût lui demander ; mais il savait aussi que nul sacrifice n'est trop lourd quand Dieu le demande – et il tira le couteau.

Qui donna la force au bras d'Abraham, qui tint sa droite levée et l'empêcha de retomber, impuissante ? Le spectateur de cette scène en est paralysé. Qui donna la force à l'âme d'Abraham et empêcha ses yeux de s'enténébrer au point de ne voir ni Isaac ni le bélier ? Le spectateur de cette scène en devient aveugle. - Et pourtant, sans doute, rare est l'homme qui en devient aveugle et paralysé, et plus rare encore, l'homme qui raconte dignement ce qui s'est passé. Nous le savons tous: ce n'était qu'une épreuve.

Si Abraham avait douté sur la montagne de Morija, s'il avait regardé autour de lui dans l'irrésolution, si, en tirant le couteau, il avait par hasard aperçu le bélier, si Dieu avait permis de le sacrifier à la place d'Isaac - alors il serait revenu chez lui, tout resté comme avant; il aurait eu Sara près de lui, il aurait conservé Isaac, et pourtant, quel changement ! Car sa retraite aurait été une fuite, son salut un hasard, sa récompense une confusion et son avenir peut-être la perdition. Alors, il n'aurait témoigné ni de sa foi, ni de la grâce de Dieu, mais il aurait montré combien il est terrible de gravir la montagne de Morija. Alors, Abraham n'aurait pas été oublié, ni la montagne de Morija. Elle aurait été citée non comme l'Ararat où l'arche s'arrêta, mais comme un lieu d'effroi: "c'est là", eût-on dit, "qu'Abraham a douté".

Abraham, père vénérable ! Quand tu revins chez toi de Morija, tu n'eus aucunement besoin d'un panégyrique pour te consoler d'une perte; car, n'est-ce pas, tu avais tout gagné, et gardé Isaac ? Désormais, le Seigneur ne te le prit plus et l'on te vit joyeux à table avec ton fils dans ta demeure, comme là-haut pour l'éternité.

Abraham, père vénérable ! Des milliers d'années se sont écoulées depuis ces jours, mais tu n'as pas besoin d'un admirateur attardé pour arracher par son amour ta mémoire aux puissances de l'oubli; car toute langue te rappelle - et pourtant tu récompenses qui t'aime plus magnifiquement que personne; tu le rends là-haut bienheureux en ton sein, et tu captives ici bas son regard et son cœur par le prodige de ton action.

Abraham, père vénérable ! Second père du genre humain ! Toi qui le premier as éprouvé et manifesté cette prodigieuse passion qui dédaigne la lutte terrible contre la fureur des éléments et les forces de la création pour combattre avec Dieu, toi qui le premier as ressenti cette passion sublime, expression sacrée, humble et pure, de la divine frénésie, toi qui as fait l'admiration de païens, pardonne à celui qui a voulu parler à ta louange, s'il s'est mal acquitté de sa tâche. Il a parlé humblement, selon le désir de son coeur; il a parlé brièvement, comme il convenait; mais il n'oubliera jamais qu'il t'a fallu cent ans pour recevoir contre toute attente le fils de la vieillesse et que tu as dû tirer le couteau pour garder Isaac; il n'oubliera jamais qu'à cent trente ans, tu n'étais pas allé plus loin que la foi.

S. Kiergegaard




    
        

Re: Liturgie du jour avec Etienne Lorant (2016-2017)

Message par Cinci » ven. 20 oct. 2017, 16:32

Anne a écrit :
Merci Étienne de nous rappeler ce grand moment de cinéma religieux!
C'était du beau travail. Très inspiré, inspirant. Pas de doute.

:)

La clé de la connaissance

Message par Aldous » ven. 20 oct. 2017, 9:46

Bonjour,
j'aimerais juste un peu m'attarder sur cette phrase de la Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 3,21-30
Par quelle loi ? Par celle des œuvres que l’on pratique? Pas du tout. Mais par la loi de la foi. En effet, nous estimons que l’homme devient juste par la foi, indépendamment de la pratique de la loi de Moïse.
On y lit bien toute l'importance que Paul donne à la foi et que pour lui tout part de la foi. La foi c'est la confiance, l'abandon à Dieu, à l'Etre (Dieu c'est l'être absolu) donc à ce qui est en ce moment même (tout ce qui est en ce moment même concerne Dieu puisqu'il en est la source): confiance, abandon à l'ici et maintenant de ce qui Est. Non pas des ressassements du passé ("Quiconque... regarde en arrière, n'est pas propre au royaume de Dieu.") ou des cogitations anxieuses du futur ("Ne vous souciez pas du lendemain") mais la vie ici et maintenant ("Je suis la vie"), présent à la Présence, présent, attentif à ce qui se passe maintenant, à notre relation maintenant au monde et aux autres.

Aussi sur ces phrases de l'Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 11,47-54.
Quel malheur pour vous, car vous bâtissez les tombeaux des prophètes, alors que vos pères les ont tués.
A mon avis Jésus signifie ici que les docteurs de la loi à qui il s'adresse enterrent l'essence de ce que disaient les prophètes (prophètes que leurs pères ont tués). Non seulement leurs pères ont tué les prophètes mais par dessus le marché ils tuent désormais ("vous bâtissez les tombeaux des prophètes") l'esprit de la loi des prophètes.

Quel malheur pour vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clé de la connaissance; vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés.
"La clé de la connaissance", voilà pour le moins une expression qui mérite, il me semble, qu'on s'y penche... Pour moi, à coup sûr, elle n'est rien d'autre que ce que je disais à propos de la phrase de St. Paul: la clé de la connaissance c'est notre foi, notre capacité de confiance et d'abandon à Dieu, c'est à dire de confiance et d'abandon à ce qui Est ici et maintenant, car le "Royaume est au milieu de vous".

Des profondeurs nous crions vers le Seigneur

Message par etienne lorant » jeu. 19 oct. 2017, 21:05

Le jeudi de la 28e semaine du temps ordinaire

Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 3,21-30.
Mais aujourd’hui, indépendamment de la Loi, Dieu a manifesté en quoi consiste sa justice: la Loi et les prophètes en sont témoins. Et cette justice de Dieu, donnée par la foi en Jésus Christ, elle est offerte à tous ceux qui croient. En effet, il n’y a pas de différence: tous les hommes ont péché, ils sont privés de la gloire de Dieu, et lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus. Car le projet de Dieu était que le Christ soit instrument de pardon, en son sang, par le moyen de la foi. C’est ainsi que Dieu voulait manifester sa justice, lui qui, dans sa longanimité, avait fermé les yeux sur les péchés commis autrefois. Il voulait manifester, au temps présent, en quoi consiste sa justice, montrer qu’il est juste et rend juste celui qui a foi en Jésus. Alors, y a-t-il de quoi s'enorgueillir ? C pas. Par quelle loi ? Par celle des œuvres que l’on pratique? Pas du tout. Mais par la loi de la foi. En effet, nous estimons que l’homme devient juste par la foi, indépendamment de la pratique de la loi de Moïse. Ou bien, Dieu serait-il seulement le Dieu des Juifs ? N’est-il pas aussi le Dieu des nations ? Bien sûr, il est aussi le Dieu des nations, puisqu’il n’y a qu’un seul Dieu il rendra justes en vertu de la foi ceux qui ont reçu la circoncision, et aussi, au moyen de la foi, ceux qui ne l’ont pas reçue.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 11,47-54.
Jésus disait: « Quel malheur pour vous, car vous bâtissez les tombeaux des prophètes, alors que vos pères les ont tués. Ainsi vous témoignez que vous approuvez les actes de vos pères, puisque eux-mêmes ont tué les prophètes, et vous, vous bâtissez leurs tombeaux. C’est pourquoi la Sagesse de Dieu elle-même a dit: Je leur enverrai des prophètes et des apôtres; parmi eux, ils en tueront et en persécuteront. Ainsi cette génération devra rendre compte du sang de tous les prophètes qui a été versé depuis la fondation du monde, depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie, qui a péri entre l’autel et le sanctuaire. Oui, je vous le dis: on en demandera compte à cette génération. Quel malheur pour vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clé de la connaissance; vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés.»  Quand Jésus fut sorti de la maison, les scribes et les pharisiens commencèrent à s’acharner contre lui et à le harceler de questions ;
ils lui tendaient des pièges pour traquer la moindre de ses paroles
.


Le salut qui a été offert aux Juifs en tout premier lieu, ceux-ci l'ont refusé, mais en faisant périr le Christ, ils ont précipité la ruine du temple de Jérusalem - sans lequel, selon leurs propres estimations, la pratique religieuse est anéantie, l'Alliance est rompue, et le peuple se remet à errer comme il le fit dans le désert durant quarante années. En envoyant son Fils unique, le Seigneur est allé jusqu'au bout de la plus grande miséricorde qu'il fut possible d'accorder à un peuple constamment rebelle ...

Cependant, Dieu est Dieu: le temple sera détruit - il n'en reste qu'un pan de mur auprès duquel, encore, continue de se recueillir. Quel malheur !  Mais ce que déclare saint Paul doit retenir notre attention : Dieu il rendra justes en vertu de la foi ceux qui ont reçu la circoncision, et aussi, au moyen de la foi, ceux qui ne l’ont pas reçue. Ainsi est-il manifesté que est Amour et amour de miséricorde. Et dans l'historie des hommes, c'est bien l'Amour de miséricorde divine qui l'emportera toujours...

Pour conclure, il faut se souvenir de la parabole des oliviers, chez saint Paul, dans l’Épître aux Romains  chapitre 11: Si toi, tu as été coupé de l’olivier sauvage selon sa nature, et greffé contrairement à ta nature sur l’olivier franc, à plus forte raison eux seront-ils greffés selon leur nature sur leur propre olivier.           



     
        

Re: Fête de saint Luc, Apôtre et Évangéliste

Message par Aldous » mer. 18 oct. 2017, 18:46

L’Évangile lu aujourd'hui, qui est de saint Luc lui-même, témoigne de la manière de vivre des véritables apôtres; ce ne sont pas des hommes à courir partout pour faire des convertis, mais qui "demeurent", qui sont "inébranlables" tant dans la foi que dans le service.
Bonjour,
Apôtres signifie "envoyés, messagers, chargés de mission". Ce sont donc bien des gens qui vont courir ("ne vous attardez pas en salutations sur la route") partout pour faire des convertis*, pour constituer le nouveau peuple de Dieu. Ils sont chargés d'annoncer la bonne nouvelle et préfigurent les envoyés des Actes des Apôtres, hommes et femmes qui porteront l'Evangile bien au-delà des frontières d'Israël. Et il est évident que par dessus le marché de leur mission ils demeurent dans la foi, je dirais même qu'ils sont probablement (pour que Jésus les ait désignés) l'expression même de la foi, ils la reflètent dans leurs gestes comme dans leurs paroles.

*convertis: non pas, biensûr, des gens qui signent "lu et approuvé" en bas d'une page ou qui se collent l'étiquette "chrétien", mais des gens qui changent intérieurement, qui changent leur comportement, leur coeur et leur regard au monde, qui reprennent en main leur liberté et réorientent leur vie.

Fête de saint Luc, Apôtre et Évangéliste

Message par etienne lorant » mer. 18 oct. 2017, 14:12

Deuxième lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 4,10-17b.
Fils bien-aimé, viens me rejoindre le plus vite possible, car Démas m'a abandonné par amour de ce monde, et il est parti pour Thessalonique ; Crescens est parti chez les Galates, et Tite en Dalmatie. Luc est seul avec moi. Amène Marc avec toi, il m'est très utile pour le ministère. J'ai envoyé Tychique à Éphèse. En venant, rapporte-moi le manteau que j'ai laissé à Troas chez Carpos. Apporte-moi aussi mes livres, surtout les parchemins. Alexandre, le forgeron, m'a fait beaucoup de mal. Il recevra du Seigneur le salaire de ses actes. Toi aussi, prends garde à lui, car il s'est violemment opposé à nos paroles. La première fois que j'ai présenté ma défense, personne ne m'a soutenu: tous m'ont abandonné. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur. Le Seigneur, lui, m'a assisté. Il m'a rempli de force pour que je puisse annoncer jusqu'au bout l'Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes.


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10,1-9.
Parmi ses disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller. Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. N'emportez ni argent, ni sac, ni sandales, et ne vous attardez pas en salutations sur la route. Dans toute maison où vous entrerez, dites d'abord : 'Paix à cette maison. '
S'il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l'on vous servira ; car le travailleur mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qu'on vous offrira. Là, guérissez les malades, et dites aux habitants: 'Le règne de Dieu est tout proche de vous.
'


Textes de l'Evangile au quotidien

Saint Paul écrit ces mots à Timothée et l'on sent bien qu'il recherche un peu de réconfort, car il approche de sa fin. Il en est conscient. Nombre de ses proches l'ont abandonné et ont fui la persécution romaine. Quasiment à l'inverse de ses autres écrits, dans lesquelles c'est lui qui soutenait la foi des nouveaux croyants, Paul se contente ici de décrire sa situations, il donne libre cours à son angoisse demande Contrairement aux autres épîtres, par lesquelles il témoignait de la foi, corrigeait des erreurs, encourageait les nouveaux croyants... il parle ici de ses souffrances, de sa solitude (mais aussi de la consolation et du soutien de l'apôtre Luc.

«Luc seul est avec moi». Depuis le jour où il avait associé son sort à celui de l’apôtre (Actes 16:10), Luc semble ne plus l’avoir quitté; service désintéressé, prouvé par le fait que Luc ne parle jamais de lui-même, tandis que c’est l’apôtre qui parle de lui (par exemple : Col. 4:14 ; Philém. 24). Voici donc des pistes pour suivre saint Luc que nous donne l'épître.

L’Évangile lu aujourd'hui, qui est de saint Luc lui-même, témoigne de la manière de vivre des véritables apôtres; ce ne sont pas des hommes à courir partout pour faire des convertis, mais qui "demeurent", qui sont "inébranlables" tant dans la foi que dans le service.


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